La belle leçon d’une femme à un sexiste* (Alexandra Ocasio-Cortez à Ted Yoho / Raphaël ADJOBI)

Le 21 juillet 2020, sur les marches du Capitole à Washington, Alexandra Ocasio-Cortez, la jeune élue (30 ans) du parti démocrate à la chambre des représentants, est traitée de « salope » par Ted Yoho, un élu républicain à la même institution. Des journalistes présents ayant entendu l’insulte ont publié l’information qui a été reprise par plusieurs médias. La jeune dame a d’abord répondu par l’ironie en se filmant sur les mots de la rappeuse Doja Cat (« Bitch Boss »). Le 22 juillet, elle a eu droit aux vraies-fausses excuses de Ted Yoho exprimées en ces termes : « Marié depuis 45 ans et père de deux filles, je fais très attention à mon vocabulaire. Les mots qui m’ont été attribués par la presse à l’attention de ma collègue n’ont jamais été prononcés. Et s’ils ont été compris ainsi, je m’en excuse ». Sachant que les Blancs racistes et sexistes* ont cette classique excuse à la bouche, Alexandra Ocasio-Cortez décide de revenir sur l’incident. Voici le discours qu’elle a tenu à la tribune de l’assemblée ; discours qui est une vraie leçon à tous les racistes qui invoquent leurs amis noirs, leurs artistes noirs préférés, tous les sexistes qui invoquent leur épouse et leurs filles comme preuve qu’ils ne peuvent être racistes ou sexistes.

Alexandra Ocasio-Cortez 3          «Devant des journalistes, le représentant Yoho m’a traitée de… je cite putain de salope. Ce sont les mots que le représentant Yoho a prononcés à l’encontre d’une femme élue au Congrès. Nous les femmes du Congrès et de ce pays avons dû faire face à cette situation d’une manière ou d’une autre à un moment de notre vie. J’ai entendu les mots prononcés par M. Yoho ; des mots que j’entendais d’autres hommes prononcer quand j’étais serveuse dans un restaurant. J’ai jeté hors des bars des hommes qui avaient employé le même langage que M. Yoho. J’ai fait face à ce type de harcèlement dans le métro de New York. Ce genre de langage n’est pas nouveau. C’est bien le problème. M. Yoho n’est pas seul en cause… Il marchait coude-à-coude avec le représentant Roger Williams. Et c’est là que l’on comprend que le problème ne se résume pas à un incident isolé. Le problème est culturel. Il est le fait de la culture de l’impunité, de l’acceptation de la violence, de la violence verbale envers les femmes. Et toute une structure de pouvoir soutient cela. Non seulement on m’a adressé la parole de manière irrespectueuse ici – en particulier par les membres et les élus du parti républicain – mais le président des Etats-Unis m’a dit l’année dernière de rentrer chez moi, dans un autre pays, insinuant que je n’appartiens même pas à l’Amérique. […]

          Je n’ai pas besoin des excuses de M. Yoho. Il est clair qu’il n’avait pas à coeur de me présenter des excuses. Si on lui donnait l’occasion de le faire sincèrement, il ne le ferait pas. Je n’attendrai donc pas des excuses d’un homme qui n’a aucun remords à insulter les femmes et à employer un langage abusif à leur égard. Mais ce qui me gêne, ce qui me pose problème est d’utiliser les femmes, les épouses et les filles comme boucliers pour excuser des comportements déplorables.

          Monsieur Yoho a mentionné qu’il avait une femme et deux filles. J’ai deux ans de moins que la plus jeune des deux filles de Monsieur Yoho. Je suis aussi la fille de quelqu’un. Mon père, heureusement, n’est pas vivant pour voir comment Monsieur Yoho a traité sa fille. Ma mère a pu voir à la télévision l’irrespect de Monsieur Yoho à mon égard sur le seuil de cette maison. Et je suis ici parce que je dois montrer à mes parents que je suis leur fille et qu’ils ne m’ont pas élevée pour accepter l’abus des hommes. Avoir une fille ne rend pas un homme convenable. Avoir une femme ne rend pas un homme convenable ! Traiter les gens avec dignité et respect fait d’un homme une personne convenable. Et quand un homme convenable se trompe, il fait de son mieux et s’excuse. Non pas pour sauver les apparences, ni pour gagner une élection. Il s’excuse sincèrement pour réparer et reconnaître le mal fait afin que nous puissions tous aller de l’avant ».

Alexandra Ocasio-Cortez

* Un sexiste est une personne qui adhère aux croyances discriminatoires basées sur le sexe ; une personne qui soutient l’existence d’une inégalité entre le statut des femmes et celui des hommes et se comporte en conséquence. La Française Simone de Beauvoir et l’Américain Russel Banks assurent avec beaucoup de justesse que le racisme fonctionne sur la même croyance en une inégalité entre les êtres humains selon leurs couleurs établies par les Européens – qui se comportent également en conséquence.

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