De l’esclavage moderne (2e partie du discours du 10 mai 2019 prononcé par le président de La France noire)

Abolition esclavage 17.05.2018 (17)[…] je voudrais consacrer le temps qui me reste à un sujet qui semble intéresser beaucoup de personnes depuis deux ans environ : il s’agit de ce qu’on appelle communément « esclavage moderne ». J’avoue que devant le désir de tout le monde de parler de l’esclavage moderne, j’éprouve le désagréable sentiment que certains veulent nous détourner de notre passé douloureux qui pèse aujourd’hui encore sur la France pour regarder ailleurs. J’ai la nette impression qu’on veut remplacer le devoir de mémoire par une actualité du moment.

            Alors parlons-en ! Parlons de l’esclavage moderne ! Qu’appelle-t-on au juste « esclavage moderne » ? (A ne pas confondre avec le trafic d’êtres humains : des êtres que l’on retient en captivité afin d’échanger leur liberté contre de l’argent comme en Libye et dans certains pays du Golfe ; des êtres auxquels on promet le bonheur sous d’autres cieux contre de l’argent comme en Afrique au sud du Sahara). Quelles sont les situations d’exploitation de la force physique de l’autre pour son profit personnel qui nous donnent le sentiment qu’il y a des personnes qui sont en situation d’esclavage aujourd’hui ?

            Commençons par une situation présentée par un élève sous forme de question lors d’une de mes interventions dans les collèges et lycées  : « Monsieur, m’a-t-il lancé, quand vous percevez un salaire qui vous oblige à vivre dans des conditions sordides, qui ne vous permet pas de nourrir, d’habiller et de soigner correctement les membres de votre famille, n’êtes-vous pas dans une situation d’esclavage ? »

             A cette question, nous pouvons aussi ajouter ces deux autres :

            quand dans le sud de la France, de l’Espagne, de l’Italie et dans certains pays d’Amérique latine comme le Brésil (livre « CACAO »), des milliers de personnes (souvent des immigrés ou des déplacés) attendent sur les bords des routes, se battent entre elles pour monter dans des camions qui les emporteront dans des champs afin de récolter des fruits et des légumes, tout cela pour un salaire juste suffisant pour ne pas mourir de faim le lendemain, n’est-ce pas une situation d’esclavage ?

            Quand des milliers de personnes sont obligées de gagner d’autres pays où elles savent qu’elles travailleront dans les conditions les plus humiliantes et pénibles – parfois avec le passeport confisqué – tout simplement parce qu’elles ne veulent pas mourir de faim devant leur semblable, n’est-ce pas une situation d’esclavage ?

            Nous sommes tentés de répondre par l’affirmative. Et pourtant, ce sont des situations d’exploitation de la force physique de l’autre qui ne sont pas illégales dans les pays où ces pratiques ont lieu ! Pourquoi donc ? Tout simplement parce que les autorités locales jugent que c’est volontairement, et donc sans contrainte, que les individus vont travailler. D’autre part, parce qu’en échange de leur force physique, ces individus reçoivent un salaire, si minime soit-il. En définitive, pour tous les Etats, il n’est de situation d’esclavage que ce qu’ils déclarent eux-mêmes illégal.

            Ainsi, à l’abolition de l’esclavage en 1848 – donc l’esclavage devenu illégal – la France a fait venir par des navires entiers des Chinois et des Indiens à l’île de la Réunion et dans les Antilles pour remplacer les Noirs qui refusaient de travailler avec leurs anciens maîtres. Ces travailleurs dits sous contrat, qu’on appelait les indigènes, étaient en réalité dans un esclavage moderne (Case à chine de Raphaël Confiant), une exploitation abusive de l’homme mais légal en France jusqu’en 1946 au moment de l’abolition du travail forcé dans les colonies françaises.

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            A vrai dire, ce que nous appelons « esclavage moderne » est en fait un type d’exploitation de l’homme par l’homme né avec le capitalisme. C’est un esclavage où la nécessité pousse l’individu à se mettre volontairement ou par la tromperie sous le joug d’un pouvoir qui brime son corps et détruit sa santé sans lui donner des perspectives d’avenir (et cela en toute légalité jusqu’à ce que l’Etat le juge illégal).

            Ce point de vue m’emmène à un fait très important de l’histoire de l’abolition de la traite négrière vers les Amériques. Un fait historique qui montre clairement que l’esclavage que nous qualifions de moderne ne date d’aujourd’hui, qu’il est bien né avec le grand profit appelé capitalisme.

            En 1787, un jeune anglais de 27 ans – Thomas Clarkson – décide de faire des recherches approfondies sur le terrain pour recueillir des informations et des témoignages afin de nourrir la propagande abolitionniste. Puisque les capitaines refusaient de l’aider dans sa tâche, il se tourna vers les marins. Et que découvrit-il ?

            Clarkson découvrit avec stupéfaction, à travers les témoignages, que contrairement à ce que tout le monde soutenait en Angleterre et partout en Europe, « le commerce des navires négriers n’était en aucun cas une pouponnière pour les marins, mais bien plutôt un cimetière » ! Dès lors, au lieu de focaliser son attention sur les captifs africains, Thomas Clarkson allait plutôt s’intéresser au sort des marins. Il venait de comprendre qu’en mettant l’accent sur les malheurs des marins européens, donc des Blancs, il toucherait plus profondément la sensibilité des hommes politiques et le grand public britannique que s’il s’intéressait essentiellement aux Noirs.

            D’abord, le travail de Thomas Clarkson met au grand jour le fait que les prisons et les orphelinats sont les grands pourvoyeurs de marins. Qui sait cela, aujourd’hui ? Peu de monde ! Il y avait aussi parmi eux des terriens – c’est-à-dire des paysans – que des recruteurs véreux « vendaient » pour ainsi dire aux capitaines après leur avoir fait croire qu’une vie de harem les attendait en Afrique avec des femmes noirs aux seins nus.

            Il découvre aussi que « les capitaines transforment leur navire en enfer flottant et se servent de la terreur pour contrôler tout le monde à bord, marins et captifs ». Selon un capitaine repenti, le navire négrier est un enfer pour « les esclaves blancs » et « les esclaves noirs » ; et il ajoute « il n’y a pas entre eux l’ombre d’une différence si l’on fait abstraction de leur couleur de peau ». Les marins eux-mêmes souvent battus et maltraités et mal nourris, se vengeaient de leur situation sur des êtres encore plus pitoyables et impuissants dont ils avaient la charge.

            Enfin, Thomas Clarkson découvre qu’un autre grand ennemi des marins, ce sont les maladies tropicales qui les décimaient comme des mouches. Et tout le monde pouvait vérifier les marques de l’enfer des navires négriers en se rendant dans les tavernes sordides des ports européens où on ne pouvait que découvrir des marins boiteux, aveugles, borgnes, pleins d’ulcères et fiévreux.

            C’est donc en apportant les preuves accablantes du mauvais traitement que les capitaines faisaient subir aux « marins », les preuves des maladies qui les décimaient, les preuves des dangers auxquels les exposait leur travail auprès des captifs africains prêts à les tuer pour recouvrer leur liberté, que les abolitionnistes anglais sont arrivés à faire de la condition de travail légal des « marins » une condition de travail illégal. Thomas Clarkson et les abolitionnistes ont ainsi permis à l’Europe entière de découvrir au XVIIIe siècle un esclavage moderne : des marins blancs esclaves ! L’Europe venait de comprendre que le capitalisme pousse les individus à se mettre volontairement dans un état d’esclavage. Le sort des marins blancs a donc été un argument essentiel pour décider l’Angleterre à faire la guerre, sur l’Atlantique, aux autres puissances européennes afin de mettre fin à la déportation des Noires vers les Amériques à partir de 1807.

            Mesdames et Messieurs, convenons donc que ce qui semble aujourd’hui à nos yeux de l’esclavage moderne, c’est toute forme de travail où l’humanité du travailleur est sacrifiée sur l’autel du profit. A notre époque où le capitalisme s’est internationalisé, si nous désirons sincèrement lutter contre le travail déshumanisant qui ne procure aucune perspectives d’avenir, il nous faut faire comme Thomas Clarkson : regarder autour de nous au lieu de chercher ailleurs l’entreprise qui profite du malheur de ceux pour lesquels nous avons de la compassion. Car, hier comme aujourd’hui, c’est la course au profit qui crée les conditions de l’esclavage et non pas l’esclavage qui crée la course au profit.

Je vous remercie.

La France noire dans le magazine AMINA (entretien réalisé par Liss KIHINDOU)

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Comment est née l’idée de cette association ?

L’idée est partie d’un travail avec une classe de 5è en 2012. Suite à la lecture de Cannibale, le désormais célèbre roman de Didier Daeninckx, j’avais réalisé avec mes élèves une exposition sur «Les expositions coloniales» en y intégrant quelques figures noires françaises célèbres. Face au franc succès de ce travail présenté lors des portes ouvertes de l’établissement, je me suis dit que l’expérience méritait d’être poursuivie.

Qu’entendez-vous par « La France noire » ?

Le nom de l’association est choisi en réponse à toutes celles et tous ceux qui pensent que la France est blanche et catholique. Non, la France n’est pas blanche ! Elle ne l’est pas, de manière officielle, depuis 1848, date de l’abolition de l’esclavage. La France a aussi participé à la colonisation de l’Afrique et a fait des Noirs ses sujets jusqu’au début des années 1960. Les nouvelles générations doivent absolument savoir ces vérités. Quant aux adultes qui ne sont pas habitués à associer le nom France au mot «noir», nous leur offrons l’occasion de prendre une nouvelle habitude conforme à la réalité. Précision non négligeable : nous avons l’agrément académique – donc l’autorisation de l’Education nationale – pour faire ce travail.

Votre action est-elle bien accueillie ? Quels sont vos partenaires ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, militer pour l’enseignement d’une histoire qui ressemble à la réalité de la diversité de la population française est très bien accueilli dans les établissements scolaires. L’Education nationale prône l’enseignement de la citoyenneté. Cela nous encourage à nous appuyer sur la vérité scientifique pour amener les jeunes à changer leur regard sur eux-mêmes et sur les autres, à entendre un discours différent de ceux qui se veulent officiels. Pour consolider nos bases dans le paysage national, nous avons établi un partenariat avec la mairie de Joigny (89 Yonne) pour commémorer chaque 10 mai l’abolition de l’esclavage. Par ailleurs, nous avons le soutien du Conseil départemental et du crédit Mutuel. Mais nous ne pourrons rayonner qu’en établissant des partenariats avec d’autres associations comme Afrique sur Loire, par exemple.

Vous avez réalisé des expositions remarquables, que vous proposez aux établissements scolaires. Ceux-ci vous ouvrent-ils facilement les portes ? Quelle est la réaction des élèves ?

Nos expositions ainsi que les discours qui les accompagnent sont très appréciés des élèves et des enseignants. C’est très réjouissant. Par exemple, les élèves comprennent très vite la logique de l’esclavage des Noirs dans les Amériques qui consiste à terroriser par la violence des êtres habitués à la liberté. J’aime leurs applaudissements à la fin de mes interventions… Malheureusement, les établissements scolaires ne s’ouvrent pas aussi aisément aux intervenants extérieurs. Dans le système administratif de l’Education nationale, il n’est pas évident de savoir à quelle porte frapper. A vrai dire, il faut surtout compter avec la sensibilité de la personne qui recevra l’information concernant nos expositions. Il convient aussi de retenir que dans cet univers, le bouche-à-oreille fonctionne mieux que le courrier postal ou électronique.

Vous avez à ce jour noué plusieurs contacts, notamment avec des ambassades africaines, sont-elles toutes prêtes à vous accompagner ?

D’une façon générale, les ambassades africaines refusent d’aider les associations françaises. Est-ce une question de devoir de réserve ? En tout cas, les courriers que nous avons reçus disent qu’elles ne disposent pas de budget pour aider les associations. Seuls des hommes sensibles à l’idéal de fraternité que nous prônons à travers nos expositions acceptent de nous recevoir et nous aider. C’est ce qu’ont fait les ambassadeurs du Togo et de la Guinée, chacun à sa manière.

Quelle est votre plus grande fierté et quel est votre plus grand regret, depuis que vous avez commencé cette aventure ?

C’est chaque fois une grande fierté pour moi d’entendre les élèves me poser cette question : «pourquoi ne nous enseigne-t-on pas tout ce que vous nous dites ?» C’est la preuve qu’ils ont compris que les manuels scolaires n’ont pas toujours raison. Il est important d’apprendre à douter afin de sortir de l’ombre pour aller vers la lumière. Par ailleurs, avoir exposé à l’ambassade du Togo, sans avoir aucun lien avec ce pays, a été pour moi une belle conquête. Je n’oublierai jamais cette main tendue de Son Excellence M. Calixte Madjoulba qui nous a permis de rebondir alors que les demandes d’intervention étaient rares au premier semestre 2018. Un regret – qui ne doit pas en être un puisque le fait ne dépendait pas de nous – c’est de ne pas avoir pu exposer à l’Unesco, à Paris, alors que nous étions programmés pour le 19 novembre 2018 et que l’historien Pascal Blanchard avait accepté d’être le parrain de notre association pour plaider sa cause auprès des ambassadeurs africains. Mais nous n’avons pas renoncé à ce projet.

La France noire au lycée Saint-Germain (Auxerre 89)

Du lundi 14 au vendredi 18 janvier, le lycée professionnel Saint-Germain d’Auxerre a abrité notre exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ». L’occasion nous a permis de rencontrer des collègues – dont Mme Serre, la professeure documentaliste –  très impliqués dans l’éducation à la citoyenneté des jeunes générations. Monsieur Cholet, le proviseur, a même tenu à nous rencontrer afin de mettre en place un partenariat avec La France noire dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2019.

L’article de l’Yonne Républicaine du 16/01/2019

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Lundi matin avait lieu au lycée professionnel Saint-germain l’inauguration d’une exposition pédagogique itinérante sur l’esclavage, élaborée par l’association La France noire de Joigny.

     Cette exposition retrace en une vingtaine de panneaux fort instructifs l’histoire de l’esclavage avec son cortège d’atrocités, tout en mettant en lumière les résistances africaines à la traite ainsi que les luttes des Africains pour garder ou regagner leur liberté.

     « Cet aspect des choses est généralement passé sous silence , fait remarquer Raphaël ADJOBI, président de La France noire.

     « ça m’a donné envie de faire des recherches »

      Et l’intéressé de poursuivre : « De même, il n’y a jamais eu d’esclaves à vendre en Afrique, car les négriers récompensaient tout simplement leurs rabatteurs. C’est donc par la violence et la corruption que les Noirs étaient capturés et déportés. D’ailleurs, l’expression commerce triangulaire était un euphémisme employé par les négriers pour se donner bonne conscience et faire croire que les Noirs étaient déjà des esclaves en Afrique ». Pour la documentaliste Chantal SERRE, qui a fait venir cette exposition dans l’établissement, « il est important de montrer que les Noirs étaient eux-mêmes des acteurs de leur émancipation ».

     « Cette exposition a changé ma façon de voir les choses. Elle m’a donné envie de faire des recherches sur le Net », confiait Yacine, en seconde administration.

La France noire et les « forums citoyenneté » des collèges et des lycées

Paul Bert 8        Durant ce premier semestre de l’année scolaire 2018 – 2019, nous avons enregistré 9 demandes d’intervention. Très réjouissant ! Espérons que le deuxième semestre sera aussi fructueux.

Nous avons noté que dans le cadre du parcours citoyen des élèves, les collèges et les lycées sont de plus en plus nombreux à organiser une journée ou une semaine de l’engagement citoyen – ou encore forum citoyenneté – pour faire « grandir » les futurs citoyens dont ils ont la charge.

Ferrières 3        Cette journée ou cette semaine mise à part est un principe heureux parce qu’il dispose l’esprit des enseignants et celui des élèves à profiter pleinement des occasions qui leur sont offertes à travers les différents intervenants issus d’associations ou d’institutions de l’Etat. Ainsi, à aucun moment, les uns et les autres ne montrent de l’empressement à reprendre le cours de leur pratique ordinaire. Résultat : dans chacun des établissements où nous avons été invités, nous avons beaucoup apprécié non seulement l’écoute attentive des élèves ainsi que leur intérêt pour le travail qui leur était présenté mais aussi les échanges que nous avons eus avec les enseignants. C’est pour nous une grande satisfaction d’avoir recueilli, à la fin de chaque intervention, le sentiment de chacune ou chacun de nos collègues.

Nous espérons donc recevoir davantage d’invitations dans le cadre de cette journée ou semaine de l’engagement citoyen parce que le profit est indiscutablement plus grand pour les élèves. Ce temps particulier qui demande l’engagement de tous les enseignants leur permet souvent de poursuivre, avec la classe, la discussion autour du sujet présenté par l’intervenant. Ce suivi immédiat est une excellente chose pour les élèves. Savoir prendre le temps d’apprécier ce que l’on vient de voir ou de lire est une excellente manière d’avancer dans la maîtrise des connaissances. D’ailleurs, les collègues savent très bien que les répercussions des visites pédagogiques sont plus grandes lorsque le projet est partagé ou porté par une équipe plutôt que par une seule personne que les autres suivent malgré eux.

Terminons par quelques beaux compliments entendus çà et là : « un travail très professionnel » (une professeure d’histoire du collège Pierre-Auguste Renoir de Ferrières-en-Gâtinais – 45 Loiret) ; « c’est vraiment captivant » (une collègue du collège Pierre Larousse à Toucy – 89 Yonne) ; « une belle exposition qui invite au silence… au recueillement » (Madame l’adjointe de direction du collège Paul Bert à Auxerre – 89 Yonne).

Raphaël ADJOBI

Bilan partiel image 2

La France noire appelle à la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2017 à Joigny

Prospectus 2017 0003La France noire a le plaisir de vous appeler à assister à la deuxième cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage qui aura lieu le 10 mai 2017 sous le patronage de Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny. La manifestation sera animée par la chorale Croq’notes de Brion.

L’exposition sur la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques sera présentée au public ce jour-là et sera visible dans le hall de la mairie jusqu’au 16 mai. Elle sera ensuite à la disposition des lycées et collèges. Les enseignants et les responsables des centres de documentation et d’information (CDI) intéressés peuvent dès maintenant prendre contact avec La France noire.

Notre exposition, à caractère pédagogique, a la particularité de mettre l’accent sur les résistances africaines à la traite ainsi que les procédés par lesquels les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions officielles.

Le président

Raphaël ADJOBI

Les Français noirs dans l’océan Indien

                         Les Français noirs dans l’océan Indien

(Une conférence de Luis-Nourredine PITA pour La France noire)

Le mardi 21 février 2017 à 18h30, une conférence ayant pour thème « Les Français noirs dans l’océan Indien »  a rassemblé un peu plus d’une quarantaine de personnes à la Halle aux grains de Joigny. Le conférencier, Luis-Nourredine Pita,  était arrivé de Murcie, en Espagne, pour la circonstance.

Jovinien de naissance, Luis-Nourredine PITA – vice-président de La France noire – a fait une très grande partie de sa carrière d’enseignant à La Réunion. Conseiller pédagogique pour l’éducation nationale, il a sillonné les archipels de l’océan Indien – les Seychelles, les Comores et les Mascareignes (La Réunion, Maurice et Rodrigues) – ainsi que l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie.

Le conférencier a d’abord replacé l’histoire de ces archipels dans les luttes de possession et d’influence des puissances européennes ; principalement anglaises et françaises. Il a ensuite insisté sur l’évolution du statut des populations de cette région qui sont certainement les plus métissées au monde parce qu’elles sont l’émanation de trois influences : africaine, indienne et chinoise.

En effet, si ces populations n’ont pas connu la traite négrière vers les Amériques, elles ont connu le statut d’esclave* et, après les abolitions, celui de l’indigène appliqué à toutes les colonies françaises. Le code de l’indigénat faisait des « nouveaux citoyens » français une catégorie à part vouée au rôle de sujet. L’indigène ou le sujet français devait par son travail mériter l’accès au titre de citoyen exclusivement réservé à la population de la métropole.

Le conférencier a ensuite abordé la question de l’indépendance des Comores en juillet 1975 après le référendum de 1974. Détaché de Madagascar depuis 1946 avec le statut de Territoire d’outre-mer (Tom), la France va profiter du référendum de 1974 pour amputer cet archipel d’une de ses quatre îles : Mayotte. Si la consultation a montré que l’ensemble de l’archipel des Comores a voté à plus de 96% pour l’indépendance, les voix de Mayotte comptabilisées séparément étaient favorables pour le maintien dans le giron de la France. On pense que c’est la marine Française qui a poussé l’Elysée à annexer purement et simplement Mayotte en se fondant sur son vote favorable à la France. Situation stratégique dans la région oblige ! Depuis, un conflit politique oppose le gouvernement comorien et les autorités françaises. L’Assemblée générale des Nations-Unis – par plus de vingt résolutions – ainsi que l’Union Africaine condamnent cette partition des Comores faite par la France.

Il apparaît aujourd’hui que l’île de Mayotte se trouve sur une voie d’acculturation accélérée, une marche forcée vers les lois de la République française. L’autorité des juges musulmans qui géraient les conflits sociaux n’est plus reconnue. Non seulement les liens de parenté avec les populations des îles sœurs de Comores et particulièrement avec celles d’Anjouan sont niés par la France, mais les populations sont contraintes d’aligner leur nom et prénom (souvent à rallonge) sur le modèle français. Les traditionnelles relations commerciales avec l’Afrique, Madagascar, et les autres îles des Comores subissent désormais des taxes afin d’obliger Mayotte à ne commercer qu’avec la France et plus largement avec la communauté européenne.

Le public de la Halle aux grains de Joigny a été très sensible au drame humain que pose la séparation administrative et juridique de Mayotte de ses îles sœurs des Comores. Une séquence d’environ 10 minutes du documentaire « Mayotte, où va la République »* a été projetée pour illustrer ce drame humain que le pouvoir métropolitain couvre de son silence. Au XIXe siècle, le partage de l’Afrique entre les grandes puissances européennes avait séparé des familles, des villages, des royaumes et causé des traumatismes qui agitent encore ce continent. Nous pensions que cette erreur ne se reproduirait plus. Eh bien, nous avions tort. L’histoire se répète à Mayotte.

Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny, ainsi que Madame Françoise Roure, conseillère départementale, nous ont fait le plaisir d’honorer de leur présence cette première conférence de La France noire. Nous avons été également sensibles à la présence de Madame Célia Davaine, directrice du collège Saint-Jacques, ainsi que celle de Madame Blandine vassaux, directrice de l’école Sainte-Thérèse, de Monsieur Claude Josselin, Adjoint au maire chargé des associations patriotiques.

Le président de La France noire

Raphaël ADJOBI

* L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui, édit. Gallimard

* Un film de Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, Enquête prod. août 2008