L’image de la femme dans le récit de l’humanité écrit par les hommes blancs

L'homme préhistorique          En ce XXIe siècle, on peut se réjouir de voir les femmes de plus en plus nombreuses à contester la place que les hommes blancs leur assignent, depuis plus de deux siècles, dans l’évolution de l’humanité. L’histoire de l’humanité telle qu’elle est enseignée dans nos établissements scolaires et nos universités est essentiellement un récit produit par l’homme blanc. Il est donc évident d’y découvrir celui-ci comme le plus beau, le plus grand, le plus fort, le plus intelligent. Au XIXe siècle, quand il lui a plu d’établir une échelle des êtres humains – en se plaçant bien sûr au sommet de la pyramide – l’homme blanc a pris soin de placer la femme (blanche) un cran plus bas. « Associée au primitif, au sauvage, elle est perçue comme une menace ». Aujourd’hui, presque toutes les femmes sont d’accord avec Simone de Beauvoir pour dire que « toute l’histoire des femmes a été faite par les hommes » et qu’il convient de prendre la parole pour déconstruire les paradigmes à l’origine du déni de leur rôle dans les inventions et innovations qui ont fait progresser l’humanité.

          Dans Histoire des Blancs, publié en 2010 (2019 en France par Max Milo), l’Américaine Nell Irving Painter a fait un excellent historique de la pensée européenne de l’Antiquité au XXe siècle. On découvre dans ce livre qu’à travers les époques, toutes les pensées dominantes étaient évidemment menées par les hommes, de surcroît blancs. Et c’est cette histoire de la domination masculine blanche avec ses préjugés sexistes intériorisés par les femmes qu’Olivia Gazalé dénonce et démythifie dans Le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes (Robert Laffont, 2017). Plus récemment, c’est la préhistorienne Marylène Patou-Mathis qui s’est dressée contre cette construction masculine blanche de l’histoire de l’humanité où la femme est toujours présentée comme un « être de reproduction » opposé à l’homme considéré comme « un être de culture » (L’homme préhistorique est aussi une femme, Allary Éditions, 2020). Si les analyses de Marylène Patou-Mathis retiennent ici notre attention, c’est parce qu’elles montrent à quel point les conclusions scientifiques sont elles-mêmes empreintes d’idées sexistes et racistes. « Alors qu’aucune preuve tangible ne permettait de différencier les tâches et les statuts selon le sexe, les préhistoriens ont donné une vision binaire des sociétés préhistoriques : des hommes forts et créateurs et des femmes faibles, dépendantes et passives ». Et elle ajoute : « Pourtant, les recherches ont montré que les objets préhistoriques étaient polysémiques et n’étaient pas nécessairement représentatifs du sexe d’un individu ». Cette analyse nous montre comment l’on plaque sur les sociétés anciennes les présupposés ou stéréotypes contemporains les plus négatifs sur la femme ; présupposés et stéréotypes véhiculés par les publications scientifiques ainsi que les œuvres littéraires, artistiques ou philosophiques du XXe siècle.

L'homme préhistorique 2          Au milieu du XIXe siècle, selon Marylène Patou-Mathis, « dès la reconnaissance de l’existence d’humains préhistoriques, leurs comportements sont rapprochés de ceux des grands singes, gorilles et chimpanzés, puis de ceux des races inférieures perçus comme primitifs. Sans avoir fait une analyse précise de leurs usages, les premiers préhistoriens donnent aux objets taillés par les préhistoriques des noms à connotation guerrière : massue, casse-tête, coup-de-poing, poignard… […] Ainsi, dans la plupart des romans, les conflits sont-ils omniprésents, en particulier entre races différentes dont les types sont souvent empruntés aux récits des explorateurs ». En faisant de la violence un élément essentiel de « la nature humaine », l’homme blanc a non seulement fait de la virilité le synonyme de la puissance et de l’intelligence mais il l’a aussi confondu avec la violence sadique (Olivia Gazalé). Et très souvent, qui est au centre des conflits ? La femme ! Selon Marylène Patou-Mathis, les « docufictions » ou documentaires censés être fidèles à la réalité, car s’appuyant sur des données archéologiques, se conforment à la vision de notre société actuelle pour enraciner en nous l’idée que les femmes n’ont joué aucun rôle dans l’évolution technique et culturelle de l’humanité. On dénie à la femme tout génie comme pour être conforme à la pensée de Périclès disant que « la plus grande gloire de la femme est qu’on ne parle pas d’elle » (cité par Olivia Gazalé, p. 114).

La femme négrroïde de Laussel          Ne nous étonnons donc pas de constater la séparation sexuée des tâches dans les textes consacrés à la préhistoire et dans les romans préhistoriques où le héros est évidemment toujours du sexe masculin et blanc. Les hommes d’aujourd’hui lisent le passé à l’aune de leur schéma social contemporain. La guerre, la chasse, la pêche, la taille des outils et des armes – ces tâches « nobles » – sont forcément à leurs yeux l’œuvre des hommes (blancs). « Il est également inconcevable d’imaginer un artiste de sexe féminin. De même, l’idée que lui ou son modèle puisse être noir n’effleure même pas les esprits jusqu’à la découverte en 1911, par le Dr Jean-Gaston Lalanne, de la Vénus de Laussel ou Vénus à la corne (Laussel, Dordogne). Elle présente, pour l’époque, toutes les caractéristiques physiques d’une Noire, d’une Hottentote même ! » Mais surtout n’allez pas répéter cela ! On vous traitera de révisionniste – parce que tout le monde sait en Europe que, comme la femme, le Noir n’a jamais été capable de rien inventer. Pour tout bon Européen, la préhistoire est blanche, même quand les recherches scientifiques prouvent le contraire. Et on enseigne cela sans vergogne.

Raphaël ADJOBI

Origine et évolution de la fête des mères

La fête des mères - La France noire 2021          Dans son magnifique ouvrage L’homme préhistorique est aussi une femme (Allary Éditions, 2020), Marylène Patou-Mathis montre comment à partir du XVIe siècle l’Europe a puisé dans les textes de l’Antiquité puis dans la Bible les éléments pour construire de manière solide et populaire l’image de la femme inférieure à l’homme ; construction ayant permis par la même occasion d’établir que depuis la préhistoire l’homme avait pour lui la force, le courage et l’intelligence à l’origine de toutes les inventions et la femme la faiblesse physique et intellectuelle, la maternité et les tâches domestiques. Puis, au-delà de ces stéréotypes défavorables à la femme, le XIXe siècle européen va s’appuyer sur la science pour proclamer de manière officielle que la procréation est son destin et sa finalité. « En elle-même, la femme n’a pas de raison d’être ; c’est un instrument de reproduction qu’il a plu à la nature de choisir de préférence à tout autre moyen », assure Pierre Joseph Proudhon en 1858 (De la justice dans la Révolution et dans l’Église, t.1). De ce fait, ce n’est que justice d’honorer les mères, de les célébrer.

          Selon Marylène Patou-Mathis, « déjà dans la Grèce et la Rome antique, les mères des dieux et les matrones étaient célébrées au printemps, saison de la fertilité ». Si, dans l’Occident médiéval chrétien les fonctions de procréation et de gestion de la maison étaient aussi dévolues aux femmes, celles-ci pouvaient néanmoins exercer la médecine populaire ou être artisanes, ajoute-t-elle. « C’est à partir du XVe siècle que ces métiers vont leur être confisqués ». Et c’est à cette époque, en Angleterre, qu’apparaissent les premières célébrations de celles qui ont la charge quasi exclusive du travail domestique et de l’éducation des enfants qu’elles ont en grand nombre. Un dimanche par an leur était en effet consacré. Sur ce modèle, à partir du début du XXe siècle, plusieurs pays européens vont décréter « la journée des mères ». En France, contrairement à une idée commune qui fait du maréchal Pétain l’initiateur de cette journée de célébration, Marylène Patou-Mathis fait cette précision : « Les premières initiatives sont locales, elles reviennent à l’instituteur Prosper Roche, qui organisa, le 10 juin 1906, une cérémonie en l’honneur des mères de familles nombreuses à Artas, dans l’Isère, et à Lyon, ville qui, deux ans plus tard, consacra une journée aux mères ayant perdu un fils ou un mari à la guerre. » Il faudra attendre 1920 pour voir l’instauration, sur le plan national, de la fête des mères de familles nombreuses qui « sera élargie à toutes les mères en 1926 par le gouvernement républicain qui prônait une politique nataliste. »

          Si l’image du maréchal Pétain émerge dès que l’on se plonge dans l’histoire de cette célébration, c’est parce que sous son impulsion cette fête a pris « une dimension politique affirmée ». En effet, « face à la peur de l’étranger, la natalité est au centre des préoccupations des hiérarques du régime de Vichy. Les mères, inspiratrices de la civilisation chrétienne (Pétain, 1942), sont mises sur un piédestal (Pascal Riché, L’Obs, 31 mai 2015) ». Marylène Patou-Mathis ne manque pas de préciser que « cette thématique sera maintes fois reprise par les mouvements d’extrême droite et par les nationalistes, pour qui, faute d’une démographie satisfaisante, la civilisation occidentale est vouée à disparaître ». C’est le 24 mai 1950 que la fête des mères sera inscrite dans la loi. Il appartient à chacun, selon nous, de réfléchir au sens de cette loi : celui qui éprouve une obligation morale à célébrer sa mère a-t-il besoin d’une loi pour le faire ? Est-ce un délit de ne pas fêter sa mère ? Quel bénéfice les mères tirent-elles de cette reconnaissance officielle ? Peut-être pourrions-nous suggérer, en signe de reconnaissance, une journée de congé payé à toutes les mères ?

                      Regard sur une tradition de l’Afrique de l’Ouest

          Cette célébration de la mère est l’une des rares fêtes non religieuses que les Noirs de France semblent partager avec une certaine application. Et cela se comprend aisément : en Afrique noire, sauf peut-être chez quelques rares populations, la mère revêt une image presque sacrée. Là-bas, offenser une mère de famille peut entraîner un lynchage. Bref ! Ce qui nous importe ici est de nous appuyer sur une tradition africaine assez largement partagée pour éclairer cette inclination des Français noirs à célébrer la mère comme leurs compatriotes blancs. L’exemple vient du pays Akan constitué de différentes populations ayant un fond culturel commun et s’étendant de la moitié Est de la Côte d’Ivoire jusqu’au Togo. Les Akans fêtent « le dixième enfant ». Pratique qui rejoint la célébration des mères de familles nombreuses en Europe, mais avec une différence notable : si la tradition de ce groupe fait de la mère la figure centrale incontestable de la famille, cette fête célèbre surtout le groupe mère-enfants malgré la participation du père à la fête. En d’autres termes, cette fête présente de manière publique le couple et ses enfants, mais tout le monde a conscience que c’est la femme qui est principalement honorée. La présence obligatoire des enfants est la preuve que sa fécondité mérite reconnaissance comme en témoignent les cadeaux qui lui sont offerts ce jour-là. Dans cette région d’Afrique, cette cérémonie donne à tous la certitude que la femme est le centre de l’humanité et l’homme un être périphérique. Et de même qu’un jeune portant la main sur un vieil homme était un signe de malédiction, un homme qui portait la main sur une femme attirait des malheurs sur sa maison – à commencer par la perte de la considération publique.

Raphaël ADJOBI

L’Egypte ancienne est-elle blanche pour tous les enseignants ? (Réflexion)

          Comme nous le rappelle le dominicain et historien Yves Combeau, « le XVIe siècle est le siècle de l’humanisme. C’est aussi celui où l’on a réinventé l’esclavage et la monarchie absolue », et où fut affirmé que certains parmi nous n’avaient pas d’âme (article Controverse sur l’âme des Indiens d’Amérique – Hors-série de la revue Le Monde 2020). Et quand le jeune comédien et réalisateur Jean-Pascal Zadi dit en mars 2021 – lors de son discours comme lauréat du César du meilleur espoir masculin pour son film Tout simplement noirque l’« on est en droit de se demander si l’humanité de certaines personnes n’est pas souvent remise en cause », la question qui aurait mérité d’être posée était plutôt si au XXIe siècle l’humanité de toutes les personnes est reconnue par tous. Car l’humanité de certains a été officiellement niée au XVIe siècle ! On est donc en droit de se demander qui sont en ce XXIe siècle les négationnistes de l’humanité de l’Autre ?

Hiéroglyphes corps          Hier comme aujourd’hui, le négationniste est celui qui, par principe, est convaincu de la supériorité de ses croyances érigées en autorité immuable ne devant par conséquent être ébranlée par tout autre avis ou point de vue. Le négationniste conçoit toujours l’histoire et la parole de ses aïeux comme des vérités incontestables. Attitude qui fait apparaître tout mouvement qui viserait à présenter des éléments différents à cette histoire et à cette parole comme une entreprise de révision : du révisionnisme (1). En effet, « revoir » c’est reconsidérer ce qui est proclamé vrai. Une telle entreprise, tout à fait honorable et louable, est considérée comme un crime par celui qui n’a que des certitudes quant à son histoire et à la parole des siens ; ceux-ci ne sauraient mentir, ne sauraient se tromper. Leur avis fait autorité pour l’éternité.

          Or, une telle attitude est celle d’un religieux et non d’un historien. Ce dernier est toujours prêt à entendre un autre avis, alors que le premier, non. En effet, l’histoire est un récit et non une science ; encore moins une religion ! Et parler de récit suppose le droit de « dire » différemment – surtout au regard de connaissances ou considérations différentes. « Toute l’histoire – pas seulement celle de France – est un mensonge. La galerie des victoires de Louis XIV à Versailles est complètement une galerie de mensonges », disait récemment l’écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière – historien de formation (France culture – le 27 février 2021). Un révisionniste ? Plus de cinq cents ans après l’erreur monumentale de Christophe Colomb et de ses amis qui prirent les autochtones du « Nouveau monde » pour des Indiens, les négationnistes continuent encore à enseigner aux jeunes générations que ces populations inconnues jusqu’alors des Européens sont bien des Indiens. Pour ne pas être qualifié de révisionniste, tout le monde se tait et entretient l’erreur devenue mensonge et même signe d’irrespect et de mépris du sentiment de l’Autre. En effet, « la première marque de respect à témoigner aux peuples devrait consister à les désigner comme ils le font eux-mêmes » (Léonora Miano – Afropea, édit. Grasset). C’est d’ailleurs ce qu’a fait un musée anglais. En 2006, au moment d’ouvrir sa nouvelle galerie égyptienne, le musée d’art et des antiquités de l’université de Cambridge – Fitzwilliam Museum – a clairement et officiellement admis que l’Égypte ancienne « fait partie de la culture africaine ». Cette institution a fait remarquer que ce sont les Grecs qui ont employé le terme « Égypte » pour désigner cette terre africaine alors que les populations elles-mêmes l’appelaient « Kemet », littéralement « terre noire ». Elle a donc décidé d’appeler sa galerie égyptienne « Virtual Kemet » comme pour signifier qu’il faut redonner aux Africains ce qui appartient aux Africains. Au-delà du fait que les artistes représentaient les populations avec une peau noire et des cheveux crépus – même s’il y a des Africains aux cheveux raides parmi les Peuls et les Touaregs – les conservateurs du musée estiment qu’« il existe de nombreux liens entre la culture égyptienne ancienne et la culture africaine moderne ». Pour eux, les gens voient l’Égypte ancienne avec un regard européen parce que la majorité des livres sont écrits par des chercheurs d’origine européenne ou nord-américaine. Point de vue que rejoindra l’historien français François-Xavier Fauvelle assurant que presque tous les archéologues se sont trompés sur les populations de l’Égypte ancienne parce qu’ils étaient imprégnés des théories racistes de leur époque (Science et Avenir ; Hors-série, juillet/août 2010). A notre avis, cette dernière remarque mérite une précision pour comprendre le déni d’une Égypte ancienne noire devenu une pratique commune.

          Il importe de noter que depuis qu’au XIXe siècle, contrairement à l’avis du Français Vivant Denon (1798), l’anthropologue et racialiste américain Samuel George Morton (1844) a proclamé que les anciens Égyptiens sont des Blancs, toutes les recherches archéologiques n’avaient pour seul objectif que d’en donner la preuve – j’emploie l’imparfait parce que les choses changent considérablement depuis quelques années. Selon cet opposant à la création unique de la Bible (monogénisme) – confirmée par la science au XXe siècle – seule la croyance en une multiplicité de races (polygénisme) peut expliquer l’existence des pyramides, prouesses de l’esprit de la race supérieure blanche que ne peut pas réaliser une race inférieure comme la noire (Nell Irvin Painter – Histoire des Blancs, édit. Max Milo, 2020). Une étrange façon de voir le monde des autres non pas tel qu’il est, mais tel que nous sommes. Depuis, « les archéologues ont fait de l’Égypte un isolat, sans relation avec son environnement africain » (François-Xavier Fauvelle – Science et Avenir, Hors-série juillet/août 2010). En attendant que les preuves scientifiques confirment l’affirmation de Samuel George Morton qui ne repose sur aucune réalité, toutes les recherches archéologiques démontrant le contraire ne portent aucun qualificatif racial. Quiconque ose dire qu’il lui semble reconnaître des Noirs dans les images exhumées de l’histoire de l’Égypte ancienne est aussitôt qualifié de révisionniste ; car le postulat que les anciens Égyptiens sont des Blancs demeure aujourd’hui encore une vérité dans la conscience collective européenne. Ainsi, dans l’Yonne (89), des enseignants se sont donné pour mission de dénoncer à leur hiérarchie tout collègue qu’ils estimeront tombé dans une sorte de radicalisme s’il présente aux élèves des images tendant à démontrer que les anciens Égyptiens sont des Noirs et non des Blancs ! Sur ce sujet – comme dirait la jeune Marie-Antoinette, reine de France, écrivant à ses sœurs restées en Autriche à propos de la passion des Français pour la musique – « on se divise, on s’attaque comme si c’était une affaire de religion ». Non, l’histoire n’est pas une religion ; c’est un récit supposant des visions différentes qu’il convient d’harmoniser au sein d’une même nation ou d’une même équipe. En attendant ce travail, les visions différentes ont le droit d’exister et d’être connues. On ne recourt pas à la loi pour trancher une divergence d’opinion sur une question d’histoire ou de littérature. On ne fait pas appel à l’autorité administrative mais aux instruments du savoir que sont les livres et autres travaux des chercheurs pour se départager. Le contraire s’appelle de l’inquisition. La Controverse de Valladolid est la marque historique de la juste confrontation des idées ; ce n’était nullement le lieu de prononcer une sentence mais de comprendre la réalité et comment se définir en conséquence. N’oubliez jamais qu’il fallait avant tout dire si les autochtones des Amériques étaient des êtres humains ayant une âme et descendaient d’Adam et Eve au même titre que les Européens. Et c’était donc bien une querelle entre « négationnistes » (la croyance officielle que les autochtones n’avaient pas d’âme) et « révisionnistes » (ceux qui pensaient que cette croyance commune était à revoir, à étudier sérieusement).

Berger égyptien          Il convient de retenir de tout ce qui précède que l’on ne recourt pas à la loi pour trancher une divergence d’opinion sur une connaissance historique ou littéraire. Répétons-le : dans ces domaines, on ne fait pas appel à l’autorité administrative mais aux livres et aux travaux des chercheurs pour se départager. Recourir à la loi dans de tels débats, c’est sombrer dans l’inquisition, c’est-à-dire dans l’enquête indiscrète, arbitraire et vexatoire. Or, les enseignants ne peuvent être respectés par leur hiérarchie et les parents que s’ils conviennent que l’on ne doit exiger d’eux que « des connaissances disciplinaires parfaitement maîtrisées », comme disait si bien le collègue René Chiche dans La désinstruction nationale. C’est donc se discréditer que de confier le jugement de la qualité de sa science à une autorité administrative plutôt qu’aux travaux de ses pairs destinés à la nourrir en permanence. Quand dans Le bilan de l’intelligence Paul Valéry assurait que nos diplômes et nos statuts (que nous assurent les concours) ne sont que le brevet d’une science momentanée sanctionnant le minimum nécessaire à l’exercice d’une fonction sociale, c’est parce qu’il pense que l’enseignant doit concevoir la connaissance comme un festin perpétuel. Il faut que chaque esprit s’y invite constamment pour se régénérer et éviter de s’étioler inévitablement avec le temps par manque de nourriture intellectuelle variée.

Raphaël ADJOBI     le 4/04/2021

(1) « Le négationnisme consiste en un déni de faits historiques, malgré la présence de preuves flagrantes rapportées par les chercheurs, et ce à des fins racistes ou politiques […] Le négationnisme vient en parfaite contradiction des événements qui se sont effectivement déroulés ou des faits établis, alors que le révisionnisme essaie de réinterpréter ou de remettre en perspective des faits, en accord avec les données objectives, sans opérer de sélection dans celles-ci » (Wikipédia).

     

« Au royaume des pharaons noirs » (un documentaire de Sam Mortimore)

Taharqa 1« Contrairement aux idées reçues, les pyramides ne sont pas l’apanage de l’Égypte. C’est le Soudan, et précisément la cité antique de Méroé, au bord du Nil, qui abrite le plus grand nombre de pyramides au monde. Il s’agit des vestiges d’une civilisation africaine longtemps occultée par l’Histoire, le royaume de Koush (ou Nubie). En effet, il semblait impossible à la pensée de certains archéologues occidentaux que des Noirs africains aient pu bâtir une civilisation aussi riche : temples, tombeaux, fresques… Cette culture a longtemps été perçue dans son rapport avec la civilisation égyptienne, sans son identité propre. Il faut dire que les relations entre les deux royaumes étaient complexes : Koush a souvent été considéré comme une simple colonie sous la domination de la puissante et orgueilleuse Égypte. Ainsi les fresque du temple égyptien d’Abou Simbel représentent les Koushites comme des prisonniers se prosternant devant le pharaon Ramsès II. Or, ils ont été d’importants partenaires commerciaux – le pays a bâti sa fortune sur le commerce de l’or avec l’Égypte – et les rois koushites, les pharaons noirs*, ont régné en Égypte entre le VIIIe et le VIIe siècle av. J.C.

Depuis quelques décennies, on note un regain d’intérêt des égyptologues et des archéologues pour l’importance de cette société ; Ce documentaire en est le reflet. Didactique et ambitieux dans sa volonté de précision, il parvient à réhabiliter la civilisation koushite injustement méconnue dans la mémoire collective ».

Alexandra Klinnik (Télérama du 24 au 30 avril 2021)

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* Remarque sur l’article : A aucun moment de son bref article, Alexandra Klinnik ne parle de pharaons blancs ; mais en qualifiant les rois koushites de pharaons noirs, elle laisse insidieusement entendre que les rois égyptiens sont des pharaons blancs. Il en est toujours ainsi : personne ne dit ni n’écrit « pharaons blancs » mais on laisse supposer que c’est de cela qu’il s’agit. Ainsi, les artistes et les cinéastes peuvent se permettre toutes les interprétations n’ayant surtout aucun lien avec les cultures africaines. De même, dans le documentaire, alors que les archéologues parlent de pharaons koushites, le commentateur ne cesse de répéter « pharaons noirs » pour bien laisser entendre que les pharaons égyptiens battus par leurs voisins du sud étaient blancs. Dans les deux cas, ce n’est pas du tout honnête de procéder de la sorte. Retenons que le chimiste et anthropologue Cheikh Anta Diop (1923 – 1986) avait en son temps demandé une analyse scientifique sur une momie pour lever le doute. Sa demande est restée vaine. Pourtant, en 2018, le Natural History Museum de Londres a analysé les ossements de Cheddar Man – l’ancêtre des anglais – et a révélé que celui-ci avait la peau noire. Pourquoi ne pas passer les momies par la même preuve scientifique ? De quoi a-t-on peur ?

Soyons clairs : pour ce qui est de tous les Africains d’hier et d’aujourd’hui – avant l’occupation permanente de la partie nord du continent par des peuples à la peau blanche avec le mélange que l’on remarque dans certaines régions – voici ce que l’on constate dans cette partie de l’Afrique en partant du nord vers le sud : 1) Les populations du désert étaient et sont tous des Noirs aux traits fins et aux cheveux parfois raides comme chez les Touaregs et les Peuls. 2) En descendant vers le sud, à partir du Sahel (zone entre le désert et la forêt), les traits des populations changent : on rencontre plus de Noirs au nez épaté. 3) Et quand on atteint la zone de forêt, les nez très fins deviennent rares (sauf au Rwanda et dans certains pays de l’Est). Cette variété de traits morphologiques est une réalité africaine indiscutable parce qu’observable. Les Égyptiens aux traits fins (comme la majorité des Ethiopiens) et leurs pharaons étaient des Noirs ; les pharaons au nez épaté étaient souvent originaires du sud, c’est-à-dire de Koush qui était en contact avec les populations des forêts.

Remarques sur le documentaire :

1) On apprend qu’après avoir triomphé des Égyptiens, leurs voisins du Nord, les Koushites ont souvent arboré le même attribut de pharaon mais avec deux cobras sur la coiffe royale au lieu d’un seul chez les Égyptiens ; le double cobra signifiant la réunion de l’Égypte et de Koush. Ce qui n’a jamais été fait avant le VIIIe siècle av. J.C. Imaginez-vous dans ce coin du monde, sans barrière naturelle notable, deux peuples de couleurs différentes – l’un blanc et l’autre noire – vivant sous le règne des rois noirs pendant plus d’un siècle ? Il est temps de cesser de fantasmer !  

2) Quand les Koushites, régnant sur l’Égypte, ont été vaincus par les Assyriens, que font les populations égyptiennes ? L’égyptologue du documentaire nous dit qu’ils se contentent de supprimer de la coiffe des pharaons koushites l’un des cobras afin que l’on croie qu’il s’agit d’un pharaon égyptien ! N’est-ce pas là la preuve que du point de vue de leur physique, il n’y a pas de différence entre un pharaon koushite et un pharaon égyptien ? N’est-ce pas là la preuve que les uns et les autres sont noirs et que tout ce qui différencie un pharaon égyptien et un pharaon koushite se résume au nombre de cobras sur la coiffe ?

3) Lorsqu’ils occuperont successivement l’Égypte, ni les Assyriens, ni les Grecs, ni les Romains ne se feront pharaons pour gouverner le pays ! Ils laisseront plutôt les traces de leur propre culture. Ce sont des peuples qui n’ont rien à voir avec la culture africaine. Ce qui les intéressaient, ce sont les richesses du pays et non pas régner sur les Noirs qui se sont d’ailleurs retirés en grand nombre plus loin vers le sud devant ces invasions. On n’a jamais vu un vainqueur adopter la culture du vaincu. Ce qui explique pourquoi dans le documentaire certaines techniques égyptiennes adoptées par les koushites ont beaucoup intrigué les archéologues, même si les deux peuples leur semblent avoir des cultures voisines.

Quelques traits des Africains du désert, du Sahel et de l’Afrique de l’Est : 

Etiopiens Ethiopiennes

Jeunes rwandaises

Popularions du Niger

Visages d'Afrique 1

Jean-Claude Carrière, Napoléon, Vercingétorix, et l’Histoire

Jean-Claude Carrière          « Toute l’histoire – pas seulement celle de France – est un mensonge. La Galerie des victoires de Louis XIV est complètement une galerie de mensonges. L’histoire de Napoléon, telle qu’on nous la raconte est hallucinante, parce que Napoléon a laissé la France plus petite qu’il ne l’a trouvée. Il a laissé la France appauvrie à un point extrême avec 1 million 500 mille hommes de moins ! Détesté par toute l’Europe, endetté… et on fait de lui notre grand héros national. C’est absolument incompréhensible ! C’est le prototype même du dictateur des temps modernes…

En juillet 1798, l’armée de Napoléon atteint l’Egypte et défait les Mamelouks au Caire. Habilement exploitée par la propagande napoléonienne, cette victoire n’a pourtant pas empêché l’Expédition de se terminer par un fiasco militaire ; le premier avant ceux de Saint-Domingue (contre les esclaves africains), d’Espagne et de Russie. Quand la flotte de l’expédition est détruite, Napoléon et ses soldats se retrouvent prisonniers en Egypte et n’ont qu’une seule idée : en sortir ! Clandestinement, Napoléon quitte l’Egypte en abandonnant le gros de son armée et débarque à Fréjus en octobre 1799. « Humiliation suprême » (Juan Cole), la malheureuse armée se rendra aux Anglais le 31 août 1801.

Napoléon et Vercingétorix          Pourquoi cela ? Parce que l’histoire fait partie de la culture du peuple. On lui apprend ce qui doit servir de modèle. Par exemple, l’histoire voudrait que Vercingétorix soit le modèle des Français ; alors que jusqu’à Napoléon III, Vercingétorix on n’en parlait pas. Et la première statue qu’on a eue de lui avec des moustaches ressemblait à Napoléon III. Vercingétorix était certainement un personnage intéressant. D’ailleurs César en parle en louant son courage et la force de sa parole. Mais ce que nous savons de lui est peu de chose. On sait qu’il est mort étranglé à Rome après avoir figuré (exhibé comme vaincu) dans le triomphe de César, c’est tout ! Tous les peuples du monde racontent leur histoire qui ne coïncide pas du tout avec celle de leurs voisins. Et c’est parfois embêtant. On l’a vu lors de la dislocation de la Yougoslavie où chaque partie – la Bosnie, la Herzégovie, la Serbie – racontait l’histoire commune à sa façon. C’était étonnant de voir que les mêmes événements n’étaient pas du tout les mêmes selon que l’on les racontait d’un côté ou de l’autre.

          L’histoire est de ce fait une discipline à unifier. D’abord parce qu’il s’agit du passé ; les événements ont eu lieu à un moment donné. Et entre le passé et l’histoire (le récit), il y a la mémoire. De quoi nous nous souvenons vous et moi de ce que nous avons connu dans notre vie ? De quoi les historiens se souviennent-ils ? Les mémorialistes ne sont pas d’accord entre eux. Et c’est normal parce que la mémoire est un exercice du temps présent. La mémoire, c’est aujourd’hui ; ce n’est pas hier. Or, la troisième étape qui est l’histoire (le récit) doit passer à travers les mémoires. Les traces comme les ruines, il y en a très peu pour témoigner de tout le passé. L’histoire doit donc passer par une infinité de mémoires contradictoires pour retrouver le passé ».

Il explique ainsi le titre de son dernier livre :

La vallée du Néant

(Odile Jacob, 2018)

Le titre du livre est emprunté à un vieux poème persan du XIIe siècle racontant l’histoire des oiseaux qui partent à la recherche de leur vrai roi et doivent franchir sept vallées avant d’arriver au but. L’une des vallées s’appelle La vallée du Néant. Il s’agit d’un endroit difficile à figurer parce qu’il n’y a rien. Il faut franchir le Rien pour trouver la vérité. Mais que trouvent les oiseaux au terme de leur voyage ? Un miroir ! Un miroir dans lequel ils se voient ; ils voient leur vie. Et une voix leur dit : « vous avez fait un long voyage pour arriver au voyageur ». Malheureusement, quand les Européens sont parvenus aux Amériques et en Afrique, ils n’ont pas reconnu l’Être dans le Néant.

D’autre part, il y a plus de choses dans le Néant (le non-étant) que dans l’Être. Ce Néant (le vide après la mort) a toujours été peuplé de beaucoup de choses par tous les peuples, toutes les cultures de la terre.

Jean-Claude Carrière

(France Culture – 27 février 2021)

Les trois « papes » français du racisme et le fantasme de la race pure (Jean-Louis Margolin)

Un bel article qui nous rappelle – si nécessaire – que le racisme est une invention européenne datant du XIXe siècle.

Les 3 papes français du racisme          En dépit des assertions grossièrement négrophobes et antijuives d’un Voltaire, l’ère des Lumières était trop empreinte d’optimisme universaliste pour donner naissance au racisme moderne. Celui-ci apparut vraiment vers le milieu du XIXe siècle, produit de la laïcisation croissante des sociétés occidentales, de la tentation scientiste et, de manière réactive, de l’émancipation progressive des Noirs et des Juifs, qui remettaient en cause des situations acquises. […] Les plus virulents furent alors d’illustres représentants des milieux scientifiques (médicaux en particulier) et, jusque vers 1900, de la gauche radicale.

Après une peinture de de ces fameux biologistes qui ont donné, par leurs savantes mesures du crâne, une base scientifique à la définition d’espèces humaines différenciées permettant la mise en œuvre de l’eugénisme positif (sélection des meilleurs dans une logique de haras humains) ou négatif (interruption de la reproduction des médiocres), Jean-Louis Margolin nous donne une idée de l’hostilité au capital qui s’est focalisée sur « son incarnation visible » qu’étaient « les juifs et tous les Rothchild en puissance ». Puis il passe à l’obsession de la race pure qui animait de nombreux scientifiques.

          Il convient cependant de reconnaître que, chez ces penseurs (les milieux scientifiques cités plus haut) le racisme n’est qu’un élément parmi bien d’autres. Il n’en va pas de même chez les trois « papes » français du racisme, dont l’influence fut grande au-delà des frontières, en particulier en Allemagne. Joseph-Arthur de Gobineau (1816-1882), auteur d’un Essai sur l’inégalité des races humaines (1853), nostalgique de l’ancien régime, a la hantise du « mélange des sangs », accusé de mener le monde à une décadence inévitable. La seule réalité, le seul moteur de l’histoire est la race. La blanche, responsable de « tout ce qu’il y a de grand, de noble, de fécond sur terre »*, a vocation de dominer la jaune, dénuée de toute noblesse ou créativité, et surtout la noire, laquelle « ne sortira jamais du cercle intellectuel le plus restreint ». Gustave Le Bon (1841-1931), qui usurpe le titre de docteur en médecine, combine le concept darwinien de « lutte pour la vie » aux sociétés humaines (ce qu’on dénomme darwinisme social) et le polygénisme défendu par Voltaire : les races constitueraient des espèces distinctes, sans origine commune*. Violemment antisémite, antichrétien, négateur de toute morale universelle (l’ « âme des races » gouverne tout), il rapproche des singes tant les Noirs que les femmes, au cerveau trop étroit*. La pureté raciale lui est essentielle : « Les croisements sont désastreux entre peuples de mentalité trop différente ». La médecine moderne et l’hygiène devraient cesser de préserver « la foule des dégénérés de toute sorte ». Il prône la guerre comme moyen de sélection naturelle : « Tout ce qui est faible est bientôt condamné […] à périr ». Georges Vacher de Lapouge (1854-1936), républicain, candidat socialiste à Montpellier, félibre (1), darwinien, avance que « l’hérédité nous écrase ». S’il n’y a pas actuellement de race pure, il importe d’introduire un « sélectionnisme » radical en Europe, et de stériliser les « inférieurs », sous peine d’avoir à livrer des « guerres d’extermination ». Il convient de faire triompher « la race nordique » blonde aux yeux bleus, par-delà les frontières nationales. La démocratie est « le pire des systèmes », car elle entrave « l’élimination des éléments inutiles ». On ira vers une « race unique parfaite » en découplant radicalement l’amour et la volupté de la reproduction, artificialisée et réservée à un petit nombre de mâles « d’une perfection absolue ».

*C’est à partir de ces pensées que l’on a attribué tout ce qui est beau et grandiose dans le passé – à la périphérie de l’Europe et même à l’intérieur de l’Afrique – à la race blanche et blonde nordique aux yeux bleus. Un homme l’affirmera (A vous de trouver son nom dans Histoire des Blancs – Nell Irvin Painter, éd. Max Milo 2020) et tout est scellé jusqu’en ce siècle.

(1) Félibre : écrivain, poète de langue d’oc.

Jean-Louis Margolin, historien de l’Asie orientale moderne et contemporaine

(extrait de A travers le prisme de la race – article publié dans Le hors-série de Le monde 2020 ayant pour titre L’histoire de l’homme)

Les Olmèques au musée du quai Branly : ne laissez pas le racisme infecter vos yeux

Olmèques 8          Au milieu du XIXe siècle, en Amérique centrale – précisément au sud du Mexique – un paysan découvre un rocher émergeant de la terre. En le dégageant, il met au jour une sculpture gigantesque représentant la tête d’un homme. L’année même de cette découverte – 1862 – poussé par la curiosité, José Maria Melgar y Serrano est le premier voyageur européen à se rendre sur le lieu pour en témoigner : « […] ce qui m’a le plus étonné, c’est le type éthiopien qu’elle représente. J’ai pensé qu’il y avait eu sans doute des Noirs dans ce pays, et cela aux premiers âges du monde ». Au fil des décennies, les recherches permettront de découvrir près d’une vingtaine de têtes semblables. Dans les milieux européens, on ne fit pas de bruit autour de ces découvertes. L’esprit de l’époque y était sans doute pour quelque chose.

          Au début du XXe siècle, avec le triomphe du racisme dont les thèses avaient commencé quelques décennies auparavant, on commença à s’intéresser aux autres objets trouvés sur le site paraissant s’éloigner des traits caractéristiques des têtes colossales. En 1926, l’archéologue Frans Blom et l’ethnologue Olivier Lafarge donnèrent leur avis sur le site des découvertes : « […] Nous inclinons à attribuer ces ruines à la civilisation Maya ». Quelques années plus tard, ce point de vue est jugé erroné. De nombreux anthropologues estiment la civilisation à laquelle appartiennent les têtes colossales – qu’ils ont nommée « Olmèque » – antérieure aux civilisations précolombiennes. A vrai dire, personne ne sait et ne peut assurer scientifiquement que le peuple qui a laissé ces statues s’appelle « Olmèque », parce que le mot était tout simplement employé au XVIe siècle pour désigner la côte du Mexique et ses habitants. Ce nom n’était nullement dans la bouche des populations de cette région la désignation d’un peuple qui aurait vécu là quatre mille ans avant elles. Le vocable « Olmèque » n’est donc retenu que par convention, de même que nous appelons les autochtones des Amériques les Indiens ou les Amérindiens, alors qu’ils n’ont rien à voir avec les populations de l’Inde.

Olmèques 7          Jusqu’au 21 juillet 2021, le musée du Quai Branly organise une exposition sur cette fascinante civilisation. C’est l’occasion saisie par la revue Télérama pour un article d’une page sur les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique (n° 3693 – 24 au 30 octobre 2020). En lisant cet article, j’ai été outré par la ferme assurance de son auteur qui, non seulement s’oppose radicalement au point de vue de José Maria Melgar y Serrano – cité plus haut – mais encore par sa manière arrogante de juger ceux qui sont de son avis. A lire Sophie Cachon, on croit qu’elle seule a les bons yeux pour voir les caractéristiques de ces statues colossales. Elle écrit : « Un explorateur venu voir la tête monumentale décrira le visage atypique comme d’origine africaine, entraînant une théorie fumeuse et toujours vivace sur certains sites Internet ».

          Nous sommes tentés de poser cette question à Madame Sophie Cachon : « De quel droit pouvez-vous contester à l’autre son impression à la vue d’un objet au point de la qualifier de fumeuse ? » Sachez que de même que l’historien travaille sur des manuscrits, l’archéologue acquiert l’essentiel de sa documentation sur le terrain ; et l’un et l’autre produisent des récits qui ne sont pas des vérités absolues ! Les nombreuses querelles autour des sujets qu’ils abordent devraient nous inciter à la prudence. Et s’agissant précisément des Olmèques, nous demandons à Madame Sophie Cachon de laisser chacun regarder les statues et arrêter son jugement ! Même un enfant est capable de dire, en regardant ces colossales statues, à quel type de population de la terre elles le renvoient. Madame Sophie Cachon, n’agissez donc pas comme tous ces pseudo-scientifiques qui, mus par le racisme, ont tout falsifié jusqu’aux traces archéologiques pour tromper le public. Comme le fait justement remarquer l’historien François-Xavier Fauvelle, presque tous les archéologues se sont trompés sur les populations de l’Egypte ancienne parce qu’ils étaient imprégnés des théories racistes de leur époque (Science et Avenir de juillet-août 2010). Nous vous dédions donc cette réflexion de Gustave Flaubert : « Voulez-vous ne pas vous tromper ? Tenez pour fausses toutes les idées chères à votre temps ».

Raphaël ADJOBI

Les Martiniquais, Victor Schoelcher et Joséphine de Beauharnais

Victor Schoelcher descendu de son piédestal          La chute des statues de Victor Schoelcher et de l’impératrice Joséphine de Beauharnais – la première épouse de Napoléon – nous oblige à revenir sur l’histoire de l’abolition de l’esclavage telle qu’elle doit être connue pour comprendre ce que les activistes martiniquais reprochent à ces deux personnages.

          Rappelons que c’est la Révolution de 1789, donc la première république, qui a permis en France l’abolition des privilèges et des droits féodaux vieux de dix siècles (1). Souvent critiquée en ce XXIe siècle, on ne souligne pas assez le plus extraordinaire acquis de cette révolution : la dépossession des nobles et autres seigneurs des terres, des provinces dont ils étaient les propriétaires ! Oui, les révolutionnaires ont refusé le système de rachat qui aurait fait des paysans, ces serfs, des ouvriers agricoles (simple changement de terminologie) durant des décennies, avant qu’ils n’en deviennent les propriétaires ou peut-être même jamais. Les corps de métiers – qui sont les artisans de tous les grands travaux – attachés au clergé et aux seigneurs retrouvent aussi leur liberté d’entreprendre. Un changement radical donc qui n’a rien à voir avec une simple réforme.

          Au début du XIXe siècle, depuis l’indépendance de Haïti en 1804 – suite à sa victoire sur l’armée napoléonienne – un peu partout dans les colonies se multiplient les rebellions contre l’esclavage. La France de Napoléon qui a eu l’idée de le rétablir en 1802, après une première abolition en 1794, doit faire face à l’impopularité de l’asservissement des Noirs ; surtout depuis que l’Angleterre a décidé d’obliger tous les royaumes européens à cesser la traite des Africains. C’est donc dans cette ambiance que se produit la révolution de 1848* qui décide d’abolir définitivement l’esclavage. Une grande attention est ici demandée au lecteur afin qu’il établisse un lien entre ce passé et les événements actuels en Martinique. Que se passe-t-il lors de cette abolition ? Au lieu de suivre le même schéma qui a permis aux paysans français de devenir propriétaires des terres qu’ils exploitaient pour le compte des nobles et des seigneurs, aux Antilles, l’abolition de l’esclavage préparé par le secrétaire d’État aux colonies, Victor Schoelcher, permet non seulement aux colons d’être indemnisés financièrement pour la perte de leurs esclaves mais encore de conserver la propriété des terres sur lesquelles ceux-ci travaillaient. En clair, l’abolition de l’esclavage a accordé aux colons à la fois «le beurre et l’argent du beurre» ! Il fallait pourtant dire merci à Victor Schoelcher. Mais ce n’est pas tout. Les colons en voulaient davantage ! Poursuivons donc.

          Renvoyés pour ainsi dire les mains vides – on ne leur a même pas reconnu la propriété de leur case – les nouveaux citoyens vont être très rapidement rattrapés par la cupidité de leurs anciens maîtres grâce à la complicité de l’État. Pour permettre au lecteur de deviner la suite, il suffit de lui poser cette question : à quoi sert-il de posséder des terres s’il manque les bras pour les cultiver ? Et pourtant, les suicides, les évasions, les décapitations pratiquées sur eux, les chiens dressés pour les tuer, le développement en Europe de l’industrie des chaînes pour les retenir captifs auraient dû enseigner aux colons l’amour des Noirs pour la liberté. Mais ils étaient trop méprisants pour leur accorder la moindre faveur. Ils constatent stupéfaits que les nouveaux libres refusent de travailler pour eux et gagnent en masse les montagnes et les zones marécageuses. Alors, une fois encore l’État vole au secours des colons. Les forces de l’ordre remettent les nouveaux libres dans les plantations sous le prétexte que ne faisant rien de leur liberté, ils étaient en vagabondage ; ce qui était déclaré un délit. Tous les Noirs surpris dans leur déplacement étaient condamnés au travail forcé chez leurs anciens maîtres. Et comme cette main d’oeuvre était insuffisante, parce que les nouveaux citoyens se terraient dans les montagnes et n’osaient pas en sortir, l’État français va faire venir de chine, de l’Inde et d’Afrique** des travailleurs sous contrat – une forme d’esclavage ou de travail forcé. Le livre de l’Antillais Raphaël Confiant – Case à Chine – est assurément le plus beau témoignage sur cette époque de l’histoire des colonies françaises des Amériques. Ce travail forcé fut légalisé en 1853 par un décret de Napoléon III et ne fut aboli qu’en 1946 par la loi dite Houphouët-Boigny – du nom du député de la Côte d’Ivoire qui en était l’initiateur et le rapporteur. Ce qui fait dire à certains que l’esclavage n’a été réellement aboli en France qu’en 1946 ! Quelle histoire, cette fameuse abolition de l’esclavage de 1848 ! Parce qu’elles connaissent cette histoire que le reste de la France ignore, les jeunes générations de Martiniquais ne veulent pas voir en permanence Victor Schoelcher honoré dans l’espace public.

Joséphine de Beauharnais disparaît          Concernant Joséphine de Beauharnais, l’ex-épouse de Napoléon Bonaparte (1796 à 1809), il convient tout simplement de dire qu’elle est considérée comme l’instrument de la perte des Antillais. Fille d’un colon de la Martinique, elle épouse Napoléon en 1796. Quand celui-ci devient Consul de France après son coup d’état en 1799, il prend la décision de rétablir l’esclavage aboli en 1794. Comment n’est-il pas permis de voir dans ce mariage entre un homme du pouvoir et la fille d’un colon le contrat signant la perte des citoyens noirs de la France ? Oui, en 1802, par la décision de Napoléon, les Antillais et ceux des colonies de l’océan Indien qui étaient des citoyens français vont devenir à nouveaux les esclaves des colons jusqu’en 1848. Joséphine de Beauharnais signifie définitivement pour tous les Antillais l’instrument de la condamnation de leurs aïeux à l’esclavage par Napoléon. La présence de sa statue en Martinique depuis 1859 est évidemment l’oeuvre des colons reconnaissants.

(1) « En 1789, la noblesse française, qui ne se distinguait plus guère des autres classes éclairées de la nation que par des signes imaginaires, a obstinément refusé d’ouvrir à celles-ci ses rangs, et a mieux aimé se laisser arracher à la fois toutes ses prérogatives que d’en céder volontairement la moindre partie » (Alexis de Tocqueville – 1843 ; cité par Caroline Oudin-Bastide in Des nègres et de juges », 2008).

* La révolution a lieu en février ; le décret d’abolition est signé le 27 avril et applicable à partir de juillet 1848. Le 21 mai, une rébellion éclate à la Martinique et des Blancs sont tués. Craignant sa propagation, les autorités locales abolissent l’esclavage sur l’île dès le 23 mai 1848 sans attendre l’application du décret de Schoelcher.

** Bientôt un article sur ces Africains sous contrat dans les Antilles à partir du milieu du XIXe siècle.

Raphaël ADJOBI

Combien d’Africains déportés dans les Amériques ?

ça m'intéresse 5          Concernant le nombre d’Africains déportés dans les Amériques – s’il est sans grand intérêt dans la qualification de crime contre l’humanité attaché à la chosification du Noir et aux conséquences qui en découlèrent – il est tout de même important de constater le grand soin pris par les historiens français pour le minimiser. En effet, ils avancent régulièrement le chiffre de 12 millions de déportés pour dire qu’au regard de quatre siècles de traite le crime n’est pas si énorme que cela. Pour notre part, nous assurons qu’il faut manquer de bon sens pour s’en tenir à ce chiffre et le proposer au public.

          Personne ne peut donner un compte exact de la réalité parce que tous les capitaines négriers trichaient. Compte tenu de la toute-puissance des capitaines et l’absence totale de contrôle quant au nombre de captifs qu’ils transportaient puis vendaient dans les Amériques, on peut croire qu’ils savaient s’enrichir sans trop léser les armateurs dont ils dépendaient. L’historien américain Markus Rediker semble être le seul à avoir signalé le fait que les capitaines se réservaient les enfants et surtout des jeunes femmes pour leur plaisir sexuel et les revendaient sûrement pour leur compte personnel. Il écrit qu’en 1787, à Bristol, l’abolitionniste Thomas Klarkson a recueilli le témoignage du marin Falconbridge qui contredisait celui de son capitaine : «Il pensait qu’il y avait bien plus de kidnapés parmi les esclaves que Fraser ne voulait bien l’admettre, et que Fraser les achetait lui-même sans poser de questions» (A bord du négrier, p. 51). Cela explique pourquoi les statisticiens ne sont absolument pas d’accord pour arrêter un chiffre acceptable pour tous. Et quand on sait qu’à notre époque moderne les historiens ne sont pas d’accord sur le nombre exact des soldats et des civils que la France a fait venir de ses colonies durant la Première ou la Seconde guerre mondiale – ni combien sont rentrés chez eux – on peut raisonnablement douter du chiffre de 12 millions de déportés dans les Amériques qu’ils voudraient faire passer pour une vérité scientifique.

          Retenir le chiffre de 12 millions d’Africains déportés en quatre siècles, c’est courir le risque de se couvrir de ridicule si les élèves découvrent un jour la grande différence entre les estimations statistiques qui circulent sur ce sujet. Déjà, sachez pour comparaison que «plus de 14,5 millions d’immigrants, la plupart du Sud et de l’Est de l’Europe, entrèrent [aux Etats-Unis] entre 1900 et 1920» (Nell Irving Painter – Histoire des Blancs, p. 272). Doit-on croire qu’en quatre siècles, il y a eu moins de captifs africains déportés dans les Amériques que d’Européens passés de l’autre côté de l’Atlantique en vingt ans ? A qui veut-on faire avaler cela ? Sur ce chapitre, Basil Davidson – que cite Tidiane Dikité dans La traite des noirs et ses acteurs africains (p. 10) – dit ceci: «entre 1580 et 1680, par exemple, on dit que les Portugais n’ont pas transporté moins de un million de captifs au Brésil». En d’autres termes, ils ont pu déporter plus d’un million d’individus, peut-être deux ou trois millions… Et Basil Davidson poursuit : «pour le total général des captifs débarqués vivants, outre-Atlantique, un éminent statisticien démographe, Kuczinski, est arrivé à la conclusion que quinze millions est un chiffre qui peut être retenu. D’autres chercheurs ont accepté ce chiffre, mais comme un minimum ; certains ont pensé que le total probable serait une cinquantaine de millions et d’autres encore l’ont estimé beaucoup plus élevé».

          Après avoir pris connaissance de ces informations, vous vous demandez sûrement : «quel chiffre choisir alors ?» Aucun, dirons-nous ! Il suffit de montrer l’extraordinaire éventail des estimations des chercheurs pour que chacun prenne conscience du fait que l’Afrique a été sérieusement saignée et a perdu ses forces vives durant quatre siècles. Selon la Suissesse Aline Helg, cette saignée a été telle qu’au début du XIXe siècle « près de la moitié des captifs africains étaient des enfants et seulement un tiers des hommes adultes » (Plus jamais esclaves – édit. La Découverte, 2016). Si le départ de 14 millions de personne en 20 ans n’a pas vidé la petite Europe de ses forces vives, comment peut-on imaginer que l’immense Afrique soit vidée par le départ de seulement 12 millions de personnes adultes en quatre siècles ? Par ailleurs, il conviendrait de ne jamais oublier de mentionner que les morts sur les lieux de capture et durant le transport sont trois à quatre fois supérieurs au nombre d’individus parvenus dans les Amériques. Le crime est dans la chosification de l’homme qui a permis tous ces morts et non dans les chiffres. Et en quatre siècles, combien sont-ils nés dans les Amériques et sont morts dans la servitude ? C’est le seul vrai chiffre qui pourrait expliquer la puissance économique générée par l’esclavage des Noirs dans les Amériques.

Raphaël ADJOBI

Comment la France a contribué à la haine des Noirs à la fin de la première guerre mondiale

1940 B          Les quatre grands contributeurs aux théories racialistes qui ont inondé le monde sont bien connus de tous aujourd’hui : il s’agit de l’Angleterre, des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France. Et la popularisation de l’infériorité du Noir par rapport au Blanc s’est faite à travers toute l’Europe et l’Amérique du Nord – du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle – grâce aux nombreuses expositions coloniales que le musée du Quai Branly a rappelées à notre mémoire par son exposition «L’invention du sauvage» en 2011 – 2012. Mais au-delà de ce travail collectif contre l’homme noir, la France s’est illustrée par une politique singulière qui a entretenu durablement la haine du Noir en Europe.

          A la veille de la guerre de 1914-1918, la France disposait d’un empire colonial de près de 50 millions d’habitants. Devant l’indispensable puissance que réclamait la première guerre mondiale, elle a puisé, sans compter, dans les ressources humaines de ses colonies. Ce seront «les poilus des colonies» dont des générations de Français n’entendront jamais parler. A ces milliers de militaires, il convient d’ajouter une foule non négligeable de travailleurs coloniaux que la France a fait venir pour des tâches subalternes. Le général Mangin, qui a favorisé la création de cette armée d’Afrique dite «Force noire», prétend que «Les Noirs d’Afrique au système nerveux moins développé sont inaccessibles à l’anxiété par anticipation et n’éprouvent qu’une légère frayeur» (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre «indigènes»). Aussi, l’ordre était de «ne pas ménager le sang noir pour conserver un peu de blanc» (général Nivel). Et pourtant, malgré les sacrifices consentis sur tous les fronts et particulièrement lors de l’offensive du «Chemin des dames» où l’on dira qu’ils ont servi de chair à canon, les Africains sont absents des livres d’histoire, des manuels scolaires et des réalisations cinématographiques. Selon l’historien Anthony Clayton, «dans les tranchées, les tirailleurs ont subi des pertes supérieures à celles des unités françaises» (cité par Armelle Mabon) pour la simple raison que servant principalement dans l’infanterie, ils étaient plus exposés.

Caricature allemande LE NEGRE          Après la victoire des alliés, non contente de partager les colonies allemandes d’Afrique avec l’Angleterre, la France va pousser l’humiliation de l’ennemi plus loin en occupant la Rhénanie dès décembre 1918. Et devinez quelles troupes seront chargées de cette tâche ! Les troupes coloniales, et particulièrement celles d’Afrique noire ! «Un fait qui va marquer durablement les esprits tant civils que militaires, des deux côtés du Rhin. Les Allemands n’ont pas accepté cette présence sur leur sol et ont pris ce prétexte pour présenter la France auprès des instances internationales comme une ennemie de la civilisation». Une virulente campagne de presse, illustrée de caricatures explicites, est lancée par l’Allemagne et reprise dans toute l’Europe jusqu’aux Etats-Unis «contre l’inhumanité des troupes d’occupation et plus particulièrement contre la brutalité des soldats coloniaux qui terrorisent les femmes rhénanes désarmées devant la bestialité sexuelle de ces bêtes en uniforme, ces indicibles monstres, des animaux humains, des hyènes noires, des hommes singes du continent noir» (Jean-Yves Le Naour – La honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises ; cité par Armelle Mabon). Toute l’Europe est scandalisée : des Noirs sont venus tuer des Blancs et occupent désormais l’Allemagne ! Cet événement et cette campagne, à laquelle la France participe activement, feront émerger «la honte noire» – die «schwarze schande» – aux graves répercussions bien après la fin de l’occupation. Selon les historiens, Hitler s’en est inspiré pour écrire Mein Kampf et sa théorie nazie.

Caricature allemande OK          En tout cas, en 1940, les soldats de l’empire colonial étaient encore là pour la seconde grande guerre. Malheureusement, suite à la victoire rapide de l’Allemagne, la vengeance de celle-ci sera terrible ! Les Allemands vont montrer à l’Europe entière et à la France ce qu’il en coûte d’envoyer des Noirs tuer des Blancs ! Dans la Somme (80) et un peu partout, ils procèdent à des massacres de bataillons noirs. Un millier d’entre eux seront exécutés entre le 24 mai 1940 à Aubigny, en Bourgogne, et le 22 juin 1940 autour de Lyon (Armelle Mabon – Prisonniers de guerre «Indigènes»). Les autorités françaises refuseront d’honorer ces prisonniers massacrés – souvent classés disparus – parce que, selon elles, ils ne sont pas morts au combat. Leur mort ne compte pas ! Pourtant, comme ceux enfin honorés à Reims en 2018 par un monument, ils ont quitté leur père et leur mère, et parfois femme et enfants, pour venir défendre à des milliers de kilomètres ce qu’ils appelaient alors «la mère patrie». Résultat : ils n’ont récolté que la haine ou le mépris des Européens à l’encontre de leurs descendants. Caricatures françaises OK

Raphaël ADJOBI

Ci-dessous, une vidéo témoignant de cette vengeance des Allemands sur le corps des Africains. Oui, au-delà du racisme, il y avait la vengeance comme un message clair à la France. Le cimetière des Africains de Chasselay, officiellement inauguré le 8 novembre 1942, est l’oeuvre personnelle de Jean Marchiani. Les victimes du massacre de Chasselay ont été présentés par le régime de Vichy comme morts au combat pour ne pas fâcher l’envahisseur. Les autres victimes des massacres n’ont pas eu cette chance.