Retour à Notre-Dame de Cosne-Cours-sur-Loire

Cosne-sur-Loire sept. 2020 - capt. bis A          Comme l’année dernière, c’est le collège Notre-Dame de Cosne-Sur-Loire (58 – Nièvre) qui est le premier établissement à accueillir La France noire dès le 21 septembre. Mais cette fois, c’est sous les masques que s’est déroulé l’échange autour de l’exposition «Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques». Disons donc que sous le masque la culture continue.

Cosne-sur-Loire sept. 2020 - capt. 1 A          Rappelons que l’Education nationale conseille vivement aux professeurs de permettre aux élèves de travailler autrement les contenus des programmes scolaires que par un enseignement «académique» consistant par exemple à considérer qu’un sujet d’histoire est l’affaire exclusive du professeur d’histoire. En d’autres termes, depuis quelques années, une thématique peut constituer un «enseignement pratique interdisciplinaire» (EPI), c’est-à-dire être menée de front par différents professeurs – donc dans différentes matières – avec les élèves d’un même niveau. Ainsi, cette deuxième visite de notre exposition n’avait pas seulement pour objectif d’élargir les connaissances des élèves en histoire sur la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques. Elle constituait aussi le point de départ d’un travail collectif entre Madame Sylvie Plançon, la professeure d’histoire, et ses collègues de français, arts plastiques, éducation musicale, EPS et leurs élèves de quatrième.

          Pour que cet enseignement laisse des traces concrètes et durables dans chacune des matières afin de témoigner de l’investissement des élèves, ceux-ci participent à la sixième édition du concours national de «La flamme de l’égalité». Oui, ce concours existe ! Il est organisé par le Ministère de l’Education nationale, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, et la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Et en 2021, le prix qui sera décerné marquera le 20e anniversaire de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Une adroite façon d’inciter les enseignants et les élèves à porter une attention particulière sur la construction de «l’égalité», le deuxième pilier de notre devise nationale. Tous libres, oui ! mais être tous égaux est aussi une absolue nécessité. Sommes-nous combien à le rappeler souvent autour de nous ? Comment ? Par quel outil pédagogique ? En tout cas, en s’appuyant sur notre exposition pédagogique pour produire leurs oeuvres écrites, orales, picturales, musicales…. (je ne cite pas tous les domaines qui seront exploités) les élèves auront le temps de bien réfléchir à cette réalité : parler d’égalité suppose forcément prendre en considération l’Autre avec les droits que je défends pour moi.

          La France noire souhaite bonne chance aux élèves de quatrième. Amitié à Mme Plançon qui a eu l’idée de donner aux élèves des bases concrètes faites d’images rares sur la vie et les luttes des esclaves pour nourrir leur enthousiasme. Bon courage à toutes et à tous !

Raphaël ADJOBI

« Que diable allait-il faire dans cette galère ? »

Une galère          Chacun de nous se souvient sûrement de cette réplique de Géronte, l’un des personnages principaux des Fourberies de Scapin de Molière, répétée sept fois dans la scène VII de l’acte II. Afin de se venger de son maître, Scapin prétend que son fils Léandre a été capturé par des Turcs qui lui demandent une rançon en échange de sa libération. Géronte doit – bien sûr par l’intermédiaire de Scapin lui-même – donner cinq cents écus aux ravisseurs s’il veut revoir son fils. C’est donc bien naturellement que l’avare Géronte, plein de désespoir, se demande constamment «Que diable allait-il faire dans cette galère ?» Cette réplique souvent accentuée aujourd’hui pour provoquer l’hilarité des jeunes publics renvoie pourtant à une réalité d’un passé pas si lointain qui n’était pas drôle du tout.

          Une galère est un navire à rames qui a été essentiellement développé en Méditerranée où les flots sont plus calmes. «L’avantage des galères était de pouvoir naviguer sans vent ou contre le vent et […] pouvoir accoster plus facilement» (Alexandre Skirda, La traite des Slaves, l’esclavage des Blancs du VIIIe au XVIIIe siècle). C’est avec ce navire qu’est né le nom «galérien» désignant l’esclave rameur. Afin de nous donner une idée précise du sort de ces hommes, Alexandre Skirda nous livre le récit d’un noble tchèque qui, en 1599, a relaté sa servitude de galérien : «Nous fûmes conduits sous escorte à bord de la galère et Ahmed, le reiss ou capitaine, un chrétien natif d’Italie devenu Turc, ordonna de nous faire enchaîner aux rames. Le vaisseau était assez grand et cinq prisonniers s’y tenaient assis sur un banc, tirant ensemble sur une seule rame […]. Aucun labeur sur terre ne peut être plus pénible ; chaque prisonnier est enchaîné à son banc par un pied. Il a juste assez de liberté pour se mouvoir sur le banc et manoeuvrer la rame. A cause de la chaleur, on ne peut ramer que nu, vêtu seulement d’une culotte de toile […]. On place des anneaux de fer sur les poignets des captifs, afin qu’ils ne puissent pas se rebeller contre les Turcs. Les pieds et les mains entravés de la sorte, ils doivent ramer nuit et jour, sauf en cas de tempête, jusqu’au moment où leur peau, rôtie comme celle d’un cochon de lait à la broche, se fend sous l’action de la chaleur…».

Alexandre Skirda 3          Selon Alexandre Skirda, ce phénomène n’était pas spécifique à la Turquie et était répandu parmi les autres flottes méditerranéennes jusqu’à ce que la marine à voile supplante définitivement les galères au milieu du XVIIIe siècle. «En France, dit-il, elles furent nombreuses, 42 en 1696, nécessitant 12 000 galériens pour assurer le service». Et il ajoute : «Bien avant et après la révocation de l’édit de Nantes, de nombreux Huguenots y furent envoyés […]. En 1745, il y avait encore 15 galères à Marseille, avec un effectif de 2778 hommes d’équipage y compris les officiers, et 4318 galériens». Et l’Église catholique ne dédaignait pas non plus l’esclavage des Blancs. Dans les années 1625, un captif et galérien «parvint à s’emparer avec ses compagnons ukrainiens d’une galère et offrit 300 prisonniers turcs au pape». Déjà, en 1294, le pape Célestin V ne clamait-il pas que si «un prêtre épousait une femme libre, les enfants seraient esclaves de l’Eglise» ? Parce qu’elle avait des besoins pressants de main-d’oeuvre, la mise en esclavage touchait aussi les «coupables de sacrilèges, notamment ceux qui s’attaquaient aux églises et aux évêques». Ainsi, à Séville, en 1525, l’archevêque possédait une centaine d’esclaves, «sans compter ceux des dignitaires du châpitre, du doyen, des administrateurs, des simples chanoines» (P. 168, 169). Et «Louis XIV qui voulait développer la flotte française en fit acheter beaucoup par Colbert comme rameurs». Ainsi, contrairement à ce que Molière voudrait nous laisser croire, l’esclavage des Blancs n’était pas une activité exclusivement musulmane aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle. Il valait sûrement mieux pour lui ne pas évoquer les galères du roi de France.

          Cependant, depuis la chute de Constantinople (Istanbul) en 1453 – signifiant la fin de l’Empire romain d’Orient – les Turcs à la solde des sultans ottomans dominaient la traite et le commerce des esclaves essentiellement Slaves. Pour preuve, «après la prise de quinze galères ottomanes en 1652, 1656 et 1661, selon une statistique établie auprès d’esclaves chrétiens ayant obtenu un sauf-conduit à Malte, sur un total de 2483 galériens de toutes origines, les Ukrainiens, Biélorusses et Moscovites en représentaient les deux tiers, devant les Italiens, Grecs, Français et Espagnols». Pour tous ces galériens qui travaillaient dans le désespoir, la seule espérance était en effet d’être abordés par des navires ennemis qui les délivreraient. Ce qui arrivait parfois si lors de l’attaque leur navire ne sombrait pas au fond de la mer. L’autre possibilité de recouvrer la liberté était la mutinerie, au risque d’être tous massacrés en cas d’échec. Quelle galère !

Raphaël ADJOBI

N.B. Toutes les citations de ce texte sont tirées du livre d’Alexandre Skirda (La traite des Slaves du VIIIe au XVIIIe siècle – L’esclavage des Blancs, édition 2010 revue en 2016 ).

La première déléguée départementale de La France noire

Suzanne EKIMA          Notre association va enfin pouvoir s’ancrer dans un autre département que l’Yonne (89) qui abrite son siège. Il y a quelques mois, La France noire avait enregistré l’adhésion de Suzanne EKIMA, responsable d’exploitation au sein d’une association d’aide à domicile dans les Yvelines (78). L’enthousiasme qu’elle a manifesté en découvrant nos travaux et nos interventions pédagogiques nous a poussés à chercher à mieux la connaître. A la mi-août, Françoise Parry (secrétaire et trésorière) et moi-même (président), avons donc fait le déplacement à Sartrouville pour la rencontrer.

Sartrouville avec Adoum 4         Suite à nos discussions, Suzanne a accepté d’être la déléguée de La France noire dans son département et plus largement dans la région parisienne. Afin de l’aider à faire connaître notre association dans sa zone d’action, une manifestation sera proposée à une municipalité des Yvelines autour de l’une de nos trois expositions pédagogiques. Ce projet sera mis en route quand les mesures sanitaires relatives à la COVID-19 le permettront.

          Merci à notre première déléguée pour son engagement qui nous fait plaisir. La France noire travaillera à mettre à sa disposition les documents publicitaires nécessaires à son action. Nous espérons qu’autour d’elle se constituera, avec le temps, une équipe dynamique qui nous fera connaître non seulement auprès des établissements scolaires mais également auprès des mairies de la région parisienne.

Raphaël ADJOBI

Notre exposition au collège Saint-Jacques de Joigny (89)

Madame Laurence Bonant, principale du collège Saint-Jacques, était au nombre de nos invités à la commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage le 17 mai dernier. Elle avait particulièrement apprécié la qualité du travail sur les Français noirs illustres présenté ce jour-là. Aussi, au moment d’accueillir « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques », elle n’a pas hésité à offrir la chapelle de son établissement pour abriter notre exposition. Le résultat est tout simplement magnifique ! Ne dit-on pas dans le domaine de l’art que le cadre participe à la beauté de l’œuvre ? Merci de tout cœur à Madame Bonant d’avoir trouvé notre travail digne de ce lieu sacré. Découvrez les images de l’exposition sur le site du collège.

Expo Collège Saint-Jacques

Les images de la commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage (Joigny le 17 mai 2018)

Le 17 mai 2018, les salons de l’Hôtel de ville de Joigny ont accueilli pour la troisième année consécutive la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage initiée dans cette cité de l’Yonne par notre association. L’organisation de la cérémonie est, bien sûr, chaque fois accompagnée par la municipalité. C’est avec beaucoup de fierté que nous avons présenté à cette occasion notre deuxième exposition pédagogique itinérante ayant pour thème « Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France ». Et c’est avec beaucoup de plaisir et de reconnaissance que nous avons accueilli notre conseillère départementale, Madame Françoise Roure, qui a oeuvré et oeuvre auprès de ses pairs pour faire connaître le caractère citoyen de nos projets afin de nous attirer leur soutien. Nous n’oublions pas l’ambassade du Togo à Paris pour son précieux secours.

Merci à BZD-TV de l’Agence Glouzilet (Paris) pour le reportage télévisé de la cérémonie (2e info sur la vidéo à la suite des photos)

Abolition esclavage 17.05.2018 (20)

Abolition esclavage 17.05.2018 (22)

Abolition esclavage 17.05.2018 (23)

Abolition esclavage 17.05.2018 (37)

Abolition esclavage 17.05.2018 (38)

Abolition esclavage 17.05.2018 (1)

               Raphaël ADJOBI              Monsieur Le maire Bernard Moraine

  Découvrez la vidéo de la cérémonie du 17 mai (2e flash info)

Commémoration des 170 ans de l’abolition de l’esclavage à Joigny (L’Yonne Républicaine)

Commémoration des 170 ans de l’abolition de l’esclavage, en mairie

Jeudi soir en mairie de Joigny, à l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, la Ville, en partenariat avec l’association La France noire, présidée par Raphaël Adjobi, a présenté une exposition sur les Noirs de France illustres*.

Le général Toussaint Louverture, héros de l’abolition de l’esclavage de 1794 ; Alexandre Dumas dont deux ancêtres étaient noirs ; Maddi Ba, résistant de la Seconde Guerre mondiale et bien d’autres : Raphaël Adjobi a rappelé que « cette exposition veut apprendre aux jeunes générations que le phénomène d’immigration ne doit pas cacher ou effacer le fait qu’officiellement, à partir de 1848, les anciens esclaves sont devenus des citoyens français et que depuis cette date, dire que la France est blanche et catholique, c’est ne pas connaître l’histoire de France. »

Le Jovinien, enseignant à la retraite, considère que « l’absence de figures noires dans les manuels est une injustice. Car les faits montrent que depuis la Révolution française, toutes les luttes menées contre les esclavagistes ou les nazis ont compté des Noirs avec des leaders cultivés et amoureux des libertés et des règles d’équité prônées par les institutions françaises. » Le maire, Bernard Moraine, a rendu hommage à Martin Luther King et à sa lutte pour l’égalité entre les hommes en diffusant un extrait du discours prononcé en 1963, « I have a dream. ».

Commémoration de l'abolition de l'esclavage 2018

  • Lire plutôt « Une exposition sur les Français noirs illustres ».

17 mai 2018 – Commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage

Le 17 mai 2018 est finalement la date retenue pour la commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Joigny ; au lieu du traditionnel 10 mai. Une cérémonie que notre association organise en partenariat avec la mairie. Voici l’affiche publicitaire réalisée pour la circonstance.

L’exposition sera ouverte au public dès 17h30.

Affiche 170e annivers. I

Affiche 170e ann. II

LA FRANCE NOIRE invitée aux festivités du cinquante-huitième anniversaire de l’indépendance du TOGO

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Dans le cadre de la commémoration du cinquante-huitième anniversaire de l’indépendance de la République du Togo, l’ambassadeur de ce pays d’Afrique occidentale, Son Excellence Monsieur Calixte Batossie MADJOULBA a reçu l’exposition de la France noire ayant pour thème Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques.

Le vernissage de cette exposition – ouverte au public du 4 au 17 avril 2018 à l’ambassade du Togo – a eu lieu le mardi 3 avril à partir de 18h30. Un moment exceptionnel qui a permis à notre association de rencontrer des diplomates accrédités en France (Djibouti, Bénin, de l’Ordre Souverain de Malte) ou leur représentant (États-Unis), des directeurs d’organismes privés (Le directeur de La Lettre Diplomatique) et des présidents d’associations internationales (le Directeur France/Europe de l’association Aide et Action).

La France noire est reconnaissante à l’artisan de cette rencontre inoubliable,  Son Excellence Monsieur l’ambassadeur de la République du Togo, qui nous a ainsi tendu la main pour nous aider à grandir, et faire connaître à d’autres institutions notre savoir-faire pédagogique en matière de vulgarisation des connaissances relatives à l’histoire des Noirs et leur contribution à la grandeur de la France.

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Sur la photo ci-dessus : Son Excellence Monsieur Calixte B. Madjoulba (ambassadeur du Togo) est entre Françoise et moi. A la gauche de Françoise (notre secrétaire et trésorière) se trouvent leurs Excellences Messieurs les ambassadeurs de Djibouti et du Bénin.

Raphaël ADJOBI

La vidéo : La France noire à l’ambassade du Togo

LU AILLEURS :  sur un site togolais / Sur le site de l’ambassade du Togo