Les associations lancent un SOS ! (Olivier Milot)

          Gros coup de blues dans les associations culturelles. En un an, plus de quatre sur dix (43%) ont perdu des bénévoles y exerçant des responsabilités (président, trésorier, secrétaire). Plus inquiétant encore, une sur deux n’a pas réussi à les remplacer. Cette hémorragie est mise en lumière par le sixième baromètre de la coordination des fédérations et associations de culture et de communication (cofac), publié cet été¹. Elle est d’autant plus préoccupante que la situation s’est brutalement dégradée.

Abolition esclavage 17.05.2018 (37)          Jusqu’à il y a peu, environ 10 % des responsables des associations culturelles quittaient leur mandat chaque année mais ils se trouvaient naturellement des successeurs. La rupture est donc nette. Bien sûr, le Covid est passé par là, mais la pandémie est loin d’être seule en cause. Les répondants évoquent « une lassitude physique et morale », « une perte de motivation et de sens de leur engagement ».

Abolition esclavage 17.05.2018 (33)          D’autres pointent des raisons plus exogènes, comme les lourdeurs administratives pour organiser des manifestations dans l’espace public ou la difficulté à embaucher des salariés. [la lourdeur administrative est devenue encore plus aiguë depuis la dématérialisation des rapports avec la préfecture. Quant aux demandes de subvention, le formulaire pondu sûrement par les énarques qui n’ont jamais milité dans une association ne fait pas de différence entre les petites et les grandes structures. Toutes les associations sont soumises au même régime d’un formulaire long et compliqué quand il faut demander mille euros ou deux cent mille euros ! C’est à croire que l’objectif est de dissuader les responsables associatifs de demander de l’argent à l’État.] Mais, au-delà de tout, « ce qui pèse le plus, c’est le sentiment de non-reconnaissance de l’engagement bénévole, parfois même teinté de mépris », affirme la présidente de la Cofac, Marie-Claire Martel [Tout le monde sait que par leurs manifestations, ce sont les associations qui animent les villes ; et pourtant les mairies et les Conseils départementaux ne les aident pas à la hauteur de leur engagement. Or, sans les associations, pas de vie dans la cité !]. Cette désaffection de responsables impacte déjà certaines associations contraintes de réduire leurs activités, privant le public de spectacles, et les artistes de travail. « Ce qui nous inquiète le plus, ce sont les conséquences démocratiques. Moins de culture et moins d’engagement citoyen dans la culture signifient aussi moins de cohésion sociale et une intégration plus difficile des nouveaux arrivants (dans la cité) ». Et donc un risque d’aggraver encore la désagrégation de la société à un moment où elle n’a jamais eu autant besoin de commun.

Olivier Milot (Télérama n°3843 du 9 au 15 septembre 2023). Les notes entre les crochets sont de Raphaël ADJOBI

¹- Baromètre réalisé à partir d’un sondage en ligne effectué du 22 mai au 26 juin 2023 et ayant obtenu 331 réponses.

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