Bordeaux l’ingrate ne cache plus son passé négrier

Bordeaux statuePendant plus d’un siècle et demi après l’abolition définitive de l’esclavage en 1848, la ville de Bordeaux est restée drapée dans son orgueilleuse suffisance qui lui faisait regarder son passé négrier comme une simple tractation commerciale. Depuis la naissance de la Ve République, les deux premiers maires de la ville – Jacques Chaban Delmas (40 ans de mandat) et Alain Jupé (près de 22 ans de mandat) – sont restés les dignes héritiers d’une France où la tradition voudrait que les enfants portent les sabots et les habits de leurs aïeux et s’obligent à faire usage, à table, de l’argenterie qu’ils leur ont laissée. Même quand la République déclara la traite et l’esclavage des Noirs un crime contre l’humanité, la ville ne se sentit pas concernée. L’altération de son jugement était confirmée par le déni constant de ses crimes par ses élus. Heureusement, nous voyons arriver une nouvelle génération de Français capables de regarder la vérité de l’histoire en face – si désagréable soit-elle.

En effet, «l’histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l’arrogance d’un détective qui détiendrait la clef du mystère depuis le début» (David Grann, La note américaine). Avec l’histoire, le déni ne tient pas indéfiniment ; il finit par perdre de sa superbe et s’écrouler !

Depuis le début des années 2000, l’association « Mémoires et Partages » et son président Karfa Dialo désespéraient de voir un signe officiel évoquant la mémoire de toutes les victimes africaines qui ont fait la fortune de Bordeaux durant des siècles. Ce fut finalement Haïti qui ouvrit les yeux aux élus de la capitale girondine en leur forçant adroitement la main. A l’occasion du bicentenaire de sa fondation, la république de Haïti fit don d’un buste de Toussaint Louverture à la ville. Les élus trouvèrent-ils ce cadeau encombrant ? En tout cas, ils prirent soin de tenir le buste du célèbre révolutionnaire et abolitionniste loin de la rive gauche, loin du cœur historique de Bordeaux ; en 2005, ils l’installèrent dans un parc de la rive droite où les rares personnes qui viennent y faire leur jogging l’ignoraient superbement. Pour accroître l’indifférence du public, jusqu’à la fin de l’année 2018, aucune signalétique ne précisait ni l’identité ni l’œuvre accomplie par cette figure isolée dans ce coin de la cité.

Enfin, officiellement, depuis le 10 mai 2019, une statue représentant une esclave noire affranchie trône de manière très visible sur une place publique de Bordeaux ! Et pour que la symbolique soit totale, elle a été érigée en face de la Bourse maritime. Même si la décision d’installer ce monument en mémoire des victimes de l’esclavage a été prise sous le mandat de l’ancienne municipalité, nous nous réjouissons que ce soit un maire représentant la nouvelle génération de français qui ait eu l’honneur de l’inaugurer. Nous espérons que le nouveau maire, Monsieur Nicolas Florian, sera plus prompt à installer une signalétique explicative afin de répondre aux interrogations déjà très nombreuses des Bordelais et des touristes ou visiteurs.

Bordeaux touriste 5

A propos justement de l’importance des signalétiques explicatives, il convient d’évoquer ici une cérémonie émouvante qui a eu lieu le 28 mai 2019 dans une rue de la capitale girondine. Suite à la visite du « Bordeaux-nègre » organisée par le président de l’association « Mémoires et Partages », les élèves du collège Goya ont été sensibles à l’indignation de leur guide quant au fait que certaines rues de leur ville portent les noms d’anciens négriers sans que cette précision soit portée à la connaissance du public. Dans le secret et avec l’accord du principal de l’établissement, les élèves et leur enseignante ont réalisé – avec l’aide d’une artiste – une plaque explicative qui a été déposée à l’angle des rues des négriers Broca et Gradis. L’inauguration symbolique de cette plaque en présence du président de « Mémoires et Partages » fut absolument un moment historique : pour la première fois, la jeunesse française manifestait publiquement sa volonté de ne pas demeurer dans un récit national qu’elle ne comprend pas.

Collège GOYA 1 

Les lieux de mémoire sont absolument nécessaires pour donner des repères historiques de notre passé aux générations présentes et futures. Quant aux rues et aux œuvres d’art, sans les débaptiser, des signalétiques s’avèrent absolument nécessaires pour bien montrer l’esprit de ceux qui nous ont précédés, l’esprit propre à certaines époques. Laissons l’histoire faire son travail : exposer au grand jour les erreurs les plus tragiques, les imprudences et les secrets intimes de tous nos aïeux. Ainsi instruits de notre passé, nous pourrons regarder l’avenir d’un cœur plus serein et fraternel. 

Raphaël ADJOBI

« Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France » était à Boisseaux (45) pour le 10 mai, grâce à l’association Afrique-sur-Loire

Le 10 mai dernier, l’association Afrique-sur-Loire a commémoré l’abolition de l’esclavage à Boisseaux (Loiret – 45) autour de notre exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France ». Nous disons bravo à sa présidente, notre amie Inès Kihindou – Liss, pour les intimes – qui oeuvre, dans le Loiret, pour une meilleure connaissance de l’autre afin de mieux respecter sa différence. Nous nous réjouissons de l’attention des médias locaux pour le message de fraternité que portent Afrique-sur-Loire et sa présidente. Des articles de qualité qui montrent que leurs auteurs ont apprécié notre travail. Retenons ces deux formules : « une exploration minutieuse des personnages et une cartographie adaptée » ; « …la richesse de cette exposition […] mérite d’être partagée avec les écoles ». Merci, Liss, de nous donner l’opportunité de recueillir ces compliments.

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Expo Boisseaux

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Le travail de La France noire exposé à Saint-Martin-de-Seignanx (Landes 40)

La mairie de Saint-Martin-de-Seignanx (40) a loué notre exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques » pour accompagner ses activités autour de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage le 10 mai. Bravo à Madame Camille VENANT qui, en portant ce projet au sein de sa commune, permet aux populations de sa région de découvrir le travail de La France noire  !

La commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny sous le regard de Léopold Sédar Senghor

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Le maire de Joigny, Monsieur Bernard Moraine, a assisté à la cérémonie en compagnie de Mme la députée Michèle Crouzet, Mme la Conseillère départementale Françoise Roure, et de M. Nicolas Soret Conseiller départemental et président de la communauté de communes du jovinien.


Extrait du discours du président de La France noire


              Nous sommes reconnaissants à l’association « Mémoires et partages », dont le siège est à Bordeaux, qui a réalisé l’exposition que nous présentons aujourd’hui. L’association a aussi une antenne au Sénégal ; ce qui explique le thème de cette exposition : « Senghor, l’Africain universel ».

         La figure de Léopold Sédar Senghor nous rappelle un pan de notre Histoire commune : l’histoire coloniale de notre pays.

         Léopold Sédar Senghor est né sujet Français à Joal, en Afrique, dans le territoire français du Sénégal. Comme tous les sujets français des colonies, sa vie va se construire dans le système colonial qui avait bien entendu besoin d’administrateurs locaux pour certaines fonctions. Mais, comme nous le savons tous, c’est la passion de la littérature qui va triompher en lui, et plus particulièrement l’amour de la poésie.

         On retient souvent de lui le poète et le chantre de la négritude – c’est-à-dire celui qui plaide pour la reconnaissance d’une histoire et d’une culture noires participant à une civilisation de l’universel au-delà des différences des traditions. Mais Senghor c’est aussi le sujet français très soucieux de remplir ses devoirs envers sa patrie, puisqu’il a participé à la deuxième guerre mondiale dans un régiment d’infanterie coloniale.

100_1416         Je voudrais ici m’attarder un peu sur un fait de l’histoire de cet homme ; un fait de son histoire qui nous éclaire sur l’histoire de la France avec les Noirs d’Afrique. Léopold Sédar Senghor étant noir et né dans une colonie française d’Afrique était sujet français et non pas citoyen français. Et ce n’est pas du tout la même chose ! Il pouvait participer à l’effort de guerre contre l’Allemagne mais ne pouvait entrer dans la fonction publique française métropolitaine. Sujet français, il lui a fallu demander la nationalité française afin de postuler au concours d’agrégation de grammaire et entrer ainsi dans l’enseignement en France en 1935.

         Mais alors, me direz-vous, quelle était la nationalité d’un sujet français ? Eh bien, il n’y en avait pas ! Senghor né au Sénégal n’était pas sénégalais ; puisque le Sénégal n’était pas une nation indépendante, la nationalité sénégalaise n’existait pas ! Avant d’obtenir la nationalité française, Senghor était donc officiellement « un Français sans papier » aussi bien au Sénégal qu’en France. C’était cela la réalité de la situation de tous les Africains des colonies françaises jusqu’en 1960.

100_1418         Ce n’est donc qu’en 1960, à 54 ans, à l’indépendance du Sénégal –  et de presque toutes les colonies françaises – que Senghor, citoyen Français, va devenir Sénégalais.

         Mesdames et messieurs, imaginez maintenant tous ces Africains « Français sans papier » – comme Senghor au départ – venus en France pendant les deux guerres mondiales et qui sont souvent restés en métropole ; imaginez tous ces Africains « Français sans papier » qui sont venus en France pour la reconstruction de la mère patrie à partir de 1946 ; imaginez tous ces Africains qui arrivaient en France après 1960 alors que les jeunes Etats indépendants n’avaient pas encore une administration pour identifier leurs populations et leur délivrer une nationalité (sénégalaise, gabonaise, malienne…). Si vous imaginez tout cela, alors, mesdames et messieurs, vous comprenez parfaitement pourquoi en France, jusqu’à la fin des années 1980, on employait plutôt l’expression « sans papier » pour désigner les Africains de France et non le mot « immigrés ». Les moins jeunes parmi nous peuvent témoigner que c’était cela la réalité : avant les années 1990, « sans papier » était pour ainsi dire le statut des Africains des anciennes colonies françaises.

              Retenons donc que cette exposition retrace l’histoire d’un Français « sans papier » – mais qui devait, si nécessaire verser son sang pour la France. 100_1410

La France noire à la fête des associations du jovinien le dimanche 23 septembre 2018

Pour la deuxième fois, depuis sa création en 2015, notre association va participer à la fête des associations du jovinien sous le marché couvert de la ville de Joigny le 23 septembre 2018. Les membres du bureau et du conseil d’administration de la France noire mettront tout en œuvre pour faire de cette occasion un moment de communication avec la population locale. Mieux nous faire connaître à Joigny sera notre objectif essentiel ! Nous aurons le souci de montrer la singularité de notre association : une association porteuse de projets pédagogiques et citoyens à destination de la jeunesse par le biais des collèges et des lycées.

Les stands seront ouverts au public de 10h30 à 16h30

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Fête des asso. 2016

                           Adresse de La France noire : 53, rue des Saints 89300 Joigny

Le programme des activités 2018

Voici un récapitulatif de nos activités pour 2018. Afin que tout le monde soit informé des visites pédagogiques qui seront menées dans les établissements scolaires, nous avons tenu à mentionner dans ce programme celles qui ont été officiellement enregistrées. Nous avons élargi nos visites aux lycées. A ces derniers, en plus de notre exposition sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques », nous proposons, en première partie, une conférence ayant pour thème  « De la Déclaration des droits de l’homme à l’abolition de l’esclavage ». 

Par ailleurs, les membres du bureau vous signalent que nos projets ont été portés à la connaissance de Madame la députée de la troisième circonscription de l’Yonne le 14 septembre 2017 avec une demande de soutien réitérée le 29 décembre 2017. Nous sommes bien évidemment dans l’attente de sa réponse qui, n’en doutons point, ne saurait tarder.

Les membres du bureau

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La France noire appelle à la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2017 à Joigny

Prospectus 2017 0003La France noire a le plaisir de vous appeler à assister à la deuxième cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage qui aura lieu le 10 mai 2017 sous le patronage de Monsieur Bernard Moraine, maire de Joigny. La manifestation sera animée par la chorale Croq’notes de Brion.

L’exposition sur la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques sera présentée au public ce jour-là et sera visible dans le hall de la mairie jusqu’au 16 mai. Elle sera ensuite à la disposition des lycées et collèges. Les enseignants et les responsables des centres de documentation et d’information (CDI) intéressés peuvent dès maintenant prendre contact avec La France noire.

Notre exposition, à caractère pédagogique, a la particularité de mettre l’accent sur les résistances africaines à la traite ainsi que les procédés par lesquels les esclaves obtenaient leur liberté avant les abolitions officielles.

Le président

Raphaël ADJOBI

Journée internationale des droits des femmes : Olympe de Gouges, Reine de la médiathèque de Joigny

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Le mercredi 8 mars, en début de soirée, les autorités de la ville de Joigny (89300) ainsi que des représentants d’associations joviniennes se sont réunis autour de Monsieur Bernard Moraine, maire de cette cité, pour déclarer Olympe de Gouges reine de la médiathèque de Joigny. Entendez par là que cette maison de culture porte désormais son nom. Une Statue – œuvre du sculpteur Jacques Canonici, résidant à Pontigny – a été dévoilée pour l’honorer et fêter par la même occasion la journée internationale des droits des femmes. Cette cérémonie s’est déroulée en présence de l’ancien ministre et Sénateur Henri de Raincourt et ponctuée par la belle contribution de Madame Béatrice Kerfa, directrice de l’office du tourisme de Joigny et membre de l’agence départementale du développement touristique.

C’est justement madame Béatrice Kerfa qui a eu l’honneur de retracer la vie et surtout le combat humaniste et forcément politique d’Olympe de Gouges. Un récit fait du portrait d’une femme volontaire et pleine de conviction. Le combat de cette jeune provinciale du XVIIIe siècle pour une égalité parfaite entre les hommes et les femmes a été formalisé par sa Déclaration des droits de la femme devenue célèbre en ce XXIe siècle.

Aujourd’hui que ses idées et son combat sont mis à l’honneur, on oublie qu’au XVIIIe siècle – c’est-à-dire il y a plus de deux cents ans – il n’y avait pas que les femmes qui étaient exclues de la déclaration des droits de l’homme. Olympe de Gouges savait que les Noirs étaient aussi exclus de cette déclaration qui se voulait universelle ! Il convient donc de souligner qu’elle a mené de front deux combats : la défense des droits des femmes et celle des droits des Noirs. D’ailleurs, les colons esclavagistes ne lui ont jamais pardonné sa pièce de théâtre Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage* qui traite de l’esclavage des Noirs dans les colonies françaises. Elle a été décapitée parce qu’elle était royaliste mais aussi parce qu’elle soutenait très ouvertement la cause des Noirs. Rappelons que Nicolas de Condorcet, Jacques Brissot et Etienne Clavière qui étaient les chefs de file de La société des amis des Noirs ont été ou guillotinés ou suicidés.

C’est pourquoi nous aimerions que le féminisme français de ce XXIe siècle ait dans son combat une vue aussi large que celle d’Olympe de Gouges. Nous aimerions que les femmes françaises de la métropole sachent que leurs sœurs de nos îles lointaines ne jouissent pas toujours des mêmes droits qui leur sont accordées à Paris, à Nantes ou à Strasbourg. Les avortements forcés pratiqués et les stérilisations à grande échelle dans les îles durant des décennies pour limiter le nombre d’enfants noirs – particulièrement à la Réunion – au moment même  où cette pratique était interdite et même criminalisée en France métropolitaine prouvent cette douloureuse injustice (La vidéo à la fin de l’article).

Parce que nous savons que le féminisme de la France hexagonale n’a jamais pris en compte ces crimes que constituent les mesures françaises appliquées aux femmes des Antilles, de la Réunion, de la Guyane et de la Nouvelle Calédonie, nous voudrions ici rappeler aux femmes de la métropole que mener le combat féministe dans la totale ignorance de ce que vivent leurs sœurs de ces régions de France, c’est refuser de partager avec elles les fruits de leur combat. Olympe de Gouges vous dit par le sien mené sur deux fronts que cette attitude est aussi criminelle que celle des hommes à votre égard.

Rien ne sert de mener un combat féministe en France si dans notre pays les femmes blanches négligent le sort que nos dirigeants réservent à une catégorie de la population française à la peau plus foncée. D’autre part, avant de se lancer dans la défense des femmes d’autres contrées de la terre, il serait bon de faire un état des lieux précis de l’ensemble de la France.

Si le logo de notre association – La France noire – comporte un arc de cercle autour de la France hexagonale, c’est justement pour symboliser la nécessaire prise en considération de ces territoires français que l’on ne voit pas et que l’on n’enseigne pas mais qui existent bel et bien. La France noire vous rappelle donc que dans le combat que vous menez, vous ne devez pas abandonner au bord du chemin vos sœurs à la peau bronzée du bout du monde.

* Zamore et Mirza ou l’esclavage des noirs.   /    LA VIDEO

Raphaël ADJOBI