Le lycée René Auffray (92) accueille l’exposition L’INVENTION DU RACISME

          Du lundi 16 au vendredi 20 mars, grâce à notre collègue Véronique Gauweiler, le lycée René Auffray à Clichy (92, Hauts-de-Seine) a accueilli l’exposition L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité. Je voudrais ici dire toute ma gratitude aux collègues qui ont témoigné un vif intérêt pour cette exposition et n’ont pas hésité à complimenter le conférencier ou lui dire leur complète adhésion au contenu de certains panneaux qu’ils ont particulièrement appréciés et alimentés de leurs commentaires. En un mot : un accueil très encourageant.

          C’est la deuxième année consécutive que l’association La France noire est reçue au lycée René Auffrey. L’année dernière, l’exposition Les Noirs illustres et leur contribution à l’histoire de France avait retenu l’attention de nombreux lycéens qui ont reconnu avec plaisir le conférencier dès son arrivée. A propos des rencontres avec les lycéens, je tiens à souligner ceci : des élèves ayant bénéficié de la conférence les heures précédentes se sont infiltrés dans d’autres groupes de classe pour apprécier davantage l’intervention du conférencier. De petits moments très plaisants quand celui-ci les avaient reconnus ou démasqués grâce à la pertinence un peu appuyée de leur réponse à une question pas commune ! Sachez, chers étudiants, que je retiens de ces moments un agréable souvenir. Absolument !

          11 heures de conférence le jeudi 19 et le vendredi 20 qui resteront inoubliables tant l’attention des lycéens et l’intérêt manifesté par les enseignants étaient grands. Merci à toutes et à tous. Surtout merci aux classes qui m’ont franchement applaudi.

Raphaël ADJOBI

LAPO CHAPÉ : un documentaire pour un débat nécessaire

          Le 13 février 2026, les Pays-Bas ont reconnu officiellement que l’esclavage n’est pas seulement une histoire qui nous plonge dans le passé d’une relation violente entre l’Europe et l’Afrique. Ce pays disait clairement qu’aujourd’hui encore cette histoire continue d’imprimer ses marques dans les corps et les esprits des descendants des Africains qui ont été réduits en esclavage. Retenons tous que grâce à une étude clinique menée par l’université d’Amsterdam, les Pas-Bas reconnaissent que les descendants des esclaves portent toujours les séquelles physiques et psychologiques de leurs aïeux.

          Frantz Fanon – psychiatre – avait diagnostiqué ce mal dans Peau noire, masque blanc ; Sabine Belliard l’a illustré par des témoignages très instructifs dans La couleur dans la peau ; Mélissandre Monatus vient de donner la parole aux jeunes de ce XXIe siècle dont la couleur de l’épiderme a hérité du regard négatif et très hiérarchisé imposé par l’histoire esclavagiste européenne dans les Amériques et dans l’océan Indien. Son documentaire LAPO CHAPÉ dit littéralement que dans l’histoire esclavagiste il y a certaines teintes de peau qui permettaient d’échapper à la condition servile. Et cela n’est pas sans conséquence.

          C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai assisté à la projection de LAPO CHAPÉ au cinéma du Palais à Créteil (94). Plus de quatre-vingts personnes étaient présentes pour l’occasion. Les témoignages et les observations furent de grande qualité. Ce documentaire d’environ 35 minutes a le grand avantage d’ouvrir le débat sur un sujet qui concerne en réalité tout le monde mais que personne n’ose aborder publiquement. Le sujet concerne tout le monde parce que le métissage forcé du Noir et du Blanc pendant plus de trois cents ans a laissé des traces dans les consciences et vicié les relations et les fruits des relations entre les personnes auxquelles on a attribué ces deux types de couleur de peau. Comme le fait remarquer Sabine Belliard, dans le groupe ou dans la famille la couleur peut être « appelée à la rescousse et utilisée dans le conflit comme moyen de défense. Elle sert parfois à dire le rejet, l’agressivité, la haine, apparemment utilisée à la manière dont elle l’a été historiquement ».

          LAPO CHAPÉ de Mélissandre Monatus montre de façon poignante une réalité quotidienne faite de souffrances tues, de combats pour exister, de privilèges empoisonnés… Ce documentaire nous fait clairement comprendre que les teintes naturelles de l’épiderme qui, en Afrique, partent de la couleur la plus sombre à la plus claire ont désormais établi un lien étrange entre notre peau et notre intimité psychique. Tout simplement parce que l’histoire est passée par là et qu’il convient de l’interroger pour mieux comprendre celles et ceux qui en portent les séquelles.

Raphaël ADJOBI