La France revoit sa copie sur l’Egypte ancienne et sur l’histoire de l’esclavage en général

Egyptiens et Egyptiennes A        Réjouissons-nous : plus nous avançons dans le XXIe siècle et plus les égyptologues sont nombreux à contester les affirmations péremptoires nourries par le racisme de leurs prédécesseurs ; affirmations enseignées à travers le monde assurant – par les manuels scolaires, les films et les livres pour enfants – que les Egyptiens avaient construit les pyramides en réduisant des peuples étrangers en esclavage. Aujourd’hui, tous les chercheurs sérieux du monde sont d’accord pour dire que tout cela n’était que mensonge. La revue française Historia de février 2020 vient d’ailleurs d’écrire que s’il y a une certitude, c’est bien celle-ci : l’Egypte ancienne ne connaissait pas l’esclavage ; et comme partout dans l’Afrique ancienne, il n’existait pas en Egypte de mot pour désigner l’esclavage (p. 22). La traite et l’esclavage sont des pratiques qui remontent à l’Antiquité européenne (Histoire des Blancs – Nell Irving Painter, Max Milo 2019). Ils ont été introduits en Afrique par les Arabes au VIIe siècle pour atteindre l’Afrique occidentale au XIIIe siècle. D’ailleurs, avant le XIVe siècle, l’Europe ignorait qu’il y avait des hommes au sud du Sahara (cf. Atlas Catalan). Ce qui veut clairement dire qu’avant cette date, en Europe, les esclaves étaient presque tous blancs : «Les esclaves noirs sont une minorité dans le monde avant la traite atlantique» (Catherine Coquery-Vidrovitch – Historia, fev. 2020, p. 20).  Pas d'esclaves en Egypte

          Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est de voir tous les nouveaux égyptologues européens parler ouvertement et unanimement de «pharaons noirs» alors que le fait était nié depuis deux siècles ; expression reprise par Télérama dans sa publication du 11 janvier 2020 (voir image). Mais en disant qu’il y a des «pharaons noirs» qui ont régné sur l’Egypte, Pierre Ancery (qui signe l’article) et le réalisateur du beau documentaire présenté par Arte cette semaine-là, laissent croire qu’il y avait aussi des pharaons blancs ! La question à laquelle ils doivent répondre est celle-ci : où sont les pharaons blancs ? Qu’ils nous montrent les pharaons blancs avec leur peuple blanc vivant en Egypte dans l’Antiquité. Qu’ils nous expliquent pourquoi des Blancs ont édifié des dieux noirs, comme le sphinx ?                  Pharaons noirs

          Il faut dire que le documentaire Pyramide K 2019 de Fehmi Krasniqi – à voir absolument – sorti en septembre 2019 et publié sur Internet depuis novembre 2019, a lancé un vrai défi à tous les égyptologues européens. Ils ne peuvent plus s’avancer sur ce terrain avec l’intention de justifier la suprématie blanche prônée par ceux du XIXe et du XXe siècle qui ont fait des anciens Egyptiens des Blancs. En tout cas, beaucoup de voyageurs occidentaux – même ceux qui sans preuve veulent encore croire en une Egypte ancienne blanche – conviennent qu’« en visitant le musée du Caire, on ne peut que croire en une Egypte ancienne nègre ». Ajoutons que le royaume de Koush, qui compte plus de pyramides que l’Egypte, retient aujourd’hui l’attention des nouveaux égyptologues parce que ses souverains ont régner sur l’Egypte pendant plus de cent ans après avoir été eux-mêmes les vassaux des Egyptiens pendant une longue période. Ces deux peuples avaient indubitablement la même couleur de peau pour nous avoir laissé des peuples noirs dans cette partie du monde.

La momie de Toutankhamon

                      L’origine de la croyance en une Egypte ancienne blanche

          C’est dans la première moitié du XIXe siècle que l’anthropologue et racialiste américain Samuel George Morton (1799 – 1851) assura pour la première fois que la grandeur de l’Egypte ancienne est liée à la supériorité blanche. C’est lui qui voyait des perruques aux cheveux laineux que porteraient les anciens Egyptiens au-dessus de leurs vrais cheveux raides et de couleur claire. «Il déclare que la forme du crâne des anciens Egyptiens – du moins ceux qui sont bien habillés et enterrés en grande pompe – est la même que celle de l’homme blanc moderne» (Nell Irving Painter – Histoire des Blancs, éd. Max Milo, 2019). Lui et ses admirateurs, tels l’Ecossais Knox et le Français Gobineau, trouvaient tout à fait cohérent qu’une race supérieure de Blancs portent des perruques aux cheveux crépus pour régner sur un peuple de Noirs de génération en génération. C’était leur seule façon d’expliquer les extraordinaires réalisations de l’Egypte ancienne. N’oublions pas non plus que Morton, Knox, Gobineau, Grant, Roosevelt, Emerson et bien d’autres ont divisé les Européens en plusieurs races blanches et ont placé la race «nordique» – parfois appelée saxonne – au-dessus de toutes les autres considérées comme n’ayant ni la vision ni le cran qu’il faut pour apporter quelque chose au monde.

Raphaël

Les amitiés des élèves de quatrième du collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire à La France noire

Amitiés de Cosne-sur-Loire 2     C’est avec plaisir que La France noire reçoit et publie ici les marques d’amitié des élèves de quatrième du collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire. En octobre dernier, nous annoncions que notre passage dans cette ville de la Nièvre avait contribué à dynamiser la thématique sur le métissage initiée en début d’année scolaire par Madame Margeault avec ses élèves. Nous avons d’ailleurs publié sur notre blog les premiers travaux des jeunes artistes. Voici maintenant leurs dernières réalisations qui terminent le sujet traité.

     Cette fois, Madame Dominique Margeault avait proposé à ses élèves la problématique suivante : AUTANT DE NOIR(S) QUE DE BLANC(S). Une «réflexion libre sur laquelle ils devaient apporter une réponse [par un] travail individuel ou en groupe avec dessin, collage, montage, performance, installation… au choix».

     La France noire leur dit à tous bravo et merci de leur amitié. Merci à leur professeur, Madame Dominique Margeault. Merci également à Madame Sylvie Plançon – professeur d’histoire-géo – dont l’invitation a permis cette fructueuse rencontre. 

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Ces images illustrent depuis ce 23 février 2020 la page d’accueil du site de La France noire.

Faut-il se ressembler pour s’assembler ? (Nicole Lapierre)

Numérisation_20200130          Faut-il se ressembler pour s’assembler ? est une réflexion, en plusieurs étapes, que Nicole Lapierre a menée autour d’un fait qui a marqué son enfance. Quand elle n’avait que six ou sept ans, elle s’est brouillée avec sa meilleure amie. La mère de celle-ci lui avait alors lancé : «vous êtes toutes les deux juives, vous devez être amies, vous devez vous serrer les coudes». Avec ce livre, l’auteure voudrait dire à la mère de son amie qu’elle avait tort de lier si intimement identité et solidarité au point de faire de l’amitié un devoir. Très rapidement, elle nous fait comprendre comment, en se référant presque toujours aux liens biologiques au sein d’une famille, les groupes sociaux, les partis politiques et les populations d’un même pays, d’une même région ont, à travers les siècles, mis en place des mécanismes d’exclusion des populations minoritaires.

          Un livre à la fois agréable et passionnant dont la clarté des multiples chapitres ou thématiques qui le composent oblige le lecteur à former régulièrement son propre jugement. Un livre de réflexions qui s’appuie sur de multiples faits historiques pour nous permettre de saisir – au-delà de l’implacable évidence de la formule «qui se ressemble s’assemble» – la permanence d’une pratique qui devrait rendre chacun vigilant et les gouvernants plus attentifs aux besoins de « ceux perçus comme étrangers ou différents». Nicole Lapierre constate – et nous sommes de son avis – que parce que «le modèle républicain, fondé sur l’égalité formelle des citoyens, refuse toute distinction», nos gouvernants demeurent aveugles sur la différence et donc «aveugles aux injustices fondées sur la couleur de la peau ou sur tout autre signe de différence visible». Ils ne doivent cependant pas oublier, rappelle-t-elle, qu’ «il ne peut y avoir d’intégration réussie que si la promesse d’égalité est tenue». Idée qui nous rappelle ce que disait déjà Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe : «C’est du point de vue des chances concrètes données aux individus que nous jugeons nos institutions» et non du point de vue de l’idée parfaite que nous en avons.

Raphaël

La France noire invitée au collège Pierre-Auguste Renoir (45 – Loiret)

5 - Ferrières 2020          Le mardi 4 février, notre exposition «Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques» a été accueillie au collège Pierre-Auguste Renoir à Ferrières-en-Gâtinais, dans le Loiret. Six classes de quatrième ont pu découvrir notre travail qui a reçu un très beau compliment de la collègue professeure documentaliste : «parmi toutes les expositions que nous avons accueillies, la vôtre est la plus belle !» Cette reconnaissance de la qualité de notre travail fait vraiment plaisir.

3 - Ferrières 2020          Après la visite de l’exposition, afin qu’aucune intervention ne ressemble à la précédente, la liberté est donnée aux élèves de s’exprimer sur les panneaux qui ont retenu leur attention. C’est donc à travers leurs choix et l’intérêt porté à tel ou tel aspect de de la traite ou de l’esclavage que se font les échanges. Et cette fois, ce sont les conditions dans lesquelles se réalisaient la traite qui sont revenues, majoritairement, dans les nombreuses questions des élèves. Soucieux d’apporter des réponses claires et convaincantes sur ce chapitre de l’histoire, un dépliant illustré d’images de la réalité du terrain – jamais présentée dans les manuels scolaires – est désormais laissé aux élèves et aux enseignants. Quant au sort des femmes, il reste l’élément incontournable de l’exposition aux yeux des jeunes filles. Et c’est aussi l’occasion de montrer à tous les élèves quelques spécificités de l’esclavage des noires dans les Amériques comme, par exemple, l’impossibilité de former un noyau familial durable parce que toute cohésion sociale parmi les esclaves était considérée comme une menace pour les colons. Les enfants étaient donc vendus dès l’âge de 8 ou 9 ans. Ainsi, à l’abolition de l’esclavage, étaient apparus dans les Amériques ce que l’écrivain Ta-Nehisi Coates appelle «ces temps d’indignité chronique [où] les pères se vantaient d’abandonner leurs gosses» (Le grand combat, éd. Autrement 2017). 

1 - Ferrières 2020