L’exposition pédagogique « L’invention du racisme » au collège Saint-Grégoire de Pithiviers (Liss Kihindou)

128092110_oLa première sortie de notre exposition sur le racisme a eu lieu le jeudi 19 et le vendredi 20 novembre 2020 à Pithiviers, dans le Loiret. Notre amie Inès Kihindou – écrivaine sous le nom de Liss Kihindou – professeure de français à qui la direction du collège Saint-Grégoire avait confié la gestion de la visite de l’exposition a écrit un article sur son blog que nous reprenons ici. Auparavant, dès le soir du vendredi 20, elle avait manifesté sur sa page Facebook sa satisfaction de ces deux journées. En réponse à cette brève publication, je lui avais laissé un message exprimant mes impressions personnelles. Voici son article avec les photos qu’elle a prises et publiées. Signalons que le collège Saint-Grégoire de Pithiviers a reçu notre exposition sur l’esclavage durant l’année scolaire 2017-2018.

Liss Kihindou          Le collège Saint-Grégoire, de Pithiviers, a accueilli l’exposition « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’Histoire de l’Humanité ». Il nous paraît en effet important de déconstruire dans l’esprit de nos jeunes l’idée de la hiérarchie des ‘‘races’’, de leur faire comprendre que le racisme repose davantage sur des manipulations scientifiques que sur des faits objectifs. Autrement dit, le racisme est une invention, une ruse pour légitimer la relégation de l’homme noir dans les greniers ou plutôt dans les caves de l’Humanité : l’esclavage, la traite des Noirs et la colonisation peuvent ainsi prospérer sans que la bonne conscience ne soit inquiétée.

          L’avantage, avec les jeunes, c’est que les préjugés véhiculés par la société depuis des siècles n’ont pas encore pris racine. Leurs réactions, devant certains panneaux montrant une situation particulièrement humiliante pour les hommes appelés « Noirs », révèlent leur souci d’une fraternité véritable entre les humains. Par exemple, ils étaient autant attendris par l’image de jeunes enfants à la couleur de peau différente, heureux de se faire une accolade amicale, qu’ils étaient choqués par celle où l’on voit des enfants noirs isolés dans un coin de la salle tandis que tous les autres enfants, blancs, étaient rassemblés autour d’une table. Que la photo date de 2019 oblige à comprendre une chose : la ségrégation raciale a beau être abolie depuis longtemps, l’esclavage et la traite ont beau avoir été qualifiés de crimes contre l’humanité et interdits depuis longtemps, dans les faits, les afro-descendants ne sont pas toujours regardés – et traités – de la même manière que les autres.

Qu'est-ce que le racisme          J’ai beaucoup apprécié les questions, les observations, les commentaires des élèves. De la 6e à la 3e, ils ont fait preuve d’une perspicacité étonnante. Une heure par classe s’est même révélée insuffisante : les élèves avaient encore beaucoup à dire.

128092297_oRaphaël Adjobi, le président de l’association La France noire, qui a réalisé cette exposition, a raison de dire que les craintes concernant certains sujets que l’on évite d’aborder se révèlent infondées : « Merci, Liss, d’avoir permis ces deux journées de rencontre. Les collègues confirment par leur approbation unanime que l’on peut enseigner avec succès l’histoire du racisme dans nos établissements scolaires. Les parents auraient été fiers de voir l’intérêt de leurs enfants pour le sujet et surtout la pertinence de leurs réponses à mes questions. A la sortie de la cantine, en traversant la cour de récréation, des élèves sont revenus me remercier et dire qu’ils avaient beaucoup apprécié ‘‘la conférence’’. » « En plus de l’intérêt que les élèves ont porté à l’exposition, j’ai beaucoup apprécié l’esprit des collègues et les échanges que j’ai eus avec eux. » (Propos de Raphaël Adjobi)

Image revueLes connaissances de Raphaël Adjobi ont en effet été profitables même aux enseignants. J’ai personnellement beaucoup appris. C’est d’ailleurs aussi le témoignage de Françoise Parry, la secrétaire et trésorière de l’association : « Les membres de l’association apprennent beaucoup grâce aux articles de Raphaël. On découvre tant de choses. »  L’occasion de préciser que l’association vit grâce au soutien financier des membres adhérents, qui sont majoritairement Blancs, « A l’image de la France », aime à rappeler Raphaël. Le statut des afro-descendants en France ne concerne pas que les Noirs. C’est l’action collective de tous les citoyens français qui fera que notre France soit un pays où la liberté, la fraternité et l’égalité rayonnent dans tout leur éclat. Les enseignants couleur

Liss Kihindou ( blog : Valets des livres)

Les Olmèques au musée du quai Branly : ne laissez pas le racisme infecter vos yeux

Olmèques 8          Au milieu du XIXe siècle, en Amérique centrale – précisément au sud du Mexique – un paysan découvre un rocher émergeant de la terre. En le dégageant, il met au jour une sculpture gigantesque représentant la tête d’un homme. L’année même de cette découverte – 1862 – poussé par la curiosité, José Maria Melgar y Serrano est le premier voyageur européen à se rendre sur le lieu pour en témoigner : « […] ce qui m’a le plus étonné, c’est le type éthiopien qu’elle représente. J’ai pensé qu’il y avait eu sans doute des Noirs dans ce pays, et cela aux premiers âges du monde ». Au fil des décennies, les recherches permettront de découvrir près d’une vingtaine de têtes semblables. Dans les milieux européens, on ne fit pas de bruit autour de ces découvertes. L’esprit de l’époque y était sans doute pour quelque chose.

          Au début du XXe siècle, avec le triomphe du racisme dont les thèses avaient commencé quelques décennies auparavant, on commença à s’intéresser aux autres objets trouvés sur le site paraissant s’éloigner des traits caractéristiques des têtes colossales. En 1926, l’archéologue Frans Blom et l’ethnologue Olivier Lafarge donnèrent leur avis sur le site des découvertes : « […] Nous inclinons à attribuer ces ruines à la civilisation Maya ». Quelques années plus tard, ce point de vue est jugé erroné. De nombreux anthropologues estiment la civilisation à laquelle appartiennent les têtes colossales – qu’ils ont nommée « Olmèque » – antérieure aux civilisations précolombiennes. A vrai dire, personne ne sait et ne peut assurer scientifiquement que le peuple qui a laissé ces statues s’appelle « Olmèque », parce que le mot était tout simplement employé au XVIe siècle pour désigner la côte du Mexique et ses habitants. Ce nom n’était nullement dans la bouche des populations de cette région la désignation d’un peuple qui aurait vécu là quatre mille ans avant elles. Le vocable « Olmèque » n’est donc retenu que par convention, de même que nous appelons les autochtones des Amériques les Indiens ou les Amérindiens, alors qu’ils n’ont rien à voir avec les populations de l’Inde.

Olmèques 7          Jusqu’au 21 juillet 2021, le musée du Quai Branly organise une exposition sur cette fascinante civilisation. C’est l’occasion saisie par la revue Télérama pour un article d’une page sur les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique (n° 3693 – 24 au 30 octobre 2020). En lisant cet article, j’ai été outré par la ferme assurance de son auteur qui, non seulement s’oppose radicalement au point de vue de José Maria Melgar y Serrano – cité plus haut – mais encore par sa manière arrogante de juger ceux qui sont de son avis. A lire Sophie Cachon, on croit qu’elle seule a les bons yeux pour voir les caractéristiques de ces statues colossales. Elle écrit : « Un explorateur venu voir la tête monumentale décrira le visage atypique comme d’origine africaine, entraînant une théorie fumeuse et toujours vivace sur certains sites Internet ».

          Nous sommes tentés de poser cette question à Madame Sophie Cachon : « De quel droit pouvez-vous contester à l’autre son impression à la vue d’un objet au point de la qualifier de fumeuse ? » Sachez que de même que l’historien travaille sur des manuscrits, l’archéologue acquiert l’essentiel de sa documentation sur le terrain ; et l’un et l’autre produisent des récits qui ne sont pas des vérités absolues ! Les nombreuses querelles autour des sujets qu’ils abordent devraient nous inciter à la prudence. Et s’agissant précisément des Olmèques, nous demandons à Madame Sophie Cachon de laisser chacun regarder les statues et arrêter son jugement ! Même un enfant est capable de dire, en regardant ces colossales statues, à quel type de population de la terre elles le renvoient. Madame Sophie Cachon, n’agissez donc pas comme tous ces pseudo-scientifiques qui, mus par le racisme, ont tout falsifié jusqu’aux traces archéologiques pour tromper le public. Comme le fait justement remarquer l’historien François-Xavier Fauvelle, presque tous les archéologues se sont trompés sur les populations de l’Egypte ancienne parce qu’ils étaient imprégnés des théories racistes de leur époque (Science et Avenir de juillet-août 2010). Nous vous dédions donc cette réflexion de Gustave Flaubert : « Voulez-vous ne pas vous tromper ? Tenez pour fausses toutes les idées chères à votre temps ».

Raphaël ADJOBI

La belle leçon d’une femme à un sexiste* (Alexandra Ocasio-Cortez à Ted Yoho / Raphaël ADJOBI)

Le 21 juillet 2020, sur les marches du Capitole à Washington, Alexandra Ocasio-Cortez, la jeune élue (30 ans) du parti démocrate à la chambre des représentants, est traitée de « salope » par Ted Yoho, un élu républicain à la même institution. Des journalistes présents ayant entendu l’insulte ont publié l’information qui a été reprise par plusieurs médias. La jeune dame a d’abord répondu par l’ironie en se filmant sur les mots de la rappeuse Doja Cat (« Bitch Boss »). Le 22 juillet, elle a eu droit aux vraies-fausses excuses de Ted Yoho exprimées en ces termes : « Marié depuis 45 ans et père de deux filles, je fais très attention à mon vocabulaire. Les mots qui m’ont été attribués par la presse à l’attention de ma collègue n’ont jamais été prononcés. Et s’ils ont été compris ainsi, je m’en excuse ». Sachant que les Blancs racistes et sexistes* ont cette classique excuse à la bouche, Alexandra Ocasio-Cortez décide de revenir sur l’incident. Voici le discours qu’elle a tenu à la tribune de l’assemblée ; discours qui est une vraie leçon à tous les racistes qui invoquent leurs amis noirs, leurs artistes noirs préférés, tous les sexistes qui invoquent leur épouse et leurs filles comme preuve qu’ils ne peuvent être racistes ou sexistes.

Alexandra Ocasio-Cortez 3          «Devant des journalistes, le représentant Yoho m’a traitée de… je cite putain de salope. Ce sont les mots que le représentant Yoho a prononcés à l’encontre d’une femme élue au Congrès. Nous les femmes du Congrès et de ce pays avons dû faire face à cette situation d’une manière ou d’une autre à un moment de notre vie. J’ai entendu les mots prononcés par M. Yoho ; des mots que j’entendais d’autres hommes prononcer quand j’étais serveuse dans un restaurant. J’ai jeté hors des bars des hommes qui avaient employé le même langage que M. Yoho. J’ai fait face à ce type de harcèlement dans le métro de New York. Ce genre de langage n’est pas nouveau. C’est bien le problème. M. Yoho n’est pas seul en cause… Il marchait coude-à-coude avec le représentant Roger Williams. Et c’est là que l’on comprend que le problème ne se résume pas à un incident isolé. Le problème est culturel. Il est le fait de la culture de l’impunité, de l’acceptation de la violence, de la violence verbale envers les femmes. Et toute une structure de pouvoir soutient cela. Non seulement on m’a adressé la parole de manière irrespectueuse ici – en particulier par les membres et les élus du parti républicain – mais le président des Etats-Unis m’a dit l’année dernière de rentrer chez moi, dans un autre pays, insinuant que je n’appartiens même pas à l’Amérique. […]

          Je n’ai pas besoin des excuses de M. Yoho. Il est clair qu’il n’avait pas à coeur de me présenter des excuses. Si on lui donnait l’occasion de le faire sincèrement, il ne le ferait pas. Je n’attendrai donc pas des excuses d’un homme qui n’a aucun remords à insulter les femmes et à employer un langage abusif à leur égard. Mais ce qui me gêne, ce qui me pose problème est d’utiliser les femmes, les épouses et les filles comme boucliers pour excuser des comportements déplorables.

          Monsieur Yoho a mentionné qu’il avait une femme et deux filles. J’ai deux ans de moins que la plus jeune des deux filles de Monsieur Yoho. Je suis aussi la fille de quelqu’un. Mon père, heureusement, n’est pas vivant pour voir comment Monsieur Yoho a traité sa fille. Ma mère a pu voir à la télévision l’irrespect de Monsieur Yoho à mon égard sur le seuil de cette maison. Et je suis ici parce que je dois montrer à mes parents que je suis leur fille et qu’ils ne m’ont pas élevée pour accepter l’abus des hommes. Avoir une fille ne rend pas un homme convenable. Avoir une femme ne rend pas un homme convenable ! Traiter les gens avec dignité et respect fait d’un homme une personne convenable. Et quand un homme convenable se trompe, il fait de son mieux et s’excuse. Non pas pour sauver les apparences, ni pour gagner une élection. Il s’excuse sincèrement pour réparer et reconnaître le mal fait afin que nous puissions tous aller de l’avant ».

Alexandra Ocasio-Cortez

* Un sexiste est une personne qui adhère aux croyances discriminatoires basées sur le sexe ; une personne qui soutient l’existence d’une inégalité entre le statut des femmes et celui des hommes et se comporte en conséquence. La Française Simone de Beauvoir et l’Américain Russel Banks assurent avec beaucoup de justesse que le racisme fonctionne sur la même croyance en une inégalité entre les êtres humains selon leurs couleurs établies par les Européens – qui se comportent également en conséquence.