Une maison des associations inaugurée à Joigny !

Maison asso 1bisMaison asso inaug. 2          Elle devait être inaugurée en 2021. Enfin, c’est chose faite ce 25 juin 2022 ! Certes, dès l’année dernière, la mairie avait permis aux associations qui avaient réellement besoin d’un local pour leurs activités – souvent hebdomadaires – d’occuper les salles qui leur revenaient. Mais l’acte officiel n’était toujours pas posé. Et c’est le représentant de l’État, en la personne de Monsieur Rachid Kaci sous-préfet de Sens, et l’élu de la commune Monsieur Nicolas Soret, qui ont inauguré ce beau bâtiment aux salles lumineuses. Était présent, Monsieur Bernard Moraine, maire honoraire de la ville.

Les élus          Après la visite des locaux et les deux actes symbolisant l’inauguration – le dévoilement de la plaque et la coupure du ruban – le public a écouté le discours du maire qui a mis l’accent sur la place importante des associations au sein d’une cité. Puis, ce fut au tour du sous-préfet de dire sa joie de découvrir ce joyau que représente cette maison des associations au coeur de la commune de Joigny. Déjà, la grande salle – ou la la salle d’honneur – a trouvé son nom : Benoît Herr, adjoint au maire en charge de la communication et de l’événementiel, décédé en janvier 2020.

Maison asso inaug. 8          Ce fut une belle occasion pour les différents présidents et représentants des associations joviniennes de se retrouver pour un moment convivial autour des personnalités locales et d’échanger entre elles. Les deux années écoulées sans activité, pour la plupart d’entre elles, ont laissé des traces difficiles à effacer ; des traces devenues parfois des difficultés à surmonter. Mais parce qu’elles constituent le sel des cités, les associations ne désespèrent pas. Et c’est dans la bonne humeur qu’elles ont bu le verre de l’amitié en compagnie des élus et du représentant de l’État en espérant des jours meilleurs grâce au soutien des différentes institutions départementales et régionales. Cette maison mise à leur disposition est déjà une preuve que leurs élus sont attentifs à leurs efforts et à leur dynamisme et tiennent à les encourager.

Maison asso inaug 11          La France noire était représentée à cette cérémonie par Françoise PARRY, Chantal HARDY et Raphaël ADJOBI.

Rachel Keke concrétise le combat de Françoise Ega

Rachel Keke députée française          Qui l’eût cru ? Voir le combat pour la prise en compte de l’exploitation des femmes de ménage, mené par l’Antillaise Françoise Ega* au milieu du XXe siècle et poursuivi en ce XXIe siècle par Rachel Kéké (22 mois de lutte contre le groupe Accor) conduire cette dernière à l’Assemblée nationale est très réjouissant. Entre 1960 et 1962, Françoise Ega était seule à militer par l’enquête sur le terrain et l’écriture ; en 2020 – 2021, elles étaient une vingtaine de femmes de ménage à accompagner Rachel Kéké dans ce combat. Cela rappelle la lutte et la victoire des sardinières bretonnes en 1924*; mais cette fois, avec la victoire politique en plus !

Rachel Keke et le mépris          En effet, si hier on luttait pour s’assurer le pain quotidien, aujourd’hui on veut bien être à côté de ceux qui décident de son prix. Et Rachel Kéké l’a bien compris. La règle commune devrait être : personne ne doit se permettre de décider unilatéralement de l’avenir de l’autre ; par conséquent, il faut être là où se prennent les décisions ! C’est bien la leçon que beaucoup de Français n’ont jamais comprise parce que trop habitués à se fier à des gens qu’ils estiment « très intelligents parce que sortis des écoles faites pour eux et donc désignés pour gouverner » ! «Ces sortes d’enfants prodigues par décrets [qui se voient] conférés à vingt ans les privilèges et les obligations du génie » (Pierre Bourdieu). Que ceux-là sachent qu’aucun diplôme ne valide le degré d’intelligence de l’individu ! Tout diplôme n’est que le minimum requis pour accéder à une fonction sociale déterminée. Rien d’autre ! L’intelligence et le talent n’ont pas besoin de diplôme ; même si les connaissances acquises dans la recherche du diplôme peuvent aider à l’exploitation du talent. Sinon, comme le dit si bien Pierre Desproges, « les diplômes ne sont faits que pour ceux qui n’ont pas de talents » ; hors des diplômes, ils sont incapables de faire preuve d’originalité dans la vie.

Rachel Keke et Stéphane Ravacley 2          Espérons que ceux qui estiment que par leur métier et leur manque de diplôme valorisant, la gouvernante d’un hôtel parisien – Rachel Kéké – et le boulanger de Besançon – Stéphane Ravacley – salissent la vie de notre Assemblée nationale seront rappelés par les Français vraiment intelligents à revoir ce que veut dire un député. Un député ne représente pas une entité fictive mais une condition de vie concrète que l’on voudrait porter à un niveau meilleur, digne et respectable ! C’est tout simplement cela que l’on appelle un idéal à atteindre depuis que certains parmi nous ont déclaré que « Dieu Tout-puissant, dans Sa sainte et très sage providence, a disposé la condition des humains de telle sorte qu’à tout jamais il y aura forcément des riches, forcément des pauvres ; certains seront tout en haut, éminents en pouvoir et dignité, d’autres en bas et dans la sujétion » (John Wintrop, 1630 – cité par Raphaël ADJOBI dans Il faut remettre le français au centre de l’enseignement – une autre révolution est possible, édit. Les impliqués 2021). Et à tous ceux qui, lorsqu’ils voient un Noir ou un plus pauvre qu’eux, se disent qu’ils sont en danger et qu’ils leur faut par conséquent soutenir les riches parce qu’ils sont convaincus que plus les riches seront riches moins eux seront pauvres, je dédie ces mots à méditer : « Vous avez soin de filtrer vos boissons pour éliminer le moindre moucheron, et […] vous avalez le chameau tout entier » (Matthieu ch. 23 v. 24). Rachel Keke revue espagnole

* Depuis le 12 avril 2019, une rue de Marseille porte le nom de Françoise Ega, dite Mam’Ega, poète et militante (1920 – 1976).

* Les sardinières bretonnes ont remporté une première victoire en 1905 ; mais, en moins de 20 ans, ce qu’elles ont gagné en augmentation de salaire a été rattrapé par la hausse des prix. D’où la lutte de 1924 qui a abouti à un nouveau mode de calcul de la rémunération calquée sur le travail accompli et non sur le temps passé.

Raphaël ADJOBI

« Comment devient-on raciste ? » une conférence de Carole Reynaud-Paligot invitée par « La France noire »

La France noire et Carole Reynaud-Paligot          Dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage 2022, l’association La France noire a invité l’historienne Carole Reynaud-Paligot, coautrice de la BD « Comment devient-on raciste ?» (Édit. Casterman) pour deux conférences à Joigny (89) le jeudi 19 mai. La première séance s’est déroulée devant les lycéens et les élèves des classes de troisième du groupe scolaire Saint-Jacques. La seconde – tout public – a été l’occasion de rassembler des mouvements associatifs de la ville désireux d’une plus grande cohésion dans la lutte contre le racisme.

Capture pour blog 2          Les questions des jeunes ont montré qu’ils étaient conscients du fait que le racisme est une culture véhiculée par les adultes eux-mêmes ; des adultes qui traînent un passé fait du mépris de l’autre, de la valorisation de leur supériorité. Ce qui explique le besoin de ces jeunes de comprendre les mécanismes de cette haine de l’autre. La question : « comment combattre le racisme ? » a été posée lors des deux séances. La réponse de la conférencière, appuyée par le président de La France noire, a été claire : multiplier les rencontres avec la jeunesse afin de semer des connaissances sur ce fléau avec l’espoir de l’en préserver. Car l’ignorance entretient le racisme ; elle est le terreau sur lequel se développent les idées sans passer par le filtre de la réflexion. La conférencière a souligné le fait que essentialiser l’autre (lui attribuer des caractères propres immuables) pour l’inférioriser répond à un besoin de domination et d’exploitation mais aussi à un désir d’asseoir un nationalisme qui s’appuie explicitement ou implicitement sur la notion de « race » ; notion de « race » que les scientifiques assurent pourtant ne pas exister dans l’espèce humaine. Malheureusement, a-t-elle ajouté, dans l’histoire de l’humanité, il y a périodiquement des individus ou des groupes prêts à réactiver le mécanisme d’essentialisation et de hiérarchisation pour manipuler les masses à leur avantage. Et toujours, ces individus ou ces groupes trouvent des intellectuels, des scientifiques peu scrupuleux et des opportunistes pour applaudir.

Raphaël ADJOBI

L’Yonne Républicaine et la commémoration 2022 de l’abolition de l’esclavage à Joigny

Commém. mai 2022 Yonne républicaine

Depuis 2016 que l’association La France noire et la mairie de Joigny (89) commémorent l’abolition de l’esclavage, c’est la première fois que le journal départemental y consacre un article digne de l’événement ! Après des années de mépris et une humiliation, un jeune journaliste vient enfin de faire preuve d’un réel intérêt pour cet événement national. Il faut dire que si les préfets ont obligation d’organiser une cérémonie dans la capitale de leur département, cette obligation ne concerne pas les maires. En l’absence donc d’une volonté politique pour inscrire le 10 mai dans le calendrier national – voire même d’en faire un jour férié – chacun(e) fait avec sa sensibilité humaine, politique, de solidarité citoyenne, et le bon désir ou l’indifférence des associations de sa localité. En d’autres termes, presque rien ! Toutefois, en 2021, une circulaire du premier ministre soulignant « la nécessité de rappeler la place que l’esclavage (des Noirs) occupe dans notre histoire nationale » ainsi que la nécessité de « valoriser la part de la diversité française en rapport avec cette histoire » donnait mission aux préfets d’inviter les maires « à organiser une cérémonie similaire (à la leur), ou tout autre initiative, notamment culturelle en rapport avec la mémoire de l’esclavage ». Un an après cet appel ou cette invitation, Joigny semble demeurer la seule municipalité de l’Yonne, et peut-être même de toute la Bourgogne, à se souvenir de cet événement !

Discours autour de l’exposition « Léopold Sédar Senghor, l’Africain universel »

Extrait du discours du président de l’association LA FRANCE NOIRE prononcé le 10 mai 2019 dans les salons de l’Hôtel de ville de Joigny (89) devant les autorités de la commune à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Commémoration 2019          Nous sommes reconnaissants à l’association « Mémoires et partages », dont le siège est à Bordeaux, qui a réalisé l’exposition que nous présentons aujourd’hui. L’association a aussi une antenne au Sénégal ; ce qui explique, en partie, le thème de cette exposition : « Senghor, l’Africain universel ».

          La figure de Léopold Sédar Senghor nous rappelle un pan de notre Histoire commune : l’histoire coloniale de notre pays.

          Léopold Sédar Senghor est né sujet français à Joal, en Afrique, dans le territoire français du Sénégal. Comme tous les sujets français des colonies, sa vie va se construire dans le système colonial qui avait bien entendu besoin d’administrateurs locaux pour certaines fonctions. Mais, comme nous le savons tous, c’est la passion de la littérature qui va triompher en lui, et plus particulièrement l’amour de la poésie.

          On retient souvent de lui le poète et le chantre de la négritude – c’est-à-dire celui qui plaide pour la reconnaissance d’une histoire et d’une culture noires participant à une civilisation de l’universel au-delà des différences des traditions. Mais Senghor c’est aussi le sujet français très soucieux de remplir ses devoirs envers sa patrie, puisqu’il a participé à la deuxième guerre mondiale dans un régiment d’infanterie colonial.

Senghor Universel          Je voudrais ici m’attarder un peu sur un fait de l’histoire de cet homme ; un fait de son histoire qui nous éclaire sur l’histoire de la France avec les Noirs d’Afrique. Léopold Sédar Senghor étant noir et né dans une colonie française d’Afrique était sujet français et non pas citoyen français. Et ce n’est pas du tout la même chose ! Il pouvait participer à l’effort de guerre contre l’Allemagne mais ne pouvait entrer dans la fonction publique française métropolitaine. Sujet français, il lui a fallu demander la nationalité française afin de postuler au concours d’agrégation de grammaire et entrer ainsi dans l’enseignement en France en 1935.

          Mais alors, me direz-vous, quelle était la nationalité d’un sujet français ? Eh bien, il n’y en avait pas ! Senghor né au Sénégal n’était pas sénégalais ; puisque le Sénégal n’était pas une nation indépendante, la nationalité sénégalaise n’existait pas ! Avant d’obtenir la nationalité française, Senghor était donc officiellement « un Français sans papier » aussi bien au Sénégal qu’en France. C’était cela la réalité de la situation de tous les Africains des colonies françaises jusqu’en 1960.

          Ce n’est donc qu’en 1960, à 54 ans, à l’indépendance du Sénégal – et de presque toutes les colonies françaises d’Afrique – que Senghor, citoyen Français seulement à partir de 1935, va devenir Sénégalais. Senghor, un Noir né au Sénégal était donc Français avant de devenir sénégalais ! (aucun Français d’origine européenne ne peut se vanter d’avoir eu un tel parcours).

          Mesdames et messieurs, imaginez maintenant tous ces Africains « Français sans papier » et sans nationalité parce que « sujet français » – comme Senghor au départ – venus en France pendant les deux guerres mondiales et qui sont souvent restés en métropole ; imaginez tous ces Africains « Français sans papier » qui sont venus en France pour la reconstruction de la mère patrie à partir de 1946 ; imaginez tous ces Africains qui arrivaient en France après 1960 alors que les jeunes États indépendants n’avaient pas encore une administration pour identifier leurs populations et leur délivrer une nationalité (sénégalaise, gabonaise, malienne…). Si vous imaginez tout cela, alors, mesdames et messieurs, vous comprenez parfaitement pourquoi en France, jusqu’à la fin des années 1980, on employait plutôt l’expression « sans papier » pour désigner les Africains de France ou les Africains-Français et non le mot « immigrés ». Les moins jeunes parmi nous peuvent témoigner que c’était cela la réalité : avant les années 1990, « sans papier » était pour ainsi dire le statut des anciens « sujets français » ou des Africains des anciennes colonies françaises.

          Retenons donc que cette exposition retrace l’histoire d’un Français « sans papier » – mais qui devait, si nécessaire, verser son sang pour la France.

N’est-ce pas le fait de ne pas enseigner cette histoire qui cultive l’ignorance, et par voie de conséquence le racisme que l’on prétend vouloir combattre ? Pour combattre le racisme, il serait bon de commencer par cesser la culture de l’ignorance qui l’entretient.

Raphaël ADJOBI

Anne Hathaway combat les idées reçues

Bref discours de l’actrice américaine Anne Hathaway lors d’une soirée de gala de Human Rights compaign.

Anne Hathaway 2« Tout ce avec quoi je suis née m’a placée au centre d’un mythe dommageable et largement accepté. Ce mythe est que l’homosexualité gravite autour de l’hétérosexualité, et que toutes les « races » gravitent autour de la blanchité. Ce mythe est faux ! Mais ce mythe est trop réel pour trop de monde. Il est ancien, donc on y croit. C’est une habitude, donc on pense que c’est la norme. Il est hérité, donc on le pense immuable. Ses conséquences sont dangereuses parce qu’il privilégie un certain type d’amour, un certain type de corps, une certaine couleur de peau, et ne donne pas la même valeur à tout ce qui n’y ressemble pas. C’est un mythe qui nous accompagne depuis la naissance. Et c’est un mythe qui garde l’argent et le pouvoir entre les mains d’un petit groupe au lieu de l’investir dans les vies des personnes libres.

Ensemble, on ne va pas simplement remettre ce mythe en question. On va le détruire ! »

  • Anne Hathaway va fêter ses 40 ans le 12 novembre 2022.

Le baiser « esquimau » ou les voyageurs européens et le colportage des préjugés

Le baiser esquimau 1          Dans une brève analyse de ce que veut dire « Penser par soi-même », Luís-Nourredine Pita – vice-président de l’association La France noire – écrivait, dans un billet publié sur notre blog, que « le préjugé […] c’est quelque chose que l’on a acquis passivement, qui fait partie des influences reçues ». Par conséquent, le préjugé est une pensée ou « une idée qui n’a pas été remise en question, qui n’a pas été passée au crible de la réflexion », ajoutait-t-il. Sachons qu’il en est ainsi de nombreuses idées que les voyageurs européens, en rencontrant les peuples lointains, ont colportées à travers toute l’Europe pendant des siècles puis dans la culture mondiale par la colonisation d’autres contrées. Y avez-vous déjà pensé ? Formulons la question autrement : avez-vous déjà pensé que de nombreuses affirmations que nous véhiculons à longueur de journée sont des préjugés, c’est-à-dire des pensées qui ne sont pas vraies, qui « ne sont pas des pensées véritables » ?

          Le préjugé est un jugement auquel on s’accroche, une opinion que l’on adopte sans aucun examen pour savoir si elle correspond à la réalité, à l’objet, à la chose ou à la personne réelle. C’est le préjugé qui a fait des autochtones des Amériques des Indiens ! Cette dénomination ne renvoyait et ne renvoie toujours pas à la réalité. Et comme les préjugés ont naturellement la vie dure, cinq siècles après l’erreur monumentale de Christophe Colomb, l’éducation familiale et l’enseignement public sont incapables de voir les autochtones des Amériques autrement que des Indiens ou Amérindiens (Indiens des Amériques !). Soyons honnêtes : le préjugé ne serait-il pas synonyme de fainéantise de l’esprit, d’incapacité à s’élever plus haut que ce que l’on entend et apprend tous les jours ?

Le baiser esquimau 3          Parlons ici d’un préjugé colporté par les Européens à travers le monde que les populations concernées viennent de faire voler en éclats. Tout le monde a appris que les « Esquimaux », ces « petits êtres des zones polaires », s’embrassent en frottant leur nez l’un contre l’autre. En réalité, les Inuits (faussement appelés Esquimaux) – ces populations de la zone arctique s’étendant de l’Alaska au nord-est de la Russie en passant par le nord du Canada et le Groenland – ne s’entrechoquent pas le nez pour se témoigner leur affection. Le baiser inuit consiste à saisir des deux mains la tête de la personne que l’on veut embrasser et à appliquer de manière plus ou moins appuyée, selon l’intensité du sentiment, le nez et la bouche sur sa joue. Il est permis de laisser entendre un bruit de succion. Entre l’opinion véhiculée par les voyageurs européens et la réalité qu’une jeune chanteuse Inuite et sa mère ont tenu à montrer, le fossé est bien grand ! Voilà ce que vous pensez, voilà ce que nous sommes, semblent-elles crier au monde. Et nous voilà tout à coup bien bêtes ! Mais le préjugé, lui, ne mourra pas.

Le baiser esquimau texte 2          De nombreuses personnes soutiennent des idées sur des peuples étrangers et leur passé tout simplement parce qu’une personne de leur pays ou de leur continent les a affirmées. Si les préjugés ont la vie dure, c’est-à-dire s’ils sont difficiles à éradiquer, c’est parce que l’éducation et surtout l’enseignement les entretiennent allègrement malgré les efforts des scientifiques de ce XXIe siècle. Combien sont-ils ces universitaires qui, au lieu de consulter les peuples eux-mêmes, se fient à l’intelligence des leurs, de ceux qui leur ressemblent, tournant ainsi dans une sphère sereine comme la souris dans sa cage avec la ferme conviction d’être très intelligente. Ce qui fait dire aux auteurs de Lady sapiens (Ed. Les Arènes 2021) que « un travail de déconstruction attend toujours les scientifiques afin de venir à bout des préjugés des universitaires eux-mêmes ». Car c’est par eux que les jeunes apprennent… les préjugés.

Raphaël ADJOBI

Joséphine Baker et la banane au Panthéon

Joséphine Baker 1          Qui aurait dit que les portes du Panthéon s’ouvriraient un jour pour accueillir une noire qui, il y a quelques décennies, dansait avec une ceinture de bananes – ces bananes qu’en ce XXIe siècle, à Angers comme sur les stades de France, on jette encore à ceux dont la couleur de peau évoque un monde bien sauvage à la France blanche ? Les populations de Biarritz, qui ont choisi de nommer un de leurs quartiers La négresse afin d’avoir tous les ans l’occasion de se moquer de la tenancière noire du bordel local à l’époque de Napoléon, doivent être mortes de rire !

Joséphine Baker double          Avec l’entrée d’une négresse au Panthéon en ce XXIe siècle, tous ceux qui pensent que les termes France et Noir sont incompatibles trouveront sans doute l’occasion belle pour laisser s’exprimer violemment ou sournoisement leur haine épidermique à l’égard des populations noires de France. Cette mère bretonne et sa fille, qu’elle a incitée à hurler « à qui est la banane ? c’est pour la guenon pour qu’elle grandisse ! » au passage de Christiane Taubira, ont désormais une raison de crier à la trahison de la France blanche. Les années à venir nous promettent-elles les pires moments du racisme français, de même que l’élection d’Obama a ravivé le racisme américain ?

          L’entrée de Joséphine Baker au Panthéon est l’occasion de rappeler qu’il ne faut pas oublier que ce qui se passe en France en 2021, que tout ce qui se passera en France en 2022, 2023… était déjà inscrit dans les faits de notre histoire nationale il y a à peine huit ans : la violence de la haine de l’Autre !

Aux parents dont les enfants deviennent des racistes à 10 ans, je dédie 

ce billet de François Morel, adressé en novembre 2013 sur France Inter

           à la petite bretonne raciste (qui a fêté ses 18 ans en 2021)

Mais qu’est-ce que tu vas faire de ta vie, petite c… ? Déjà si jeune et déjà percluse de ressentiment, de violence larvée, de médiocrité, de bêtise, qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ? Quel avenir nous promets-tu ? Oui, petite c…, dans quel marigot insalubre, dans quel bourbier pernicieux, dans quel marécage de pensée rance et écœurante vas-tu te mouvoir le reste de ta vie ?

Toi qui au compteur de ton existence marque à peine dix ans, toi qui, […] te croyant amusante, te croyant pénétrante, imbécile, te croyant indocile devant le palais de justice d’Angers, a hurlé, une peau de banane à la main : c’est pour qui la banane ? C’est pour la guenon ! Te rendras-tu compte un jour, pauvre petite idiote, de l’ignominie de ton geste, de la honte de tes paroles, de l’indignité de ta pauvre attitude ? Sais-tu la désolation que ressentiraient en te voyant, incrédules et atterrés, tous ceux qui un jour se sont battus pour que sur les frontons de la mairie, de l’école publique – que sans doute tu as tort de ne pas fréquenter – on puisse écrire ces mots si simples qui sont pourtant un programme, un objectif, un idéal : Liberté, Égalité, Fraternité ? »

Joséphine Baker 3         Les autorités de notre pays ne doivent jamais oublier qu’il leur appartient de montrer à toute la nation que les Français noirs ont aussi besoin de références respectables et respectées. Panthéoniser, oui ; mais ne pas manquer de préciser que cela est une ferme volonté de faire avancer la connaissance des Autres pour mieux respecter leur différence. On ne combat pas le racisme avec de belles paroles mais avec des exemples valorisants et des outils pédagogiques qui montrent les armes qu’emploie ce fléau pour avancer dans la société.

Raphaël ADJOBI

Où est passé le Blanc du célèbre podium des J.O de 1968 ?

          Dans l’espace public de l’université de San José, aux États-Unis, trône une reproduction singulière, étrange même, du célèbre podium des JO de 1968 à Mexico où deux des trois hommes – les Noirs – lèvent une main gantée de noir en signe de dénonciation des violences policières qui accompagnent le racisme des Américains blancs à l’égard de leurs compatriotes noirs. Une sculpture étrange et dérangeante parce que l’athlète blanc du fameux podium n’y figure pas. De ce fait elle interpelle la conscience de toute personne qui la regarde.

J.O 1968 Mexico San José          Comment a-t-on osé faire cela ? Même si le Blanc n’avait pas levé une main gantée en guise de solidarité ou de soutien à la cause des Noirs, il était bien sur le podium et faisait donc partie de l’événement olympique pour quiconque veut raconter l’histoire, me suis-je dit. Il m’a fallu lire deux ou trois articles pour comprendre que ma réaction indignée tenait au fait que ma connaissance de l’histoire des trois hommes de ce podium, universellement connu et aujourd’hui célébré, était très incomplète.

          Je savais que ces deux points levés gantés de noir – pour dénoncer la sanglante répression des manifestations qui ont suivi l’assassinat de Martin Luther king en avril de cette année 1968 et de manière générale le racisme dont sont victimes les Noirs américains – ont coûté aux deux athlètes noirs leur exclusion immédiate des Jeux Olympiques. Ils ont été ensuite interdits de compétitions à vie par le CIO (le Comité international olympique) qui ne veut pas de l’ingérence de l’humanisme dans le sport. Je savais aussi que cet acte les avait condamnés à vivre comme des parias dans leur pays où ils ont régulièrement subi des menaces de mort. Difficile pour eux de trouver un emploi. L’épouse de l’un a divorcé ; celle de l’autre s’est suicidée. Du troisième homme du podium – l’homme blanc – je ne savais rien !

                     L’homme blanc du podium olympique de 1968

J.O 1968 Mexico 2          Le Blanc du célèbre podium des Jeux Olympiques de 1968 symbolisant la lutte contre les violences policières et le racisme des Blancs à l’égard des Noirs est l’Australien Peter Norman, arrivé en deuxième position de la course des 200 mètres. Ce que le public du stade n’avait sûrement pas vu lors de la remise des médailles mais qui n’avait pas échappé aux officiels de l’organisation des Jeux, c’est que par solidarité avec les deux athlètes noirs – Tommie Smith et John Carlos – Peter Norman arborait aussi le badge de l’ Olympic project for human rights – (Projet Olympique pour les Droits de l’homme visant à protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis et dans le monde). Regardez bien l’image du podium et vous remarquerez la discrète union entre ces trois hommes symbolisée par ce badgeJ.O 1968 Mexico Olympic project. Cela explique pourquoi la reproduction en bronze du célèbre podium de Mexico 1968 à Washington, au National museum of African American history culture, est indubitablement le témoignage d’une histoire qui mérite d’être connue à travers le monde au nom de la fraternité humaine. Dans ce musée, Peter Norman n’est pas un figurant, un faire-valoir des deux autres, comme le croient tous ceux qui ignorent le sens du badge sur leur survêtement. Il est représenté en tant que militant pour l’égalité des droits humains dans chaque pays du monde où vivent Noirs et Blancs. C’est ce que j’ignorais.

J.O 1968 Mexico après          Peter Norman, l’Australien, a été aussi – de manière plus discrète – un paria dans son pays. Il n’a pas été immédiatement exclu des Jeux Olympiques d’octobre 1968 comme les Américains Tommie Smith et John Carlos. Mais, dans son pays, malgré ses performances athlétiques et sa qualification, il a été privé des Jeux de 1972. Contraint par J.O 1968 Mexico Funéraillesles besoins de la vie sociale, il avait alors repris son métier d’enseignant mais l’avait perdu quelques années plus tard pour des raisons obscures. Il est mort le 3 octobre 2006 d’une crise cardiaque à Melbourne, à 64 ans. N’ayant jamais perdu le contact avec ses deux amis noirs américains, ceux-ci – réhabilités dans leur pays au début des années 2000 – ont fait le voyage en Australie pour le porter à sa dernière demeure.

         Le sens de la statue de l’homme blanc absent du podium de 1968

J.O 1968 Enfant          La statue du célèbre podium de 1968 de l’université de San José (Californie) invite tous les Blancs des États-Unis et tous les visiteurs blancs du monde entier à se positionner par rapport à la lutte pour l’égalité entre les Noirs et les Blancs en prenant la place de Peter Norman laissée vide. Que chaque Blanc qui pense sincèrement partager le même idéal que lui prenne sa place pour poursuivre le combat ! Voilà le sens du monument. Quelle idée géniale de la part de l’artiste d’avoir pensé à concevoir cette statue qui invite à la réflexion ! Bravo à tous les artistes qui sont capables de nous obliger à réfléchir à partir de peu de chose, surtout ceux qui semblent nous choquer alors qu’ils nous interpellent.

° Plus de onze ans après sa mort, le 28 avril 2018, le gouvernement australien a décoré Peter Norman de l’Ordre du mérite, reconnaissant ainsi que les faits qui lui étaient reprochés 50 auparavant étaient une injustice collective à l’égard de l’idéal qu’il défendait.

° Témoignage de John Carlos en 2018 (23 ans en 1968) : « Nous étions préoccupés par l’humanité, les droits de l’Homme. […] Malheureusement, concernant les droits civiques, un escargot a fait plus de chemin en 50 ans » (France Inter 2018).

° Témoignage de John Smith (entraîneur américain de la Française Marie-José Perec) : « John Carlos et Tommie Smith m’ont fait comprendre que quand on croit en quelque chose et qu’on défend des valeurs, on sait qu’il y aura des conséquences. Le plus important était que les choses changent. Ils ont mis leur vie en jeu pour que les gens prennent conscience de ce qui se passait. C’était une affirmation sociale. Peter Norman aussi a été ostracisé quand il est rentré en Australie ».

Raphaël ADJOBI

La championne de tennis Naomi Osaka et la lutte contre le racisme

Naomie Osaka - US Open 2020          En novembre 2020, lors d’une audition devant les parlementaires britanniques, Greg Clarke a employé un terme stigmatisant à l’égard des footballeurs noirs et a dû immédiatement démissionner de son poste de président de la Fédération anglaise de football (FA). En France, selon le journal Ouest-France de juin 2021, malgré les cris de singe, les jets de bananes et les propos racistes mille fois dénoncés, Noël Le Graët, le président de la Fédération française du football (FFF), nie le racisme à l’égard des footballeurs noirs, et cela « de façon parfois…inappropriée » : « le racisme n’existe pas dans le foot ou peu » avait-il dit, fier de lui !

          Au début du mois de décembre 2020, à Istanbul, les joueurs du Paris SG et ceux de l’équipe turque de Basaksehir Istanbul ont accompli un geste inédit dans l’histoire du football en terre d’Europe : ils ont quitté la pelouse en cours de match pour protester contre les propos racistes du quatrième arbitre à l’égard d’un membre camerounais de l’encadrement du Basaksehir. Mis à part ce fait, le racisme dans le football semble ne pas exister en Europe pour La FIFA qui se contente d’afficher des slogans sans jamais prendre de sanction ferme et claire.

Naomi Osaka 4 images militantes          Les empoignades de la joueuse de tennis Naomi Osaka avec les médias japonais qui assurent que dans leur pays « on ne mélange pas le sport et la politique » nous rappellent évidemment les propos des journalistes et des politiques français entendus sur les ondes durant des décennies. Nous pensons donc que la réponse cinglante que la joueuse japonaise a envoyée aux médias de son pays s’adresse aussi à ceux de France et à tous les politiques prompts à accuser les sportifs noirs (et même les autres) de vite crier à la victimisation : «Je déteste ceux qui disent que les athlètes ne doivent pas se mêler de politique et se contenter de divertir le public. D’abord, c’est une question de droits de l’homme. Deuxièmement : en quoi avez-vous plus le droit que moi de vous exprimer ? Avec votre logique, une personne qui travaille chez Ikea a juste le droit de parler du mobilier Grönlid.» La jeune fille avait 22 ans quand elle tenait ce discours. Avouons que peu d’adultes ont été capables, sont capables, et seront capables d’être aussi clairvoyants sur le sujet ! Elle vient d’avoir 24 ans en octobre 2021.

Naomi Osaka en famille          Naomi Osaka est née en octobre 1997 à Osaka d’une mère japonaise et d’un père haïtien. Elle est la seconde fille du couple. Les parents ont fait le choix de faire porter à leurs filles le nom de leur mère pour des raisons pratiques liées à leur vie au Japon. Les grands-parents japonais désapprouvant ouvertement le mariage de sa mère avec un noir, Naomi et sa petite famille ont fini par quitter le pays pour s’installer aux États-Unis. Elle n’avait alors que 3 ans. C’est là-bas que sa sœur et elle vont être formées en suivant le même régime que les Américaines Vénus et Serena Williams. La suite, on la connaît : elle parviendra même à détrôner momentanément son modèle Serena williams de la première place mondiale, après avoir abandonné, à 19 ans, la nationalité américaine pour la japonaise.

                                    Le blanchiment de Naomi Osaka

Naomie Osaka blanchie 2          Si les Japonais s’enflamment pour ses succès sur les cours de tennis, les prises de position fracassantes de la jeune championne – pourtant très timide – les indisposent parce qu’elles bousculent leurs habitudes. En 2018, sa compatriote Nao Hibino – également joueuse de tennis – déclarait : « Pour être honnête, nous nous sentons un peu éloignés d’elle parce qu’elle est si différente physiquement ». Le Japon est en effet l’une des nations les moins ethniquement diversifiées de la planète et où la multiplication des publicités racistes opposant la peau noire (saleté) et la peau blanche (propreté) semble ne choquer personne. En 2019, quand la société de nouilles instantanées Nissin a réalisé une publicité de style manga dans laquelle Naomi Osaka apparaissait avec la peau blanche, la concernée n’a pas manqué de faire clairement savoir aux promoteurs qu’elle n’est pas Blanche. La société a présenté ses excuses et a retiré sa publicité. En 2020, face à la protestation de la jeune joueuse, le radiodiffuseur public japonais NHK s’est excusé à son tour pour avoir caricaturé les Noirs et exclu les principales raisons de leur mouvement dans un film d’animation censé expliquer leurs manifestations aux ÉNaomi Osaka porte-flamme Tokyotats-Unis et en Europe. « Dans un pays où la tradition est d’éviter les disputes, (où) l’harmonie est la chose la plus importante », déclare Robert Whiting (auteur de Tokyo Junkie), Naomi Osaka a enclenché « un processus d’apprentissage pour les Japonais ». Depuis 2020, ajoute-t-il, « il y a eu des discussions dans des émissions de variétés à la télévision expliquant les prises de position de la championne » (BBC News Afrique).

              L’héritière des athlètes noirs au poing levé de Mexico en 68

Naomi Osaka l'héritière          La jeune joueuse est donc connue pour être très ferme quand il s’agit du racisme. En août 2020, elle franchit un palier dans sa volonté de militer contre ce fléau. Quelques heures après sa qualification pour les demi-finales du tournoi de Cincinnati, elle annonce qu’elle ne jouera pas son match prévu le jour suivant. Elle a décidé d’aller manifester avec le mouvement Black Lives Matter contre les violences policières à l’encontre des Noirs américains après l’affaire Jacob Blake, un homme de 29 ans touché dans le dos par plusieurs balles tirées par un policier blanc. Les organisateurs ont été obligés de reporter tous les matchs permettant ainsi à Naomi Osaka de demeurer dans le tournoi. A ceux qui semblaient ne pas apprécier sa décision, elle a répondu : « En tant que femme noire, j’ai le sentiment qu’il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis. Je ne m’attends pas à ce que quelque chose de radical se produise si je ne joue pas ; mais si je peux engager une discussion dans un sport majoritairement blanc, je pense que c’est un pas dans la bonne direction ». A 24 ans, Naomi Osaka est indubitablement devenue la digne héritière des athlètes américains Tommie Smith et John Carlos qui, aux jeux olympiques de Mexico en 1968, ont levé un point ganté de couleur noire en soutien à la cause des Afro-Américains lors de la cérémonie de remise des médailles du 200 mètres. C’était l’année de l’assassinat de Martin Luther King et de la sanglante répression des manifestations qu’il avait engendrées.

Raphaël ADJOBI