Ségou, capitale de l’empire Toucouleur – un État musulman dirigé par El Hadj Oumar Tall – tombe aux mains des troupes françaises le 6 avril 1890 avec à leur tête le colonel Louis Archinard, natif du Havre. Cependant, celui-ci n’y trouve pas le souverain Oumar Tall et ses hommes mais son fils d’à peine dix ans brandissant l’immense arme de son père pour protéger sa mère. Le fils, l’arme, les bijoux et les trésors du souverain seront expédiés à Paris.
Taina Tervonen, Franco-Finlandaise ayant passé les quinze premières années de sa vie au Sénégal – et parlant couramment le wolof – décide d’aller sur les traces de ce trésor « éparpillé au gré des attributions de l’administration, puis des “dons” du colonel Louis Archinard ». Au musée du quai Branly, point de départ de son enquête, dans la salle Afrique, elle découvre les œuvres du royaume du Dahomey (Bénin actuel). Devant les sculptures symbolisant trois générations de souverains de ce royaume au XIXe siècle, Taina Tervonen – avec ses « leçons de primaire en tête », voit « une étrange mise en scène de l’histoire coloniale transformée en récit de “dons”, dénuée de toute trace de violence guerrière ou de domination, de toute référence à la brutalité dont ces objets sont les témoins directs ». Quant aux 24 documents renvoyant à El Hadj Oumar Tall – « dont une dizaine constitués de photographies des objets » – pouvant être consultés sur l’ordinateur où ils sont référencés, l’autrice constate qu’ils « ne disent pas grand-chose sur l’origine des bijoux ni sur les conditions de leur arrivée à Paris ».
Ce que les Français blancs doivent retenir avant de formuler quelque opinion est que le phénomène d’expropriation ou de pillage de l’Afrique n’est pas uniquement français. Au moment de l’expansion coloniale dans le dernier quart du XIXe siècle, dans plusieurs villes européennes, naissent de grands musées consacrés aux colonies où l’Afrique tend à dominer dans les collections : le British Museum (1881), le palais du Trécadéro à Paris devient le musée d’Ethnographie en 1882, le musée de Berlin est créé en 1884 – l’année même où les dirigeants européens se réunissent dans cette ville pour s’accorder sur le partage de l’Afrique, à la manière d’une famille qui se partage un gâteau ! Ce phénomène muséal, pour ne pas dire de pillage ou d’expropriation organisée, va alors bien sûr se poursuivre au moment où les règles du partage de l’Afrique sont arrêtées afin d’éviter de se faire inutilement la guerre entre Européens : Tervuren en Belgique en 1897,le musée de Linden à Stuttgart en 1911, le musée colonial de Lyon en 1922. « Les conservateurs [des musées] passent commande aux explorateurs, aux missionnaires ou aux militaires ». Et sur place, ceux-ci passent commande à leurs serviteurs nègres – état de chose qui se poursuivra après les indépendances jusqu’aux années quatre vingts –
quand ils ne peuvent pas accéder directement aux ressources. « Près de 70 % des 69000 objets africains détenus aujourd’hui par le musée du quai Branly sont entrés dans les collections entre 1885 et 1960 », c’est-à-dire entre le coup d’envoi du partage de l’Afrique et les indépendances des territoires qui jusque là appartenaient aux puissances européennes. Retenez que « seulement un millier [de ses objets] sont aujourd’hui exposés ».
Il serait donc juste de se dire que pendant près d’un siècle une véritable course aux trésors africains s’est engagée entre les Européens. Aussi, lorsque dans un musée vous lisez « don de… », le nom indiqué est celui du pilleur ou du descendant du pilleur.
Raphaël ADJOBI
* Taina Tervonen : Les otages, contre-histoire d’un butin colonial, Éd. Marchialy

Une leçon est à tirer du succès de cette soirée : en matière de culture, ne jamais dire « cela n’intéressera personne ». Il faut d’abord songer à proposer pour susciter l’intérêt du public.
Même si « la main coupée figure dans les armoiries d’Anvers depuis des siècles » (un internaute en 2012), même si Jean-Pierre Lefèvre assure que ce « biscuit traditionnel [a été] créé en 1833 » s’appuyant sur une légende anversoise (selon Wikipédia et
Une version anglaise de cette prière fut publiée dans le Sunday chronicle et des poètes s’inspirèrent du thème. Le célèbre poète Emile Verhaeren céda à la propagande et s’indigna des « Deux petits pieds d’enfant atrocement coupés » dans son poème L’Allemagne exterminatrice de races. N’allons pas plus loin. Nous savons désormais qu’à côté des mains coupées des Congolais sous les ordres de son zélé serviteur Fiévez, il y a aussi l’histoire des petites mains blanches inventées lors de la première guerre mondiale pour émouvoir les populations et fortifier leur animosité à l’égard de l’ennemi. Ajoutons qu’en France le ministre des finances, qui était à l’époque de cette propagande chargé de la censure de la presse, encourut l’indignation de l’éditeur du Figaro pour ne pas avoir autorisé la publication d’un récit sur les enfants belges aux mains coupées par les Allemands. Ce ministre, Klotz, raconte ce fait dans ses mémoires : le Figaro lui avait soumis une épreuve dans laquelle deux savants de grande renommée assuraient « par leur signature, avoir vu de leurs propres yeux une centaine d’enfants auxquels les Allemands avaient coupé les mains ». Comme l’éditeur du Figaro s’indignait de le voir douter des faits, il lui demanda que les savants lui indiquent le nom de la localité afin qu’une enquête soit menée « en présence de l’ambassadeur d’Amérique ». Le ministre a attendu jusqu’à sa mort !
« Combattre loin de chez soi »
Imaginez donc : non seulement le musée rend compte de la mobilisation humaine des colonies, mais il montre aussi leur mobilisation économique ! En d’autres termes,
Deux espaces du musée sont consacrés à des films documentaires : l’un s’attache à la géographie de l’empire colonial français et son évolution dans l’espace et le temps. Le deuxième, trop long selon moi, délivre l’actualité du musée au travers des visiteurs.