VERDICT DU PROCÈS DES 11 MARTINIQUAIS impliqués dans le déboulonnage de 3 statues de l’époque esclavagiste et coloniale

          Deux dates à retenir, et un verdict qui honore la Justice ! 22 mai 2020, jour historique où les trois statues de l’époque esclavagiste et coloniale sont tombées en Martinique. 17 novembre 2025, jour du jugement des 11 personnes impliquées dans le déboulonnage de ces effigies. Verdict du tribunal correctionnel : 9 des prévenus sont relaxés ; 2 sont condamnés mais dispensés de peine. En d’autres termes, les 11 prévenus sont ressortis du tribunal sans condamnation effective.

          Ce verdict dit clairement que « les citoyens ont le droit à la désobéissance civile », le droit de défendre une cause qui agite le débat public, le droit d’avoir une position, une posture qui peut ne pas plaire au pouvoir en place, et cela sans tomber sous le coup de la loi – surtout quand les idées exprimées sont anticoloniales et antiesclavagistes. Selon le tribunal, « condamner un tel acte – qui est évidemment un acte politique (ne portant pas atteinte à la vie, à l’honneur, à la dignité de quiconque) serait une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression », a souligné l’un des avocats. Retenons donc que la Justice refuse de se mêler du débat politique, parce que le déboulonnage des trois statues était un acte politique commis dans le cadre d’un débat politique pour attirer l’attention de l’État et des citoyens !

          Tous les Français doivent retenir que le déboulonnage des statues de Victor Schoelcher, de Joséphine de Beauharnais, et de Pierre B. d’Esnambuc souligne la légitimité du débat sur la place des symboles de l’époque coloniale et esclavagiste qui polluent nos espaces publics. Surtout quand celles et ceux qui les défendent ignorent totalement comment les statues et les noms de rues se sont répandus dans ces espaces.

          Selon nous, ce verdict du tribunal de Fort-de-France est très réconfortant parce qu’il nous dit que la Justice de notre pays refuse d’être la caisse de résonance de ceux qui détiennent les pouvoirs et l’argent et qui croient que la raison est forcément de leur côté. On peut d’ailleurs se demander dans cette affaire qui a déposé la plainte ? Qui s’est déclaré propriétaire de ces statues pour demander justice ? Qui s’est senti offensé, blessé, insulté au point de porter plainte ? Si l’État veut honorer des hommes et des femmes qu’il juge dignes de l’estime de la majorité des citoyens, il dispose du Panthéon pour cela. S’il s’agit des descendants des esclavagistes qui s’accrocheraient à ces vestiges du passé, qu’ils sachent qu’il ne leur est pas interdit de les posséder dans leurs cercles privés. L’espace public n’est nullement le lieu d’exprimer sa volonté de puissance ou celle de ses aïeux par rapport à ceux d’autres compatriotes ! Attitude tout à fait malsaine. C’est pourquoi nous pouvons être pleinement d’accord avec cette jeune Martiniquaise qui dit que ce verdict va dans le sens du mieux vivre ensemble, car il n’est pas épanouissant et il n’est pas juste de grandir « entourés de symboles insultants ». Que le lecteur retienne cela ! Ces paroles nous emmènent à paraphraser celles d’un personnage de Sourires de loup de Zadie Smith à l’attention de cette catégorie de citoyens accrochés aux effigies de leurs aïeux qu’ils savent pourtant insultantes pour leurs compatriotes noirs :

est-ce que c’est vraiment aussi compliqué que ça, est-il vraiment impensable que Noirs et Blancs, coincés sur ces multiples territoires dispersés sur plusieurs océans et plusieurs continents qui constituent la France d’aujourd’hui, nous ne puissions parvenir à nous traiter les uns les autres comme des citoyens français aspirant aux mêmes idéaux comme lorsque nos aïeux combattaient côte à côte le même ennemi ?

Raphaël ADJOBI

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