Le lycée Benjamin Francklin (Orléans) accueille « La France noire » pour la troisième fois

Orléans 2021 (1)          Depuis l’année scolaire 2018 – 2019, le lycée Benjamin Francklin d’Orléans a adopté notre exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’histoire de France ». En d’autres termes, c’est la troisième année consécutive que les collègues documentalistes permettent aux élèves de l’établissement d’échanger avec l’intervenant de notre association autour des deux abolitions de l’esclavages (1794 et 1848) et des deux Guerres mondiales. Présenter aux jeunes ces pages de notre histoire sous un angle différent leur permet de découvrir que, depuis le XVIIIe siècle, l’histoire officielle de la France s’écrit avec des citoyens Noirs. D’ailleurs, chacun doit se dire que la « Fraternité », le troisième pilier de notre devise nationale, est la marque définitive de cette inclusion des Noirs à l’histoire de France après 1848. Merci à notre collègue d’histoire – et numismate* – qui a tenu à nous apporter cette information pour appuyer la justesse de nos propos.

Orléans 2021 (2)          En cette période où les mesures sanitaires n’autorisent pas les activités obligeant le brassage des élèves, le seul intervenant extérieur retenu par le lycée est celui de La France noire – parce qu’il ne s’adresse qu’à une seule classe à la fois. Merci à nos collègues documentalistes qui, soucieux de la culture à destination de la jeunesse, ont tenu à maintenir notre visite. Ce sont des lycéens curieux et très intéressés que nous avons rencontrés. Le questionnaire qui accompagnait l’exposition mise à leur disposition – quelques jours avant la rencontre – leur a permis de prêter plus d’attention aux œuvres des personnages constituant la galerie de portraits. Ainsi, les échanges ont été très riches et passionnants. Merci également aux collègues qui accompagnaient les lycéens. On ne le redira jamais assez : des enseignants intéressés font des élèves désireux de savoirs.

Orléans 2021 (3)          Celles et ceux qui ont en commun certaines valeurs, et qui tiennent à les entretenir et à les partager, se reconnaissent aisément. Ainsi, au lycée Benjamin Francklin, nous avons trouvé des collègues qui sont devenu(e)s de vrai(e)s ami(e)s. Amitiés à toutes et à tous.

* Qui collectionne et étudie les monnaies. La numismatique est une science auxiliaire de l’histoire ; en archéologie, elle participe à la datation des faits.

Raphaël ADJOBI

« Un autre tambour » ou le double hommage de William Melvin Kelley

Je dédie ce livre et ce compte rendu à tous les membres de « La France noire » ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui nous ont permis ou nous permettent d’offrir à la jeunesse l’occasion de voir notre histoire sous d’autres angles.

Un autre Tambour        Selon l’auteur, le titre du livre – Un autre tambour fait référence à quelques vers d’un poème de l’Américain Henry David Thoreau disant « Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c’est peut-être parce qu’il entend battre un autre tambour » ; et les vers complétant cette pensée sont un encouragement à celui qui se trouve dans cette situation : « Qu’il accorde donc ses pas à la musique qu’il entend, quelle qu’en soit la mesure ou l’éloignement ». Le lecteur peut donc deviner à quoi il doit s’attendre s’il ajoute à ces vers le contenu de la quatrième de couverture précisant que dans ce livre « toute une population déserte une ville » après le geste d’un seul homme qualifié de fou. Aussi, plutôt que de donner ici une analyse de ce beau roman de William Melvin Kelley – publié en 1961, alors qu’il n’avait que 24 ans – nous nous limitons à dire tout simplement qu’il peut être dédié, avec beaucoup de reconnaissance, à deux catégories de personnes :

– A ceux qui, continuellement exploités, humiliés et méprisés, décident un jour de briser la chaîne des injustices qui les frappent comme un sort éternel.

– A tous les Blancs qui, conscients de la différence de leur carnation, n’acceptent pas que les lois et autres mesures de l’État valident les injustices que soutiennent et revendiquent certains à l’égard de ceux qui n’ont pas leur couleur de peau. En effet, dans ce monde, nombreux sont les Blancs qui, devant les injustices, les humiliations, le refus de la prise en compte par l’Etat des spécificités des minorités visibles, se taisent, refusent de s’engager, ou parfois même poussent l’ignominie jusqu’à dire que les choses ont toujours été ainsi et que l’on ne peut rien y changer. Dans une société à majorité blanche, où femmes et hommes sont accrochés à leurs certitudes comme des moules à leur rocher, voir certains de cette communauté considérer les choses sous un autre angle et se dire « non, les choses ne peuvent pas continuer ainsi », cela mérite assurément un hommage appuyé. Car dans certains pays, ces Blancs sont « blacklistés », c’est-à-dire classés comme des traîtres de leur propre communauté.

          Nous appuyant sur une conversation du livre entre un jeune homme blanc – déçu par le jugement de sa mère sur les Noirs – et son père, nous disons ceci : à l’heure où Blancs et Noirs se côtoient quotidiennement dans les mêmes écoles et les mêmes universités, devant les propos méprisants et les choix injustes de certains adultes, il serait très agréable que les jeunes Blancs soient plus nombreux à dire à leurs parents « Je trouve assez injuste de votre part de m’envoyer à l’école fréquenter des Noirs, puis de me demander de rester un bon petit Blanc » avec des idées racistes. Et ce serait aussi très réjouissant d’entendre les parents répondre : « Tu as raison. Nous ne pouvons nous attendre à ce que tu sortes de l’école pareil à ce que tu as toujours été » parmi nous (p. 215 et 217). En effet, si l’école et la compagnie des autres ne nous changent pas, qu’est-ce qui peut faire grandir notre humanité ?

Raphaël ADJOBI

Titre : Un autre tambour, 283 pages.

Auteur : William Melvin Kelley

Editeur : Delcourt, 2019.

L’esclavage et le racisme au programme culturel du collège Pierre-Auguste Renoir (45 – Ferrières-en-Gâtinais)

Ferrières 2020          Le mardi 15 et le jeudi 17 décembre 2020, dans le cadre de sa « semaine de l’engagement citoyen », le collège Pierre-Auguste Renoir a accueilli deux de nos trois expositions pédagogiques itinérantes : Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques pour les quatrièmes, et L’invention du racisme pour les sixièmes. Si notre travail sur l’esclavage est reçu pour la troisième année consécutive par l’établissement, celui sur le racisme était une découverte pour l’équipe pédagogique. Et ici comme à Saint-Grégoire (Pithiviers – 45) et à Saint-Jacques (Joigny – 89), tout le monde est tombé d’accord pour saluer la qualité de cet outil pédagogique que même les adultes gagneraient à découvrir pour tester leurs connaissances sur le sujet.

Pierre-Auguste Renoir 2020 B

Qu’est-ce que la semaine de l’engagement ?

          Le ministère de l’Education nationale voudrait, par la généralisation des semaines de l’engagement, « sensibiliser les collégiens et les lycéens à l’engagement sous toutes ses formes dans et hors de l’établissement ». Cette initiative vise à faire comprendre aux jeunes que la théorie dispensée en classe c’est bien, mais l’engagement qui montre le visage de la pratique permet de voir les limites de la théorie – comme le dit si bien un jeune lycéen dans une vidéo sur le site de l’Education nationale. A l’heure où les programmes d’enseignement ne cessent de parler de projets aux élèves, il est fort étonnant que certains établissements restent en marge de cette sensibilisation des jeunes. Comment ceux-ci peuvent-ils comprendre que pour mener des projets il faut forcément s’engager dans quelque chose, oser franchir une étape – minime soit-elle – s’ils ne voient pas les expériences concrètes des adultes ? L’association La France noire témoigne de l’engagement de personnes dans un projet qui, au départ, était purement théorique. C’est en voyant la passion de personnes engagées dans des projets ou des actions concrètes que les jeunes peuvent, à leur tour, essayer de mettre en pratique leurs idées ou leurs rêves en s’engageant. Les chefs d’établissements et les collègues qui sollicitent des interventions de personnes extérieures pour des savoirs ou expériences spécifiques savent très bien les bienfaits de leur action sur l’épanouissement de leurs élèves. L’intervenant de La France noire, que je suis, le constate aussi.

Ferrières déc. 2020 A         Merci à Madame Sophie Démaret – principale adjointe – qui a tenu à nous exprimer la grande satisfaction de l’équipe pédagogique quant aux interventions de la France noire durant ces deux journées. Merci également à notre collègue documentaliste, Madame Anne-Claude Buiron, qui a été à la fois notre guide et une aide précieuse lors de l’installation et la désinstallation des expositions.

Raphaël ADJOBI

Notre exposition sur l’esclavage au collège Saint-Jacques (89)

Saint-Jacques - Expo 2020          Deux semaines après avoir accueilli notre exposition sur le racisme le lundi 30 novembre 2020, le collège Saint-Jacques de Joigny vient d’offrir – le lundi 14 décembre – pour la troisième fois, notre exposition sur l’esclavage aux élèves des classes de quatrième. Les quatre classes ont pu ainsi voir des aspects singuliers de la déportation des Africains et leur mise en esclavage dans les Amériques – en prolongement de leur cours d’histoire.

Saint-Jacques déc. 2020 D          C’est toujours un réel plaisir de voir les élèves curieux de découvrir une histoire de France qui leur semblait lointaine. De toute évidence, la force des images leur a permis de prendre rapidement conscience que l’esclavage dans les Amériques avait une dimension autre que la simple exploitation de la force physique des Noirs. Nulle part ailleurs, la lutte pour la liberté n’a été aussi permanente. Bravo aux élèves pour leurs questions et leurs réponses pertinentes qui ont permis à l’intervenant de leur faire découvrir divers aspects de cette histoire. Je leur dis aussi merci pour leurs applaudissements. Merci aux collègues qui – à Saint-Jacques et ailleurs – en se montrant intéressés, communiquent leur plaisir de découvrir ces pages de notre histoire à leurs élèves.

Raphaël ADJOBI

Notre exposition pédagogique sur l’esclavage au collège Pierre Larousse (Toucy – 89)

20201207_115123          Dans le cadre de la semaine de l’engagement citoyen, le collège Pierre Larousse de Toucy a invité pour la troisième année consécutive La France noire pour un échange avec les classes de quatrième autour de notre exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Notons que cette exposition s’est enrichie de deux panneaux supplémentaires montrant d’une part un comptoir négrier, et d’autre part une preuve en image de la lutte des Anglais contre la traite négrière sur les mers. Et ce sont les enseignants qui sont les premiers étonnés de la découverte de ces images inconnues des manuels scolaires et des revues destinées aux scolaires ou aux adultes.

20201211_104815 (1)          Les cinq classes ayant participé à cette rencontre ont prêté une grande attention à l’exposé de l’intervenant. C’est toujours un plaisir de voir les jeunes opiner de la tête quand, dans le préambule, on leur précise que ce savoir sur l’esclavage des Noirs qu’on leur apporte n’est pas destiné à meubler l’esprit et à réussir des examens mais à mieux connaître un pan de l’histoire de France dans le but de mieux connaître l’Autre pour respecter sa différence. Oui, le respect de nos différences passe nécessairement par la connaissance de nos différentes histoires que nous devons absolument intégrer à notre récit national. Et comme à chacune de nos interventions, c’est indiscutablement l’extrême violence exercée sur le corps des Noirs qui retient immédiatement l’attention des élèves. L’occasion de leur expliquer que cette violence est la preuve des résistances que les africains opposaient à la volonté des Européens de les exploiter par l’esclavage. Sans opposition à l’injustice, sans volonté de recouvrer sa liberté, il n’y aurait pas eu de mutilations, de décapitations, de flagellations publiques, de chasses à l’homme dans les bois avec des molosses spécialement formés pour tuer. En d’autres termes, ces actes de barbaries sont les réponses des colons à l’opposition ou à la résistance des esclaves à l’injustice à laquelle on les soumettait. En effet, l’esclavage se résume à cette simple marque d’injustice : exploiter la force physique de l’autre pour son profit personnel ! Cette définition de l’esclavage permet à chacun de réfléchir sur la réalité des conditions des humains autour de nous et à travers le monde en ce XXIe siècle.

          Bravo aux élèves pour leurs questions et observations pertinentes qui ont permis des échanges très agréables. Qu’ils soient aussi remerciés pour leurs encourageants applaudissements. Merci aux collègues de nous avoir exprimé leurs sentiments personnels sur la qualité de notre outil pédagogique et du discours qui l’accompagne. Merci à la direction de l’établissement de nous témoigner sa confiance et de croire que c’est ensemble – en ouvrant les pages oubliées de l’histoire de France – que nous formerons des citoyens respectueux de notre diversité nationale. 

Raphaël ADJOBI

L’exposition de « La France noire » sur le racisme au collège Saint-Jacques (Joigny – 89)

Saint-Jacques nov; 2020          L’exposition de La France noire intitulée « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité » a fait sa deuxième sortie pédagogique au collège Saint-Jacques – de Joigny. C’est avec un intérêt admirable que les élèves des quatre classes de cinquième ont rencontré, successivement, l’intervenant de l’association pour non seulement découvrir les bases scientifiques et historiques du racisme mais aussi pour lui poser des questions et exprimer des sentiments personnels sur certaines images de l’exposition.

          En effet, il était difficile aux jeunes de rester indifférents devant la vingtaine de panneaux aux couleurs vives et très variées illustrant des réalités que le conférencier analysait : l’extraordinaire diversité des traits physiques des Africains, des scientifiques à l’oeuvre pour établir le niveau d’intelligence des humains selon la couleur de leur peau, des publicités d’hier et d’aujourd’hui pleines de préjugés facilement reconnaissables, des enfants victimes du racisme des adultes ou que l’on prépare à l’idée que « Noirs » et « Blancs » ne doivent pas se mélanger…. En tout cas, les élèves avaient le sentiment qu’on leur donnait enfin la parole pour dire ce qu’ils pensent d’une réalité sociale qu’ils partagent avec les adultes mais sur laquelle leurs avis ne semblaient pas compter. Et c’est vrai qu’à les entendre, les adultes que nous sommes notons que les jeunes ne sont pas dupes des marques visibles du racisme que l’on entretient souvent dans de petits cercles pour ensuite les exprimer bruyamment ou sournoisement dans les espaces publics. Ils comprennent vite que le racisme n’est pas naturel mais le résultat d’une culture sociale savamment entretenue par des images et des discours auxquels il leur faudra désormais faire attention.

Trois jeunes filles et la constr. 3         Notre collègue et amie Marie-Anne Perroud se réjouit pour sa part que l’établissement offre cette exposition aux classes de cinquième, même s’il est évident qu’elle est utile à tous les niveaux. C’est, explique-t-elle, une bonne façon de préparer les élèves à être plus sensibles au contenu de l’exposition sur l’esclavage proposée aux classes de quatrième. C’est un enchaînement logique avec des connaissances qui se complètent admirablement, conclut-elle. Et notre collègue Nicolas Timpano d’ajouter : « c’est maintenant, pendant qu’ils sont sensibles aux images qu’il faut leur apporter les connaissances précises sur le sujet ».

Raphaël ADJOBI

Le racisme en France : les jeunes s’instruisent, les adultes détruisent

Prêtons attention à la douleur de notre amie Liss qui vient d’accueillir notre exposition sur le racisme dans le souci d’apporter des connaissances aux jeunes du collège Saint-Grégoire (Pithiviers – 45) afin de nourrir leurs réflexions sur leurs comportement dans la société. Quelques jours plus tard, elle apprend le passage à tabac d’un producteur de musique…. par des adultes animés de ce détestable sentiment que nous défendons aux jeunes !

Le 26/11/20 – Article du Courrier du Loiret et texte de Liss Kihindou pris sur sa page Facebook 

Liss Kihindou         J’ai appris ce soir dans les médias la suspension de trois policiers, suite aux brutalités racistes dont ils ont été les auteurs. S’il n’y avait pas eu les vidéos accablantes, l’opinion publique aurait plutôt corroboré le rapport de police qui présentait une toute autre version des faits. Autrement dit le racisme ne doit pas être un sujet tabou, c’est une réalité dont il faut parler avec les jeunes, pour qu’ils soient plus tard des citoyens dignes, des citoyens qui feront honneur aux valeurs de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité. Au collège Saint-Grégoire, nous travaillons en ce sens et j’espère que jamais, plus tard, je n’aurai à reconnaître un de mes anciens élèves parmi les policiers qui se seront tristement rendus célèbres pour cause de violences racistes. Il n’y a pas qu’au sein de cette institution d’ailleurs que les méthodes ou les pratiques sont à revoir. Quelles valeurs transmettons à nos enfants ? Je suis plutôt fière des nombreux enfants qui nous sont confiés chaque année, ils ont réagi avec tant d’intelligence et de sensibilité à l’exposition de l’association La France noire : « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’Histoire de l’humanité ». Raphaël Adjobi, en excellent pédagogue, sait comment parler aux élèves. Voici un autre article dans le journal « Le Courrier du Loiret », édition du jeudi 26 novembre 2020.

Pithiviers nov. 2020

Raphaël ADJOBI / Le 27/11/2020

Les violences policières          Toute cette violence pour le non-respect du port du masque ! Quelle image de la France construit-on ainsi ? Aller à trois – aucun des policiers n’a été capable de réflexion ou d’humanité – frapper durant une vingtaine de minutes, sur son lieu de travail, quelqu’un qu’on a vu quelques secondes plus tôt sans masque dans la rue, c’est dépasser toutes les bornes du simple bon sens. Il faut croire que c’est ainsi qu’on livre la guerre déclarée contre la COVID-19, ou alors il s’agit de policiers animés d’une féroce animosité pour en arriver là. Je le redis ici : l’application de la loi n’a jamais rendu les hommes meilleurs. Criminel est celui qui applique la loi sans conscience. Et tu as tout à fait raison, chère Liss, d’espérer que les jeunes qui ont la chance d’accéder aux connaissances que propose La France noire ne seront pas, demain, parmi les amoureux des violences policières gratuites. 

          La vidéo de ce lynchage confirme ma profonde conviction : au sein de nos institutions, de nombreux adultes sont de très mauvais exemples pour notre jeunesse. Et cela est bien triste pour notre pays. Oui, Liss, pendant que nous, enseignants de La France noire soutenus par une équipe formidable, témoignons un réel souci pour la valorisation des trois piliers de notre devise nationale – Liberté, Egalité, Fraternité – et apportons des connaissances aux jeunes pour préserver leur esprit et leur coeur du racisme ainsi que des violences verbales et physiques qui vont avec, certains adultes s’appliquent de toutes leurs forces, de toute leur volonté à déconstruire ce que nous construisons. C’est ce que montre cette vidéo. Pourtant, qu’ils sont intarissables ces adultes quand il faut accuser la jeunesse de tous les maux ! Pour se permettre de donner des leçons de conduite et vouloir mener les autres dans le droit chemin, il faut commencer par se montrer exemplaire en toute circonstance dans sa fonction sociale. Et quand on a été incapable d’exemplarité, on le reconnaît et on présente sincèrement des excuses au lieu de s’enfermer dans le mensonge comme l’ont fait ces policiers. Le mensonge de ces adultes est un autre mauvais exemple pour la jeunesse.

Toutefois, ne nous décourageons pas ; semons et espérons. 

° Avec notre exposition sur le racisme, les jeunes comprennent que l’image ci-dessous n’est pas anodine ; ils comprennent qu’elle est l’expression d’une culture née à une époque précise de notre histoire et propagée par d’autres images faussement scientifiques qui structurent nos sociétés depuis environ deux siècles. Ils peuvent aussi aisément imaginer l’éducation que les adultes qui diffusent de telles images donnent à leurs enfants.

Anne-sophie Leclerc 2

L’exposition pédagogique « L’invention du racisme » au collège Saint-Grégoire de Pithiviers (Liss Kihindou)

128092110_oLa première sortie de notre exposition sur le racisme a eu lieu le jeudi 19 et le vendredi 20 novembre 2020 à Pithiviers, dans le Loiret. Notre amie Inès Kihindou – écrivaine sous le nom de Liss Kihindou – professeure de français à qui la direction du collège Saint-Grégoire avait confié la gestion de la visite de l’exposition a écrit un article sur son blog que nous reprenons ici. Auparavant, dès le soir du vendredi 20, elle avait manifesté sur sa page Facebook sa satisfaction de ces deux journées. En réponse à cette brève publication, je lui avais laissé un message exprimant mes impressions personnelles. Voici son article avec les photos qu’elle a prises et publiées. Signalons que le collège Saint-Grégoire de Pithiviers a reçu notre exposition sur l’esclavage durant l’année scolaire 2017-2018.

Liss Kihindou          Le collège Saint-Grégoire, de Pithiviers, a accueilli l’exposition « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’Histoire de l’Humanité ». Il nous paraît en effet important de déconstruire dans l’esprit de nos jeunes l’idée de la hiérarchie des ‘‘races’’, de leur faire comprendre que le racisme repose davantage sur des manipulations scientifiques que sur des faits objectifs. Autrement dit, le racisme est une invention, une ruse pour légitimer la relégation de l’homme noir dans les greniers ou plutôt dans les caves de l’Humanité : l’esclavage, la traite des Noirs et la colonisation peuvent ainsi prospérer sans que la bonne conscience ne soit inquiétée.

          L’avantage, avec les jeunes, c’est que les préjugés véhiculés par la société depuis des siècles n’ont pas encore pris racine. Leurs réactions, devant certains panneaux montrant une situation particulièrement humiliante pour les hommes appelés « Noirs », révèlent leur souci d’une fraternité véritable entre les humains. Par exemple, ils étaient autant attendris par l’image de jeunes enfants à la couleur de peau différente, heureux de se faire une accolade amicale, qu’ils étaient choqués par celle où l’on voit des enfants noirs isolés dans un coin de la salle tandis que tous les autres enfants, blancs, étaient rassemblés autour d’une table. Que la photo date de 2019 oblige à comprendre une chose : la ségrégation raciale a beau être abolie depuis longtemps, l’esclavage et la traite ont beau avoir été qualifiés de crimes contre l’humanité et interdits depuis longtemps, dans les faits, les afro-descendants ne sont pas toujours regardés – et traités – de la même manière que les autres.

Qu'est-ce que le racisme          J’ai beaucoup apprécié les questions, les observations, les commentaires des élèves. De la 6e à la 3e, ils ont fait preuve d’une perspicacité étonnante. Une heure par classe s’est même révélée insuffisante : les élèves avaient encore beaucoup à dire.

128092297_oRaphaël Adjobi, le président de l’association La France noire, qui a réalisé cette exposition, a raison de dire que les craintes concernant certains sujets que l’on évite d’aborder se révèlent infondées : « Merci, Liss, d’avoir permis ces deux journées de rencontre. Les collègues confirment par leur approbation unanime que l’on peut enseigner avec succès l’histoire du racisme dans nos établissements scolaires. Les parents auraient été fiers de voir l’intérêt de leurs enfants pour le sujet et surtout la pertinence de leurs réponses à mes questions. A la sortie de la cantine, en traversant la cour de récréation, des élèves sont revenus me remercier et dire qu’ils avaient beaucoup apprécié ‘‘la conférence’’. » « En plus de l’intérêt que les élèves ont porté à l’exposition, j’ai beaucoup apprécié l’esprit des collègues et les échanges que j’ai eus avec eux. » (Propos de Raphaël Adjobi)

Image revueLes connaissances de Raphaël Adjobi ont en effet été profitables même aux enseignants. J’ai personnellement beaucoup appris. C’est d’ailleurs aussi le témoignage de Françoise Parry, la secrétaire et trésorière de l’association : « Les membres de l’association apprennent beaucoup grâce aux articles de Raphaël. On découvre tant de choses. »  L’occasion de préciser que l’association vit grâce au soutien financier des membres adhérents, qui sont majoritairement Blancs, « A l’image de la France », aime à rappeler Raphaël. Le statut des afro-descendants en France ne concerne pas que les Noirs. C’est l’action collective de tous les citoyens français qui fera que notre France soit un pays où la liberté, la fraternité et l’égalité rayonnent dans tout leur éclat. Les enseignants couleur

Liss Kihindou ( blog : Valets des livres)

Les Olmèques au musée du quai Branly : ne laissez pas le racisme infecter vos yeux

Olmèques 8          Au milieu du XIXe siècle, en Amérique centrale – précisément au sud du Mexique – un paysan découvre un rocher émergeant de la terre. En le dégageant, il met au jour une sculpture gigantesque représentant la tête d’un homme. L’année même de cette découverte – 1862 – poussé par la curiosité, José Maria Melgar y Serrano est le premier voyageur européen à se rendre sur le lieu pour en témoigner : « […] ce qui m’a le plus étonné, c’est le type éthiopien qu’elle représente. J’ai pensé qu’il y avait eu sans doute des Noirs dans ce pays, et cela aux premiers âges du monde ». Au fil des décennies, les recherches permettront de découvrir près d’une vingtaine de têtes semblables. Dans les milieux européens, on ne fit pas de bruit autour de ces découvertes. L’esprit de l’époque y était sans doute pour quelque chose.

          Au début du XXe siècle, avec le triomphe du racisme dont les thèses avaient commencé quelques décennies auparavant, on commença à s’intéresser aux autres objets trouvés sur le site paraissant s’éloigner des traits caractéristiques des têtes colossales. En 1926, l’archéologue Frans Blom et l’ethnologue Olivier Lafarge donnèrent leur avis sur le site des découvertes : « […] Nous inclinons à attribuer ces ruines à la civilisation Maya ». Quelques années plus tard, ce point de vue est jugé erroné. De nombreux anthropologues estiment la civilisation à laquelle appartiennent les têtes colossales – qu’ils ont nommée « Olmèque » – antérieure aux civilisations précolombiennes. A vrai dire, personne ne sait et ne peut assurer scientifiquement que le peuple qui a laissé ces statues s’appelle « Olmèque », parce que le mot était tout simplement employé au XVIe siècle pour désigner la côte du Mexique et ses habitants. Ce nom n’était nullement dans la bouche des populations de cette région la désignation d’un peuple qui aurait vécu là quatre mille ans avant elles. Le vocable « Olmèque » n’est donc retenu que par convention, de même que nous appelons les autochtones des Amériques les Indiens ou les Amérindiens, alors qu’ils n’ont rien à voir avec les populations de l’Inde.

Olmèques 7          Jusqu’au 21 juillet 2021, le musée du Quai Branly organise une exposition sur cette fascinante civilisation. C’est l’occasion saisie par la revue Télérama pour un article d’une page sur les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique (n° 3693 – 24 au 30 octobre 2020). En lisant cet article, j’ai été outré par la ferme assurance de son auteur qui, non seulement s’oppose radicalement au point de vue de José Maria Melgar y Serrano – cité plus haut – mais encore par sa manière arrogante de juger ceux qui sont de son avis. A lire Sophie Cachon, on croit qu’elle seule a les bons yeux pour voir les caractéristiques de ces statues colossales. Elle écrit : « Un explorateur venu voir la tête monumentale décrira le visage atypique comme d’origine africaine, entraînant une théorie fumeuse et toujours vivace sur certains sites Internet ».

          Nous sommes tentés de poser cette question à Madame Sophie Cachon : « De quel droit pouvez-vous contester à l’autre son impression à la vue d’un objet au point de la qualifier de fumeuse ? » Sachez que de même que l’historien travaille sur des manuscrits, l’archéologue acquiert l’essentiel de sa documentation sur le terrain ; et l’un et l’autre produisent des récits qui ne sont pas des vérités absolues ! Les nombreuses querelles autour des sujets qu’ils abordent devraient nous inciter à la prudence. Et s’agissant précisément des Olmèques, nous demandons à Madame Sophie Cachon de laisser chacun regarder les statues et arrêter son jugement ! Même un enfant est capable de dire, en regardant ces colossales statues, à quel type de population de la terre elles le renvoient. Madame Sophie Cachon, n’agissez donc pas comme tous ces pseudo-scientifiques qui, mus par le racisme, ont tout falsifié jusqu’aux traces archéologiques pour tromper le public. Comme le fait justement remarquer l’historien François-Xavier Fauvelle, presque tous les archéologues se sont trompés sur les populations de l’Egypte ancienne parce qu’ils étaient imprégnés des théories racistes de leur époque (Science et Avenir de juillet-août 2010). Nous vous dédions donc cette réflexion de Gustave Flaubert : « Voulez-vous ne pas vous tromper ? Tenez pour fausses toutes les idées chères à votre temps ».

Raphaël ADJOBI