AFROPEA – un projet pour une société fraternelle (Léonora Miano)

Afropéa - Léonora Miano         Voici un beau projet pour la fraternité ! Un projet apparemment utopique, certes, vu son ampleur ; mais comme le dit si bien Alphonse de Lamartine, « les utopies ne sont souvent que des vérités prématurées ». Il faut donc y croire et s’y attacher fermement pour qu’il devienne réalité.

          En 2014, l’Assemblée générale de l’ONU a décrété la décennie 2015 – 2024, Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, demandant que des programmes divers soient mis en place par les Etats membres pour les mettre en valeur et contribuer ainsi à les inclure dans tout discours portant sur l’identité de chacun des pays. Nous savons que la France est membre de l’Onu, et qu’elle fait partie de l’instance appelée Communauté internationale. Nous savons aussi que non seulement la France n’est pas exclusivement européenne – parce qu’éclatée sur plusieurs continents – mais encore qu’elle compte, au nombre de ses citoyens, une bonne quantité de personnes d’ascendance africaine du fait de son histoire esclavagiste et coloniale. On s’attendrait donc, en toute logique, à ce que l’État français dévoile un programme à mettre en œuvre dans le cadre de cette décennie. Mais voilà : sur cette terre « polluée par le racisme, angoissée à l’idée d’être envahie par des hordes de Subsahariens », dans cette France où « le simple fait d’indiquer qu’il existe des personnes d’ascendance africaine apparaît une provocation », mettre en place un programme à leur intention semble inconcevable à nos autorités. Celles-ci oublient toujours que « leurs choix déterminent le climat social ». En tout cas, elles ont décidé de faire la sourde oreille. Ne rien faire ! Ne rien changer à nos habitudes ! Et çà et là, dans l’indifférence totale, on continue de fermer la porte aux associations porteuses de projets permettant de cheminer les uns vers les autres pour mieux se connaître et respecter nos différences.

image           Puisque nos compatriotes du groupe majoritaire, les privilégiés de notre système, ne veulent pas faire le premier pas vers la construction de la fraternité, Léonora Miano demande aux Afro-Européens (Afropéens) de faire ce pas vers eux. Elle pense que les Afropéens ne doivent pas s’interdire de prendre cette initiative sous prétexte qu’il revient aux autres de le faire, sous prétexte qu’ils ont le pouvoir et sont les inventeurs de l’occidentalité, cette « sorte de cannibalisme symbolique, stylisé » qui se repaît sans beaucoup d’émotion des vies humaines à travers la planète au point qu’elle a fini par la dégrader considérablement. Alors, la première, l’écrivaine franco-camerounaise se lance dans l’entreprise par le biais de cet essai.

          Depuis un peu plus de vingt ans, des Subsahariens descendants de colonisés et descendants de déportés se désignent sous le terme « Afropéens », mettant ainsi en évidence leur besoin de se construire dans un espace européen où leur situation minoritaire les confine à l’invisibilité et à l’étrangeté. « Il faut imaginer ce que c’est de n’avoir de soi aucune représentation, sinon caricaturale, dégradante ». Or, dit Léonora Miano, leur terroir, c’est le sol où ils ont poussé ; et ils veulent assumer leur vécu d’Afrodescendants en Europe. Se saisissant de cette ferme volonté qu’elle voit s’exprimer partout en Europe où les pays membres de l’ONU ne leur proposent rien de significatif, l’écrivaine demande aux Afropéens de « s’occuper de leurs affaires » sans « se laisser impressionner par les accusations de communautarisme ». En effet, le groupe majoritaire se réfugie dans son patrimoine qu’il ne cesse de vanter, dans son régionalisme, dans son pouvoir. Les Afropéens, eux, ont tout à construire, en commençant par leurs histoires françaises qui font leur singularité, c’est-à-dire en commençant par être soi ; car « l’on ne voit pas bien vers où aller s’il est question, pour s’y rendre, de déposer son bagage mémoriel […]. On aurait l’impression de se présenter nu devant ce monde à faire… » Elle conclut d’ailleurs son texte par ces mots que personne ne doit négliger : « C’est à partir de soi et de son lieu que chacun est invité à oeuvrer pour transformer le monde ». Et les pistes qu’elle propose méritent que le lecteur y prête une grande attention. L’essentiel, pour réaliser ce grand projet fraternel, dit-elle, c’est de prendre garde de ne rien construire sur l’amertume et la frustration.

          Afropéa est un essai éblouissant, fait d’analyses séduisantes parce que pertinentes. Le projet qu’il propose pour transformer une situation sociale où l’Afrodescendant a été longtemps ignoré va forcément déranger « le confort des ayants droit proclamés ». Cependant, ceux-ci doivent comprendre que, après avoir envahi les terres et les autres populations qu’ils ont baptisées selon leur imagination et leur mépris – alors que « la première marque de respect à témoigner aux peuples devrait consister à les désigner comme ils le font eux-mêmes » – de sérieuses révisions s’imposent. Et sur un plan plus large encore, les Français d’ascendance européenne unique doivent réaliser que pour les autres, « il est problématique et forcément préjudiciable d’établir sa demeure dans les formes choisies par des tiers pour exprimer leur mépris ».

Raphaël ADJOBI

Titre : Afropéa, 223 pages.

Auteur : Léonora Miano

Editeur : Grasset

Le collège Paul Bert (Auxerre) accueille pour la troisième fois « La France noire » et son exposition sur l’esclavage

Paul Bert janv. 2021 A          Le jeudi 28 et le vendredi 29 janvier 2021, La France noire est intervenue au collège Paul Bert, à Auxerre, avec son exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ». La direction du collège a tiré les leçons de nos deux précédentes interventions en écoutant les enseignants : accorder davantage de temps aux élèves pour profiter des explications relatives aux images captivantes des panneaux. Car, c’est lorsque l’intervenant donne, pour ainsi dire, vie aux images par son discours que l’attention des élèves est tout à fait éclatante et le bénéfice sûrement plus grand. Il a donc fallu une organisation sur deux journées pour les 8 classes de quatrième et permettre ainsi à chacune d’elles de bénéficier d’1h30 pour visiter l’exposition et échanger avec le conférencier.

Paul Bert Janv. 2021 B          Comme d’habitude – et c’est très réjouissant – des élèves curieux et très intéressés ont animé les échanges grâce à leurs questions et observations permettant à l’intervenant d’aller plus loin dans l’analyse de la traite négrière ou de l’esclavage. Par ailleurs, ce fut un réel plaisir d’apprendre des enseignants que certaines images de notre exposition ont été intégrées à leur pratique pédagogique ; une tendance à « un certain renouvellement des sources et des approches » que préconise la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage (FME). Il est en effet regrettable, souligne cette institution nationale dans ses recommandations au ministre de l’Education nationale, que les manuels scolaires mettent l’accent sur le côté économique ou commercial de la traite négrière et négligent « les révoltes et résistances » (Les notes de la FME n°1 – septembre 2020).

Paul Bert janv. 2021 C          « L’empreinte de l’esclavage des Noirs est majeure sur notre histoire : il a donné naissance à la France dans laquelle nous vivons – un territoire français qui se déploie sur plusieurs continents, une population aux origines diverses » (Les notes de la FME). Ne pas rappeler constamment ce fait, c’est laisser croire que tous ceux qui ne sont pas Blancs sont des étrangers n’ayant aucun passé avec la France. Il faut donc « faire comprendre à la jeunesse comment la France d’aujourd’hui est, dans sa géographie, sa diversité et sa culture, le produit de cette histoire de quatre siècles » (id). C’est la mission confiée par l’État à la Fondation pour la mémoire de l’esclavage dirigée par monsieur Jean-Marc Ayrault ; et c’est également la mission de La France noire auprès des jeunes générations. Une mission de fraternité nationale que certains ont tendance à oublier. Oui, mieux connaître l’Autre pour respecter sa différence doit être une devise chère au coeur de tous ceux qui ont la charge de faire des jeunes d’aujourd’hui les citoyens de demain respectueux de la fraternité républicaine.

          Deux journées très agréables. Comme cela arrive parfois dans mes échanges avec les collègues, je suis reparti avec un conseil de lecture : Afrotopia (de Felwine Sarr). Un collègue qui a beaucoup aimé mon exposé préliminaire m’a vivement conseillé ce livre dont les propos rejoindraient les miens.

Raphaël ADJOBI

 

         

Le lycée Benjamin Francklin (Orléans) accueille « La France noire » pour la troisième fois

Orléans 2021 (1)          Depuis l’année scolaire 2018 – 2019, le lycée Benjamin Francklin d’Orléans a adopté notre exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’histoire de France ». En d’autres termes, c’est la troisième année consécutive que les collègues documentalistes permettent aux élèves de l’établissement d’échanger avec l’intervenant de notre association autour des deux abolitions de l’esclavages (1794 et 1848) et des deux Guerres mondiales. Présenter aux jeunes ces pages de notre histoire sous un angle différent leur permet de découvrir que, depuis le XVIIIe siècle, l’histoire officielle de la France s’écrit avec des citoyens Noirs. D’ailleurs, chacun doit se dire que la « Fraternité », le troisième pilier de notre devise nationale, est la marque définitive de cette inclusion des Noirs à l’histoire de France après 1848. Merci à notre collègue d’histoire – et numismate* – qui a tenu à nous apporter cette information pour appuyer la justesse de nos propos.

Orléans 2021 (2)          En cette période où les mesures sanitaires n’autorisent pas les activités obligeant le brassage des élèves, le seul intervenant extérieur retenu par le lycée est celui de La France noire – parce qu’il ne s’adresse qu’à une seule classe à la fois. Merci à nos collègues documentalistes qui, soucieux de la culture à destination de la jeunesse, ont tenu à maintenir notre visite. Ce sont des lycéens curieux et très intéressés que nous avons rencontrés. Le questionnaire qui accompagnait l’exposition mise à leur disposition – quelques jours avant la rencontre – leur a permis de prêter plus d’attention aux œuvres des personnages constituant la galerie de portraits. Ainsi, les échanges ont été très riches et passionnants. Merci également aux collègues qui accompagnaient les lycéens. On ne le redira jamais assez : des enseignants intéressés font des élèves désireux de savoirs.

Orléans 2021 (3)          Celles et ceux qui ont en commun certaines valeurs, et qui tiennent à les entretenir et à les partager, se reconnaissent aisément. Ainsi, au lycée Benjamin Francklin, nous avons trouvé des collègues qui sont devenu(e)s de vrai(e)s ami(e)s. Amitiés à toutes et à tous.

* Qui collectionne et étudie les monnaies. La numismatique est une science auxiliaire de l’histoire ; en archéologie, elle participe à la datation des faits.

Raphaël ADJOBI

« Un autre tambour » ou le double hommage de William Melvin Kelley

Je dédie ce livre et ce compte rendu à tous les membres de « La France noire » ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui nous ont permis ou nous permettent d’offrir à la jeunesse l’occasion de voir notre histoire sous d’autres angles.

Un autre Tambour        Selon l’auteur, le titre du livre – Un autre tambour fait référence à quelques vers d’un poème de l’Américain Henry David Thoreau disant « Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c’est peut-être parce qu’il entend battre un autre tambour » ; et les vers complétant cette pensée sont un encouragement à celui qui se trouve dans cette situation : « Qu’il accorde donc ses pas à la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la mesure ou l’éloignement ». Le lecteur peut donc deviner à quoi il doit s’attendre s’il ajoute à ces vers le contenu de la quatrième de couverture précisant que dans ce livre « toute une population déserte une ville » après le geste d’un seul homme qualifié de fou. Aussi, plutôt que de donner ici une analyse de ce beau roman de William Melvin Kelley – publié en 1961, alors qu’il n’avait que 24 ans – nous nous limitons à dire tout simplement qu’il peut être dédié, avec beaucoup de reconnaissance, à deux catégories de personnes :

– A ceux qui, continuellement exploités, humiliés et méprisés, décident un jour de briser la chaîne des injustices qui les frappent comme un sort éternel.

– A tous les Blancs qui, conscients de la différence de leur carnation, n’acceptent pas que les lois et autres mesures de l’État valident les injustices que soutiennent et revendiquent certains à l’égard de ceux qui n’ont pas leur couleur de peau. En effet, dans ce monde, nombreux sont les Blancs qui, devant les injustices, les humiliations, le refus de la prise en compte par l’Etat des spécificités des minorités visibles, se taisent, refusent de s’engager, ou parfois même poussent l’ignominie jusqu’à dire que les choses ont toujours été ainsi et que l’on ne peut rien y changer. Dans une société à majorité blanche, où femmes et hommes sont accrochés à leurs certitudes comme des moules à leur rocher, voir certains de cette communauté considérer les choses sous un autre angle et se dire « non, les choses ne peuvent pas continuer ainsi », cela mérite assurément un hommage appuyé. Car dans certains pays, ces Blancs sont « blacklistés », c’est-à-dire classés comme des traîtres de leur propre communauté.

          Nous appuyant sur une conversation du livre entre un jeune homme blanc – déçu par le jugement de sa mère sur les Noirs – et son père, nous disons ceci : à l’heure où Blancs et Noirs se côtoient quotidiennement dans les mêmes écoles et les mêmes universités, devant les propos méprisants et les choix injustes de certains adultes, il serait très agréable que les jeunes Blancs soient plus nombreux à dire à leurs parents « Je trouve assez injuste de votre part de m’envoyer à l’école fréquenter des Noirs, puis de me demander de rester un bon petit Blanc » avec des idées racistes. Et ce serait aussi très réjouissant d’entendre les parents répondre : « Tu as raison. Nous ne pouvons nous attendre à ce que tu sortes de l’école pareil à ce que tu as toujours été » parmi nous (p. 215 et 217). En effet, si l’école et la compagnie des autres ne nous changent pas, qu’est-ce qui peut faire grandir notre humanité ?

Raphaël ADJOBI

Titre : Un autre tambour, 283 pages.

Auteur : William Melvin Kelley

Editeur : Delcourt, 2019.

L’esclavage et le racisme au programme culturel du collège Pierre-Auguste Renoir (45 – Ferrières-en-Gâtinais)

Ferrières 2020          Le mardi 15 et le jeudi 17 décembre 2020, dans le cadre de sa « semaine de l’engagement citoyen », le collège Pierre-Auguste Renoir a accueilli deux de nos trois expositions pédagogiques itinérantes : Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques pour les quatrièmes, et L’invention du racisme pour les sixièmes. Si notre travail sur l’esclavage est reçu pour la troisième année consécutive par l’établissement, celui sur le racisme était une découverte pour l’équipe pédagogique. Et ici comme à Saint-Grégoire (Pithiviers – 45) et à Saint-Jacques (Joigny – 89), tout le monde est tombé d’accord pour saluer la qualité de cet outil pédagogique que même les adultes gagneraient à découvrir pour tester leurs connaissances sur le sujet.

Pierre-Auguste Renoir 2020 B

Qu’est-ce que la semaine de l’engagement ?

          Le ministère de l’Education nationale voudrait, par la généralisation des semaines de l’engagement, « sensibiliser les collégiens et les lycéens à l’engagement sous toutes ses formes dans et hors de l’établissement ». Cette initiative vise à faire comprendre aux jeunes que la théorie dispensée en classe c’est bien, mais l’engagement qui montre le visage de la pratique permet de voir les limites de la théorie – comme le dit si bien un jeune lycéen dans une vidéo sur le site de l’Education nationale. A l’heure où les programmes d’enseignement ne cessent de parler de projets aux élèves, il est fort étonnant que certains établissements restent en marge de cette sensibilisation des jeunes. Comment ceux-ci peuvent-ils comprendre que pour mener des projets il faut forcément s’engager dans quelque chose, oser franchir une étape – minime soit-elle – s’ils ne voient pas les expériences concrètes des adultes ? L’association La France noire témoigne de l’engagement de personnes dans un projet qui, au départ, était purement théorique. C’est en voyant la passion de personnes engagées dans des projets ou des actions concrètes que les jeunes peuvent, à leur tour, essayer de mettre en pratique leurs idées ou leurs rêves en s’engageant. Les chefs d’établissements et les collègues qui sollicitent des interventions de personnes extérieures pour des savoirs ou expériences spécifiques savent très bien les bienfaits de leur action sur l’épanouissement de leurs élèves. L’intervenant de La France noire, que je suis, le constate aussi.

Ferrières déc. 2020 A         Merci à Madame Sophie Démaret – principale adjointe – qui a tenu à nous exprimer la grande satisfaction de l’équipe pédagogique quant aux interventions de la France noire durant ces deux journées. Merci également à notre collègue documentaliste, Madame Anne-Claude Buiron, qui a été à la fois notre guide et une aide précieuse lors de l’installation et la désinstallation des expositions.

Raphaël ADJOBI

Notre exposition sur l’esclavage au collège Saint-Jacques (89)

Saint-Jacques - Expo 2020          Deux semaines après avoir accueilli notre exposition sur le racisme le lundi 30 novembre 2020, le collège Saint-Jacques de Joigny vient d’offrir – le lundi 14 décembre – pour la troisième fois, notre exposition sur l’esclavage aux élèves des classes de quatrième. Les quatre classes ont pu ainsi voir des aspects singuliers de la déportation des Africains et leur mise en esclavage dans les Amériques – en prolongement de leur cours d’histoire.

Saint-Jacques déc. 2020 D          C’est toujours un réel plaisir de voir les élèves curieux de découvrir une histoire de France qui leur semblait lointaine. De toute évidence, la force des images leur a permis de prendre rapidement conscience que l’esclavage dans les Amériques avait une dimension autre que la simple exploitation de la force physique des Noirs. Nulle part ailleurs, la lutte pour la liberté n’a été aussi permanente. Bravo aux élèves pour leurs questions et leurs réponses pertinentes qui ont permis à l’intervenant de leur faire découvrir divers aspects de cette histoire. Je leur dis aussi merci pour leurs applaudissements. Merci aux collègues qui – à Saint-Jacques et ailleurs – en se montrant intéressés, communiquent leur plaisir de découvrir ces pages de notre histoire à leurs élèves.

Raphaël ADJOBI

Notre exposition pédagogique sur l’esclavage au collège Pierre Larousse (Toucy – 89)

20201207_115123          Dans le cadre de la semaine de l’engagement citoyen, le collège Pierre Larousse de Toucy a invité pour la troisième année consécutive La France noire pour un échange avec les classes de quatrième autour de notre exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Notons que cette exposition s’est enrichie de deux panneaux supplémentaires montrant d’une part un comptoir négrier, et d’autre part une preuve en image de la lutte des Anglais contre la traite négrière sur les mers. Et ce sont les enseignants qui sont les premiers étonnés de la découverte de ces images inconnues des manuels scolaires et des revues destinées aux scolaires ou aux adultes.

20201211_104815 (1)          Les cinq classes ayant participé à cette rencontre ont prêté une grande attention à l’exposé de l’intervenant. C’est toujours un plaisir de voir les jeunes opiner de la tête quand, dans le préambule, on leur précise que ce savoir sur l’esclavage des Noirs qu’on leur apporte n’est pas destiné à meubler l’esprit et à réussir des examens mais à mieux connaître un pan de l’histoire de France dans le but de mieux connaître l’Autre pour respecter sa différence. Oui, le respect de nos différences passe nécessairement par la connaissance de nos différentes histoires que nous devons absolument intégrer à notre récit national. Et comme à chacune de nos interventions, c’est indiscutablement l’extrême violence exercée sur le corps des Noirs qui retient immédiatement l’attention des élèves. L’occasion de leur expliquer que cette violence est la preuve des résistances que les africains opposaient à la volonté des Européens de les exploiter par l’esclavage. Sans opposition à l’injustice, sans volonté de recouvrer sa liberté, il n’y aurait pas eu de mutilations, de décapitations, de flagellations publiques, de chasses à l’homme dans les bois avec des molosses spécialement formés pour tuer. En d’autres termes, ces actes de barbaries sont les réponses des colons à l’opposition ou à la résistance des esclaves à l’injustice à laquelle on les soumettait. En effet, l’esclavage se résume à cette simple marque d’injustice : exploiter la force physique de l’autre pour son profit personnel ! Cette définition de l’esclavage permet à chacun de réfléchir sur la réalité des conditions des humains autour de nous et à travers le monde en ce XXIe siècle.

          Bravo aux élèves pour leurs questions et observations pertinentes qui ont permis des échanges très agréables. Qu’ils soient aussi remerciés pour leurs encourageants applaudissements. Merci aux collègues de nous avoir exprimé leurs sentiments personnels sur la qualité de notre outil pédagogique et du discours qui l’accompagne. Merci à la direction de l’établissement de nous témoigner sa confiance et de croire que c’est ensemble – en ouvrant les pages oubliées de l’histoire de France – que nous formerons des citoyens respectueux de notre diversité nationale. 

Raphaël ADJOBI

L’exposition de « La France noire » sur le racisme au collège Saint-Jacques (Joigny – 89)

Saint-Jacques nov; 2020          L’exposition de La France noire intitulée « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité » a fait sa deuxième sortie pédagogique au collège Saint-Jacques – de Joigny. C’est avec un intérêt admirable que les élèves des quatre classes de cinquième ont rencontré, successivement, l’intervenant de l’association pour non seulement découvrir les bases scientifiques et historiques du racisme mais aussi pour lui poser des questions et exprimer des sentiments personnels sur certaines images de l’exposition.

          En effet, il était difficile aux jeunes de rester indifférents devant la vingtaine de panneaux aux couleurs vives et très variées illustrant des réalités que le conférencier analysait : l’extraordinaire diversité des traits physiques des Africains, des scientifiques à l’oeuvre pour établir le niveau d’intelligence des humains selon la couleur de leur peau, des publicités d’hier et d’aujourd’hui pleines de préjugés facilement reconnaissables, des enfants victimes du racisme des adultes ou que l’on prépare à l’idée que « Noirs » et « Blancs » ne doivent pas se mélanger…. En tout cas, les élèves avaient le sentiment qu’on leur donnait enfin la parole pour dire ce qu’ils pensent d’une réalité sociale qu’ils partagent avec les adultes mais sur laquelle leurs avis ne semblaient pas compter. Et c’est vrai qu’à les entendre, les adultes que nous sommes notons que les jeunes ne sont pas dupes des marques visibles du racisme que l’on entretient souvent dans de petits cercles pour ensuite les exprimer bruyamment ou sournoisement dans les espaces publics. Ils comprennent vite que le racisme n’est pas naturel mais le résultat d’une culture sociale savamment entretenue par des images et des discours auxquels il leur faudra désormais faire attention.

Trois jeunes filles et la constr. 3         Notre collègue et amie Marie-Anne Perroud se réjouit pour sa part que l’établissement offre cette exposition aux classes de cinquième, même s’il est évident qu’elle est utile à tous les niveaux. C’est, explique-t-elle, une bonne façon de préparer les élèves à être plus sensibles au contenu de l’exposition sur l’esclavage proposée aux classes de quatrième. C’est un enchaînement logique avec des connaissances qui se complètent admirablement, conclut-elle. Et notre collègue Nicolas Timpano d’ajouter : « c’est maintenant, pendant qu’ils sont sensibles aux images qu’il faut leur apporter les connaissances précises sur le sujet ».

Raphaël ADJOBI

Le racisme en France : les jeunes s’instruisent, les adultes détruisent

Prêtons attention à la douleur de notre amie Liss qui vient d’accueillir notre exposition sur le racisme dans le souci d’apporter des connaissances aux jeunes du collège Saint-Grégoire (Pithiviers – 45) afin de nourrir leurs réflexions sur leurs comportement dans la société. Quelques jours plus tard, elle apprend le passage à tabac d’un producteur de musique…. par des adultes animés de ce détestable sentiment que nous défendons aux jeunes !

Le 26/11/20 – Article du Courrier du Loiret et texte de Liss Kihindou pris sur sa page Facebook 

Liss Kihindou         J’ai appris ce soir dans les médias la suspension de trois policiers, suite aux brutalités racistes dont ils ont été les auteurs. S’il n’y avait pas eu les vidéos accablantes, l’opinion publique aurait plutôt corroboré le rapport de police qui présentait une toute autre version des faits. Autrement dit le racisme ne doit pas être un sujet tabou, c’est une réalité dont il faut parler avec les jeunes, pour qu’ils soient plus tard des citoyens dignes, des citoyens qui feront honneur aux valeurs de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité. Au collège Saint-Grégoire, nous travaillons en ce sens et j’espère que jamais, plus tard, je n’aurai à reconnaître un de mes anciens élèves parmi les policiers qui se seront tristement rendus célèbres pour cause de violences racistes. Il n’y a pas qu’au sein de cette institution d’ailleurs que les méthodes ou les pratiques sont à revoir. Quelles valeurs transmettons à nos enfants ? Je suis plutôt fière des nombreux enfants qui nous sont confiés chaque année, ils ont réagi avec tant d’intelligence et de sensibilité à l’exposition de l’association La France noire : « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’Histoire de l’humanité ». Raphaël Adjobi, en excellent pédagogue, sait comment parler aux élèves. Voici un autre article dans le journal « Le Courrier du Loiret », édition du jeudi 26 novembre 2020.

Pithiviers nov. 2020

Raphaël ADJOBI / Le 27/11/2020

Les violences policières          Toute cette violence pour le non-respect du port du masque ! Quelle image de la France construit-on ainsi ? Aller à trois – aucun des policiers n’a été capable de réflexion ou d’humanité – frapper durant une vingtaine de minutes, sur son lieu de travail, quelqu’un qu’on a vu quelques secondes plus tôt sans masque dans la rue, c’est dépasser toutes les bornes du simple bon sens. Il faut croire que c’est ainsi qu’on livre la guerre déclarée contre la COVID-19, ou alors il s’agit de policiers animés d’une féroce animosité pour en arriver là. Je le redis ici : l’application de la loi n’a jamais rendu les hommes meilleurs. Criminel est celui qui applique la loi sans conscience. Et tu as tout à fait raison, chère Liss, d’espérer que les jeunes qui ont la chance d’accéder aux connaissances que propose La France noire ne seront pas, demain, parmi les amoureux des violences policières gratuites. 

          La vidéo de ce lynchage confirme ma profonde conviction : au sein de nos institutions, de nombreux adultes sont de très mauvais exemples pour notre jeunesse. Et cela est bien triste pour notre pays. Oui, Liss, pendant que nous, enseignants de La France noire soutenus par une équipe formidable, témoignons un réel souci pour la valorisation des trois piliers de notre devise nationale – Liberté, Egalité, Fraternité – et apportons des connaissances aux jeunes pour préserver leur esprit et leur coeur du racisme ainsi que des violences verbales et physiques qui vont avec, certains adultes s’appliquent de toutes leurs forces, de toute leur volonté à déconstruire ce que nous construisons. C’est ce que montre cette vidéo. Pourtant, qu’ils sont intarissables ces adultes quand il faut accuser la jeunesse de tous les maux ! Pour se permettre de donner des leçons de conduite et vouloir mener les autres dans le droit chemin, il faut commencer par se montrer exemplaire en toute circonstance dans sa fonction sociale. Et quand on a été incapable d’exemplarité, on le reconnaît et on présente sincèrement des excuses au lieu de s’enfermer dans le mensonge comme l’ont fait ces policiers. Le mensonge de ces adultes est un autre mauvais exemple pour la jeunesse.

Toutefois, ne nous décourageons pas ; semons et espérons. 

° Avec notre exposition sur le racisme, les jeunes comprennent que l’image ci-dessous n’est pas anodine ; ils comprennent qu’elle est l’expression d’une culture née à une époque précise de notre histoire et propagée par d’autres images faussement scientifiques qui structurent nos sociétés depuis environ deux siècles. Ils peuvent aussi aisément imaginer l’éducation que les adultes qui diffusent de telles images donnent à leurs enfants.

Anne-sophie Leclerc 2