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Collège Notre-Dame, de Cosne-sur-Loire : quand le travail de « La France noire » et l’exposition « Le modèle noir » inspirent les élèves de 4e.

METISSAGE (10)     Semez ; le temps se charge du reste ! Cette leçon chère au cœur des enseignants est également le moteur des actions de notre association. Sous la houlette des collègues, les interventions de La France noire – avec ses expositions pédagogiques – génèrent des travaux insoupçonnés de la part des élèves. Nous en avons une preuve éclatante avec ces œuvres réalisées par les élèves de 4e du collège Notre-Dame, de Cosne-sur-Loire (Nièvre).

METISSAGE (11)     Mme Margeault, professeur d’Arts Plastiques, n’a pas manqué l’exposition Le modèle noir de Géricault à Matisse, proposée au musée d’Orsay de mars à juillet 2019, ni notre travail sur Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclavages pour leur liberté dans les Amériques lors de notre passage au lycée Simone Dounon de Cosne-sur-Loire. Ces découvertes ont nourri de manière particulière son travail avec ses élèves. En effet, ceux-ci ont produit des œuvres artistiques sur le thème LE NOIR N’EST PAS UNE COULEUR, à partir d’exigences claires :

– Notions : métissage – lavis.

– Consignes : trois personnages (homme, femme, enfant), trois teintes de pigmentation différentes à partir du noir + blanc + marron.

– Support : les deux expositions (« Le modèle noir » et « Les résistances africaines à la traite et la lutte des esclaves pour leur liberté »).

METISSAGE (20)     Bravo aux élèves de 4è du collège Notre-Dame qui, se pliant aux directives de leur professeur, sont parvenus à ces œuvres que nous découvrons et exposons avec plaisir. Merci à Mme Margeault, initiatrice et conductrice du projet, qui a bien voulu partager avec nous le fruit du travail des jeunes artistes.

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Collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire – Première sortie de l’année 2019-2020

     Notre exposition «Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques» a été reçue dans la Nièvre (58) pour la première fois. C’est le collège privé Notre-Dame de Cosne-sur-Loire qui a accueilli notre travail au CDI du lycée privé Simone Dounon, du lundi 16 au vendredi 20 septembre.

Cosne-sur-loire Sept. 2019 C     Comme l’a si bien dit la professeure d’Histoire à l’initiative de la demande d’intervention, quand on est si loin des grandes structures culturelles, il faut «saisir les occasions d’ouvrir l’esprit des jeunes sur l’extérieur et leur permettre d’élargir leurs connaissances». Nous ne pouvons qu’applaudir une si belle parole et dire merci à notre collègue !

     Dans l’après-midi du lundi 16, nous avons reçu une classe du lycée qui étudiait des textes de Voltaire relatifs à l’esclavage. D’autre part, des enseignants qui n’accompagnaient pas d’élèves sont venus assister aux interventions, témoignant ainsi de l’intérêt qu’ils portent à notre travail. Merci à tous.

Cosne-sur-Loire sept. 2019 A

Cosne

Dans la presse locale : https://www.lejdc.fr/cosne-cours-sur-loire-58200/actualites/les-collegiens-confrontes-a-lesclavage_13657671/?fbclid=IwAR0fQYoyL_1E_daVMPxiWp45-q_L_hYURTQkJk1qgDeH7MibSsnpHhj_zGY

 

Les retrouvailles à La France noire – 2019

            Le 30 août 2019, La France noire a organisé les retrouvailles annuelles de ses membres – géographiquement proches de son siège social – pour un moment convivial et de partage d’informations relatives à ses futures activités auprès des collégiens et des lycéens. Ce rendez-vous affirme l’ancrage de l’association dans les paysages jovinien, icaunais (de l’Yonne) et national. Nous y tenons.

            A la fin de ce mois d’août, La France noire enregistre 4 demandes d’intervention ; la dernière date du 31 août ! L’année dernière, à cette date, aucune demande n’était enregistrée ; nous avions cependant terminé l’année avec 9 interventions et une demande de prêt de la part d’une mairie. C’est donc le cœur plein d’espoir que nous entamons l’année scolaire 2019 – 2020.

            Afin de toucher un plus large public, notre association multiplie les informations en direction des mairies pour qu’elles prennent connaissance de l’existence de nos diverses expositions et la possibilité de les proposer à leurs populations. Nous avons d’ailleurs décidé de les étoffer avec bientôt un travail sur « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’Histoire de l’humanité ». Cette dernière exposition nous permettra ainsi d’atteindre les plus jeunes : les CM2 et 6e. Mais nous sommes certains qu’elle sera aussi une source de découvertes pour les plus grands qui pourront constater que celui qui a dit que « l’homme noir n’est pas assez entré dans l’Histoire (de l’humanité) » a fait preuve d’ignorance ou de négationnisme.

Raphaël ADJOBI

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De l’esclavage moderne (2e partie du discours du 10 mai 2019 prononcé par le président de La France noire)

Abolition esclavage 17.05.2018 (17)[…] je voudrais consacrer le temps qui me reste à un sujet qui semble intéresser beaucoup de personnes depuis deux ans environ : il s’agit de ce qu’on appelle communément « esclavage moderne ». J’avoue que devant le désir de tout le monde de parler de l’esclavage moderne, j’éprouve le désagréable sentiment que certains veulent nous détourner de notre passé douloureux qui pèse aujourd’hui encore sur la France pour regarder ailleurs. J’ai la nette impression qu’on veut remplacer le devoir de mémoire par une actualité du moment.

            Alors parlons-en ! Parlons de l’esclavage moderne ! Qu’appelle-t-on au juste « esclavage moderne » ? (A ne pas confondre avec le trafic d’êtres humains : des êtres que l’on retient en captivité afin d’échanger leur liberté contre de l’argent comme en Libye et dans certains pays du Golfe ; des êtres auxquels on promet le bonheur sous d’autres cieux contre de l’argent comme en Afrique au sud du Sahara). Quelles sont les situations d’exploitation de la force physique de l’autre pour son profit personnel qui nous donnent le sentiment qu’il y a des personnes qui sont en situation d’esclavage aujourd’hui ?

            Commençons par une situation présentée par un élève sous forme de question lors d’une de mes interventions dans les collèges et lycées  : « Monsieur, m’a-t-il lancé, quand vous percevez un salaire qui vous oblige à vivre dans des conditions sordides, qui ne vous permet pas de nourrir, d’habiller et de soigner correctement les membres de votre famille, n’êtes-vous pas dans une situation d’esclavage ? »

             A cette question, nous pouvons aussi ajouter ces deux autres :

            quand dans le sud de la France, de l’Espagne, de l’Italie et dans certains pays d’Amérique latine comme le Brésil (livre « CACAO »), des milliers de personnes (souvent des immigrés ou des déplacés) attendent sur les bords des routes, se battent entre elles pour monter dans des camions qui les emporteront dans des champs afin de récolter des fruits et des légumes, tout cela pour un salaire juste suffisant pour ne pas mourir de faim le lendemain, n’est-ce pas une situation d’esclavage ?

            Quand des milliers de personnes sont obligées de gagner d’autres pays où elles savent qu’elles travailleront dans les conditions les plus humiliantes et pénibles – parfois avec le passeport confisqué – tout simplement parce qu’elles ne veulent pas mourir de faim devant leur semblable, n’est-ce pas une situation d’esclavage ?

            Nous sommes tentés de répondre par l’affirmative. Et pourtant, ce sont des situations d’exploitation de la force physique de l’autre qui ne sont pas illégales dans les pays où ces pratiques ont lieu ! Pourquoi donc ? Tout simplement parce que les autorités locales jugent que c’est volontairement, et donc sans contrainte, que les individus vont travailler. D’autre part, parce qu’en échange de leur force physique, ces individus reçoivent un salaire, si minime soit-il. En définitive, pour tous les Etats, il n’est de situation d’esclavage que ce qu’ils déclarent eux-mêmes illégal.

            Ainsi, à l’abolition de l’esclavage en 1848 – donc l’esclavage devenu illégal – la France a fait venir par des navires entiers des Chinois et des Indiens à l’île de la Réunion et dans les Antilles pour remplacer les Noirs qui refusaient de travailler avec leurs anciens maîtres. Ces travailleurs dits sous contrat, qu’on appelait les indigènes, étaient en réalité dans un esclavage moderne (Case à chine de Raphaël Confiant), une exploitation abusive de l’homme mais légal en France jusqu’en 1946 au moment de l’abolition du travail forcé dans les colonies françaises.

                                                                °°°°                   °°°°

            A vrai dire, ce que nous appelons « esclavage moderne » est en fait un type d’exploitation de l’homme par l’homme né avec le capitalisme. C’est un esclavage où la nécessité pousse l’individu à se mettre volontairement ou par la tromperie sous le joug d’un pouvoir qui brime son corps et détruit sa santé sans lui donner des perspectives d’avenir (et cela en toute légalité jusqu’à ce que l’Etat le juge illégal).

            Ce point de vue m’emmène à un fait très important de l’histoire de l’abolition de la traite négrière vers les Amériques. Un fait historique qui montre clairement que l’esclavage que nous qualifions de moderne ne date d’aujourd’hui, qu’il est bien né avec le grand profit appelé capitalisme.

            En 1787, un jeune anglais de 27 ans – Thomas Clarkson – décide de faire des recherches approfondies sur le terrain pour recueillir des informations et des témoignages afin de nourrir la propagande abolitionniste. Puisque les capitaines refusaient de l’aider dans sa tâche, il se tourna vers les marins. Et que découvrit-il ?

            Clarkson découvrit avec stupéfaction, à travers les témoignages, que contrairement à ce que tout le monde soutenait en Angleterre et partout en Europe, « le commerce des navires négriers n’était en aucun cas une pouponnière pour les marins, mais bien plutôt un cimetière » ! Dès lors, au lieu de focaliser son attention sur les captifs africains, Thomas Clarkson allait plutôt s’intéresser au sort des marins. Il venait de comprendre qu’en mettant l’accent sur les malheurs des marins européens, donc des Blancs, il toucherait plus profondément la sensibilité des hommes politiques et le grand public britannique que s’il s’intéressait essentiellement aux Noirs.

            D’abord, le travail de Thomas Clarkson met au grand jour le fait que les prisons et les orphelinats sont les grands pourvoyeurs de marins. Qui sait cela, aujourd’hui ? Peu de monde ! Il y avait aussi parmi eux des terriens – c’est-à-dire des paysans – que des recruteurs véreux « vendaient » pour ainsi dire aux capitaines après leur avoir fait croire qu’une vie de harem les attendait en Afrique avec des femmes noirs aux seins nus.

            Il découvre aussi que « les capitaines transforment leur navire en enfer flottant et se servent de la terreur pour contrôler tout le monde à bord, marins et captifs ». Selon un capitaine repenti, le navire négrier est un enfer pour « les esclaves blancs » et « les esclaves noirs » ; et il ajoute « il n’y a pas entre eux l’ombre d’une différence si l’on fait abstraction de leur couleur de peau ». Les marins eux-mêmes souvent battus et maltraités et mal nourris, se vengeaient de leur situation sur des êtres encore plus pitoyables et impuissants dont ils avaient la charge.

            Enfin, Thomas Clarkson découvre qu’un autre grand ennemi des marins, ce sont les maladies tropicales qui les décimaient comme des mouches. Et tout le monde pouvait vérifier les marques de l’enfer des navires négriers en se rendant dans les tavernes sordides des ports européens où on ne pouvait que découvrir des marins boiteux, aveugles, borgnes, pleins d’ulcères et fiévreux.

            C’est donc en apportant les preuves accablantes du mauvais traitement que les capitaines faisaient subir aux « marins », les preuves des maladies qui les décimaient, les preuves des dangers auxquels les exposait leur travail auprès des captifs africains prêts à les tuer pour recouvrer leur liberté, que les abolitionnistes anglais sont arrivés à faire de la condition de travail légal des « marins » une condition de travail illégal. Thomas Clarkson et les abolitionnistes ont ainsi permis à l’Europe entière de découvrir au XVIIIe siècle un esclavage moderne : des marins blancs esclaves ! L’Europe venait de comprendre que le capitalisme pousse les individus à se mettre volontairement dans un état d’esclavage. Le sort des marins blancs a donc été un argument essentiel pour décider l’Angleterre à faire la guerre, sur l’Atlantique, aux autres puissances européennes afin de mettre fin à la déportation des Noires vers les Amériques à partir de 1807.

            Mesdames et Messieurs, convenons donc que ce qui semble aujourd’hui à nos yeux de l’esclavage moderne, c’est toute forme de travail où l’humanité du travailleur est sacrifiée sur l’autel du profit. A notre époque où le capitalisme s’est internationalisé, si nous désirons sincèrement lutter contre le travail déshumanisant qui ne procure aucune perspectives d’avenir, il nous faut faire comme Thomas Clarkson : regarder autour de nous au lieu de chercher ailleurs l’entreprise qui profite du malheur de ceux pour lesquels nous avons de la compassion. Car, hier comme aujourd’hui, c’est la course au profit qui crée les conditions de l’esclavage et non pas l’esclavage qui crée la course au profit.

Je vous remercie.

Bordeaux l’ingrate ne cache plus son passé négrier

Bordeaux statuePendant plus d’un siècle et demi après l’abolition définitive de l’esclavage en 1848, la ville de Bordeaux est restée drapée dans son orgueilleuse suffisance qui lui faisait regarder son passé négrier comme une simple tractation commerciale. Depuis la naissance de la Ve République, les deux premiers maires de la ville – Jacques Chaban Delmas (40 ans de mandat) et Alain Jupé (près de 22 ans de mandat) – sont restés les dignes héritiers d’une France où la tradition voudrait que les enfants portent les sabots et les habits de leurs aïeux et s’obligent à faire usage, à table, de l’argenterie qu’ils leur ont laissée. Même quand la République déclara la traite et l’esclavage des Noirs un crime contre l’humanité, la ville ne se sentit pas concernée. L’altération de son jugement était confirmée par le déni constant de ses crimes par ses élus. Heureusement, nous voyons arriver une nouvelle génération de Français capables de regarder la vérité de l’histoire en face – si désagréable soit-elle.

En effet, «l’histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l’arrogance d’un détective qui détiendrait la clef du mystère depuis le début» (David Grann, La note américaine). Avec l’histoire, le déni ne tient pas indéfiniment ; il finit par perdre de sa superbe et s’écrouler !

Depuis le début des années 2000, l’association « Mémoires et Partages » et son président Karfa Dialo désespéraient de voir un signe officiel évoquant la mémoire de toutes les victimes africaines qui ont fait la fortune de Bordeaux durant des siècles. Ce fut finalement Haïti qui ouvrit les yeux aux élus de la capitale girondine en leur forçant adroitement la main. A l’occasion du bicentenaire de sa fondation, la république de Haïti fit don d’un buste de Toussaint Louverture à la ville. Les élus trouvèrent-ils ce cadeau encombrant ? En tout cas, ils prirent soin de tenir le buste du célèbre révolutionnaire et abolitionniste loin de la rive gauche, loin du cœur historique de Bordeaux ; en 2005, ils l’installèrent dans un parc de la rive droite où les rares personnes qui viennent y faire leur jogging l’ignoraient superbement. Pour accroître l’indifférence du public, jusqu’à la fin de l’année 2018, aucune signalétique ne précisait ni l’identité ni l’œuvre accomplie par cette figure isolée dans ce coin de la cité.

Enfin, officiellement, depuis le 10 mai 2019, une statue représentant une esclave noire affranchie trône de manière très visible sur une place publique de Bordeaux ! Et pour que la symbolique soit totale, elle a été érigée en face de la Bourse maritime. Même si la décision d’installer ce monument en mémoire des victimes de l’esclavage a été prise sous le mandat de l’ancienne municipalité, nous nous réjouissons que ce soit un maire représentant la nouvelle génération de français qui ait eu l’honneur de l’inaugurer. Nous espérons que le nouveau maire, Monsieur Nicolas Florian, sera plus prompt à installer une signalétique explicative afin de répondre aux interrogations déjà très nombreuses des Bordelais et des touristes ou visiteurs.

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A propos justement de l’importance des signalétiques explicatives, il convient d’évoquer ici une cérémonie émouvante qui a eu lieu le 28 mai 2019 dans une rue de la capitale girondine. Suite à la visite du « Bordeaux-nègre » organisée par le président de l’association « Mémoires et Partages », les élèves du collège Goya ont été sensibles à l’indignation de leur guide quant au fait que certaines rues de leur ville portent les noms d’anciens négriers sans que cette précision soit portée à la connaissance du public. Dans le secret et avec l’accord du principal de l’établissement, les élèves et leur enseignante ont réalisé – avec l’aide d’une artiste – une plaque explicative qui a été déposée à l’angle des rues des négriers Broca et Gradis. L’inauguration symbolique de cette plaque en présence du président de « Mémoires et Partages » fut absolument un moment historique : pour la première fois, la jeunesse française manifestait publiquement sa volonté de ne pas demeurer dans un récit national qu’elle ne comprend pas.

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Les lieux de mémoire sont absolument nécessaires pour donner des repères historiques de notre passé aux générations présentes et futures. Quant aux rues et aux œuvres d’art, sans les débaptiser, des signalétiques s’avèrent absolument nécessaires pour bien montrer l’esprit de ceux qui nous ont précédés, l’esprit propre à certaines époques. Laissons l’histoire faire son travail : exposer au grand jour les erreurs les plus tragiques, les imprudences et les secrets intimes de tous nos aïeux. Ainsi instruits de notre passé, nous pourrons regarder l’avenir d’un cœur plus serein et fraternel. 

Raphaël ADJOBI

« Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France » était à Boisseaux (45) pour le 10 mai, grâce à l’association Afrique-sur-Loire

Le 10 mai dernier, l’association Afrique-sur-Loire a commémoré l’abolition de l’esclavage à Boisseaux (Loiret – 45) autour de notre exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France ». Nous disons bravo à sa présidente, notre amie Inès Kihindou – Liss, pour les intimes – qui oeuvre, dans le Loiret, pour une meilleure connaissance de l’autre afin de mieux respecter sa différence. Nous nous réjouissons de l’attention des médias locaux pour le message de fraternité que portent Afrique-sur-Loire et sa présidente. Des articles de qualité qui montrent que leurs auteurs ont apprécié notre travail. Retenons ces deux formules : « une exploration minutieuse des personnages et une cartographie adaptée » ; « …la richesse de cette exposition […] mérite d’être partagée avec les écoles ». Merci, Liss, de nous donner l’opportunité de recueillir ces compliments.

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Expo Boisseaux

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Le travail de La France noire exposé à Saint-Martin-de-Seignanx (Landes 40)

La mairie de Saint-Martin-de-Seignanx (40) a loué notre exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques » pour accompagner ses activités autour de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage le 10 mai. Bravo à Madame Camille VENANT qui, en portant ce projet au sein de sa commune, permet aux populations de sa région de découvrir le travail de La France noire  !

La commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny sous le regard de Léopold Sédar Senghor

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Le maire de Joigny, Monsieur Bernard Moraine, a assisté à la cérémonie en compagnie de Mme la députée Michèle Crouzet, Mme la Conseillère départementale Françoise Roure, et de M. Nicolas Soret Conseiller départemental et président de la communauté de communes du jovinien.


Extrait du discours du président de La France noire


              Nous sommes reconnaissants à l’association « Mémoires et partages », dont le siège est à Bordeaux, qui a réalisé l’exposition que nous présentons aujourd’hui. L’association a aussi une antenne au Sénégal ; ce qui explique le thème de cette exposition : « Senghor, l’Africain universel ».

         La figure de Léopold Sédar Senghor nous rappelle un pan de notre Histoire commune : l’histoire coloniale de notre pays.

         Léopold Sédar Senghor est né sujet Français à Joal, en Afrique, dans le territoire français du Sénégal. Comme tous les sujets français des colonies, sa vie va se construire dans le système colonial qui avait bien entendu besoin d’administrateurs locaux pour certaines fonctions. Mais, comme nous le savons tous, c’est la passion de la littérature qui va triompher en lui, et plus particulièrement l’amour de la poésie.

         On retient souvent de lui le poète et le chantre de la négritude – c’est-à-dire celui qui plaide pour la reconnaissance d’une histoire et d’une culture noires participant à une civilisation de l’universel au-delà des différences des traditions. Mais Senghor c’est aussi le sujet français très soucieux de remplir ses devoirs envers sa patrie, puisqu’il a participé à la deuxième guerre mondiale dans un régiment d’infanterie coloniale.

100_1416         Je voudrais ici m’attarder un peu sur un fait de l’histoire de cet homme ; un fait de son histoire qui nous éclaire sur l’histoire de la France avec les Noirs d’Afrique. Léopold Sédar Senghor étant noir et né dans une colonie française d’Afrique était sujet français et non pas citoyen français. Et ce n’est pas du tout la même chose ! Il pouvait participer à l’effort de guerre contre l’Allemagne mais ne pouvait entrer dans la fonction publique française métropolitaine. Sujet français, il lui a fallu demander la nationalité française afin de postuler au concours d’agrégation de grammaire et entrer ainsi dans l’enseignement en France en 1935.

         Mais alors, me direz-vous, quelle était la nationalité d’un sujet français ? Eh bien, il n’y en avait pas ! Senghor né au Sénégal n’était pas sénégalais ; puisque le Sénégal n’était pas une nation indépendante, la nationalité sénégalaise n’existait pas ! Avant d’obtenir la nationalité française, Senghor était donc officiellement « un Français sans papier » aussi bien au Sénégal qu’en France. C’était cela la réalité de la situation de tous les Africains des colonies françaises jusqu’en 1960.

100_1418         Ce n’est donc qu’en 1960, à 54 ans, à l’indépendance du Sénégal –  et de presque toutes les colonies françaises – que Senghor, citoyen Français, va devenir Sénégalais.

         Mesdames et messieurs, imaginez maintenant tous ces Africains « Français sans papier » – comme Senghor au départ – venus en France pendant les deux guerres mondiales et qui sont souvent restés en métropole ; imaginez tous ces Africains « Français sans papier » qui sont venus en France pour la reconstruction de la mère patrie à partir de 1946 ; imaginez tous ces Africains qui arrivaient en France après 1960 alors que les jeunes Etats indépendants n’avaient pas encore une administration pour identifier leurs populations et leur délivrer une nationalité (sénégalaise, gabonaise, malienne…). Si vous imaginez tout cela, alors, mesdames et messieurs, vous comprenez parfaitement pourquoi en France, jusqu’à la fin des années 1980, on employait plutôt l’expression « sans papier » pour désigner les Africains de France et non le mot « immigrés ». Les moins jeunes parmi nous peuvent témoigner que c’était cela la réalité : avant les années 1990, « sans papier » était pour ainsi dire le statut des Africains des anciennes colonies françaises.

              Retenons donc que cette exposition retrace l’histoire d’un Français « sans papier » – mais qui devait, si nécessaire verser son sang pour la France. 100_1410