10 mai 2022 : journée nationale de l’abolition de l’esclavage – Une exposition sur le racisme à Joigny

En vertu du décret du 31 mars 2006 est célébrée chaque 10 mai la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition ». Depuis 2016, la ville de Joigny et l’association La France noire organisent une cérémonie autour de ce pan de notre histoire commune avec une exposition et un moment convivial.

Commémoration 2022 Mairie B

Commémoration 2022 Bis

Nelson Mandela : vos ennemis ne sont pas forcément mes ennemis, et vos amis forcément les miens !

Nelson MandelaLe 11 février 1990, au Cap, Nelson Mandela retrouvait sa liberté après 27 ans de détention. Le 21 juin 1990, au « Aaron Davis hall – city college of New York », le journaliste Ken Adleman interpelle Nelson Mandela en ces termes : Ceux d’entre nous qui partageons votre combat pour les droits de l’homme contre l’apartheid, avons été déçus par les modèles en matière de droit de l’homme que vous avez soutenus depuis que vous êtes sorti de prison. Vous avez rencontrez, à trois reprises au cours de ces derniers mois, Yasser Arafat que vous avez adulé. Vous avez dit à Kadhafi que vous partagez son point de vue, et vous le félicitez sur son dossier des droits de l’homme et sa volonté pour la liberté et la paix dans le monde. Et vous avez adulé Fidel Castro en tant que leader des droits de l’homme. Vous avez déclaré que Cuba est un des pays qui avaient le plus la tête sur les épaules en matière des droits de l’homme, en dépit du fait que les documents de l’ONU montrent que Cuba est le pire des pays. Je me demandais juste si ce sont vos modèles de dirigeants en matière des droit de l’homme ? Si oui, voudriez-vous un Kadhafi ou un Arafat ou un Fidel Castro en tant que futur président de l’Afrique du sud ?

Nelson Mandela 2Réponse de Nelson Mandela : « Une des erreurs que font certains analystes politiques, c’est de penser que leurs ennemis devraient être nos ennemis (applaudissements). C’est ce que nous ne pouvons faire et ne ferons jamais ! Nous avons notre propre lutte que nous menons à bien.

Nous remercions tout le monde d’avoir soutenu notre lutte. Néanmoins, nous sommes une organisation indépendante avec sa propre politique. Notre attitude envers un pays est déterminée par l’attitude de ce pays envers notre lutte (applaudissements). Yasser Arafat, le colonel Kadhafi et Fidel Castro soutiennent notre lutte jusqu’au bout ! Il n’y a donc aucune raison pour laquelle nous devrions avoir une quelconque hésitation à propos de leur attachement aux droits de l’homme tels qu’ils sont exigés en Afrique du sud. Notre attitude est basée sur le fait qu’ils soutiennent entièrement la lutte pour la fin de l’apartheid. Ils ne soutiennent pas seulement la lutte anti-apartheid dans le discours, ils mettent également des ressources à notre disposition pour qu’on gagne cette lutte ».

S’agissant des amitiés nées des relations personnelles, le cercle qui en résulte peut souffrir de la mésentente entre deux de ses membres. Mais cela n’a jamais pour conséquence inéluctable la mort du groupe ; sauf si ce groupe a une fin artistique ou autre intérêt commun bien clair. En d’autres termes – et c’est ce que dit Nelson Mandela – ce n’est pas parce que tu ne t’entends plus avec jean (qui n’est pas de ta famille) que je ne dois pas m’entendre avec lui. Jean n’est pas un membre de ta famille ; je ne suis donc pas devenu ami avec jean par un contrat signé avec toi : comment peux-tu alors exiger que je rompe ma relation d’amitié avec lui du simple fait que tu ne t’entends plus avec lui ? Une telle exigence est inacceptable ! Elle n’est rien d’autre qu’un chantage que l’on voit dans les jeux d’enfants.

Raphaël ADJOBI

Discours autour de l’exposition « Léopold Sédar Senghor, l’Africain universel »

Extrait du discours du président de l’association LA FRANCE NOIRE prononcé le 10 mai 2019 dans les salons de l’Hôtel de ville de Joigny (89) devant les autorités de la commune à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Commémoration 2019          Nous sommes reconnaissants à l’association « Mémoires et partages », dont le siège est à Bordeaux, qui a réalisé l’exposition que nous présentons aujourd’hui. L’association a aussi une antenne au Sénégal ; ce qui explique, en partie, le thème de cette exposition : « Senghor, l’Africain universel ».

          La figure de Léopold Sédar Senghor nous rappelle un pan de notre Histoire commune : l’histoire coloniale de notre pays.

          Léopold Sédar Senghor est né sujet français à Joal, en Afrique, dans le territoire français du Sénégal. Comme tous les sujets français des colonies, sa vie va se construire dans le système colonial qui avait bien entendu besoin d’administrateurs locaux pour certaines fonctions. Mais, comme nous le savons tous, c’est la passion de la littérature qui va triompher en lui, et plus particulièrement l’amour de la poésie.

          On retient souvent de lui le poète et le chantre de la négritude – c’est-à-dire celui qui plaide pour la reconnaissance d’une histoire et d’une culture noires participant à une civilisation de l’universel au-delà des différences des traditions. Mais Senghor c’est aussi le sujet français très soucieux de remplir ses devoirs envers sa patrie, puisqu’il a participé à la deuxième guerre mondiale dans un régiment d’infanterie colonial.

Senghor Universel          Je voudrais ici m’attarder un peu sur un fait de l’histoire de cet homme ; un fait de son histoire qui nous éclaire sur l’histoire de la France avec les Noirs d’Afrique. Léopold Sédar Senghor étant noir et né dans une colonie française d’Afrique était sujet français et non pas citoyen français. Et ce n’est pas du tout la même chose ! Il pouvait participer à l’effort de guerre contre l’Allemagne mais ne pouvait entrer dans la fonction publique française métropolitaine. Sujet français, il lui a fallu demander la nationalité française afin de postuler au concours d’agrégation de grammaire et entrer ainsi dans l’enseignement en France en 1935.

          Mais alors, me direz-vous, quelle était la nationalité d’un sujet français ? Eh bien, il n’y en avait pas ! Senghor né au Sénégal n’était pas sénégalais ; puisque le Sénégal n’était pas une nation indépendante, la nationalité sénégalaise n’existait pas ! Avant d’obtenir la nationalité française, Senghor était donc officiellement « un Français sans papier » aussi bien au Sénégal qu’en France. C’était cela la réalité de la situation de tous les Africains des colonies françaises jusqu’en 1960.

          Ce n’est donc qu’en 1960, à 54 ans, à l’indépendance du Sénégal – et de presque toutes les colonies françaises d’Afrique – que Senghor, citoyen Français seulement à partir de 1935, va devenir Sénégalais. Senghor, un Noir né au Sénégal était donc Français avant de devenir sénégalais ! (aucun Français d’origine européenne ne peut se vanter d’avoir eu un tel parcours).

          Mesdames et messieurs, imaginez maintenant tous ces Africains « Français sans papier » et sans nationalité parce que « sujet français » – comme Senghor au départ – venus en France pendant les deux guerres mondiales et qui sont souvent restés en métropole ; imaginez tous ces Africains « Français sans papier » qui sont venus en France pour la reconstruction de la mère patrie à partir de 1946 ; imaginez tous ces Africains qui arrivaient en France après 1960 alors que les jeunes États indépendants n’avaient pas encore une administration pour identifier leurs populations et leur délivrer une nationalité (sénégalaise, gabonaise, malienne…). Si vous imaginez tout cela, alors, mesdames et messieurs, vous comprenez parfaitement pourquoi en France, jusqu’à la fin des années 1980, on employait plutôt l’expression « sans papier » pour désigner les Africains de France ou les Africains-Français et non le mot « immigrés ». Les moins jeunes parmi nous peuvent témoigner que c’était cela la réalité : avant les années 1990, « sans papier » était pour ainsi dire le statut des anciens « sujets français » ou des Africains des anciennes colonies françaises.

          Retenons donc que cette exposition retrace l’histoire d’un Français « sans papier » – mais qui devait, si nécessaire, verser son sang pour la France.

N’est-ce pas le fait de ne pas enseigner cette histoire qui cultive l’ignorance, et par voie de conséquence le racisme que l’on prétend vouloir combattre ? Pour combattre le racisme, il serait bon de commencer par cesser la culture de l’ignorance qui l’entretient.

Raphaël ADJOBI

Anne Hathaway combat les idées reçues

Bref discours de l’actrice américaine Anne Hathaway lors d’une soirée de gala de Human Rights compaign.

Anne Hathaway 2« Tout ce avec quoi je suis née m’a placée au centre d’un mythe dommageable et largement accepté. Ce mythe est que l’homosexualité gravite autour de l’hétérosexualité, et que toutes les « races » gravitent autour de la blanchité. Ce mythe est faux ! Mais ce mythe est trop réel pour trop de monde. Il est ancien, donc on y croit. C’est une habitude, donc on pense que c’est la norme. Il est hérité, donc on le pense immuable. Ses conséquences sont dangereuses parce qu’il privilégie un certain type d’amour, un certain type de corps, une certaine couleur de peau, et ne donne pas la même valeur à tout ce qui n’y ressemble pas. C’est un mythe qui nous accompagne depuis la naissance. Et c’est un mythe qui garde l’argent et le pouvoir entre les mains d’un petit groupe au lieu de l’investir dans les vies des personnes libres.

Ensemble, on ne va pas simplement remettre ce mythe en question. On va le détruire ! »

  • Anne Hathaway va fêter ses 40 ans le 12 novembre 2022.