LE PROCÈS DES 11 MARTINIQUAIS POUR DÉBOULONNAGE DE TROIS STATUES GLORIFIANT LE RÉCIT DE LA FRANCE BLANCHE : une répétition de l’abolition tronquée de 1848 !

          Le procès fait en ce mois de novembre 2025 aux 11 Martiniquais ayant participé au déboulonnage de trois statues d’hommes blancs de l’époque esclavagiste et coloniale dans leur département mérite un regard attentif et une analyse précise pour comprendre l’équité du balancier de la Justice de notre pays.

          Il convient de retenir que c’est au bout d’une vingtaine d’années de demande des activistes de la Martinique auprès des autorités locales, quant à l’inacceptable présence – parce qu’insultante – des effigies de trois personnages de notre histoire coloniale et esclavagiste, que leur décision fut prise de les déboulonner en mai 2020. Et cela quelques jours avant la mort de George Floyd aux États-unis. Ce constat dit clairement que l’écoute de l’Autre pour prendre en compte sa peine ou sa souffrance, qui est la plus grande forme d’équité, de justice, que la République doit à chacun de ses citoyens, a été négligée ou rejetée par la France. Sur ce sujet, il faut lire le chapitre « Faut-il déboulonner certaines statues » de mon livre Les Français noirs et la République – Une histoire mouvementée (L’Harmattan, 2024).

Aucun Français n’est censé ignorer l’histoire de l’esclavage des Noirs

          Je ne voudrais donc pas m’attarder sur les raisons qui ont poussé les Martiniquais à déboulonner les statues de Victor Schoelcher (dans une insultante posture paternaliste à l’égard d’une enfant noire) et de Joséphine de Beauharnais, puisque j’y ai consacré un chapitre dans mon livre que je viens de citer. Lire, c’est écouter l’Autre ! Ne lisez pas que les compatriotes blancs ! Lisez aussi les Français noirs pour compléter votre connaissance de l’Histoire de France.

          Rappelons que comme à notre époque Christiane Taubira, membre du gouvernement, avait été chargée de défendre ce qui est devenu le mariage pour tous, Victor Schoelcher était à son époque secrétaire d’État du gouvernement en place chargé du programme de l’abolition de l’esclavage avec indemnisation des colons ; ce qui aboutira à la mise au travail forcé des nouveaux citoyens jusqu’en 1946 ! En d’autres termes, l’un et l’autre étaient au service de l’État et ne peuvent donc pas être personnellement tenus pour responsables du résultat obtenu au point d’être glorifiés ou détestés ! L’inévitable détestation ou admiration des populations de ces faces émergées des actions de l’État doit donc être vue, chaque fois, comme un message clair adressé à l’État lui-même. C’est ce que chaque citoyen doit retenir ; et c’est ce que l’Histoire doit retenir ! Quant à Joséphine de Beauharnais, elle était l’épouse de Napoléon Bonaparte qui avait rétabli en 1802 l’esclavage aboli par la première république en 1794. Ce tableau me semble assez clair pour comprendre la contestation de la légitimité de ces deux personnages dans l’espace public martiniquais. J’ajouterai que personne, même pas la République, n’a le droit d’imposer aux citoyens de tel ou tel département des figures à honorer, surtout quand les populations les ont en horreur ! PERSONNE ! Sauf les suprémacistes convaincus de détenir la lumière devant éclairer le reste du monde condamné à les considérer comme des dieux incontestables ! Qui a déjà écouté les Martiniquais pour connaître leurs héros qui les ont libérés ou étaient sur le point d’y parvenir au moment de la proclamation officielle de l’abolition de l’esclavage ? D’ailleurs, sur son site, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (F.M.E) éclaire les citoyens et l’État français sur la posture des Martiniquais à l’égard de Victor Schoelcher : https://memoire-esclavage.org/statue-de-victor-schoelcher-fort-de-france

        Maintenant, abordons plus largement la raison du déboulonnage de la troisième statue représentant un personnage que presque personne ne connaît en métropole. Les descendants des Africains en Martinique savent très bien que leurs aïeux ont été forcés par les colons blancs de remplacer les autochtones de l’île : les Arawak et les Kalidago, exterminés par Pierre d’Esnambuc (1585 – 1636) au moment de l’installation des colons français. Aujourd’hui, personne ne peut mentionner un seul descendant de ces deux peuples dans la population française ! Voilà une triste réalité appelée génocide et qui a pleinement atteint son but ! Et pourtant, Pierre d’Esnambuc avait une statue qui trônait en bienfaiteur digne d’admiration – selon l’administration française – sur une place publique de l’île avant sa destruction en juillet 2020 ! C’est croire que la disparition de presque toutes les statues de Christophe Colomb sous le ciel des Amériques – avec les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd – ne semble pas un enseignement pour nos autorités quant au fait que le terme « découvreur » de peuples étrangers est désormais considéré par des milliards d’êtres humains à travers le monde comme une insulte, voire une inqualifiable et détestable arrogance.

La République complice des suprémacistes békés ?

          En France, on déboulonne régulièrement des statues. Démonstration est faite dans mon livre cité plus haut. Celle de l’abbé Pierre, accusé d’agressions sexuelles, a été déboulonnée en septembre 2024 à Norges-la-ville en Bourgogne (21 – Côte d’or) et son image retirée des affiches publicitaires d’une fondation bien connue. Posons-nous cette question pour voir plus clair dans ce débat : qui juge de la dignité ou non de la présence de telle ou telle effigie dans les espaces publics ? Réponse : elles sont là grâce à des cercles d’amis, des partisans qui courtisent les officiels de l’État ! C’EST TOUT ! Personne en France ne peut soutenir le contraire ! Les représentants de l’État ne doivent donc pas négliger ce fait au risque de se rendre complices des offenses que cause la présence en certains lieux de certaines de ces statues. Voilà pourquoi, à la suite des Martiniquais, des centaines de statues ont été déboulonnées par des citoyens à travers le monde après la mise à mort raciste de l’Américain George Floyd.

          De toute évidence, l’enjeu de ce procès est de refuser aux Français noirs la légitimité de leur histoire française au sein de la République. En effet, le déboulonnage des trois statues était une revendication de la reconnaissance de leur légitimité – et donc de leur voix, de leur sentiment – au sein de la République. Les Martiniquais refusent que la République se rende complice des descendants des esclavagistes, ces békés qui tiennent à perpétuer les figures des crimes esclavagistes et coloniaux et les injustices qui les accompagnent comme œuvres civilisatrices dignes d’être honorées – même là où les blessures du passé sont encore vivaces. Ils savent que c’est cette complicité de l’État avec les aïeux des békés qui avait abouti à l’indemnisation des colons au lieu des esclaves au moment de la deuxième abolition de l’esclavage. Chaque citoyen français doit graver cela dans son esprit au moment de discuter des revendications de nos compatriotes des outre-mer.

          Malheureusement, nous n’avons plus en France d’intellectuels reconnus capables de porter une voix forte pouvant être entendue quand il s’agit de défendre la légitimité contestée d’un groupe social issu de notre histoire coloniale ou esclavagiste. Aussi l’expulsion de l’homme noir de l’histoire de l’humanité officialisée par les théories racialistes du XIX siècle – mais contestée au XXe siècle- a fini par triompher en ce début du XXIe siècle au sein du pouvoir politique républicain pour autoriser ce procès.

          Que chacun retienne ceci : aujourd’hui, la figure de Victor Schoelcher et celle de l’abbé Pierre sont contestées – pour des raisons différentes ; et la statue de chacun est déboulonnée parce que devenue gênante. Et la preuve que le procès des 11 Martiniquais est une contestation de la légitimité des Français noirs se trouve dans le fait que chaque action que ceux-ci posent pour sortir de l’invisibilité et accéder à une égalité de considération et de traitement avec le citoyen blanc est jugée par nos autorités comme une atteinte à l’ordre public ! Cela est un fait incontestable clairement démontré dans mon livre afin que personne ne demeure ignorant de l’institution de l’injustice à l’égard des Noirs au cœur de la République.

Raphaël ADJOBI

Nathacha APPANAH PRIX FEMINA 2025… mais pas le niveau suffisant pour être Française !

          La France détient l’art singulier d’humilier les descendant(e)s de ses anciennes colonies. Un art devenu risible. Nathacha APPANAH, la journaliste et écrivaine originaire de l’île Maurice (1), en est l’amère exemple. Prix Fémina 2025 pour son roman La nuit au cœur, elle n’aurait pas, selon l’administration française, le niveau suffisant pour obtenir la nationalité française.

          « Pour prouver son niveau de français, elle a envoyé ses grades de chevalier et d’officier des arts et des lettres, deux décorations remises par l’État français » au regard de ses nombreuses publications littéraires (Carole Lefrançois dans Télérama n° 3949 du 17/09/2025 p.141). « L’administration m’a répondu que ces honneurs ne correspondaient pas à un diplôme, ce que je savais, mais je me disais que peut-être avec mon curriculum vitae et les douze romans publiés, cela suffirait… ». NON ! Elle a été retoquée ! Quant à l’artiste Oxmo Puccino51 ans – il a beau partager ses questionnements avec tous les Français, c’est seulement cette année, en juillet 2025, qu’il a obtenu la nationalité française (avec l’aide de son entourage professionnel, précise-t-il) après trois tentatives infructueuses ; lui, qui vit à Paris depuis qu’il a 1 an ! « Lors de l’entretien […] l’on m’a posé des questions sur la culture française et demandé de réciter les paroles de la Marseillaise » (Télérama du 15/10/2025). L’administration de notre pays douterait-elle de la qualité de l’enseignement reçu dans nos établissements scolaires ? Quand en France un Blanc, premier ministre, n’est pas disqualifié pour avoir clamé publiquement que l’île de la Réunion est située dans l’océan Pacifique – et devient une décennie plus tard ministre des outre-mer ! – une partie de la population française a toutes les raisons de croire que les dirigeants de notre République sont injustes devant nos ignorances respectives.

          En effet, la France blanche a ses raisons que la raison ne connaît pas. Par exemple, c’est elle qui décide de classer les artistes et les écrivains qui n’ont pas la peau blanche dans telle ou telle catégorie de population de la terre, dans telle ou telle type de culture.

          Tenez, en matière de publications, le premier roman de Nathacha Appanah Les rochers de Poudre d’or – sorti en 2003 fut d’office classé dans la collection Continents noirs, chez Gallimard. L’autrice garde encore le souvenir de la déception ressentie alors : « Peut-être que j’avais oublié ma couleur de peau, peut-être que j’avais oublié d’où je venais… Bon sang ! Lisez-nous pour notre intention, pour les risques littéraires que nous prenons, ne nous lisez pas comme des sociologues déguisés, des anthropologues… mais pour le langage, l’émotion et ce personnage qui fait vous mettre à sa place » (Entretien avec Carole Lefrançois – Télérama).

          Et elle a pleinement raison parce que vous ne trouverez pas dans une collection étiquetée NOIR les titres comme Zamore et Mirza (1785) – drame en trois actes d’Olympe de Gouges, Ourika (1823) de Claire de Duras, Bug-Jargal (1826) de Victor Hugo, ou Alma (2020) de Timothée de Fombelle, dont les héros et héroïnes sont Noir(e)s”. Qui oserait aller chercher Georges d’Alexandre Dumas au rayon littérature francophone ?

(1) L’île a appartenu à la France de 1715 à 1810 avant de devenir colonie anglaise jusqu’en 1968.

Raphaël ADJOBI

BLACK BOY de Richard Wright (une analyse d’Annie BIARD)

          Le pouvoir de la littérature sur la construction de l’individu n’est plus à reconnaître. La lecture de Black Boy de Richard Wright en est un exemple flagrant.

          Cette autobiographie, publiée en 1945, est un des premiers romans écrit par un Afro-Américain. Elle retrace son enfance et son adolescence dans le Sud des États-Unis dans les États du Mississipi et du Tennessee, au début du XXe siècle.

          Dans ces États du Sud, une ségrégation raciale, violente et stricte, règne et s’appuie sur les lois Jim Crow, mises en place à la fin du XIXe siècle et dont le but est de tenir sous-domination les Afro-Américains.

          Tout au long de son récit, Richard Wright dépeint la violence quotidienne au sein de sa famille, qui ne connaît que les coups en matière d’éducation, puis en grandissant la violence des Blancs qui se manifeste de façon totalement inattendue et incompréhensible pour l’enfant ou l’adolescent qu’il est. Cet apprentissage de la vie se fait donc sous le signe de la peur, une peur omniprésente que ce soit dans les relations familiales ou dans la société.

          Sous le signe également de la faim, de la pauvreté avec une mère devenue paralysée, obligée de retourner chez la grand-mère qui affiche une religiosité intransigeante et insupportable pour l’auteur.

          Ce qui est admirable dans ce roman, c’est que cet enfant noir, toujours en lutte pour sa survie, résiste à la soumission, seul contre tous, Noirs ou Blancs. Il va découvrir que d’autres mondes existent à travers la lecture de romans qu’il se procure en cachette. Dans le Sud ségrégationiste, les Noirs ne doivent ni lire ni penser par eux-mêmes. Ces auteurs qu’il découvre vont lui servir de guide et renforcer la confiance en lui qu’il peut sortir de cette assignation et se construire une autre vie. Mais ces possibilités ne peuvent se réaliser qu’en quittant le Sud.

          Ce récit permet de ressentir pleinement l’atmosphère de racisme, de haine et de violence qui régnaient dans ces États malgré la fin de l’esclavage et qui imprégnaient toujours les esprits et les comportements de la population blanche comme des marques ineffaçables.

Annie BIARD

         

LETTRES SAUVAGES de Bernard Périllat (une analyse de Liss Kihindou)

Les poètes ont une façon de dire les choses qui leur est propre. D’un récit, d’une rêverie, d’une peine, d’un combat personnel, de tout ce qui fait le monde qui nous entoure (animal, végétal, minéral…), l’imagination du poète en fait une œuvre qui surgit comme un précipité dans un vase. Une trace visible, posée là ! Une marque tangible que le lecteur curieux découvre par un travail de décomposition comme pour suivre avec délectation le chemin parcouru par l’auteur pour y parvenir. Chaque texte est donc une invitation au voyage. Et si le lecteur a une âme quelque peu sensible à la poésie, il arrive qu’il s’exclame : « Mon Dieu, que c’est si bien fait ! Tisser une si belle toile avec des mots ! » Douteriez-vous de ce que je dis ? Tenez, lisez ceci :

Lettre de la fourmi soldate

J’étais allongé dans l’herbe. Une fourmi soldate me demanda :

« Quelle est ton utilité sur terre ? Tu ne vois pas que tu te mets en

travers de notre route et de la marche du monde ? »

Au lieu d’écraser cette fourmi impertinente, je lui réponds :

« Attends ! Laisse-moi me mettre à ton diapason… »

« Ne me parle pas de diapason, vous êtes en train de casser les

harmonies naturelles. Réponds à ma question ! »

Que répondre ? Aucune harmonie chez nous : la loi de la guerre !

Marche ou crève !

« À quoi sert votre cerveau puissance 10 ? Il y a quelque chose qui ne

tourne pas rond chez vous ! »

C’est vrai ! Nous avons deux jambes, mais nous marchons sur la tête.

Nous épuisons les ressources naturelles… Nous nous épuisons,

portant aux nues ceux qui nous dominent.

« Vous avez peut-être besoin d’aide pour vous débarrasser de vos

tyrans ? Nous pouvons entrer en eux par les narines, la bouche, les

oreilles, le trou du cul et les ronger de l’intérieur. »

Des chevaux de Troie par milliards !

« Nous sommes prêtes, pour notre survie à tous. »

                                                                                                             20 mars 2021

Je vous laisse découvrir l’analyse des LETTRES SAUVAGES de Bernard Périllat par la poétesse Liss kihindou. Ce n’est pas souvent que l’on a le plaisir de voyager dans les pages d’un poète la main dans celle d’un autre poète ou poétesse qui veut bien nous servir de guide.

Bonne Lecture. Et puisque Noël frappe à nos portes, pensez à glisser ce livre comme cadeau à un(e) ami(e) qui aime lire ou écrire (ou les deux à la fois) – A commander chezn votre libraire ou chez l’Éditeur : L’Arbre à Musiques 10, rue Rubens 75013 Paris. Cliquez pour accédez à l’article de Liss Kihindou.

Le collège Marie-Noël de Joigny (89) accueille l’exposition L’INVENTION DU RACISME

          Retenons tout de suite qu’il y a au collège Marie-Noël de Joigny (89) un club de lutte contre le racisme ! Quelle merveilleuse idée ! Au regard de l’enthousiasme manifesté par quelques uns de ses membres à la découverte de notre exposition, on peut se demander pourquoi les initiateurs de cette belle œuvre n’ont-ils pas pensé plus tôt au travail de l’association La France noire qui a son siège dans cette ville ? En tout cas, nous sommes très reconnaissants à notre collègue Delphine MAZA qui a eu l’excellente idée de permettre aux enseignants de cet établissement scolaire d’exploiter le savoir-faire de notre association dont les travaux sont approuvés par l’Éducation nationale et la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (F.M.E).

          Du mardi 14 au vendredi 17 octobre 2025, La France noire est intervenue pendant 9 heures devant les élèves de quatrième et troisième pour leur montrer que la diversité de la population de la France d’aujourd’hui s’explique par deux histoires qui ont donné naissance à un phénomène connu de tous : le racisme ! En effet, ce n’est pas parce que les « Blancs » sont racistes qu’ils ont entrepris la mise en esclavage des Africains et le partage de leur continent ou la conquête des autres continents. C’est bien parce qu’ils ont voulu justifier leur volonté de prédation alimentée par l’appât du gain qu’ils ont inventé le racisme : catégorisation et hiérarchisation des êtres humains. Ce qui suppose dans leur esprit des êtres supérieurs et des êtres inférieurs selon des critères arrêtés par eux-mêmes. C’est la mise en pratique de cette théorie de la supériorité des « Blancs » sur les autres peuples de la terre que l’exposition souligne en y ajoutant des preuves de l’origine de la diversité des êtres humains à partir de l’Afrique, leur origine commune.

          Merci aux collègues qui ont montré une grande attention au travail de l’intervenant afin d’en tirer quelque profit pour l’instruction des jeunes. Merci à notre collègue Arnaud, professeur documentaliste, qui a été une aide précieuse durant cette semaine et surtout pour l’installation et la désinstallation de l’exposition.

Raphaël ADJOBI

Elles militent pour rendre plus visible la contribution des femmes à l’Histoire de l’humanité

Aujourd’hui, presque toutes les femmes sont d’accord avec Simone de Beauvoir pour dire que « toute l’histoire des femmes a été faite par les hommes » (Le deuxième sexe) et qu’il convient de prendre la parole pour déconstruire les paradigmes à l’origine du déni de leur rôle dans les inventions et innovations qui ont fait progresser l’humanité. En effet, à partir des années 2000, une nouvelle classe de chercheuses a donné un essor formidable à cette idée soulignée par Simone de Beauvoir en mettant l’accent sur l’invisibilité de la femme à travers les siècles : 
Marylène Patou-Mathis
(L’homme préhistorique est aussi une femme), Sophie de Beaune (conseillère scientifique du livre et du documentaire Lady sapiens), Olivia Gazalé (Le mythe de la virilité). Les journalistes Titou Lecoq (Les grandes oubliées) et Léa Mormin-Chauvac (Les sœurs Nardal) ont rejoint – respectivement en 2021 et en 2024 – ce combat qui participe à rendre plus visible la contribution de la femme à l’histoire de l’humanité. Saluons ici la voix magnifique de la poétesse Liss Kihindou qui vient s’ajouter à ce travail collectif par un hommage aux pionnières de ce combat. 

LES RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE 2025 À BLOIS (28e édition)

Une chose est certaine : il ne faut pas se lever un matin pour prétendre participer à ce rendez-vous annuel à Blois. Le programme est très lourd et difficilement compréhensible parce que fait d’un mélange de l’ordre du temps ou des journées avec l’ordre des thématiques arrêtées par les organisateurs. Ainsi, sur la journée en cours, vous pouvez lire des thématiques prévues les jours suivants ! Par ailleurs, cette programmation exige une bonne connaissance de la ville et des différents sites où ont lieu les conférences qui – il faut le reconnaître – constituent de véritables attractions. Ne comptez pas sur les guides locaux qui eux-mêmes ont une connaissance médiocre des différents sites. Seules les habitués – après des années de tâtonnement – connaissent les règles du jeu et sont présents au bon moment et au bon endroit au moins une demi-heure avant la conférence.

Les Rendez-vous de l’histoire se présentent avant tout comme une concentration des maisons d’édition au centre de la ville de Blois. Une véritable plaque tournante pouvant occuper le visiteur durant une demi-journée, voire une journée entière. C’est le pays des lecteurs et des découvreurs d’histoires. Ici, chaque maison d’édition tente de montrer sa singularité à travers ses classiques et ses nouveautés. Malheureusement, dans cette présentation, les éditions L’Harmattan ont étrangement transformé leur stand en une aire de séances de dédicace pour auteurs régionaux de l’hexagone ! Résultat, un stand pauvre en titres accrocheurs, alors que leur voisin – les éditions Karthala – est resté fidèle à sa ligne de publication. Ce dernier éditeur semble avoir compris que les visiteurs veulent non seulement retrouver l’âme de la maison mais aussi des ouvrages qu’ils ne voient pas dans leur librairie. Je suis donc rentré avec 2 livres de cette maison d’édition, 1 livre des éditions Le Passeur, et 1 livre d’un éditeur que je ne connaissais absolument pas mais qui a retenu mon attention par la pertinence de son sujet : COMMENT LES IRLANDAIS SONT DEVENUS BLANCS (Une lumineuse traduction du livre de l’Américain Noël IGNATIEV par Xavier Crépin, publié par les éditions Smolny).

Raphaël ADJOBI

LE SILENCE ET LE BRUIT

Dans son livre Le monde perdu du Kalahari, l’explorateur Laurens van der Post raconta une rencontre qui le transforma à jamais. Parmi les peuples indigènes du désert, il découvrit un univers où la nature n’était pas une notion lointaine, mais une expérience vivante, quotidienne, sacrée. Une nuit, autour du feu, hommes et femmes parlèrent des étoiles. Non pas de leur lumière ni de leurs formes, mais de leur son. Pour eux, le ciel n’était pas muet : les étoiles chantaient, vibraient, envoyaient des messages que l’on pouvait percevoir à condition d’être assez ouvert et attentif.

Lorsque Laurens avoua qu’il n’entendait rien, qu’il ne voyait qu’un ciel silencieux, ils crurent d’abord qu’il plaisantait. Mais en comprenant qu’il disait vrai, ils s’attristèrent. Ils le regardèrent avec compassion, comme on regarde quelqu’un privé de quelque chose d’essentiel.

Pour les Bochimans, ne pas entendre les étoiles n’était pas une simple carence : c’était la preuve d’une déconnexion avec la vie, avec la terre et avec l’univers. Cela signifiait avoir perdu la communion originelle qui fait de l’être humain une part du tout.

C’est alors que Laurens comprit la fracture qui sépare le monde occidental – qui a bâti machines et cités saturées de bruit – de celui de ceux qui savaient encore écouter le silence profond, celui où chante le cosmos.

Ce qui, pour nous, n’est qu’un ciel lointain et muet, était pour eux une symphonie. Et peut-être que leur tristesse n’était pas seulement pour lui, mais pour l’humanité entière, qui, au nom du progrès, a cessé d’écouter.

Le monde littéraire, 22 août 2025

Dans la préface de son livre Histoire du silence, Alain Corbin écrit :

« Dans le passé, les hommes goûtaient la profondeur et les saveurs du silence. Ils le considéraient comme la condition du recueillement, de l’écoute de soi, de la méditation, de l’oraison, de la rêverie, de la création ; surtout comme le lieu intérieur d’où la parole émerge. […] Le silence témoignait de l’intensité de la rencontre amoureuse et semblait la condition de la fusion. Il présageait la durée du sentiment. Désormais, il est difficile de faire silence, ce qui empêche d’entendre cette parole intérieure qui calme et qui apaise. La société enjoint de se plier au bruit afin d’être partie du tout plutôt que de se tenir à l’écoute de soi ».

LES RETROUVAILLES ANNUELLES de LA FRANCE NOIRE (édition 2025)

          Le vendredi 26 septembre, à 18h30, 10 membres de notre association qui ont pu se libérer se sont retrouvés à Saint-Julien-du-Sault dans le cadre des retrouvailles annuelles de La France noire. Pas de doute : les membres présents avaient eu une petite pensée pour les absents au moment d’ouvrir les premières bouteilles (« ça va les faire venir !! »). Merci à notre hôtesse – l’artiste qui nous a prêté son bel atelier – d’avoir passé un moment en notre compagnie.

          Ce rendez-vous annuel est très important pour notre association parce qu’il est le moment où nous mettons entre parenthèses nos projets – même s’il nous arrive de les évoquer – pour favoriser les échanges permettant de mieux nous connaître. Et mieux nous connaître, c’est déjà mettre des noms sur les visages ou des visages sur les noms, c’est découvrir les passions, les attentions, le degré d’engagement ou de militantisme des uns et des autres.

          Merci à toutes et à tous pour votre présence, pour vos rires, vos sourires, vos plaisanteries, vos anecdotes hilarantes qui ont rendu ce moment très agréable.

          Avec l’espoir que nous serons un peu plus nombreux l’année prochaine, les membres présents vous embrassent très fort. Nous avons une petite pensée pour tous nos adhérents qui sont loin et qui nous soutiennent et partagent avec nous en esprit ces moments qui forgent la vie d’une association.

          Merci à Annie, notre chargée des actions locales, qui a piloté ces retrouvailles 2025.

Pour l’équipe dirigeante de notre association

Raphaël ADJOBI

Conférence-débat au Cercle Condorcet du sénonais (89) autour du livre LES FRANҪAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE

        Une soirée conférence-débat bien agréable a eu lieu le 24 septembre 2025 à Sens (89) autour du livre LES FRANҪAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE, une histoire mouvementée de Raphaël ADJOBI. Une soirée organisée par le Cercle Condorcet du sénonais dont le dynamisme n’est plus à démontrer au regard du grand nombre de conférenciers invités chaque année dans cette cité bourguignonne abritant la première cathédrale gothique de France : Marylène Pathous-Mathis, Olivia Gazalé…

          Intervenant dans les collèges et les lycées avec trois expositions pédagogiques homologuées par l’Éducation nationale pour le compte de l’association La France noire dont il est le fondateur et le coprésident, l’auteur des Français Noirs et la République a d’emblée souligné l’atmosphère d’incertitude dans laquelle baignent les Français noirs en ce début du XXIe siècle quant à leur légitimité. Et cela malgré quatre siècles de présence en terre de France ! Il a d’une part donné des exemples de cette légitimité constamment contestée entraînant une vie de profonde incertitude et donc de crainte, mais il a d’autre part souligné l’espoir que nourrit en leur cœur la grande curiosité du public français devant les objets patrimoniaux centenaires témoignant d’une relation longue, ensanglantée et compliquée entre la France et l’Afrique que quelques institutions n’hésitent plus à exhumer.

          Ne devons-nous pas tous souhaiter que ces efforts qui nourrissent l’espoir soient encouragés par nos gouvernants pour alimenter la fraternité nationale ? Le conférencier a pour sa part plaidé pour une plus large transmission des connaissances du passé que la France partage avec l’Afrique pour que tous les Français noirs ne soient pas regardés comme des immigrés n’ayant aucun passé commun avec les Français blancs. Quant au public, il a participé au succès de cette soirée grâce à ses prises de parole pour des questions, des observations ou des analyses de faits du passé.

          Merci au Cercle Condorcet du sénonais – et à son président Jean-Pierre Chignardet – pour cette invitation qui souligne son intérêt pour le travail de l’auteur au sein de l’association La France noire. Merci de tout cœur à Bernard Périllat dont les qualités de poète que sont la curiosité et la volonté de toujours côtoyer d’autres horizons ont permis cette invitation. Merci aussi à Bernard PERNUIT qui a consacré du temps à l’invité et lui a permis de découvrir la belle cathédrale gothique de Sens dont certaines sculptures témoignent des dévotions des chrétiens locaux mais aussi de leurs querelles intestines et même parfois de l’esprit vengeur du clergé à l’égard de ses ennemis. Et surtout merci au Cercle Condorcet du sénonais qui a offert cette visite au conférencier !

Raphaël ADJOBI