Le vendredi 17 novembre 2023, l’association La France noire a voulu faire d’une pierre trois coups – comme le dit le conte – mais a trouvé porte close au Centre Georges Pompidou qui abritait une rétrospective consacrée à l’œuvre de la cinéaste française Euzhan Palcy.
En cette fin d’année, sont annoncés à Paris trois expositions constituant une ouverture de la France aux figures de ses populations issues de l’Afrique trop longtemps ignorées : au Panthéon, du 19 octobre 2023 au 11 février 2024, carte blanche est donnée au jeune artiste Raphaël Barontini pour investir les lieux avec des œuvres évoquant l’histoire et la mémoire des combats contre l’esclavage menés par les Noirs ; dans ce même lieu et sur la même période, tenant compte du fait que « l’esclavage colonial est une page essentielle de l’Histoire de France », la Fondation pour la mémoire de l’esclavage propose d’honorer « les artisans de l’abolition et leurs héritiers, qui ont continué le combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité ». Et bien entendu, l’exposition consacrée à Euzhan Palcy du 8 au 19 novembre au Centre Georges Pompidou.
Des trois expositions, la plus brève – mais sûrement celle qui a bénéficié de la plus grande publicité sur les radios et les télévisons – a été fermée au public pour cause de grève. En d’autres termes, elle a été purement et simplement annulée ! Cela est bien triste pour tous ceux qui savent que Euzhan Palcy est la première réalisatrice française à être récompensée par un César de la meilleure première œuvre pour son film Rue cases-Nègres ; et par ailleurs elle apparaît comme une figure pionnière en réalisant un long métrage à Hollywood – Une saison blanche et sèche, d’après le roman du Sud-Africain André Brink – et cela avec Marlon Brando (1989). Combien sommes-nous à savoir qu’une réalisatrice française a été appréciée et reconnue par Hollywood, qui lui a même décerné un Oscar d’honneur en 2022, après Agnès Varda en 2017 ? Le centre Georges Pompidou avait donc pensé que 2023 serait l’occasion de mieux faire connaître cette figure singulière de l’histoire des Français noirs. C’est malheureusement une occasion manquée ! Beaubourg devant fermer de 2025 à 2030 pour des travaux, les personnes qui y travaillent s’inquiètent de ce qu’elles deviendront durant cette longue période et ont débuté une grève, mettant ainsi fin à l’événement aussitôt après son ouverture le 8 novembre.
Au Panthéon
L’exposition monumentale de Raphaël Barontini installée dans l’immense espace central que domine la coupole – passage obligé de tout visiteur – ne passe pas inaperçue ; mais les figures historiques ou non affublées de masques carnavalesques, masques censés évoquer les traditions des îles ou des images tirées du « panthéon imaginaire » de l’artiste, ne semblent pas retenir l’attention des visiteurs. Par contre, l’exposition “Oser la liberté” présentée dans une aile voisine des salles destinées aux hommes illustres par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage qui met l’accent sur notre passé esclavagiste, le plus souvent à travers de brèves images filmiques, retient l’attention de tous. Il semble tout à fait évident que les gens viennent en ce lieu pour apprendre l’histoire d’un passé méconnu et non pour admirer des fantaisies artistiques.
Comme le faisait justement remarquer l’historien Pierre Singaravélou, les minorités françaises sont généralement adoubées à l’étranger – par les Anglo-saxons – avant que la France leur accorde une place parmi leurs compatriotes blancs. C’est pourquoi, le 8 novembre dernier, Euzhan Palcy a été fortement applaudie quand elle a prononcé ces mots devant le public du centre Georges Pompidou qui avait fait salle comble : « Me voir ici, chez moi, en France, revêt une saveur particulière […] Je suis touchée de voir que mon travail qui a franchi des océans et des frontières, résonne encore, aujourd’hui, avec vous ». Il est heureux de constater que la Fondation pour la mémoire de l’esclavage que dirige Monsieur Jean-Marc Ayrault soit consciente de ce fait et le rappelle dans son exposition. En effet, ce n’est pas par hasard qu’elle a choisi de montrer au Panthéon des figures noires et blanches, faisant sentir à tous que ce lieu doit aussi refléter l’histoire diverse de la France.
Enfin, il semble que tous ceux qui, récemment encore, étaient accusés sur les places publiques ou soupçonnés de ne pas aimer la France – parce qu’ils faisaient entendre une autre voix que celles autorisées par les canaux officiels de la république – ne passent plus pour des pestiférés dignes de la déchéance de la nationalité ou de la reconduite à la frontière*. On ose enfin, au panthéon, au Centre Pompidou et ailleurs dans nos régions, clamer que la diversité de l’histoire des Français est une réalité incontournable. Merci à toutes celles et tous ceux qui font bouger la France afin qu’elle prenne en compte ses valeurs de liberté et d’égalité.
* Référence au fameux slogan « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! »
Raphaël ADJOBI

Il est regrettable que l’exposition consacrée à Euzhan Palcy ait été écourtée. Ne serait-il pas possible de trouver un autre lieu pour que le public puisse profiter de cette exposition, et sur une durée plus longue (une dizaine de jours c’est si court !) ? Bref c’est déjà une bonne chose que l’on puisse se souvenir d’elle dans son pays. J’avais regardé son film « Rue Cases-Nègres » après avoir lu le livre, que j’avais aussi fait voir et lire à mes élèves, il y a quelques années. J’ignorais totalement que c’est également elle qui avait réalisé le film « Une saison blanche et sèche ». On apprends toujours beaucoup, en lisant tes billets. Merci !
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Ta remarque concernant l’exposition sur Euzhan Palcy écourtée est tout à fait juste. C’est vraiment dommage de ne pas permettre au public de découvrir ou de mieux connaître cette figure de notre cinéma.
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