@ Note de l’autrice : « Dans cet ouvrage, le féminin inclut le masculin, et est utilisé sans discrimination, afin d’alléger le texte ». Mon billet respecte ce choix.

En France, l’adoption transnationale ou transraciale qui domine le marché est toujours présentée comme un sujet de spécialistes parlant d’enfants qu’il faut sauver et aider à intégrer la société française. Aussi, dans un univers où la production académique est dominée par les parents adoptants, les travailleuses sociales, les professionnelles de santé mentale et les représentantes des agences d’adoption, il est tout à fait réjouissant d’entendre une adoptée clamer tout haut qu’elle n’est pas une éternelle enfant et qu’elle a droit à la parole, qu’elle a son mot à dire par rapport non seulement au système qui structure l’adoption mais aussi par rapport à l’éducation des adoptées vouées à être assimilées ou broyées.
Amandine Gay n’est pas tendre avec les institutions françaises et internationales qui ne se soucient guère de la persistance de l’inégalité de traitement entre les enfants issus du Sud-global et ceux du Nord-global, ni avec les agences d’adoption dont le rôle est éminemment politique et demeure empreint de l’esprit colonial, ni avec les familles adoptantes dont nombreuses sont ouvertement racistes ou suprémacistes*. Même si la sienne a été infiniment aimante, elle n’a pas échappé à l’ignorance des pratiques qui auraient permis à leur fille noire de se forger une personnalité contre la négrophobie française. Oui, retenez tous que quotidiennement les personnes à la peau foncée, issue de l’esclavage, de la colonisation ou adoptées (aujourd’hui forcément d’Afrique, d’Asie, de l’Amérique) subissent indifféremment le racisme et le suprémacisme blanc. L’amour d’une famille adoptante blanche ne protège pas l’enfant noir de tout horizon, l’enfant asiatique, amérindien, du racisme blanc !
Un livre à lire absolument par toutes les familles pour avoir un moment de réflexion sur le sens de ce que l’on appelle justement « une famille » – malheureusement toujours perçue sous l’angle du « lien du sang » ou « lien biologique ». Le chapitre consacré à l’adoption plénière qui se rapporte à cette idée est très instructif et éclaire la notion de l’enfant dans les pays occidentaux. Retenez que dans les communautés africaines, amérindiennes et sud-asiatiques, « l’intérêt supérieur de l’enfant est inextricablement lié à l’intérêt supérieur de la communauté et vice versa ». Aussi, les adoptées transraciales tiennent-elles à redéfinir ce que l’Europe entend par « L’intérêt supérieur de l’enfant » afin d’avoir à leur disposition « la boîte à outils [leur] permettant de se construire et de s’approprier petit à petit [leur] identité » qui n’a rien à voir avec la blanchité.
Un autre point de ce livre que je ne voudrais absolument pas passer sous silence est la profondeur de l’ignorance des Français, de nos gouvernants et de nos institutions quant aux travaux destinés à nous permettre de mieux connaître l’Autre. Quand il s’agit de la recherche spécifique touchant l’automobile, l’aéronautique, les armes (mécaniques ou nucléaires), la France est prête à imiter les autres puissances mondiales au point de rivaliser avec elles. Mais quand il s’agit des soins à apporter aux humains, elle met tout le monde dans le même sac pour ne pas faire de recherches spécifiques. De là son très grand retard par rapport aux pays anglo-saxons sur bon nombre de thématiques. Amandine Gay (réalisatrice), Olivier Pascal-Mousselard (journaliste), François-Xavier Fauvelle (historien), et bien d’autres, ont été obligés de goûter aux sources étrangères pour nous permettre de voir sous un autre angle ce qui nous est enseigné dans nos écoles, lycées et universités.
Raphaël ADJOBI
Titre : Une poupée en chocolat, 355 pages
Auteur : Amandine Gay
Éditeur : La Découverte, 2021.
* Concernant le suprémacisme des familles blanches adoptantes, deux vidéos récemment publiées par deux jeunes filles noires adoptées corroborent les sentiments de l’autrice. Dans la première vidéo, l’adolescente témoigne en ces termes : « Être une fille noire adoptée par une famille blanche qui parle des bienfaits de la colonisation… (mine dépitée)… Je vais écrire un livre ! … Lors d’une discussion, mon daron m’a dit que la colonisation n’a pas fait que du mal. Qui en 2026 parle encore comme çà ? Mon daron m’a regardée dans les yeux et il m’a dit çà !… Il a dit : “oui, on leur a apporté l’éducation, on leur a apporté la culture”… J’étais tellement en bug que je le regardais comme çà ! (yeux écarquillés)… Je dis : “Papa, regarde-moi. Papa ça va ? Je ne te dérange pas trop ?”… Pour lui, en Afrique, il n’y avait pas de culture avant. Il n’y avait pas d’éducation. Il n’y avait que des sauvages ». La seconde vidéo est un reportage de TV monde+ dans lequel une adolescente dit que dans sa famille blanche, elle est la seule personne qui n’a pas droit aux bises lors des fêtes familiales. Chaque fois, elle sait très bien quelles sont les personnes de sa famille qui ne lui feront pas la bise. « Et pourtant, c’est ma famille », conclut-elle.




Thomas Clarkson,
Mais plutôt que de rendre compte de la situation critique des Africains sur les navires négriers pendant la traversée de l’Atlantique (Passage du Milieu),
L’objectif des esclaves menés par
Les têtes ensanglantées d’une centaine d’insurgés furent placées sur des piques le long de la digue 
Mirabeau avait deviné la libération de la Perle des îles (comme on l’appelait au regard de la richesse que la France en tirait) en affirmant que les planteurs de Saint-Domingue « dormaient au bord d’un Vésuve » (Howard W. French, Noires origines). Quant à l’abbé Raynal, encyclopédiste et chroniqueur du colonialisme, la situation de l’île lui arracha cette prédiction :
Et c’est cet objectif, c’est-à dire la réalisation de
291 députés du clergé aux 
que
La lecture du livre de Kévi Donat permet à Annie Biard d’apprécier les trois balades principales que propose l’auteur et guide pour découvrir Paris sous un angle singulier.
« Il n’y a pas de Charlie Chapelin sans Bert Williams », assène le réalisateur Justin Simien dans la série documentaire Hollywood Black, encore inédite en France.
A l’ère des programmes de restitution des biens acquis par la France sur les territoires qui constituaient son empire colonial,
Et c’est justement pour avoir une idée assez claire de la présence dans nos musées de certains objets qui semblent de toute évidence attachés à la spiritualité des populations, à des pratiques médicales, à la chefferie ou à la royauté que des chercheurs de ce XXIe siècle (Français et Africains) sont partis sur les traces des membres de cette mission qui a traversé l’Afrique d’ouest en est en vingt mois. Bien sûr, les membres des contre-enquêtes n’ont pas parcouru les quatorze pays africains (tous alors sous domination française, sauf l’Ethiopie), ils n’ont pas non plus situé géographiquement les 3 600 objets prélevés, les 370 manuscrits, ni les 70 ossements humains ; mais la confrontation de quelques images des objets avec les populations des lieux choisis a permis des témoignages éloquents et parfois bouleversants. Preuve que le passé est encore vivant.
Signalons un autre aspect de de ces contre-enquêtes : l’invisibilisation des femmes et des acteurs locaux de la mission Dakar-Djibouti qui n’apparaissent pas dans les témoignages officiels mais sont bien présents dans les archives. La scientifique Deborah Lifchitz, née en 1907 à Varsovie (Pologne), est la première ethnologue formée en France à contribuer à une expédition collective. Titulaire d’un brevet en langue abyssine, sa présence en Éthiopie fut précieuse. Quant aux nombreux acteurs locaux, il est désormais connu que sans eux – en Afrique ou ailleurs – aucune mission européenne n’aurait obtenu le succès escompté. Ils encourent les plus grands risques. Je ne peux m’empêcher de parler ici du sort infligé à ce jeune écolier malien de 13 ans qui devient l’informateur de la mission Dakar-Djibouti sur de nombreuses pratiques locales. Le chef de l’expédition, Marcel Griaule, « séduit par sa vivacité et sa sincérité, décide de poursuivre la mission avec lui, malgré l’opposition de son père, dans le but de l’utiliser comme interprète et le former à l’ethnographie durant le voyage. Son aventure s’arrête au Cameroun où il est licencié » … Tout le monde devine que cet enfant a été à jamais perdu pour ses parents.
Le pain des Français