L’exposition « L’invention du racisme » au Week-end de l’interculturalité 2026 de Besançon

Les 5, 6 et 7 juin 2026, La France noire était invitée au deuxième Week-end de l’interculturalité de la ville de Besançon avec son exposition « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité ». Une belle occasion pour l’association jovinienne de poursuivre – après Gagny (93) et Dijon (21) – sa relation avec le grand public lui permettant ainsi d’apprécier la qualité du travail qu’elle accomplit auprès des jeunes dans les établissements scolaires. Oui, il est bon que les adultes aient une idée exacte des connaissances que La France noire offre à leurs enfants et petits-enfants.

Le vendredi 5 juin à 17h, après la présentation de l’exposition à la mairie marquant l’ouverture officielle du Week-end de l’interculturalité, il a fallu déménager à l’hôtel de ville pour proposer le lendemain les deux conférences annoncées dans le programme des festivités. Retenez donc qu’à Besançon la mairie et l’hôtel de ville ne sont pas sur le même site. C’est devant un public curieux et intéressé que s’est déroulée chacune des conférences. Les visiteurs ont été unanimes pour dire que la municipalité aurait dû offrir l’exposition sur une plus longue période parce qu’elle mérite l’attention d’un large public.

Ces moments où plusieurs structures se retrouvent à présenter leurs actions sont aussi ceux où l’on fait des rencontres pour des invitations ultérieures. Si nous avons été invités à Besançon, c’est parce que nous avons été vus à Dijon. Et si demain nous sommes invités à Toulouse, c’est parce que quelqu’un nous aura remarqués à Besançon. Merci à Florent Werguet qui est à la base de notre invitation ; merci à Emily Stuyvers, la cheville ouvrière de l’organisation des festivités. Merci à Madame l’adjointe au maire chargée de la culture qui a pris le temps de venir passer un moment avec nous à l’hôtel de ville. Merci aussi aux stagiaires pour leur aide précieuse.

DIXIÈME COMMÉMORATION DE L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE À JOIGNY (89)


En partenariat avec l’association La France noire, la ville de Joigny organise depuis 2016 la journée nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Merci à toutes les personnes qui se sont déplacées pour partager les récits d’une époque de notre histoire commune dont un aspect a été souligné de manière particulière à travers l’exposition Les grandes figures du mouvement abolitionniste : l’union des Noirs et des Blancs durant deux siècles pour pousser les pouvoirs occidentaux à abolir l’esclavage des Africains.

Comme tous les ans, deux discours ont été prononcés. “Un moment d’histoire” comme aiment à le dire les habitués de cette cérémonie. C’est d’abord Françoise Roure, la coprésidente de l’association chargée des relations avec la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, qui a rappelé les conditions difficiles des débats ayant abouti en 2001 à ce qui est communément appelé « la loi Taubira » reconnaissant la traite et l’esclavage des Africains, des Amérindiens, des Malgaches et des Indiens comme crime contre l’humanité. Pour que cette loi dont nous célébrons les 25 ans en cette année 2026 soit adoptée, a-t-elle précisé, il a fallu qu’elle soit amputée de son pendant essentiel : l’idée de réparation de ce crime. Puis l’oratrice a souligné le grand retard pris par la France quant à la recherche sur son passé esclavagiste et colonial ; les universitaires allant jusqu’à dissuader leurs étudiants de se lancer dans cette voie. On comprend aisément, ajoutera Raphaël Adjobi – l’autre coprésident – pourquoi de nombreux établissements scolaires n’osent pas accueillir les travaux de La France noire sur cette thématique. La notion de crime contenant consciemment ou inconsciemment l’idée de réparation, l’enseigner dans tous ses aspects et ses conséquences fait comprendre à tous qu’il faudra un jour où l’autre passer à l’action réparatrice.

C’est ensuite le maire de notre commune, Monsieur Nicolas Soret qui a pris la parole pour assurer à notre association que – contrairement au maire de Vierzon ayant annulé la cérémonie de commémoration dans sa ville sous des prétextes fallacieux – le partenariat établi avec son prédécesseur se poursuivra sous son mandat. Mais avant, il a tenu à dénoncer les propos du député de la 3e circonscription de l’Yonne qui a jugé opportun de rappeler que la longue traite musulmane des Africains n’est pas enseignée dans notre pays. C’est, a-t-il dit – et nous sommes de son avis – dans le seul but de stigmatiser nos compatriotes musulmans. En effet, ce que cet élu de l’extrême droite soutenu par la droite extrême oublie – sans doute volontairement, car sa jeunesse ne pourrait être la cause de cette ignorance – c’est que la France n’a pas participé à la traite arabo-musulmane des Africains et que par voie de conséquence cette histoire ne fait pas partie de l’Histoire de France. Nous dirions qu’il y a dans l’attitude de ce député cet esprit malsain que les descendants des colonisés et des esclavagisés (ou esclavisés) ne cessent de rappeler : « il y a toujours chez les mieux intentionnés des Français cette obligation que l’on se fait de souligner les indignités des autres [pour minimiser les siennes] » (Léonora Miano, L’opposé de la blancheur, Seuil 2023).

Monsieur Nicolas Soret a ensuite relevé l’abstention de la France lors du vote à l’ONU de la résolution qualifiant « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » comme « les plus graves crimes contre l’humanité ». Comme le président de la République cinq jours plus tôt (le 10 mai), il a déploré l’idée de « hiérarchisation des crimes contre l’humanité » en même temps que celles des victimes que suggérerait cette résolution.

Avant d’aller plus loin, disons tout de suite que répondant au président de la République qui avait justifié l’abstention de la France par l’argument que nous venons de souligner, Christiane Taubira avait dit simplement et très justement que l’ONU n’a fait qu’un constat que chacun peut faire à son tour en regardant la vérité de l’état de la France et du monde en face. Ce propos mérite explication pour bien comprendre ce qu’il faut entendre par le crime « le plus grave » ; à ne pas confondre avec le crime le plus « grand » qui contient un jugement de valeur. La « gravité » suppose un pronostic clinique analysable que l’on peut soumettre au jugement de chacun pour comprendre qu’un mal met en jeu le fonctionnement d’un corps (social). Quant à savoir si la France elle-même ne hiérarchise pas les douleurs de ses populations, cela est un autre débat que nous n’aborderons pas ici.

Parce que – comme souligné plus haut – la France est très en retard dans la recherche sur son passé esclavagiste et colonial, nous ne sommes pas habitués à la confrontation des connaissances sur l’histoire de l’esclavage. Heureusement, la traduction des travaux étrangers nous éclaire sur le point de vue de nombreux historiens étrangers. Pour faire bref, retenons ce qu’assure l’Américain Blanc Howard Zinn : « Les deux fondements qui firent de l’esclavage américain [des Africains] le plus cruel de toute l’histoire de l’humanité[sont] le désir frénétique de profits illimités, caractéristique de l’agriculture capitaliste, et la réduction de l’esclave à l’état de moins qu’humain par le biais de la haine raciale, fondée sur l’évidence implacable de la différence de couleur [faisant] du Blanc le maître et du Noir l’esclave »* (Une histoire populaire des États-Unis, Éd. Agone, 2022, 2023). Et c’est aussi sur cet « esclavage racialisé » avec un supérieur blanc (maître) et un inférieur noir (esclave) que s’appuie l’ONU pour dire que c’est le crime contre l’humanité qui a le plus gravement impacté les peuples de la terre.

L’esclavage des Noirs n’est donc pas le plus grand des crimes contre l’humanité sur une échelle des valeurs mais le plus GRAVE sur une échelle de l’impact ou des conséquences sur le fonctionnement des corps sociaux-culturels de la planète. N’y a-t-il pas une différence entre un cancer localisé et un cancer généralisé ? L’humanité entière est plus « gravement » atteinte par la maladie du racisme née avec l’esclavage des Africains. Si vous pensez le contraire, c’est à vous de dire s’il y a un autre « crime contre l’humanité » qui a autant impacté les populations aux quatre coins du monde.

Raphaël ADJOBI

* Avant Howard Zinn, en 1829, David Walker, un fils d’esclave né libre en Caroline du Nord et installé à Boston faisait remarquer que nul ne trouvera dans un texte sacré ou profane qu’un autre peuple a connu l’insulte suprême consistant à être chassé de la grande famille humaine avant d’être livré en pâture (Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis). L’insulte suprême” est le fondement de la haine du Noir sur tous les continents.

Villeneuve-la-Guyard rejoint Joigny en commémorant l’abolition de l’esclavage dans l’Yonne

Depuis 2016 – déjà 10 ans ! – Joigny était la seule ville de l’Yonne à commémorer l’abolition de l’esclavage pourtant encouragée par les notes ministérielles et l’attention de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (F.M.E) à la moindre ouverture à l’Autre. Merci de tout coeur à la municipalité de Villeneuve-la-Guyard qui vient élargir le cercle de celles et ceux soucieux d’apprendre à mieux connaître la France diverse en couleurs humaines parce qu’elle n’est tout simplement pas exclusivement européenne ! Oui, répétez-le à tous ceux qui vous entourent : la France n’est pas un pays exclusivement européen ! La France de demain commence par cette réalité géographique d’aujourd’hui à partager.

Merci aux familles ayant adhéré à l’idée de la commune de Villeneuve-la-Guyard quant à la connaissance de l’Autre et non à son rejet systématique parce qu’il est visiblement différent. A l’heure où l’association jovinienne “La France noire” propose – sur l’ensemble du territoire grâce au Pass culture – aux collégiens et aux lycéens une exposition rendant hommage aux Blancs et aux Noirs de France, d’Europe et des Amériques ayant défendu les esclaves africains au XVIIIe et au XIXe siècles, il serait bon que nous soyons nombreux à saluer cette commune de l’Yonne qui vient de se déclarer héritière de ce mouvement pour l’égalité et la justice entre les humains.

Raphaël ADJOBI

LA FRANCE NOIRE et la ville de Joigny commémorent l’abolition de l’esclavage le 15 mai 2026

Comme tous les ans depuis mai 2016, l’association La France noire et la ville de Joigny organisent une cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Cette année, le thème mis en valeur par la Fondation de la Mémoire de l’Esclavage (F.M.E) dont notre association est membre est le 25e anniversaire de la loi Taubira du 21 mai 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ». Dans son article 1, la reconnaissance totale de la traite et de l’esclavage des Noirs (d’Afrique, de Madagascar et de l’Inde) comme crime contre l’humanité est clairement soulignée par cette loi.

Nous profitons de l’occasion pour dire toute notre reconnaissance à la mairie de Joigny pour la poursuite de ce partenariat qui participe à l’instruction des populations de notre commune quant à l’origine de la présence des Noirs dans le paysage français. La cérémonie sera animée par le groupe Le syndicat des bonnes nouvelles”. Ce sera l’occasion de découvrir notre quatrième exposition pédagogique destinée aux collégiens et aux lycéens de France (via le Pass culture et ADAGE) dès la rentrée prochaine et qui a pour titre Les grandes figures du mouvement abolitionniste. Un ciné-débat clôturera ce temps de mémoire le dimanche 17 mai avec le film documentaire LAPO CHAPÉ en présence de la réalisatrice Mélissandre Monatus.

Fin de stage des Croq’Notes à Brion (89)

Comme tous les ans, la chorale Les Croq’Notes a clôturé son stage de printemps par une prestation publique en l’Église Saint-Phal de Brion le dimanche 26 avril de 16h à 17h. Agréable moment qui a réuni les habitué(e)s et les ami(e)s venu(e)s des communes voisines. C’est avec plaisir que La France noire a répondu à l’invitation du groupe pour partager cette heure de franche amitié.

Au moment où l’association La France noire et la ville de Joigny s’apprêtent à commémorer l’abolition de l’esclavage le 15 mai prochain, il est bon de rappeler que durant quatre années consécutives Les Croq’Notes ont accompagné de leurs chants cette cérémonie pour le bonheur des Joviniens. Une longue amitié qui explique cette invitation particulière.

Le concert de gospel de cette année était dirigé par Cassandra Drane. Un répertoire varié a enthousiasmé l’auditoire. C’est un réel plaisir de constater que si le noyau de la chorale demeure, il s’est étoffé grâce à de nouvelles recrues visiblement très heureuses de l’aventure. La mise en valeur de quelques voix nous permettant d’avoir une idée des talents individuels a été très appréciée par le public qui n’a pas été avare en applaudissements.

Merci à toutes et à tous pour ce joyeux après-midi passé en votre compagnie.

Raphaël ADJOBI

Les FABLES FANTASQUES de Bernard Périllat aux 3 Granges à Saint-Clément (89)

Belle soirée à l’atelier les 3 Granges à Saint-Clément le samedi 28 mars dernier. La mise en scène des Fables fantasques (L’Arbre à Musiques, juin 2025) de Bernard Périllat a réuni plus d’une cinquantaine de personnes pour un moment poétique et musical très agréable.

Pierre, Fabienne, Thérèse et Bernard ont réalisé un travail séduisant aussi bien pour ceux qui retrouvaient les textes des Fables fantasques que pour ceux qui les découvraient. Ces derniers ont sûrement été nombreux à vouloir garder une trace des textes entendus. Chaque texte du recueil de Bernard Périllat est une escapade, une situation, une découverte pleine d’étonnantes fantaisies. Et des récits fantasques agrémentés de chansons qui le sont tout autant ne peuvent que réjouir. Oui, c’est ce mélange ou cette communion des différentes voix – celles qui disent et celles qui chantent – qui enchantent assurément.

C’est ici l’occasion de rappeler que nous avons dans l’Yonne, et précisément dans le Sénonais, un atelier qui propose des rencontres dignes de l’attention de toutes celles et tous ceux qui aiment partager d’agréables moments culturels loin des sentiers battus.

Raphaël ADJOBI

LAPO CHAPÉ : un documentaire pour un débat nécessaire

          Le 13 février 2026, les Pays-Bas ont reconnu officiellement que l’esclavage n’est pas seulement une histoire qui nous plonge dans le passé d’une relation violente entre l’Europe et l’Afrique. Ce pays disait clairement qu’aujourd’hui encore cette histoire continue d’imprimer ses marques dans les corps et les esprits des descendants des Africains qui ont été réduits en esclavage. Retenons tous que grâce à une étude clinique menée par l’université d’Amsterdam, les Pas-Bas reconnaissent que les descendants des esclaves portent toujours les séquelles physiques et psychologiques de leurs aïeux.

          Frantz Fanon – psychiatre – avait diagnostiqué ce mal dans Peau noire, masque blanc ; Sabine Belliard l’a illustré par des témoignages très instructifs dans La couleur dans la peau ; Mélissandre Monatus vient de donner la parole aux jeunes de ce XXIe siècle dont la couleur de l’épiderme a hérité du regard négatif et très hiérarchisé imposé par l’histoire esclavagiste européenne dans les Amériques et dans l’océan Indien. Son documentaire LAPO CHAPÉ dit littéralement que dans l’histoire esclavagiste il y a certaines teintes de peau qui permettaient d’échapper à la condition servile. Et cela n’est pas sans conséquence.

          C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai assisté à la projection de LAPO CHAPÉ au cinéma du Palais à Créteil (94). Plus de quatre-vingts personnes étaient présentes pour l’occasion. Les témoignages et les observations furent de grande qualité. Ce documentaire d’environ 35 minutes a le grand avantage d’ouvrir le débat sur un sujet qui concerne en réalité tout le monde mais que personne n’ose aborder publiquement. Le sujet concerne tout le monde parce que le métissage forcé du Noir et du Blanc pendant plus de trois cents ans a laissé des traces dans les consciences et vicié les relations et les fruits des relations entre les personnes auxquelles on a attribué ces deux types de couleur de peau. Comme le fait remarquer Sabine Belliard, dans le groupe ou dans la famille la couleur peut être « appelée à la rescousse et utilisée dans le conflit comme moyen de défense. Elle sert parfois à dire le rejet, l’agressivité, la haine, apparemment utilisée à la manière dont elle l’a été historiquement ».

          LAPO CHAPÉ de Mélissandre Monatus montre de façon poignante une réalité quotidienne faite de souffrances tues, de combats pour exister, de privilèges empoisonnés… Ce documentaire nous fait clairement comprendre que les teintes naturelles de l’épiderme qui, en Afrique, partent de la couleur la plus sombre à la plus claire ont désormais établi un lien étrange entre notre peau et notre intimité psychique. Tout simplement parce que l’histoire est passée par là et qu’il convient de l’interroger pour mieux comprendre celles et ceux qui en portent les séquelles.

Raphaël ADJOBI

Le Sénat français réagit au principe d’inaliénabilité des biens volés aux colonisés

Le bon sens ne guide pas toujours les hommes ; surtout tous ceux qui ont eu un jour – ou ont aujourd’hui – le sentiment d’être les maîtres du Monde. Comment peut-on voler les biens d’autrui, les enfermer chez soi et décréter que ces objets ayant franchi le seuil de sa porte ne peuvent plus jamais être rendus parce que frappés du sceau d’inaliénabilité de sa maison, de son État ? Que peut-on penser, à toutes les époques de l’histoire de l’humanité, d’un individu ou d’un État qui se drape de ce principe pour s’approprier les biens d’autrui ? Quand les colonisés n’avaient pas droit à la parole quant aux attitudes criminelles des colonisateurs, ceux-ci étaient libres d’affirmer avec ferme conviction que « profaner les tombes et amputer les dépouilles d’autochtones de leur crâne après les batailles ou les pillages » (1) était une excellente façon d’enrichir les cabinets de curiosité ou satisfaire les pseudos recherches scientifiques sur les races. Mais à l’heure où la question coloniale traverse toute la société française éclatée sur plusieurs continents et plusieurs océans, s’exprimer comme si la France était un pays exclusivement européen est une insulte dont beaucoup de Français – et surtout beaucoup de nos gouvernants – ne sont même pas conscients. Heureusement, il y a parmi nos compatriotes « blancs » quelques individus qui ont remarqué comme nous que le principe d’inaliénabilité que d’autres brandissent comme la plus belle invention française est mis à mal par le bon sens l’ayant rendu poreux au regard des nombreuses restitutions des biens réclamés par les anciens colonisés. Avouons-le : ces multiples restitutions, officielles ou officieuses, démontrent le discrédit jeté sur une loi déraisonnable qui n’honore nullement notre pays. Devant cette réalité implacable, réjouissons-nous de constater que le Sénat se penche sérieusement sur ce principe d’inaliénabilité. Si ce principe mérite d’être conservé pour tout ce qui concerne les éléments produits par la France (et reconnus comme tels), il importe de trouver des règles pour tout ce qui a été volé, pillé, disons acquis dans la violence ou la duplicité. Merci à Francine Guillou de nous informer sur ce projet du Sénat.

Raphaël ADJOBI

(1) Rémi Guezodje, L’heure de regarder ces crânes en face (Télérama n° 3965). Dans son article, il donne la parole à l’historien Pascal Blanchard, spécialiste de l’empire colonial français, qui assure que « l’État français est extrêmement en retard par rapport aux musées américains ou à la Nouvelle Zélande et l’Australie, qui intègrent [le] travail d’étude et de restitutions dans leurs collections ».

L’article de Francine Guillou

Est-ce la fin du fait du prince et des lois d’espèce ? Le 28 janvier, dans un hémicycle quelque peu dégarni mais solennel, les sénateurs ont adopté en première lecture un texte visant à encadrer la restitution des biens culturels.

Cette loi permettra donc de rendre un bien « dont il est établi ou dont des indices sérieux, précis et concordants font présumer qu’il a fait l’objet, entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972, d’une appropriation illicite par vol, pillage, cession ou libéralité obtenues par contrainte ou violence ou d’une personne qui ne pouvait en disposer ».

Elle crée ainsi une possibilité de dérogation au principe d’inaliénabilité des collections nationales, qui obligeait jusqu’alors à passer par des lois dédiées, un processus législatif chronophage et inadapté. Une quinzaine de demandes de restitution ont été reçues par la France, ces dernières années : l’Algérie réclame les effets personnels de l’émir Abdelkader figurant dans les collections du musée de l’Armée, le Bénin attend le retour de la statue du dieu Gou détenu par le musée du Quai Branly-Jacques-Chirac…

La Côte d’Ivoire, le Mali, le Tchad et l’Éthiopie préparent ou ont également fait valoir des demandes. Le texte doit maintenant être débattu à l’Assemblée nationale avant l’été.

Francine Guillou (Télérama n° 3969 du 4 février 2026).

LE LYCÉE FRÉDÉRIC JOLIOT-CURIE accueille “Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France”

Du lundi 26 au vendredi 30 janvier 2026, le lycée Frédéric Joliot-Curie, à Dammarie-les-Lys, a accueilli pour la troisième année consécutive notre association pour découvrir le dernier élément de notre série de trois expositions. C’est dire qu’avec Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France, nombreux sont des élèves du lycée qui ont été instruits des trois thématiques de notre travail pédagogique. Bravo donc à notre collègue Céline Elbé – professeure documentaliste – qui a eu à cœur cet objectif qui vient d’être atteint.

Je ne peux m’empêcher de souligner ici le souci de nombreux professeurs d’aller plus loin que le contenu des manuels scolaires en entendant d’autres discours, en découvrant d’autres images qui viennent parfois bousculer les savoirs académiques. Si l’Éducation nationale permet cette ouverture à la diversité des discours sur les mêmes faits de l’histoire, nous devons, en tant qu’enseignants et acteurs culturels, la faire nôtre. C’est la meilleure façon de rendre service aux jeunes générations, les citoyens de demain. Merci donc aux enseignants qui dynamisent le vie culturelle de leur établissement en adhérant aux projets de leurs collègues documentalistes.

Amitiés à toutes et à tous, et bravo aux élèves qui ont témoigné d’un réel intérêt pour les explications du conférencier.

Raphaël ADJOBI