« Toute l’histoire – et pas seulement celle de France – est un mensonge » clamait Jean-Claude Carrière sur France Culture le 27 février 2021. En effet, parce que l’Histoire fait partie de la culture du peuple et qu’il faut lui apprendre ce qui doit servir de modèle, c’est forcément non seulement l’arbitraire qui préside aux choix des héros, mais également l’affabulation, voire le mensonge, qui nourrit la trame des récits enseignés. On comprend donc pourquoi « Les histoires “officielles” émises par les États ne sont pas sans susciter des résistances et des contestations au sein de sociétés civiles qui réclament et promeuvent une plus grande pluralité dans la mise en récit du passé » (1).
Rappelons que l’action de l’association La France noire se situe pleinement dans cette volonté de promouvoir plus de pluralité dans le récit national français. En d’autres termes plus de visibilité des Noirs dans l’histoire de France. Ce n’est donc que la justice et l’égalité de traitement qui nous animent et bousculent l’habitude prise en France – comme ailleurs en Europe – de relater l’histoire du monde presque toujours de la même manière. En effet, pour tous ces États, « les grandes civilisations se seraient succédé de façon quasi continue, depuis la Grèce ancienne jusqu’à nos jours, pour guider l’humanité. Cette vision théologique, qui permet de donner un sens à l’Histoire dont l’Europe serait à la fois l’architecte et le principal moteur, imprègne encore puissamment nos imaginaires » à tel point que les enseignants français (surtout les professeurs d’histoire) sont rarement capables de prêter attention à un autre discours sans crier au révisionnisme.

Dès la naissance des États, la passion d’imposer un récit au peuple a été forte. Nous en avons un bel exemple dans un tableau oublié, relégué dans les réserves du musée du Louvre que les commissaires de l’exposition Une autre histoire du monde ont exhumé pour témoigner de la permanence de la contestation des histoires « officielles ».
Ce tableau intitulé Allégorie à la gloire de Napoléon présente la muse Clio montrant aux nations les faits mémorables de son règne. « Cette toile réalisée par Alexandre Veron-Bellecourt au tout début du XIXe siècle met en scène la muse de l’histoire présentant les hauts faits, les victoires et les principales réalisations de Napoléon à des personnages stéréotypés figurant les différents peuples de la planète » (2). Toutes celles et tous ceux qui ont vu l’exposition au MUCEM ou qui prêteront une extrême attention à l’image noteront l’empereur des Français couronné de rameaux de laurier et vêtu d’une toge à la manière romaine (rappelant les Akans du golfe de Guinée), ainsi que la formule “Veni, vidi,vici” prêtée à Jules César clamant ses victoires sur les peuples d’Europe et particulièrement sur ceux qu’il appelait les Gaulois. La suffisance n’est-elle pas l’apanage de tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, croient avoir accompli des hauts faits ? Retenons avec les commissaires de l’exposition que ce buste consacre de manière évidente Napoléon comme dernier héritier de l’empire romain. « Son bilan politique inscrit par Clio sur la tablette – conquête d’Italie, Égypte conquise, ordre rétabli, Code civil, Arts et sciences encouragés, religion rétablie, Paix continentale, etc. – devrait subjuguer le monde entier ». Il n’en est rien !
L’analyse du tableau faite par Pierre Singaravélou et ses deux coéquipiers montre que ce roman impérial de la France dominant le monde et éclairant les autres peuples de Clio ne convainc apparemment pas les autres personnages qui ont chacun leur propre conception de l’Histoire. Ils attirent notre attention sur le Russe « coiffé d’une chapka décorée d’un aigle à deux têtes [qui] paraît repousser ses paroles de la paume de la main ». Quant aux yeux du personnage noir, ils « trahissent sa méfiance à l’égard de la démonstration de la muse ». « A droite, le Mandchou, reconnaissable à sa natte, et l’Amérindien à ses plumes bariolées, ont l’air incrédules, alors que le Mandarin Han, coiffé d’un bonnet orné d’un dragon, détourne franchement le regard… ».
Tout le monde comprend pourquoi cette œuvre ne figure pas parmi celles exposées au Louvre ou ailleurs en France. Elle est la preuve éclatante que bien que paraissant faire l’éloge de Napoléon, elle est une contestation du récit impérial de la France.
(1) (Camille Faucourt, Quand les artistes interrogent la fabrique contemporaine de l’Histoire, in Catalogue de l’exposition “Une autre histoire du monde”, 2023).
(2) Pierre Singaravélou, Fantômes du Louvre. Les musées disparus du XIXe siècle, Paris, Éditions du Louvre/Hazan, 2023.
Un stéréotype : image ou discours renvoyant à une représentation reconnaissable par tous comme celle réelle d’un groupement ethnique ou d’une catégorie sociale.
Raphaël ADJOBI

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La journée du lundi 17 juin a permis aux élèves de 5è, attendus en 4è à la rentrée prochaine, d’avoir un avant-goût d’un sujet de leur programme d’histoire : l’esclavage des Noirs dans les Amériques ! Une classe de troisième et une de quatrième ont aussi profité de la présence du conférencier. Une journée très satisfaisante aux dires des élèves eux-mêmes – selon leurs mots adressés directement au conférencier ou par l’intermédiaire de Madame Roux, leur professeure d’histoire qui a préparé avec la professeure documentaliste notre venue au collège Pablo Picasso.
Le vendredi 21 juin, ce sont quatre classes de 4è qui ont participé à la rencontre. Pour ces élèves, c’était évidemment le prolongement du cours d’histoire sur l’esclavage qu’ils ont eu quelques mois auparavant.
La France noire dit bravo à tous les jeunes pour leur curiosité et surtout pour leur grande attention aux explications du conférencier. Merci aux collègues Aude Garcia del Prado et