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La traite négrière atlantique : Olivier Merle démystifie le best-seller du XVIIIe siècle qui nourrit encore la pensée européenne sur ce chapitre de l’histoire

Pour tous ceux qui s’intéressent à la traite négrière atlantique, la lecture du Journal d’un négrier au XVIIIe siècle – best-seller à l’époque – est incontournable parce que la source principale de la pensée européenne actuelle sur ce pan de notre histoire. En 2010, dans une brève analyse que j’avais publiée sur Internet, j’avais conclu que c’était « une erreur de prêter foi à la peinture apocalyptique de la côte de Guinée qu’avance l’auteur pour justifier le commerce dans lequel il est impliqué ». Voici le message que l’écrivain Olivier Merle – auteur d’un beau roman sur l’esclavage – m’avait alors adressé :

Journal d'un négrier au XVIIIe siècle  «Votre analyse est juste, Raphaël, et je vais aller plus loin.

          Sur ce livre, mon opinion a évolué progressivement à chaque lecture. Ravi au début du témoignage de première main qu’il semblait être, j’ai eu de plus en plus l’impression (et ce dès la seconde lecture mais l’impression s’est amplifiée par la suite) que ce Snelgrave nous prenait un peu pour des imbéciles.

          Je vois maintenant ce livre sous un jour tout autre que le simple témoignage d’un capitaine négrier qui raconte son expérience. Ce livre est clairement un livre de propagande qui a pour but de riposter au mouvement abolitionniste qui commençait à se développer en Europe. Son propos est de donner les arguments habituels en faveur de la traite et de l’esclavage mais en prenant un soin considérable à convaincre et séduire son public.

               Il y a d’abord l’organisation du livre en tout point remarquable.

Olivier Merle          Dans le chapitre I, on donne d’abord une vision apocalyptique (le mot est très juste…) de la situation en Afrique. La description de la barbarie africaine est propre à faire dresser les cheveux sur la tête du plus endurci des lecteurs européens, tant la sauvagerie sanglante y est décrite dans tous les détails (décapitations d’hommes par milliers, sacrifices, entassements des têtes pour en faire des pyramides, etc). En contrepoint de cette affreuse barbarie, le capitaine Snelgrave se comporte comme un saint Homme. Ses pensées et ses actes sont ni plus ni moins celles d’un prêtre. Et la mise en scène de son humanité et de son courage relève du grand art. Une anecdote parmi d’autres : voilà donc notre bon capitaine, parmi les nègres sanguinaires qui coupe la tête pour un oui ou pour un non, mais qui ordonne à l’un de ses hommes de détacher un enfant de 18 mois attaché à un poteau parce qu’il va être sacrifié le soir même (Snelgrave est indigné que l’on puisse tuer un enfant…). Le roi n’est pas content (on s’en doute) mais le capitaine rachète l’enfant et le ramène à bord du navire pour le sauver (on imagine la scène). Là, l’histoire devient vraiment merveilleuse. La mère de l’enfant est à bord parmi les captifs (quel hasard miraculeux !), elle se précipite pour reprendre son enfant dans les bras (quel liberté de mouvement pour une captive!) et elle se remet à l’allaiter sous les applaudissements (si, si) et les chants de joie de tous les autres captifs. C’est biblique, on voit le tableau : un Snelgrave debout et baigné de lumière, entouré des captifs noirs agenouillés qui le regardent avec admiration, et la mère donnant le sein à son enfant, au pied du capitaine, dans l’harmonie la plus parfaite. Snelgrave, c’est le Sauveur, une sorte de Christ fait capitaine négrier. Le pire, finalement n’est-il pas que notre amour des belles histoires nous fasse gober cette anecdote à la première lecture (à la seconde, on se reprend, heureusement).

          Voilà donc le chapitre I : un récit d’épouvante, l’Afrique c’est l’enfer, et le capitaine un saint homme au milieu de toute cette barbarie. Le lecteur est mûr pour passer au chapitre II. Après une telle description de l’Afrique, comment ne pas adhérer immédiatement à l’idée qu’il faut sauver ces pauvres Noirs de l’enfer et les emmener en Amérique ? Le chapitre II n’a pas besoin d’être long. Il est donc court.

          Pourquoi le livre ne s’interrompt-il pas à la fin du chapitre II ? Parce qu’il doit être lu par le plus grand nombre et qu’il faut attirer les lecteurs, le bon peuple européen, qu’il faut convaincre. Comment faire ? La meilleure façon est d’ajouter quelques bonnes histoires de pirates dont les Européens étaient friands à l’époque. Et on ne va pas y aller avec le dos de la cuillère. Voilà que ce capitaine Snelgrave a également été capturé par les pirates. Et pas par n’importe lesquels, mais par les plus connus de l’époque, ceux dont on parle dans les chaumières en Europe, à savoir Howell Davis (connu pour avoir pris Fort James sur le fleuve Gambie), le Français La Buse (une autre célébrité) et Cocklyn (connu pour sa férocité). Pour les besoins de l’aventure, on réunit ces trois-là ensemble dans le même épisode (le monde est petit et il faut quand même condenser le récit). Et on place ces aventures au chapitre III afin de s’assurer que le lecteur aura lu les arguments pro-esclavagistes avant de se détendre avec les histoires de pirates. Voilà donc un remarquable livre de propagande, parfaitement construit.

          Notons qu’il est paru en 1734 et, fait extraordinaire, il a été traduit en français dès l’année suivante en 1735. Il devait y avoir un lobby puissant pour faire traduire et publier si vite ce livre dans la langue de l’ennemi héréditaire. Mais il faut dire que le français était la langue la plus lue en Europe à l’époque, d’où l’urgence d’une traduction. Il sera traduit en allemand en 1747 (décidément, un grand succès de librairie).

          Est-il crédible qu’un livre remarquablement pensé et composé, fourmillant d’anecdotes peu crédibles et allant toutes dans le même sens, ait véritablement été écrit par un capitaine négrier ?

          Qui est-il d’ailleurs, ce capitaine Snelgrave ? A vrai dire, personne ne le connaît et on ignore la date de sa naissance et celle de sa mort. Au point que Pierre Gibert (le préfacier de l’édition 2008 publiée chez Gallimard) écrit : Malgré toutes nos recherches, notamment auprès de la bibliothèque du musée de la Marine de Paris et auprès des services d’archives du musée de la Marine britannique de Greenwitch, nous n’avons pu trouver les dates de sa naissance et de sa mort ; nous faisons appel aux lecteurs au cas où ils pourraient nous informer.

          Pour un témoin aussi important, ce serait bien en effet de s’assurer qu’il ait vraiment existé…»

Olivier Merle

9 juin 2010 

La traite négrière atlantique dans nos manuels scolaires

        Il importe que chacun sache qu’en France, si «les programmes sont nationaux et définis par le ministère de l’Education nationale […], le contenu des manuels est déterminé par les éditeurs et la seule loi du marché. Le choix de la langue et du style, la sélection des sujets et des textes, l’organisation et la hiérarchisation des connaissances obéissent à des objectifs politiques, moraux, religieux, esthétiques, idéologiques, économiques explicites et implicites» (François Durpaire et Béatrice Mabilon-Bonfils – Fatima bien moins notée que Marianne, éd. L’Aube 2016). En d’autres termes, un manuel scolaire n’est en définitive qu’à la fois «un support de la conservation de ce qu’une société choisit de dire d’elle-même, [et] la trace des choix scolaires d’une époque» (id.) avant même d’être un support de transmission de connaissances.

        Et concernant précisément l’enseignement de la traite négrière atlantique inscrite au programme des classes de quatrième depuis 2008 – depuis seulement 12 ans – il convient de voir ensemble comment ce sujet est traité dans nos manuels scolaires pour comprendre l’opinion que l’on entretient dans la conscience des élèves, les citoyens de demain.

                                                                    Une image simpliste 

                                    pour imputer la responsabilité de la traite aux Africains

800px-Marchands_d'esclaves_de_Gorée-Jacques_Grasset_de_Saint-Sauveur_mg_8526        Une gravure de propagande contre les abolitionnistes au XVIIIe siècle est l’image la plus reprise dans les manuels scolaires ; et sans même aucune considération pour le message absolument faux qu’elle véhicule. On peut y lire «Marchand d’esclaves de Gorée». Depuis douze ans, ni les éditeurs, ni les usagers n’y trouvent rien à redire. Or, l’île de Gorée n’a jamais été un marché aux esclaves mais un camp de concentration des captifs africains loin des leurs dans l’attente de leur embarquement vers les Amériques.

Falsification pédagogique

        Un éditeur vient tout de même de se rendre compte que le mensonge est trop gros. Il a donc décidé d’enlever à cette image du XVIIIe siècle son titre originel qui témoigne soit de l’ignorance de son auteur soit de sa volonté de tromper. Il propose désormais ce nouveau titre qui laisse croire qu’il y avait des marchés aux esclaves partout en Afrique où les négriers européens allaient faire leurs courses : «Un marchand européen et un vendeur d’esclaves africain». En généralisant ainsi le titre de la gravure, le crime devient parfait : tout le monde adhère à ce qui est affirmé comme une indéniable vérité, puisqu’elle s’appuie sur une image du XVIIIe siècle ! Malheureusement, cela s’appelle une falsification d’un document ancien.

                                                       La réalité sur le terrain africain

        Solidement installés dans des forts qui constituent leurs bases militaires, les Européens font la loi. Tout chef africain qui n’exécute pas leurs volontés devient leur victime en même temps que l’ensemble de son village. C’est dans ces forts – bien protégés des Africains et de la cupidité de leurs concurrents – que les Européens entassaient les captifs avant l’arrivée des navires négriers. Le fort de Gorée (au large de Dakar au Sénégal) n’est absolument pas un cas exceptionnel. Aucun historien n’a démontré l’existence de marchés aux esclaves sur les côtes de l’Afrique où opéraient les Européens.    

Capture Capcoast castel Ghana        A partir de ces forts militaires appelés comptoirs ou captiveries – parfois «esclaveries» – les émissaires de chaque royaume européen organisaient les captures d’êtres humains en s’appuyant sur les Africains qu’ils pouvaient terroriser ou corrompre. En effet, grâce aux produits venus d’Europe, ces émissaires obtenaient la collaboration de certains chefs africains et de groupes de trafiquants attirés par l’appât du gain. L’histoire nous enseigne que tout envahisseur ou occupant suscite des «collabos». La contribution du régime de Pétain aux crimes nazis, entre 1940 et 1945, en est un bel exemple. En quatre cents ans de traite, un seul de ces forts a été pris par les Africains, et un par les pirates européens. A tous ceux qui emploient encore l’expression «commerce triangulaire» sans tenir compte de ces éléments historiques, posons cette question : «si les patrons des grandes surfaces commerciales françaises allaient dans les campagnes se fournir en légumes, en viande et en lait armés de fusils et de canons, dirions-nous qu’ils achètent ces produits aux agriculteurs et aux éleveurs ?» Il est absolument certain que nous ne dirions pas que les agriculteurs et les éleveurs leur vendent leurs produits. Nous ne pensons absolument pas que nous dirions que les produits vendus dans les magasins ont été « achetés », c’est-à-dire acquis honnêtement par les patrons.

Frot au Ghana        Cette technique sera utilisée par la France au XXe siècle pour obtenir la participation des Africains, à ses côtés, aux deux guerres mondiales contre l’Allemagne : «la France recourt à la voie d’appel, notamment en Algérie avec l’aide active des chefs locaux qui perçoivent une prime par homme enrôlé. C’est en Afrique noire que la force a été le plus employée pour obtenir le nombre de volontaires requis […] Chaque cercle* est tenu de fournir un certain nombre de recrues» (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre indigènes, visages oubliés de la France occupée, éd. La Découverte, 2010 et 2019).

        On voit clairement qu’on ne change pas une technique de prédation qui fonctionne avantageusement.

*Dirigé par un Européen, le cercle était la plus petite unité de l’administration dans les colonies africaines de la France de 1895 à 1946.

Raphaël 

Deux documents qui participent à la formation des Français sur la traite négrière atlantique depuis le XVIIIe siècle

Snelgrave et GoréE

          Voici les deux documents qui constituent, depuis le XVIIIe siècle, les fondements de la pensée européenne sur la traite négrière atlantique : à gauche, une affiche de propagande qui illustre la plupart des manuels scolaires français ; à droite, le best-seller de l’époque écrit par un certain capitaine William Snelgrave et qui sera rapidement traduit en français puis en allemand.

          Dans un prochain article, je vous proposerai – en me basant sur des images de l’époque – une analyse du premier document et la place qu’il occupe dans l’enseignement français depuis douze ans. Dans un deuxième article, je donnerai la parole à l’écrivain et géologue Olivier Merle – auteur de Noir négoce (édit. de Fallois, 2010) – pour une analyse du livre du capitaine William Snelgrave dont tous les historiens français s’inspirent pour disserter sur la traite négrière atlantique.

Raphaël

La France revoit sa copie sur l’Egypte ancienne et sur l’histoire de l’esclavage en général

Egyptiens et Egyptiennes A        Réjouissons-nous : plus nous avançons dans le XXIe siècle et plus les égyptologues sont nombreux à contester les affirmations péremptoires nourries par le racisme de leurs prédécesseurs ; affirmations enseignées à travers le monde assurant – par les manuels scolaires, les films et les livres pour enfants – que les Egyptiens avaient construit les pyramides en réduisant des peuples étrangers en esclavage. Aujourd’hui, tous les chercheurs sérieux du monde sont d’accord pour dire que tout cela n’était que mensonge. La revue française Historia de février 2020 vient d’ailleurs d’écrire que s’il y a une certitude, c’est bien celle-ci : l’Egypte ancienne ne connaissait pas l’esclavage ; et comme partout dans l’Afrique ancienne, il n’existait pas en Egypte de mot pour désigner l’esclavage (p. 22). La traite et l’esclavage sont des pratiques qui remontent à l’Antiquité européenne (Histoire des Blancs – Nell Irving Painter, Max Milo 2019). Ils ont été introduits en Afrique par les Arabes au VIIe siècle pour atteindre l’Afrique occidentale au XIIIe siècle. D’ailleurs, avant le XIVe siècle, l’Europe ignorait qu’il y avait des hommes au sud du Sahara (cf. Atlas Catalan). Ce qui veut clairement dire qu’avant cette date, en Europe, les esclaves étaient presque tous blancs : «Les esclaves noirs sont une minorité dans le monde avant la traite atlantique» (Catherine Coquery-Vidrovitch – Historia, fev. 2020, p. 20).  Pas d'esclaves en Egypte

          Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est de voir tous les nouveaux égyptologues européens parler ouvertement et unanimement de «pharaons noirs» alors que le fait était nié depuis deux siècles ; expression reprise par Télérama dans sa publication du 11 janvier 2020 (voir image). Mais en disant qu’il y a des «pharaons noirs» qui ont régné sur l’Egypte, Pierre Ancery (qui signe l’article) et le réalisateur du beau documentaire présenté par Arte cette semaine-là, laissent croire qu’il y avait aussi des pharaons blancs ! La question à laquelle ils doivent répondre est celle-ci : où sont les pharaons blancs ? Qu’ils nous montrent les pharaons blancs avec leur peuple blanc vivant en Egypte dans l’Antiquité. Qu’ils nous expliquent pourquoi des Blancs ont édifié des dieux noirs, comme le sphinx ?                  Pharaons noirs

          Il faut dire que le documentaire Pyramide K 2019 de Fehmi Krasniqi – à voir absolument – sorti en septembre 2019 et publié sur Internet depuis novembre 2019, a lancé un vrai défi à tous les égyptologues européens. Ils ne peuvent plus s’avancer sur ce terrain avec l’intention de justifier la suprématie blanche prônée par ceux du XIXe et du XXe siècle qui ont fait des anciens Egyptiens des Blancs. En tout cas, beaucoup de voyageurs occidentaux – même ceux qui sans preuve veulent encore croire en une Egypte ancienne blanche – conviennent qu’« en visitant le musée du Caire, on ne peut que croire en une Egypte ancienne nègre ». Ajoutons que le royaume de Koush, qui compte plus de pyramides que l’Egypte, retient aujourd’hui l’attention des nouveaux égyptologues parce que ses souverains ont régner sur l’Egypte pendant plus de cent ans après avoir été eux-mêmes les vassaux des Egyptiens pendant une longue période. Ces deux peuples avaient indubitablement la même couleur de peau pour nous avoir laissé des peuples noirs dans cette partie du monde.

La momie de Toutankhamon

                      L’origine de la croyance en une Egypte ancienne blanche

          C’est dans la première moitié du XIXe siècle que l’anthropologue et racialiste américain Samuel George Morton (1799 – 1851) assura pour la première fois que la grandeur de l’Egypte ancienne est liée à la supériorité blanche. C’est lui qui voyait des perruques aux cheveux laineux que porteraient les anciens Egyptiens au-dessus de leurs vrais cheveux raides et de couleur claire. «Il déclare que la forme du crâne des anciens Egyptiens – du moins ceux qui sont bien habillés et enterrés en grande pompe – est la même que celle de l’homme blanc moderne» (Nell Irving Painter – Histoire des Blancs, éd. Max Milo, 2019). Lui et ses admirateurs, tels l’Ecossais Knox et le Français Gobineau, trouvaient tout à fait cohérent qu’une race supérieure de Blancs portent des perruques aux cheveux crépus pour régner sur un peuple de Noirs de génération en génération. C’était leur seule façon d’expliquer les extraordinaires réalisations de l’Egypte ancienne. N’oublions pas non plus que Morton, Knox, Gobineau, Grant, Roosevelt, Emerson et bien d’autres ont divisé les Européens en plusieurs races blanches et ont placé la race «nordique» – parfois appelée saxonne – au-dessus de toutes les autres considérées comme n’ayant ni la vision ni le cran qu’il faut pour apporter quelque chose au monde.

Raphaël

Les amitiés des élèves de quatrième du collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire à La France noire

Amitiés de Cosne-sur-Loire 2     C’est avec plaisir que La France noire reçoit et publie ici les marques d’amitié des élèves de quatrième du collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire. En octobre dernier, nous annoncions que notre passage dans cette ville de la Nièvre avait contribué à dynamiser la thématique sur le métissage initiée en début d’année scolaire par Madame Margeault avec ses élèves. Nous avons d’ailleurs publié sur notre blog les premiers travaux des jeunes artistes. Voici maintenant leurs dernières réalisations qui terminent le sujet traité.

     Cette fois, Madame Dominique Margeault avait proposé à ses élèves la problématique suivante : AUTANT DE NOIR(S) QUE DE BLANC(S). Une «réflexion libre sur laquelle ils devaient apporter une réponse [par un] travail individuel ou en groupe avec dessin, collage, montage, performance, installation… au choix».

     La France noire leur dit à tous bravo et merci de leur amitié. Merci à leur professeur, Madame Dominique Margeault. Merci également à Madame Sylvie Plançon – professeur d’histoire-géo – dont l’invitation a permis cette fructueuse rencontre. 

Cosne BLOG 1

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Cosne BLOG 3

Cosne BLOG 4

Ces images illustrent depuis ce 23 février 2020 la page d’accueil du site de La France noire.

Faut-il se ressembler pour s’assembler ? (Nicole Lapierre)

Numérisation_20200130          Faut-il se ressembler pour s’assembler ? est une réflexion, en plusieurs étapes, que Nicole Lapierre a menée autour d’un fait qui a marqué son enfance. Quand elle n’avait que six ou sept ans, elle s’est brouillée avec sa meilleure amie. La mère de celle-ci lui avait alors lancé : «vous êtes toutes les deux juives, vous devez être amies, vous devez vous serrer les coudes». Avec ce livre, l’auteure voudrait dire à la mère de son amie qu’elle avait tort de lier si intimement identité et solidarité au point de faire de l’amitié un devoir. Très rapidement, elle nous fait comprendre comment, en se référant presque toujours aux liens biologiques au sein d’une famille, les groupes sociaux, les partis politiques et les populations d’un même pays, d’une même région ont, à travers les siècles, mis en place des mécanismes d’exclusion des populations minoritaires.

          Un livre à la fois agréable et passionnant dont la clarté des multiples chapitres ou thématiques qui le composent oblige le lecteur à former régulièrement son propre jugement. Un livre de réflexions qui s’appuie sur de multiples faits historiques pour nous permettre de saisir – au-delà de l’implacable évidence de la formule «qui se ressemble s’assemble» – la permanence d’une pratique qui devrait rendre chacun vigilant et les gouvernants plus attentifs aux besoins de « ceux perçus comme étrangers ou différents». Nicole Lapierre constate – et nous sommes de son avis – que parce que «le modèle républicain, fondé sur l’égalité formelle des citoyens, refuse toute distinction», nos gouvernants demeurent aveugles sur la différence et donc «aveugles aux injustices fondées sur la couleur de la peau ou sur tout autre signe de différence visible». Ils ne doivent cependant pas oublier, rappelle-t-elle, qu’ «il ne peut y avoir d’intégration réussie que si la promesse d’égalité est tenue». Idée qui nous rappelle ce que disait déjà Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe : «C’est du point de vue des chances concrètes données aux individus que nous jugeons nos institutions» et non du point de vue de l’idée parfaite que nous en avons.

Raphaël

La France noire invitée au collège Pierre-Auguste Renoir (45 – Loiret)

5 - Ferrières 2020          Le mardi 4 février, notre exposition «Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques» a été accueillie au collège Pierre-Auguste Renoir à Ferrières-en-Gâtinais, dans le Loiret. Six classes de quatrième ont pu découvrir notre travail qui a reçu un très beau compliment de la collègue professeure documentaliste : «parmi toutes les expositions que nous avons accueillies, la vôtre est la plus belle !» Cette reconnaissance de la qualité de notre travail fait vraiment plaisir.

3 - Ferrières 2020          Après la visite de l’exposition, afin qu’aucune intervention ne ressemble à la précédente, la liberté est donnée aux élèves de s’exprimer sur les panneaux qui ont retenu leur attention. C’est donc à travers leurs choix et l’intérêt porté à tel ou tel aspect de de la traite ou de l’esclavage que se font les échanges. Et cette fois, ce sont les conditions dans lesquelles se réalisaient la traite qui sont revenues, majoritairement, dans les nombreuses questions des élèves. Soucieux d’apporter des réponses claires et convaincantes sur ce chapitre de l’histoire, un dépliant illustré d’images de la réalité du terrain – jamais présentée dans les manuels scolaires – est désormais laissé aux élèves et aux enseignants. Quant au sort des femmes, il reste l’élément incontournable de l’exposition aux yeux des jeunes filles. Et c’est aussi l’occasion de montrer à tous les élèves quelques spécificités de l’esclavage des noires dans les Amériques comme, par exemple, l’impossibilité de former un noyau familial durable parce que toute cohésion sociale parmi les esclaves était considérée comme une menace pour les colons. Les enfants étaient donc vendus dès l’âge de 8 ou 9 ans. Ainsi, à l’abolition de l’esclavage, étaient apparus dans les Amériques ce que l’écrivain Ta-Nehisi Coates appelle «ces temps d’indignité chronique [où] les pères se vantaient d’abandonner leurs gosses» (Le grand combat, éd. Autrement 2017). 

1 - Ferrières 2020

Retour au lycée Benjamin Franklin (Orléans – 45 Loiret)

2 - Orléans 16-01-2020            Pour la deuxième année consécutive, notre exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’histoire de France » a été présentée aux jeunes du lycée Benjamin Franklin à Orléans. Six classes étaient inscrites pour bénéficier de notre intervention. «C’est la rançon du succès», diront les collègues documentalistes qui ont pris soin de nous durant les 9 heures passées dans l’établissement. Effectivement, tous les enseignants qui nous avaient rencontrés l’année dernière étaient visiblement contents de nous revoir.

            Donner plus d’importance à la culture dans la formation des jeunes lycéens semble, de toute évidence, l’objectif que s’est fixé le lycée Benjamin Franklin. Depuis notre premier passage très apprécié par les enseignants, l’établissement a multiplié les appels aux intervenants extérieurs. En tout cas, le travail de La France noire consistant à faire connaître aux jeunes générations les pans de l’histoire de France impliquant les Noirs apparaît à tous une absolue nécessité. Nos collègues nous ont clairement fait comprendre que désormais nos conférences font partie du programme des activités culturelles du lycée Benjamin Franklin ; un lycée qui compte plus de 2.000 élèves.

1 - Orléans 16-01-2020           Merci de tout cœur à nos collègues documentalistes – Guyonne D. et Sébastien V. – pour l’accueil et les échanges autour des livres à découvrir afin de rester pour ainsi dire sur les mêmes longueurs d’onde quant aux conseils de lecture à donner aux jeunes.

  • Photo du bas : avec Françoise Parry (notre secrétaire et trésorière qui m’avait accompagné) et les collègues documentalistes).

Nos dernières interventions de l’année 2019 : les collèges Pierre Larousse de Toucy (89) et Paul Bert d’Auxerre (89)

Paul Bert 2019 B           Notre dernière intervention de l’année 2019 a eu lieu au collège Paul Bert le jeudi 19 décembre dans le cadre de la journée-citoyenneté organisée par l’établissement. Comme l’année dernière, plus d’une quarantaine d’associations, d’institutions, et de bénévoles ont participé à cette journée.  Compte tenu du succès rencontré par notre exposition auprès des classes de quatrième de l’année dernière, la France noire était très attendue.

Toucy 2019 OK            La semaine précédente, nous sommes intervenus le lundi 9 et le vendredi 13 décembre au collège Pierre Larousse de Toucy ; l’établissement ayant fait le choix de consacrer une semaine à la citoyenneté. Il est à souligner que la journée ou la semaine citoyenne entre dans le cadre d’un programme national de l’Education nationale dénommé « Parcours citoyen de l’élève ». Grâce aux intervenants extérieurs, les établissements scolaires permettent aux jeunes de s’ouvrir aux acteurs de la société française porteurs de projets concourant à la transmission de valeurs, de principes et de savoirs qui ne sont pas destinés à meubler l’esprit mais à vivre quotidiennement. Et nous sommes de l’avis de l’adjoint de direction de l’établissement qui assure qu’il est bon que certains messages soient portés par des intervenants extérieurs – qui brisent une routine et retiennent donc l’attention de manière particulière – plutôt que par les enseignants.

            En tout cas, la France noire se réjouit d’être parmi les élus des établissements qui associent les intervenants extérieurs à ce programme de l’Education nationale.

Le collège Saint-Jacques de Joigny (89) accueille pour la deuxième fois « La France noire »

Saint-Jacques nov. 2019

          Le vendredi 15 octobre, La France noire est intervenue pour la deuxième fois au collège Saint-Jacques de Joigny ; après un premier passage en juin 2018. Cette fois encore, pour accueillir les quatre classes de quatrième, c’est dans la belle chapelle de l’établissement qu’a été installée l’exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ».

          Merci à Mme Bonant, chef d’établissement, de partager avec la France noire le souci d’élargir les connaissances des élèves sur les pans mal connus de l’histoire de France. Merci aussi à Marie-Anne et à Nathalie, toutes deux membres de notre association et membres de l’équipe éducative du collège Saint-Jacques, pour le soin pris à rendre notre passage agréable et amical.

St-Jacques novembre 2019