Quand on est dirigeant d’une association nationale qui œuvre depuis bientôt dix ans pour faire connaître le visage du racisme à travers les mots et les images en plongeant à l’origine de ce fléau inventé par l’Europe, l’exposition Aux origines : regards croisés sur le racisme et les discriminations proposée par le musée de La Porte dorée (ou Musée de l’immigration), on n’apprend rien de nouveau ; mais je me permets ici de donner mon avis sur son intérêt pour le public.
Cette exposition donne la parole aux Français d’aujourd’hui, et même aux jeunes (à travers une vidéo), pour dire ce qu’ils vivent quotidiennement ; pour qu’ils disent ce que veut dire « être discriminé », ce que veut dire « subir le racisme ». Aux origines est donc avant tout un miroir tendu à la France et qui semble dire :« C’est ainsi que nous vivons dans notre pays ». On se dit alors, en tant que visiteur, que ce que nous regardons sur les chaînes de télévision et écoutons sur les radios n’est pas la France mais une fable politique. En d’autres termes, cette exposition est une invitation à éteindre plus souvent le téléviseur et à rechercher davantage de mixité dans les relations humaines par la lecture, le cinéma, les activités d’ouverture à l’Autre.

Il y a aussi dans cette exposition un point de vue percutant sur la racialisation des êtres en quatre schémas censés définitifs et enseignés comme une vérité universelle. Cette force du message se lit dans le titre du montage qui invite à dépasser l’assignation des individus à des identités uniques et réductrices : “Quand les catégories échouent” ! L’œuvre « met en évidence l’écart entre les catégories raciales, culturelles ou historiques (enseignées) et la réalité des expériences vécues. Face à la diversité concrète des couleurs de peau, de visages et des corps, les oppositions simples et les hiérarchies factices ne tiennent plus ». Ce montage mérite d’être montré aux jeunes, les citoyens de demain, leur donnant une idée exacte du monde où les êtres humains n’ont jamais été séparés par des barrières immuables ; ce qui explique leur très grande diversité de couleurs et de formes. Sur un autre pan de mur, que sépare le passage de la déambulation, est installé un deuxième montage qui se passe de commentaire : il s’agit d’une série d’images de sculptures grecques et romaines montrant des formes galbées d’hommes et de femmes n’ayant rien à voir avec la population européenne que chacun connaît mais présentées et reproduites à travers les siècles comme l’image du Blanc éternel. La réalité du monde d’un côté et l’imaginaire européen de l’autre !

Le sujet que l’on ne peut éviter quand on aborde le racisme c’est le mensonge ou la falsification de l’histoire. A ce propos, chacun doit retenir que l’histoire est un récit et que par voie de conséquence quand il fait état de la rencontre entre au moins deux personnes ou deux populations, il doit être tenu pour partiel et partial, sinon faux, tant que l’on n’a pas la version de l’autre partie ! Un an après la guerre de sécession aux États-Unis d’Amérique (1861 – 1865) est publié un livre illustré racontant l’événement du point de vue des esclavagistes du sud ; les esclaves africains n’y figurent pas ! Pour leur rappeler la réalité de l’histoire qui suppose le regard des différents protagonistes ou acteurs, l’artiste Kara Walker a ajouté de grandes silhouettes noires par-dessus ces images anciennes. En perturbant ainsi les scènes du livre illustré avec des corps qui traduisent la violence et les vies effacées par le récit officiel, l’artiste questionne l’histoire et ses silences. Le visiteur a la nette impression que chaque silhouette noire hante chacune des scènes du récit officiel pour dire sa vacuité.
Chaque fois que l’on visite une exposition au musée de la Porte Dorée ou de l’immigration, c’est la diversité ethnique et culturelle des visiteurs avec la présence de nombreux jeunes ou adolescents qui impressionne. En regardant cette population composite, je ne peux m’empêcher de penser aux compatriotes des campagnes de l’hexagone qui ont rarement l’occasion de vivre des moments pareils. Être aussi nombreux et divers à tendre vers la même direction est un moment qui nourrit la cohésion sociale et nationale.
Raphaël ADJOBI
° L’exposition est visible jusqu’au 23 août 2026.



Comme tous les ans, deux discours ont été prononcés. “Un moment d’histoire” comme aiment à le dire les habitués de cette cérémonie. C’est d’abord Françoise Roure, la coprésidente de l’association chargée des relations avec la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, qui a rappelé les conditions difficiles des débats ayant abouti en 2001 à ce qui est communément appelé « la loi Taubira » reconnaissant la traite et l’esclavage des Africains, des Amérindiens, des Malgaches et des Indiens comme crime contre l’humanité. Pour que cette loi dont nous célébrons les 25 ans en cette année 2026 soit adoptée, a-t-elle précisé, il a fallu qu’elle soit amputée de son pendant essentiel : l’idée de réparation de ce crime. Puis l’oratrice a souligné le grand retard pris par la France quant à la recherche sur son passé esclavagiste et colonial ; les universitaires allant jusqu’à dissuader leurs étudiants de se lancer dans cette voie. On comprend aisément, ajoutera Raphaël Adjobi – l’autre coprésident – pourquoi de nombreux établissements scolaires n’osent pas accueillir les travaux de La France noire sur cette thématique. La notion de crime contenant consciemment ou inconsciemment l’idée de réparation, l’enseigner dans tous ses aspects et ses conséquences fait comprendre à tous qu’il faudra un jour où l’autre passer à l’action réparatrice.
C’est ensuite le maire de notre commune, Monsieur Nicolas Soret qui a pris la parole pour assurer à notre association que – contrairement au maire de Vierzon ayant annulé la cérémonie de commémoration dans sa ville sous des prétextes fallacieux – le partenariat établi avec son prédécesseur se poursuivra sous son mandat. Mais avant, il a tenu à dénoncer les propos du député de la 3e circonscription de l’Yonne qui a jugé opportun de rappeler que la longue traite musulmane des Africains n’est pas enseignée dans notre pays. C’est, a-t-il dit – et nous sommes de son avis – dans le seul but de stigmatiser nos compatriotes musulmans. En effet, ce que cet élu de l’extrême droite soutenu par la droite extrême oublie – sans doute volontairement, car sa jeunesse ne pourrait être la cause de cette ignorance – c’est que la France n’a pas participé à la traite arabo-musulmane des Africains et que par voie de conséquence cette histoire ne fait pas partie de l’Histoire de France. Nous dirions qu’il y a dans l’attitude de ce député cet esprit malsain que les descendants des colonisés et des esclavagisés (ou esclavisés) ne cessent de rappeler : « il y a toujours chez les mieux intentionnés des Français cette obligation que l’on se fait de souligner les indignités des autres [pour minimiser les siennes] » (Léonora Miano, L’opposé de la blancheur, Seuil 2023).


Nous profitons de l’occasion pour dire toute notre reconnaissance à la mairie de Joigny pour la poursuite de ce partenariat qui participe à l’instruction des populations de notre commune quant à l’origine de la présence des Noirs dans le paysage français. La cérémonie sera animée par le groupe 
Au moment où l’association
Le concert de gospel de cette année était dirigé par Cassandra Drane. Un répertoire varié a enthousiasmé l’auditoire. C’est un réel plaisir de constater que si le noyau de la chorale demeure, il s’est étoffé grâce à de nouvelles recrues visiblement très heureuses de l’aventure. La mise en valeur de quelques voix nous permettant d’avoir une idée des talents individuels a été très appréciée par le public qui n’a pas été avare en applaudissements.
Merci à toutes et à tous pour ce joyeux après-midi passé en votre compagnie.

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