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Bilan partiel des visites pédagogiques 2017 – 2018

Amilly 3Depuis la rentrée scolaire, en septembre dernier, l’existence de notre exposition dans sa nouvelle présentation a été largement portée à la connaissance des différents établissements scolaires de l’Yonne et des départements environnants.

Durant ce premier trimestre, nous sommes intervenus dans deux établissements de l’Yonne (Collège Jean BERTIN à Saint Georges-sur-Baulche et Albert CAMUS à Auxerre) et dans un établissement du Loiret (Collège Robert Schumann à Amilly).

Pour 2018, trois autres établissements ont sollicité notre visite (deux dans l’Yonne et un dans le Loiret). Espérons que 2018, année du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, incitera plus de collèges à prendre du recul et à découvrir notre exposition sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ».

20171201_110920            Les professeurs d’histoire que nous avons rencontrés ont unanimement reconnu la grande qualité de notre travail et découvert avec beaucoup d’intérêt les résistances en Afrique et dans les Amériques pendant la traite et l’esclavage des Noirs Outre-Atlantique ; faits absents des manuels scolaires. Les trois établissements visités sont prêts à renouveler la demande de visite pour leurs classes de 4e. Cela est très réjouissant et encourageant !

Amilly 4            Force est de constater tout de même que malgré l’intérêt qu’elle suscite, notre exposition n’a pas été, pour le moment, davantage sollicitée ; et cela pour deux raisons :

° La première tient au fait que les budgets des établissements étaient déjà bouclés ; ceux qui nous ont reçus – ou qui sont prêts à nous recevoir – ont dû faire un effort exceptionnel motivé par l’intérêt du sujet. Nous retenons donc que c’est en mai que notre travail doit être annoncé afin qu’il soit éventuellement intégré dans les projets pédagogiques et faire l’objet de demande de subvention ou de budget approprié.

° la deuxième raison est liée au  choix de l’interlocuteur. Nous retenons qu’il est préférable de s’adresser aux chefs d’établissement qui seuls ont le pouvoir de motiver leurs troupes et orienter leur regard vers ce qui peut apporter un plus aux élèves, même s’il ne faut pas négliger le contact avec les professeurs documentalistes.

20171121_141525            Nous tiendrons compte de ces expériences pour améliorer la communication avec les collèges et les lycées afin d’espérer multiplier les interventions et atteindre notre objectif : mieux faire connaître les pans de notre histoire qui impliquent les Noirs de France.

Merci à tous de continuer à accorder votre confiance aux membres du bureau et du conseil d’administration de notre association. Merci de tout cœur à tous de faire confiance à celui qui a la lourde et délicate charge de réaliser le contenu pédagogique des expositions.

Raphaël ADJOBI

La conférence de La France noire devant les membres du Club Kiwanis d’Auxerre

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Le lundi 13 novembre 2017, La France noire a eu l’honneur d’être l’invitée de la section départementale du club Kiwanis international d’Auxerre pour donner une conférence sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ».

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J’avais commencé mon exposé par une définition de l’histoire qui passe parmi nous pour une science alors qu’elle est un récit dont le contenu s’éloigne de la vérité dès lors que le narrateur néglige ou travestit certains faits devant le structurer. Puis j’ai insisté sur l’immensité de l’Afrique qui est comparable aux États-Unis, l’Europe et la Chine mis ensemble. Par conséquent, avais-je dit, il convient de ne jamais la considérer comme  homogène, physiquement et humainement. Ensuite, j’avais pris soin de délimiter les zones du continent africain qui connaissaient la pratique de l’esclavage comme l’Europe – le servage n’étant rien d’autre qu’un mot issu du latin désignant l’esclavage – avant de souligner que la zone forestière l’ignorait totalement. Pour preuve, j’avais fait remarquer à l’assistance que la fin de la traite négrière atlantique au milieu du XIXe siècle a coïncidé avec la fin de la traite et de l’esclavage dans cette partie de l’Afrique. Cela est un fait historique indéniable. D’ailleurs, à la fin du XIXe siècle, les déportations et les assassinats des chefs africains opposés à la colonisation européenne – avec son lot de travaux forcés – constituent des preuves supplémentaires de la non-pratique de cette forme d’asservissement de l’homme par l’homme dans la zone forestière africaine.

J’avais ensuite développé l’étrange avalanche des abolitions de l’esclavage à partir de la fin du XVIIIe siècle ; étrange avalanche des abolitions parce que l’apogée de l’esclavagisme se situe effectivement au XVIIIe siècle. Pourquoi les abolitions se multiplièrent-elles au moment même où les royaumes européens étaient de plus en plus riches grâce à la traite et à l’esclavage des Noirs ? J’avais alors établi un lien entre la perte de ses 13 colonies d’Amériques en 1783 et l’engagement de la Grande Bretagne à mettre fin à la traite négrière atlantique à partir de 1807. Par ailleurs, en n’appliquant pas l’abolition de l’esclavage prononcée par le Portugal en 1761, le Brésil signifiait à cet état européen qu’il était indépendant ! Les colonies se rebellaient donc contre les royaumes dont ils dépendaient. J’avais montré comment la France de Napoléon Bonaparte a plaidé et obtenu de la Grande-Bretagne la poursuite, durant quelques années supplémentaires, la déportation des Africains dans ses colonies d’Amérique. Pour terminer, j’avais insisté sur le fait que c’est dans cette période de conflit entre les royaumes européens et leurs colonies que s’étaient multipliées les rébellions d’esclaves. Tout cela voulait dire que les abolitions de l’esclavage étaient le fait de circonstances économiques et de la volonté des esclaves de saisir une situation de conflit entre les Amériques et l’Europe et nullement une question uniquement philanthropique.

La France noire remercie les membres du Club Kiwanis pour leur écoute attentive, signe de l’intérêt qu’ils portaient au sujet. Un merci particulier à monsieur le président qui a pris le risque d’accepter la proposition de cette conférence qui lui a été faite par Madame Marie-Aimée Siopathis. Un agréable moment qui nous a permis de découvrir une équipe ouverte à la connaissance de l’autre pour mieux respecter sa différence. Idéal cher au cœur de La France noire.

Raphaël ADJOBI

Retrouvailles à la France Noire !

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Le vendredi 29 septembre, les membres de La France noire résidant dans le jovinien et les environs se sont retrouvés autour du verre de l’amitié pour partager un moment convivial et aussi les informations sur les dernières actions de leur association.   100_1183

Depuis le mois de mai 2017, l’association met à la disposition des lycées et collèges de l’Yonne une exposition sur les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Afin d’éviter aux établissements scolaires les soucis d’accrochage, l’exposition a été réalisée sur un nouveau support plus moderne et plus mobile et dans un format encore plus grand et plus agréable à regarder. Depuis la mi-septembre, l’association s’est engagée à informer tous les collèges et tous les lycées de l’Yonne ainsi que certains établissements des départements environnants (selon leur proximité) de l’existence de cette exposition afin que les uns et les autres puissent prendre part dès maintenant à la commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 2018. Sensibles à la qualité du travail présenté, certains CDI (centres de documentation et d’information chargés de relayer l’information auprès des enseignants) commencent à se manifester ; et c’est réjouissant. 100_1182

Merci à tous ceux qui ont fait le déplacement. Leur présence a non seulement contribué à rendre ce moment très agréable mais elle a aussi ravivé la flamme de l’espoir dans nos cœurs. Merci à Mme Françoise Roure, notre Conseillère départementale qui ne ménage pas son temps pour soutenir un projet qu’elle partage sincèrement. Merci aussi à tous les autres membres qui, bien que loin de Joigny, continuent à nous accorder leur fidélité parce que convaincus du bien-fondé de notre idéal commun.

Amitiés à tous.

Raphaël ADJOBI

Au nom des membres du Conseil d’administration

         Voici deux panneaux de notre exposition qui en compte 23

Capture La liberté à tout prix                Capture La chase au nègre

2018 : 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage !

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Cela fait 170 ans que la France a aboli l’esclavage. Profitez de l’occasion pour une révision de ce pan de notre histoire avec La France noire

En 2018, nous commémorerons le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en France ! L’événement sera marqué comme d’habitude par des discours officiels et des réjouissances particulières. Mais pour les jeunes générations, où en sera-t-on au niveau de la connaissance des faits de l’histoire et des attentes des descendants des victimes ?

L’histoire n’est pas une science exacte mais un récit. Un récit dont la teneur varie selon le point de vue du chasseur ou de la proie, du vainqueur ou du vaincu. Pour se faire une idée plus exacte de la vérité, il convient donc d’écouter les différentes parties, retenir tous les faits sans jugement de valeur. Le récit historique doit donc être dégagé de toute autorité et de toute tradition immuable. C’est pourquoi l’association La France noire vous propose de prendre du recul pour découvrir les dernières recherches qui éclairent la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques grâce à des images et des textes de qualité réalisés sur un support moderne et d’une mobilité exemplaire.

La France noire met à la disposition des lycées et collèges une exposition sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ». A vous de permettre à votre établissement ou à celui de votre enfant, grâce à notre exposition, de prendre part en 2018 aux manifestations du 170e anniversaire d’un événement qui constitue une étape incontournable de l’histoire de la France au regard de la diversité de sa population actuelle.

C’est en effet en 1848 que la France a déclaré l’abolition définitive de l’esclavage dans nos colonies aujourd’hui départements français d’outre-mer. Et c’est l’occasion d’offrir à la jeune génération de Français une bonne connaissance des composantes lointaines de notre pays, de notre citoyenneté, et surtout des faits qui ont scellé notre destin commun. Mieux connaître l’autre, c’est apprendre à respecter sa différence.

            La France noire espère que vous serez nombreux à trouver l’occasion belle pour plus de culture à destination des jeunes, que vous serez nombreux à faire connaître l’existence de notre exposition. Pour cela, contactez-nous et demandez le dépliant proposant son contenu.

Raphaël ADJOBI

Conctact : lafrancenoire@orange.fr

Allocution du président de La France noire à la commémoration de l’abolition de l’esclavage 2017 à Joigny

IMG_0693Merci Mme La sous-préfète de nous faire l’honneur de votre visite qui nous fait vraiment plaisir.

Madame la Conseillère départementale, merci de votre présence qui nous honore également, et surtout pour votre constant soutien à La France noire.

Monsieur le maire, merci de tout cœur pour tout ce que vous faites au sein de notre ville pour favoriser la fraternité nationale dans le respect de la diversité de la population de notre pays. A travers vous, La France noire voudrait aussi dire sincèrement merci à tous les conseillers municipaux pour leur soutien aux actions culturelles des associations de notre ville, et en particulier pour leur précieux soutien à la nôtre. Personnellement, j’ai appris à ne jamais perdre de vue que les grands esprits ou les grands projets sont souvent voués à l’échec s’ils ne font pas de belles rencontres. Merci donc parce que votre bienveillance à tous, jointe à la bonne volonté des adhérents, a permis la réalisation de l’exposition que nous présentons aujourd’hui. Cette exposition est désormais à la disposition de tous les établissements scolaires.

Mesdames et Messieurs les chefs d’établissements ou leurs représentants, chers collègues enseignants, merci d’avoir répondu nombreux à l’appel de La France noire.

Mesdames et messieurs les présidents des organisations associatives ou leurs représentants, merci de nous faire l’amitié d’être parmi nous ce soir.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je vais aborder deux points dans mon intervention :

1) La nécessaire connaissance de l’autre pour construire la fraternité nationale.

2) Pourquoi l’esclavage des noirs dans les Amériques n’est pas un esclavage comme les autres.

                                       La nécessaire connaissance de l’autre

La France noire est née parce que les Noirs de France expriment des besoins : besoin de reconnaissance  de leur qualité de citoyen à part entière ; besoin de prise en compte de la contribution de leurs ancêtres à la défense et à la construction de la France. C’est réellement la non satisfaction totale de ces besoins qui fait encore peser sur eux le racisme né au XVIIIe siècle.

Beaucoup de nos compatriotes blancs sont conscients du racisme souvent sournois que subissent les Noirs de France. Ils s’en indignent, parfois ouvertement, et prônent plus de tolérance chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Mais comme le dit si bien le sociologue Michel Wieviorka, contre le racisme et l’intolérance, « il ne suffit pas d’avoir de bons sentiments, il faut avoir des connaissances ». Des actions éducatives sont absolument nécessaires pour que s’installent dans les esprits des connaissances durables grâce à la répétition des enseignements. Des connaissances durables qui vont à leur tour modifier les comportements et conduire à des habitudes satisfaisantes pour tous.

Pour aller vers cette fraternité qui est le troisième pilier de notre devise nationale, nous devons faire de la connaissance de l’autre et donc de son histoire un objectif essentiel. C’est pourquoi notre association a choisi comme devise « mieux connaître l’autre pour respecter sa différence ». Oui, mieux connaître l’autre est l’effort à accomplir par chacun de nous, le prix à payer par chacun de nous pour construire la fraternité nationale.

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement sur le plan national ? La réponse est claire : intégrer la géographie et l’histoire des Français noirs à la géographie et à l’Histoire de France. C’est cet impératif que notre association a voulu symboliser par son logo. L’arc de cercle autour de la France métropolitaine ou hexagonale, représente l’ensemble des îles et terres françaises lointaines que nous ne voyons jamais et n’étudions jamais sur les bancs de l’école mais qui existent bel et bien. C’est dire que la France qui est absente des manuels scolaires existe physiquement et devrait permettre à tous les Français de se dire que nous avons la chance d’avoir un horizon large !

C’est vrai, l’autre, celui qui est différent de nous est toujours un peu bizarre. Il étonne, il suscite des interrogations, il choque même parfois. Pourtant, il faut accepter d’être étonné, d’être choqué. C’est une chose universellement et humainement normale ; aussi, le choc ou l’étonnement provoqué par l’autre ne doit pas nous pousser à le rejeter. Nous ne devons pas en faire un sentiment définitif modelant notre vie.

Vous ne vous imaginerez jamais la réaction des Noirs, surtout des enfants, lorsqu’ils ont vu pour la première fois une personne blanche. Cela s’est toujours traduit par une véritable débandade des enfants : on court s’enfermer dans les maisons, se cacher dans les broussailles, on grimpe aux arbres, on crie à la mort en s’accrochant aux jambes de sa mère ou de son père. Et pourtant, ce sont ces mêmes enfants qui, après deux ou trois séjours du Blanc, courront à sa rencontre en ouvrant les bras lors d’une de ses prochaines visites.

Pour connaître l’autre afin de respecter sa différence, il faut connaître son histoire. Et pour nous tous ici présents, connaître l’histoire des Noirs Français, c’est connaître l’Histoire de France avec toutes ses pages qui sont occultées, négligées ou tronquées qui parlent d’eux.

            Cela m’emmène à parler de l’esclavage et à vous dire

                    pourquoi l’esclavage des Noirs dans les Amériques

                               n’est pas un esclavages comme les autres

            Certes, la traite et l’esclavage des Noirs font partie des programmes pédagogiques. Cependant, leur enseignement – au regard des manuels scolaires – est très loin d’être satisfaisant et parfois même blessant parce qu’il apparaît clairement comme une déculpabilisation des bourreaux d’hier qu’étaient les négriers et les esclavagistes européens. Par ailleurs, les manuels scolaires ont tendance à mettre la traite et l’esclavage des noirs sur le même pied d’égalité que toutes les autres formes d’esclavage au point où le lecteur attentif peut se demander pourquoi c’est le seul esclavage qui fait l’objet d’un enseignement.

La question est légitime et mérite des réponses claires. Les voici :

Premièrement, cet esclavage est le seul connu de l’humanité qui n’a pas été pratiqué seulement par des individus véreux, mais par des États coalisés contre une seule catégorie de populations. Il ne s’agit donc pas du même esclavage que celui pratiqué dans de nombreuses sociétés traditionnelles. Il s’agit d’une entreprise industrielle de plusieurs royaumes qui se concurrençaient. Cette entreprise a d’ailleurs donné naissance à des traités dans les parlements des royaumes et entre les royaumes européens.

Deuxièmement, cet esclavage est celui que chacun doit étudier parce que c’est le seul qui a changé durablement la conscience et la pensée européenne. Oui, cet esclavage a changé la conscience et la pensée européenne grâce à l’invention du racisme au XVIIIe siècle qui imprègne aujourd’hui encore les rapports humains sur la terre entière. Racisme popularisé à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle par les expositions coloniales. De ce fait, c’est la seule pratique esclavagiste qui, plus d’un siècle et demi après son abolition, laisse des traces aussi violentes et durables dans de nombreux pays européens ainsi que dans leurs anciennes colonies des Amériques.

En effet, c’est la seule pratique esclavagiste qui a été théorisée scientifiquement, philosophiquement, religieusement et dont la France a eu la belle idée de codifier les brutalités qui le rythmaient avant tous les autres.

                               Que disent les théories européennes qui ont

                                      durablement décidé du sort du Noir ?

D’une part, elles affirment que c’est Dieu qui a condamné l’homme noir à être l’esclave des autres peuples ; bien évidemment des Blancs. C’est la théorie de la faute de Cham, ce fils de Noé qui aurait vu son père nu, alors qu’il était ivre, et qui n’aurait pas recouvert sa nudité. La noirceur de sa peau serait donc le signe de sa malédiction !

D’autre part, ces théories affirment que le Noir ne fait pas partie de l’humanité. Elles affirment qu’au départ, le Noir était un Blanc qui, peu à peu, avait dégénéré, était sorti de l’humanité et s’était rapproché de l’animalité, plus précisément du singe. Ces théories disent que l’animal est une machine perfectionnée, un automate. Elles assurent donc que le Noir est moins qu’un sous-homme. Pire : c’est un objet du même niveau qu’une chaise, un buffet, un meuble, comme le dit clairement le Code noir.

Nous comprenons donc tous que l’esclavage des Noirs dans les Amériques se justifiait par une conception très réfléchie de la nature même du Noir et de la place que l’Europe lui réservait dans l’Histoire des êtres de la terre!

Voilà, mesdames et messieurs, pourquoi en regardant l’histoire particulière de la traite et de l’esclavage des Noirs dans les Amériques, la France a eu raison de décréter la traite et l’esclavage des peuples d’Afrique, de l’océan Indien et des Amériques un crime contre l’humanité ; voilà pourquoi elle a eu raison de décréter une journée nationale pour saluer les luttes des esclaves pour leur liberté et les luttes des Blancs qui ont sincèrement voulu la fin du traitement inhumain qui leur était infligé.

En métropole, notre pays a choisi le 1O mai pour marquer la fin d’une triste histoire, pour nous mettre périodiquement en garde contre l’intolérance. Et cette mise en garde nous concerne tous.

Je vous remercie !

L’affiche officielle de la commémoration de l’abolition de l’esclavage 2017 à Joigny

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La commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny est un moment très original. Outre les deux discours d’usage, le public est invité à découvrir une exposition. Cette année, celle qui lui sera proposée est exceptionnelle parce qu’elle montre pour la première fois les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Par ailleurs, la cérémonie est animée par une chorale. Nous avons été accompagnés l’année dernière par le groupe Ébène. Cette année, c’est la chorale Les Croq’notes de Brion dirigée par Christian Loubat qui a accepté d’animer la cérémonie. D’avance nous disons merci aux choristes et à leur chef.

Raphaël ADJOBI

Président de la France noire

La France noire appelle à la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2017 à Joigny

Prospectus 2017 0003La France noire a le plaisir de vous appeler à assister à la deuxième cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage qui aura lieu le 10 mai 2017 sous le patronage de Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny. La manifestation sera animée par la chorale Croq’notes de Brion.

L’exposition sur la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques sera présentée au public ce jour-là et sera visible dans le hall de la mairie jusqu’au 16 mai. Elle sera ensuite à la disposition des lycées et collèges. Les enseignants et les responsables des centres de documentation et d’information (CDI) intéressés peuvent dès maintenant prendre contact avec La France noire.

Notre exposition, à caractère pédagogique, a la particularité de mettre l’accent sur les résistances africaines à la traite ainsi que les procédés par lesquels les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions officielles.

Le président

Raphaël ADJOBI

Journée internationale des droits des femmes : Olympe de Gouges, Reine de la médiathèque de Joigny

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Le mercredi 8 mars, en début de soirée, les autorités de la ville de Joigny (89300) ainsi que des représentants d’associations joviniennes se sont réunis autour de Monsieur Bernard Moraine, maire de cette cité, pour déclarer Olympe de Gouges reine de la médiathèque de Joigny. Entendez par là que cette maison de culture porte désormais son nom. Une Statue – œuvre du sculpteur Jacques Canonici, résidant à Pontigny – a été dévoilée pour l’honorer et fêter par la même occasion la journée internationale des droits des femmes. Cette cérémonie s’est déroulée en présence de l’ancien ministre et Sénateur Henri de Raincourt et ponctuée par la belle contribution de Madame Béatrice Kerfa, directrice de l’office du tourisme de Joigny et membre de l’agence départementale du développement touristique.

C’est justement madame Béatrice Kerfa qui a eu l’honneur de retracer la vie et surtout le combat humaniste et forcément politique d’Olympe de Gouges. Un récit fait du portrait d’une femme volontaire et pleine de conviction. Le combat de cette jeune provinciale du XVIIIe siècle pour une égalité parfaite entre les hommes et les femmes a été formalisé par sa Déclaration des droits de la femme devenue célèbre en ce XXIe siècle.

Aujourd’hui que ses idées et son combat sont mis à l’honneur, on oublie qu’au XVIIIe siècle – c’est-à-dire il y a plus de deux cents ans – il n’y avait pas que les femmes qui étaient exclues de la déclaration des droits de l’homme. Olympe de Gouges savait que les Noirs étaient aussi exclus de cette déclaration qui se voulait universelle ! Il convient donc de souligner qu’elle a mené de front deux combats : la défense des droits des femmes et celle des droits des Noirs. D’ailleurs, les colons esclavagistes ne lui ont jamais pardonné sa pièce de théâtre Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage* qui traite de l’esclavage des Noirs dans les colonies françaises. Elle a été décapitée parce qu’elle était royaliste mais aussi parce qu’elle soutenait très ouvertement la cause des Noirs. Rappelons que Nicolas de Condorcet, Jacques Brissot et Etienne Clavière qui étaient les chefs de file de La société des amis des Noirs ont été ou guillotinés ou suicidés.

C’est pourquoi nous aimerions que le féminisme français de ce XXIe siècle ait dans son combat une vue aussi large que celle d’Olympe de Gouges. Nous aimerions que les femmes françaises de la métropole sachent que leurs sœurs de nos îles lointaines ne jouissent pas toujours des mêmes droits qui leur sont accordées à Paris, à Nantes ou à Strasbourg. Les avortements forcés pratiqués et les stérilisations à grande échelle dans les îles durant des décennies pour limiter le nombre d’enfants noirs – particulièrement à la Réunion – au moment même  où cette pratique était interdite et même criminalisée en France métropolitaine prouvent cette douloureuse injustice (La vidéo à la fin de l’article).

Parce que nous savons que le féminisme de la France hexagonale n’a jamais pris en compte ces crimes que constituent les mesures françaises appliquées aux femmes des Antilles, de la Réunion, de la Guyane et de la Nouvelle Calédonie, nous voudrions ici rappeler aux femmes de la métropole que mener le combat féministe dans la totale ignorance de ce que vivent leurs sœurs de ces régions de France, c’est refuser de partager avec elles les fruits de leur combat. Olympe de Gouges vous dit par le sien mené sur deux fronts que cette attitude est aussi criminelle que celle des hommes à votre égard.

Rien ne sert de mener un combat féministe en France si dans notre pays les femmes blanches négligent le sort que nos dirigeants réservent à une catégorie de la population française à la peau plus foncée. D’autre part, avant de se lancer dans la défense des femmes d’autres contrées de la terre, il serait bon de faire un état des lieux précis de l’ensemble de la France.

Si le logo de notre association – La France noire – comporte un arc de cercle autour de la France hexagonale, c’est justement pour symboliser la nécessaire prise en considération de ces territoires français que l’on ne voit pas et que l’on n’enseigne pas mais qui existent bel et bien. La France noire vous rappelle donc que dans le combat que vous menez, vous ne devez pas abandonner au bord du chemin vos sœurs à la peau bronzée du bout du monde.

* Zamore et Mirza ou l’esclavage des noirs.   /    LA VIDEO

Raphaël ADJOBI

Les Français noirs dans l’océan Indien

                         Les Français noirs dans l’océan Indien

(Une conférence de Luis-Nourredine PITA pour La France noire)

Le mardi 21 février 2017 à 18h30, une conférence ayant pour thème « Les Français noirs dans l’océan Indien »  a rassemblé un peu plus d’une quarantaine de personnes à la Halle aux grains de Joigny. Le conférencier, Luis-Nourredine Pita,  était arrivé de Murcie, en Espagne, pour la circonstance.

Jovinien de naissance, Luis-Nourredine PITA – vice-président de La France noire – a fait une très grande partie de sa carrière d’enseignant à La Réunion. Conseiller pédagogique pour l’éducation nationale, il a sillonné les archipels de l’océan Indien – les Seychelles, les Comores et les Mascareignes (La Réunion, Maurice et Rodrigues) – ainsi que l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie.

Le conférencier a d’abord replacé l’histoire de ces archipels dans les luttes de possession et d’influence des puissances européennes ; principalement anglaises et françaises. Il a ensuite insisté sur l’évolution du statut des populations de cette région qui sont certainement les plus métissées au monde parce qu’elles sont l’émanation de trois influences : africaine, indienne et chinoise.

En effet, si ces populations n’ont pas connu la traite négrière vers les Amériques, elles ont connu le statut d’esclave* et, après les abolitions, celui de l’indigène appliqué à toutes les colonies françaises. Le code de l’indigénat faisait des « nouveaux citoyens » français une catégorie à part vouée au rôle de sujet. L’indigène ou le sujet français devait par son travail mériter l’accès au titre de citoyen exclusivement réservé à la population de la métropole.

Le conférencier a ensuite abordé la question de l’indépendance des Comores en juillet 1975 après le référendum de 1974. Détaché de Madagascar depuis 1946 avec le statut de Territoire d’outre-mer (Tom), la France va profiter du référendum de 1974 pour amputer cet archipel d’une de ses quatre îles : Mayotte. Si la consultation a montré que l’ensemble de l’archipel des Comores a voté à plus de 96% pour l’indépendance, les voix de Mayotte comptabilisées séparément étaient favorables pour le maintien dans le giron de la France. On pense que c’est la marine Française qui a poussé l’Elysée à annexer purement et simplement Mayotte en se fondant sur son vote favorable à la France. Situation stratégique dans la région oblige ! Depuis, un conflit politique oppose le gouvernement comorien et les autorités françaises. L’Assemblée générale des Nations-Unis – par plus de vingt résolutions – ainsi que l’Union Africaine condamnent cette partition des Comores faite par la France.

Il apparaît aujourd’hui que l’île de Mayotte se trouve sur une voie d’acculturation accélérée, une marche forcée vers les lois de la République française. L’autorité des juges musulmans qui géraient les conflits sociaux n’est plus reconnue. Non seulement les liens de parenté avec les populations des îles sœurs de Comores et particulièrement avec celles d’Anjouan sont niés par la France, mais les populations sont contraintes d’aligner leur nom et prénom (souvent à rallonge) sur le modèle français. Les traditionnelles relations commerciales avec l’Afrique, Madagascar, et les autres îles des Comores subissent désormais des taxes afin d’obliger Mayotte à ne commercer qu’avec la France et plus largement avec la communauté européenne.

Le public de la Halle aux grains de Joigny a été très sensible au drame humain que pose la séparation administrative et juridique de Mayotte de ses îles sœurs des Comores. Une séquence d’environ 10 minutes du documentaire « Mayotte, où va la République »* a été projetée pour illustrer ce drame humain que le pouvoir métropolitain couvre de son silence. Au XIXe siècle, le partage de l’Afrique entre les grandes puissances européennes avait séparé des familles, des villages, des royaumes et causé des traumatismes qui agitent encore ce continent. Nous pensions que cette erreur ne se reproduirait plus. Eh bien, nous avions tort. L’histoire se répète à Mayotte.

Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny, ainsi que Madame Françoise Roure, conseillère départementale, nous ont fait le plaisir d’honorer de leur présence cette première conférence de La France noire. Nous avons été également sensibles à la présence de Madame Célia Davaine, directrice du collège Saint-Jacques, ainsi que celle de Madame Blandine vassaux, directrice de l’école Sainte-Thérèse, de Monsieur Claude Josselin, Adjoint au maire chargé des associations patriotiques.

Le président de La France noire

Raphaël ADJOBI

* L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui, édit. Gallimard

* Un film de Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, Enquête prod. août 2008