Commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny (89) : le reportage de PRESSE EVASION

          Le 9 mai 2025, La cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage à Joigny (89) fut belle. Le lendemain, on en parlait encore à Joigny lors de l’inauguration du Square Bernard Moraine en hommage au précédent maire de la localité qui a complètement changé la physionomie sociale et politique de la ville ; ce maire qui, en 2016, avait accepté le partenariat avec notre association pour commémorer cet événement de notre histoire. A notre connaissance, aucune autre mairie de l’Yonne (89) ne se plie à la demande nationale des gouvernements successifs transmise par les préfets pour mener des activités commémorant l’abolition de l’esclavage. Chose que la coprésidente Françoise Roure a souligné dans son discours ce 9 mai. C’est parce qu’avec Bernard Moraine Joigny est passée de la cité des « notables » à celle des « associatifs » que La France noire bénéficie d’une certaine attention quant à son objectif pédagogique : mieux faire connaître la contribution des Français noirs à l’histoire de France.

          Vous faire ici un compte rendu de cette cérémonie en ma qualité de coprésident de l’association La France noire serait tout à fait logique et vous serait donc chose ordinaire. Je voudrais donc aujourd’hui sortir de l’ordinaire pour donner la parole à Thierry BRET de Presse évasion qui, comme l’a si bien formulé l’écrivaine et amie Liss Kihindou, « a fait son article animé par la même flamme que La France noire ». Et elle a ajouté : « Vraiment, cela fait ÉNORMÉMENT plaisir ! ».

Voici l’article de Thierry Bret : Cliquez ici Presse évasion

L a belle histoire du succès d’une affiche du cinéma français : NI CHAÎNES NI Maîtres (par Chloé Delos-Eray)

          C’est l’affiche du cinéma français la plus percutante qui retient l’attention depuis quelques mois. Une affiche qui s’écarte des chemins racoleurs habituels mais qui pourrait devenir une référence. Chaque fois qu’une association l’a exploitée pour une activité locale, je n’ai pas manqué de m’exclamer : « elle est sublime cette affiche ! ». Si chaque fois je saisissais son caractère exceptionnel, je n’avais pas trouvé les mots pour en rendre compte. Chloé Delos-Eray, elle, a trouvé les mots justes pour dire ce que je ressentais.

          « C’est d’abord leur regard qui frappe. Tellement qu’on manquerait presque d’épithètes pour le décrire. Fier, courageux… imposant. [oui, le regard fier et imposant des deux personnages retient l’attention !]. Lui est au premier plan. Il paraît plus âgé. Plus soucieux également : il fronce légèrement les sourcils. La lumière d’un soleil que l’on devine de plomb joue avec la fine pellicule de sueur qui recouvre son front. Derrière lui, elle est une force tranquille [c’est exactement cela !], tête haute, statuaire [deux fois oui !)]. Ils soutiennent notre regard sans ciller, faisant abstraction de la garnison de soldats qui s’agitent au second plan, minuscules, mousquets à l’épaule, sur une butte de terre en friche – le morne Brabant, apprend-on dans le film. Sur le ciel dégagé, le titre du film se dessine comme un mantra : Ni chaînes ni maîtres ». [Une description qui me comble. Bravo Chloé Delos-Eray ! Télérama, du 26/04 au 2/05/2025]

          Camille Cottin, magnifique dans son rôle de chasseuse d’esclaves, et Benoît Magimel – deux grands noms du cinéma français et jouant deux rôles significatifs dans le film ne figurent pas sur l’affiche ! Anne Gagnot, responsable marketing chez Studiocanal, juge cette omission évidente : « Il est certain que deux stars peuvent pousser le grand public à aller voir un film. Mais le sujet était plus fort que ces considérations marketing. Pour coller à notre positionnement, on n’avait pas besoin qu’ils soient physiquement sur l’affiche. Au contraire, ça aurait enlevé de la force à notre propos ». En d’autres termes, il faut savoir s’effacer devant ce qui prime dans l’histoire, devant ceux qui portent le message que retient l’histoire et dont nous ne sommes qu’un maillon ! Bravo ! Un pied de nez aux affiches racoleuses montrant des d’artistes dont les visages sont censés drainer leurs admirateurs dans les salles de cinéma.

          Le réalisateur Simon Moutaïrou est en parfait accord avec Anne Gagnot, la responsable marketing qui assure que seule l’exigence artistique les a guidés dans la conception de l’affiche : « L’idée, c’était que l’affiche exprime le cœur du film : cet hommage aux marrons et aux marronnes, à ce tandem père-fille ». Cependant, Anne Gagnot n’avait pas oublié le sort fait à l’affiche de 12 years a slaves de Steve McQueen en Italie. Contrairement à la France qui avait reproduit l’affiche américaine dans toute sa sobriété avec un fond immaculé et au premier plan l’acteur principal « lancé dans une course effrénée vers la liberté », les italiens avaient mis en avant le visage de Brad Pitt et de Michael Fassbender, pourtant personnages secondaires dans le film, et se sont attiré les foudres du public et des critiques du cinéma.

          Mettre en avant des visages blancs pour attirer le public blanc qui admirerait des acteurs Blancs sans rien comprendre à l’histoire racontant le passé des Africains confrontés à la volonté d’exploitation des Blancs, quel intérêt aurait le film ? Malheureusement, en général, le marketing ne va pas plus loin que çà. Et c’est ce que Ni chaînes ni maîtres a évité.

Raphaël ADJOBI

LA RESTITUTION DE BIENS CULTURELS entre la France et le Bénin (Le journal d’Angelo DAN)

          Nous sommes très reconnaissants à l’ambassadeur Angelo DAN de la publication de son journal rendant compte des tractations diplomatiques et politiques autour de la restitution des biens culturels arrachés au Bénin au moment de sa colonisation par la France. Placé au chœur de ce processus historique entre son pays et la France – par le hasard de sa nomination à l’ambassade du Bénin à Paris – son témoignage s’avère très précieux quant à la connaissance des arcanes diplomatiques et de la posture édifiante de certaines actrices et acteurs politiques dès lors qu’il s’agit de notre passé colonial ou esclavagiste.

          En effet, l’intérêt essentiel de ce livre est qu’il montre le vrai visage de nos élus tels qu’ils sont dans la vie quotidienne face aux dossiers qui leur sont confiés. Il est tout à fait effrayant de les voir dépourvus de toute humanité quand il leur faut produire des textes ou réfléchir sur ceux qui leur sont présentés. Disons tout de suite que dans le communiqué final de l’Élysée saluant le souci des bonnes relations entre la France et l’Afrique que la loi de restitution votée aurait privilégié, l’ignominie de l’esprit qui a dominé les débats a été éludée. A vrai dire, c’est la volonté politique du gouvernement qui s’est imposée – comme toujours en pareille circonstance.

Quand le discours de Ouagadougou ouvre une nouvelle ère

          Si le gouvernement socialiste de François Hollande s’est abrité derrière les principes officiels de la République ayant déclaré les biens africains en notre possession nôtres et inaliénables pour ne jamais jeter un regard nouveau sur l’état de nos relations avec nos anciennes colonies, en novembre 2017 à Ouagadougou, le jeune président Macron avait franchi le pas en reconnaissant que les biens culturels pillés lors des conquêtes coloniales empoisonnaient les relations actuelles avec l’Afrique et qu’il serait opportun de les restituer. Quelques mois auparavant, le vendredi 19 mai 2017, le Conseil de l’Europe avait adopté une convention qui énonçait dans son préambule que « les divers biens appartenant aux peuples représentent un témoignage important et irremplaçable de leur culture et de leur identité et qu’ils constituent leur patrimoine culturel ». C’est dans cette vision de l’histoire des productions culturelles des peuples du monde que les rapporteurs mandatés* – par le président Macron pour « mener un travail de réflexion et de consultation » sur le sujet pour des « propositions concrètes » – rappellent aux détracteurs des conclusions de leur travail que « la propriété des œuvres dont ils se sont prévalus jusque-là est illégitime » ! Aucune loi nationale ne peut valablement contester cette vérité que le Conseil de l’Europe a eu le bon sens de rappeler. Il convient donc que chacun retienne que les œuvres africaines ne font pas partie du patrimoine français ! Et par ailleurs que « les jeunes Africains doivent avoir accès à leur patrimoine » (Franck Riester, ministre de la Culture, 2018 – 2020).

          Malgré ces décisions et positions claires tenant compte de la qualité des relations que nous entretenons désormais ou devons entretenir avec les peuples de la terre – et cela au regard des connaissances actuelles – il est triste de noter que parmi nous nombreux sont ceux qui n’ont jamais relevé la tête de leur classe sociale bâtie sur notre passé esclavagiste et colonial et de leur diplôme universitaire (ou des grandes écoles dont ils sont issus) qui leur tiennent lieu de boussole.

          Ce journal contient en effet des discours fort surprenants. Le premier que nous relevons est celui de M. Stéphane Martin, alors président du musée du Quai Branly-Jacques Chirac ; celui-là même qui a collaboré avec le duo Savoy-Sarr et sur la proposition duquel fut prise la décision de l’Élysée quant à la restitution au Bénin de 26 de ses biens culturels. Deux jours après le communiqué de la présidence, le 25 novembre 2018 il dénonce « (une) logique où le patrimoine devient l’otage de la mémoire ». Avez-vous remarqué que contrairement à ce qui est dit plus haut M. Stéphane Martin estime que les objets de l’identité et de la culture béninoises constituent le patrimoine de la France ? Il se permet même de qualifier les deux rapporteurs de « spécialistes de la réparation mémorielle ». Selon lui, leur rapport « n’aime pas les musées ». Que ce monsieur retienne qu’aimer les musées européens au détriment des âmes spoliées en quête d’ancrage spirituel et mémoriel que ces objets représentent pour les Africains est un crime impardonnable ! Nous le renvoyons à l’expérience de l’ancien premier ministre, maire du Havre, dont la seule présence d’une foule de Sénégalais qu’il n’avait jamais imaginée dans sa ville lors d’une présentation de l’épée d’un de leurs aïeux a convaincu qu’il faut résolument revoir notre vision de l’art attaché aux musées (Tania Tervonen – Les Otages). Quant aux propos du sénateur Bruno Retailleau, ils résument le suprémacisme blanc qui planait sur les débats depuis le début : « … ce sont nos avant-gardes qui ont érigé en œuvres artistiques ces objets auxquels on ne reconnaissait aucune valeur artistique auparavant. Ce sont nos artistes, nos critiques d’art, nos collectionneurs qui ont conféré à ces objets un statut particulier, reconnu mondialement […] ». La coupe est pleine ! Oui, pour lui, c’est l’homme blanc qui élève à la dimension universelle de vulgaires objets africains. En d’autres termes, tant que le nègre n’a pas rencontré l’homme blanc, son existence n’a pas de sens. Nous voudrions dire ici que tout être qui profère un tel mépris est digne de la plus grande détestation ! Dans la même vision de nos relations avec l’Afrique, certains ont proposé de remplacer le mot « restitution », trop humiliant pour notre pays, par le mot « don » qui témoigne de la générosité de la France ! Ne riez pas ! Lisez le livre… vous aurez parfois l’impression de rêver.

          Encore une fois, nous disons à Angelo DAN toute notre reconnaissance pour ce précieux témoignage qui permet à chacun de former son jugement quant à la manière dont certains de nos élus considèrent les marques de notre passé, les marques des cultures africaines, et par voie de conséquence les Africains eux-mêmes. 

* Bénédicte Savoy & Felwine Sarr

Titre : La restitution des biens culturels entre la France et le Bénin. Journal d’un processus historique (2016-2022).

Auteur : Angelo DAN.

Éditeur : Présence africaine, novembre 2024.

Raphaël ADJOBI

LA FRANCE NOIRE à la commémoration de « LA DOUBLE DETTE D’HAÏTI » et au forum des associations membres de la F.M.E

          vendredi 17 avril 2025, dans le cadre de la Commémoration de « La double dette d’Haïti » (17 avril 1825 – 17 avril 2025) aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage (F.M.E) a organisé un forum réunissant les associations membres de cette institution. La France noire y était donc conviée et était représentée par ses coprésidents Françoise ROURE et Raphaël ADJOBI.

          Il était important pour les acteurs culturels et mémoriels soucieux de mieux faire connaître nos histoires françaises de se pencher sur la teneur des documents officiels par lesquels le pouvoir français, avec l’ordonnance du roi Charles X en 1825, a imposé à la première République noire du monde un impôt en guise de punition pour s’être volontairement affranchie du joug de l’esclavage. Et l’occasion fut riche de rencontres, au regard de la foule présente aussi bien dans le hall de la Maison des archives nationales – où se tenait le forum – que dans son grand amphithéâtre où s’est tenue la cérémonie officielle suivie de la « table ronde » et des échanges avec le public comprenant les associations membres de la F.M.E ainsi que les visiteurs.

          Retenons qu’à la conférence de Vienne de septembre 1814 à juin 1815, les pays vainqueurs de Napoléon Bonaparte réunis pour rédiger les conditions de la paix, et donc de déterminer les nouvelles frontières – tout en établissant un nouvel ordre pacifique entre Européens – avaient reconnu à la France le droit de reconquérir Haïti déclaré indépendant en janvier 1804 après sa victoire sur les troupes napoléoniennes à la bataille de Vertières en novembre 1803. Haïti était effectivement libre mais isolé sur la scène politique internationale parce que « ni les États-Unis, ni les puissances européennes n’ont officiellement reconnu son indépendance » (Les notes de la F.M.E n°4). C’est donc fort de ce consensus – qui en réalité n’engageait que la France – que Charles X ordonna à Haïti le paiement de 150 millions de francs-or en échange de la reconnaissance de son indépendance. Ce qui suppose qu’en cas de refus c’est la reconquête qui s’imposera.

          Cependant, il est bon de signaler qu’avant le règne de Charles X, durant dix ans la France avait vainement tenté de reprendre Haïti. C’est à partir de 1814 avec les premières relations diplomatiques entre les deux pays que le pouvoir post-napoléonien demanda à Haïti de « réintégrer purement et simplement l’Empire colonial français ». Ce qui fut refusé par les dirigeants haïtiens. En 1821, reprenant une idée du premier président de la République haïtienne, Alexandre Pétion, le président Boyer qui vient de lui succéder propose à la France la reconnaissance de son pays contre le paiement d’une indemnité qui serait le rachat de l’île. A l’avènement de Charles X en 1824, et devant l’avidité de plus en plus grande de ses partisans, le roi transforma cette proposition de rachat en indemnisation des colons propriétaires des terres et des esclaves qui les cultivaient ; ce qui permettait de multiplier par dix le chiffre qui semblait convenu entre les deux parties. En effet, ce sont les grandes fortunes coloniales qui, revigorés par un pouvoir ultra royaliste, ont arrêté la liste de ceux qui ont eu droit à l’indemnité réclamée au regard du nombre d’esclaves déclarés. Il reste bien entendu que c’est la force de l’esclave travaillant la terre – donc sa valeur par rapport à ce qu’il peut produire – qui fait la fortune et non la terre nue. En d’autres termes, la terre que veulent racheter les gouvernants haïtiens ne vaut rien aux yeux des anciens colons anti-révolutionnaires et anti-républicains ! Les esclaves perdus, si ! Les indemnités seront donc calculées selon les têtes nègres perdues par chaque colon, et devront êtres versées dans un délai de cinq ans !

Que veut dire « La double dette » ?

          Pour payer la dette qui lui a été imposée et exigée par le pouvoir de France, Haïti a été contraint d’emprunter la somme exigée aux banques françaises par le biais de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), elle-même chargée de répartir cette somme entre les grandes fortunes coloniales ! Pas mal du tout le beau tour de passe-passe ! Les contre-révolutionnaires ou ennemis de la République venaient de triompher ! Évidemment, à leur tour, les banques ont imposé à Haïti un remboursement de la somme avancée avec des intérêts exorbitants sur près de 100 ans !

          Il est aussi intéressant de savoir qui a effectivement payé cette « double dette ». A l’époque, il n’y avait que les paysans, fraîchement sortis de l’esclavage ou du travail forcé, auxquels il pouvait être demandé l’effort nécessaire au remboursement de cette « double dette ». Par voie de conséquence, les pouvoirs successifs, jouant les intermédiaires entre la force productrice du monde paysan et la force prédatrice du pouvoir français avec ses banques, tenteront de se donner un train de vie respectable en prélevant leur part sur le travail du paysan ! Tout à fait comme dans toute colonie dirigée par un valet local. Ainsi, sans envahir Haïti, la France a fait travailler le peuple haïtien pendant près de 100 ans pour elle et ses banques ! Quel talent !

          Aujourd’hui, l’heure des comptes a sonné ! En 1825, la France avait officiellement reconnu et chiffré la valeur de la force productrice du nègre pouvant être évaluée sur les années passées en esclavage de génération en génération. Ce qui veut dire que tôt ou tard, quelqu’un devra passer à la caisse pour les 100 ans de travail accompli sous la contrainte par les Haïtiens. « L’histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l’arrogance d’un détective qui détiendrait la clef du mystère depuis le début » (David Grann – La note américaine).

Raphaël ADJOBI

Conseil pour lire LES FRANҪAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE de Raphaël adjobi

          Outre la très belle critique littéraire de mon dernier essai réalisée par l’écrivaine Liss Kihindou à travers une vidéo, trois autres réactions de lecteurs m’invitent à prodiguer un conseil à celles et ceux qui n’ont pas encore lu Les Français noirs et la République, une histoire mouvementée.

          S’il est vrai que l’introduction du livre s’impose comme un préalable – pour en saisir l’esprit – les chapitres de la première partie sont absolument indépendants les uns des autres et peuvent donc être lus dans le désordre. Pour ceux qui ne sont pas forcément des amoureux des récits historiques, les enchaîner les uns après les autres pourraient s’avérer quelque peu fastidieux. Aussi, j’ai conseillé à une amie de lire la deuxième partie – Où en est la France aujourd’hui – puis de revenir aux chroniques historiques qui constituent la première partie. Résultat, cette remarque que je partage avec vous : « J’ai terminé ton livre selon la méthode que tu préconisais. Et cela a suscité une foule d’idées à partager […] et ma sidération quant au genre de questions que tu as dû affronter entre autres. Enfin, ce livre est un cadeau culturel. Ton combat est au final exigeant et courageux ».

          Quelques jours plus tard, je reçois le courriel d’une collègue dont l’établissement a accueilli durant trois années consécutives l’une de nos expositions. Elle a instinctivement adopté la méthode de lecture que je préconise : « Je suis en train de lire votre livre. Outre le fait qu’il est très intéressant, je dois avouer que j’ai au préalable lu le chapitre consacré aux tribulations de La France noire que j’ai particulièrement savouré ! Je dois dire que je suis [désireuse] de voir la réaction des collègues trop bien pensants ! »

Ces deux avis rejoignent celui de Bernard, un nouvel ami, qui m’écrit ces mots : « Votre livre est plein de sagesse et de colère. Je ressors de cette lecture heureuse avec une énergie et une force nouvelles. Un grand merci ».

Pas de témoignage de lecteurs africains-français !

          Mise à part l’écrivaine et critique littéraire Liss Kihindou, citée plus haut, aucun lecteur noir ne m’a encore fait savoir son sentiment quant aux idées développées et défendues dans ce dernier essai. La République née en 1792 a intégré les populations noires comme citoyens français en 1794 en abolissant l’esclavage et en accueillant un député noir à la Convention nationale (Assemblée nationale) : Jean-Baptiste Belley ! Mais très vite, une monarchie impériale va mettre la jeune République sous l’éteignoir durant près de 50 ans. Celle-ci va émerger à nouveau en 1848. Et durant son règne éphémère, elle a réussi à réitérer son attachement à une France blanche et noire en abolissant une nouvelle fois l’esclavage et en symbolisant, pour la première fois, la Liberté sous les traits d’une femme noire : la première Marianne noire ! (1) Jusqu’au début du XXe siècle, les ennemis de la République vont chercher à faire disparaître cet autre visage de la France – une volonté claire de nier l’appartenance des Noirs à la République, de les invisibiliser. Quand un compatriote noir vient ouvrir ces pages de notre histoire commune pour mieux comprendre et interroger les comportements d’aujourd’hui, les Français noirs peuvent-ils se permettre de garder le silence ? J’espère de tout coeur qu’ils ne tiennent pas, comme d’autres, à couvrir notre passé commun du voile du silence par leur indifférence.

(1) : https://lafrancenoire.com/2021/09/19/les-tribulations-de-la-marianne-noire-de-1848/#comments

Raphaël ADJOBI

Le collège Saint-Grégoire de Pithiviers accueille deux expositions de LA FRANCE NOIRE

          Tous les deux ans, le collège Saint-Grégoire accueille une exposition de La France noire. En janvier 2025 cet établissement privé du Loiret a estimé que proposer notre exposition sur le racisme aux élèves de 5e et celle sur l’esclavage à ceux de la 4e convenait très bien à son programme pédagogique. Ainsi les journées du mardi 28 et du vendredi 31 janvier ont été retenues pour permettre à ces deux niveaux de classe de rencontrer le conférencier de notre association à raison d’une heure par classe [*].

          Notre collègue Pierre-Louis Boggio, professeur d’histoire et initiateur du projet, n’a malheureusement pas pu voir sa réalisation pour des raisons de santé. C’est donc l’écrivaine et critique littéraire Liss Kihindou, professeure de Français dans cet établissement, qui a pris les choses en main malgré le poids de ses charges à cette période de l’année. Merci à elle de m’avoir fait bénéficier de l’enthousiasme de ses élèves pour l’installation et la désinstallation de l’exposition.

          Si notre travail sur l’esclavage a évidemment trouvé son public parce que faisant partie du programme officiel et adopté depuis 2017 par les professeurs des classes de 4e soucieux d’élargir leurs connaissances en même temps que celles des jeunes, le choix de celle sur la racisme pour les cinquièmes relève du jugement des équipes pédagogiques ; et cela au regard des besoins qu’elles constatent dans l’évolution sociale des jeunes. En effet, j’avoue qu’en construisant cette exposition, je ne pensais absolument pas que les collègues des collèges la destineraient essentiellement aux classes de cinquième alors qu’elle est demandée pour les lycéens sans distinction de niveau. Cette quasi unanimité montre que partout en France, les enseignants des collèges se rejoignent quant au niveau de classe qui doit bénéficier de connaissances sur le racisme avant qu’il ne s’ancre trop avant dans les habitudes.

          Il est vraiment dommage de constater que l’Éducation nationale ne soit plus capable de tenir sa promesse d’une culture variée pour tous à travers le Pass culture. Personne ne pourra demain reprocher aux enseignants de se limiter à dispenser leurs savoirs académiques sans regarder la réalité qui les entoure et qui crie la prise en compte des sujets exclus du récit national et donc de leur formation.

[*] Note rectificative : en fait, tous les élèves de 6e et de 5e ont découvert l’exposition sur le racisme , et tous ceux de 4e et de 3e celle sur l’esclavage. Le retour de La France noire dans l’établissement tous les deux ans permet à chaque élève d’acquérir des connaissances sur les deux thématiques des expositions avant sa sortie du collège. Bravo à l’équipe pédagogique !

Raphaël ADJOBI

LES DEUX VISAGES DU MONDE de David Joy (par Raphaël ADJOBI)

          Immanquablement, presque toutes les critiques littéraires françaises saluant Les deux visages du monde de David Joy cantonnent le suprémacisme blanc et sa violence au seul pays de l’oncle Sam ! Rares sont celles qui généralisent leur vue. De toute évidence, le livre de l’Américain n’apprendrait rien à beaucoup de lecteurs français sur eux-mêmes et sur notre société. C’est ici une habitude de se rassurer en se disant que « la France et les États-Unis ce n’est pas la même chose ». Or, si un récit produit dans n’importe quel coin du monde touche des coeurs sous d’autres cieux, c’est qu’il contient de l’universel. « Si vous racontez une histoire dans un lieu que vous connaissez, […] si vous racontez une histoire humaine, […] c’est par cette illumination de la condition humaine que vous allez m’atteindre. C’est ce qui témoigne de l’universalité de la condition humaine » (David Joy – Entretien accordé à Brother Jo., site Nyctalopes).

          A vrai dire, tous mes compatriotes blancs qui ne voient pas le racisme dans notre pays sont semblables à des poissons dans l’eau qui ne voient pas l’eau parce que c’est leur milieu naturel ; pour paraphraser Charles W. Mills, je dirais qu’ils sont aveugles parce qu’ils considèrent comme naturelles des structures qui, en fait, sont de fabrication humaine (Le contrat racial, Mémoire d’encrier, 2023). Que tous ceux-là sachent que « les personnes noires de/en France […] qui écrivent sur les parias, les marginaux, les invisibles de l’histoire ou de la société [française] ne le font pas par simple imitation de ce qui se dit et s’écrit aux États-Unis. Mais ils le font parce qu’ici aussi l’ombre portée de l’esclavage, ajoutée à celle de la colonisation, a longtemps modelé les vies et les possibilités, les aspirations comme les formes prises par la violence. Ici aussi des gens ont été faits noir(e)s, déshumanisé(e)s, avili(e)s, écrasé(e)s sous le rouleau compresseur de la racialisation » (Audrey Célestin – préface de Vies rebelles de Saidiya Hartman, Seuil 2024). On ne peut donc pas lire Les deux visages du monde sans penser à la France. Par ailleurs, comme le dit un anglais descendant d’une famille d’esclavagistes, « la vérité est que [près de deux siècles après l’abolition de l’esclavage] chaque descendant touche les dividendes de ce travail forcé, à travers son éducation, l’environnement culturel dans lequel il vit et sa position sociale » (Reportage en 4 épisodes d’Olivier Pascal-Mousselard, Télérama été 2023). Cette conviction est également celle de David Joy. Il sait que c’est par le rouleau compresseur de la racialisation qui a établi la suprématie blanche pour avilir l’autre et l’exploiter en toute bonne conscience que se sont développées les nations européennes ; ce qui lui permet de prêter à son personnage Toya Gardner ces propos que beaucoup d’internautes ont repris : « L’arbre qui possède les racines les plus profondes dans ce pays est l’arbre du suprémacisme blanc. Et le fait est qu’il n’est pas nécessaire d’être celui qui a planté cet arbre ou qui a veillé à l’arroser ou qui en a taillé les branches pour être celui qui bénéficie personnellement de l’ombre qu’il fournit » ! Et Toya Gardner ajoute pour susciter la réflexion et la prise de conscience du lecteur blanc, où qu’il soit : « Il y a tout un tas de gens qui sont assis confortablement sous cet arbre, et certains d’entre eux savent fort bien où ils sont assis et restent tout simplement là à ne rien faire car ils aiment cet endroit où ils sont assis, et puis il y en a d’autres qui n’admettent même pas l’existence de cet arbre ».

          A travers l’histoire troublante de l’étudiante africaine-américaine Toya Gardner, revenue dans la petite ville de son enfance auprès de sa grand-mère et qui se livre à une performance artistique puis s’attaque symboliquement à une statue représentant un Confédéré pour clairement provoquer la réflexion d’un monde qui sommeille à l’ombre des vestiges insultants du passé (pour d’autres), David Joy tend un miroir à tous les Blancs du monde qui vivent avec des minorités noires ou autochtones. Il est bon de dire ici que certains lecteurs ont vu cet aspect de ce roman policier où deux enquêtes sont menées parallèlement. C’est le cas de Marie-Laure Kirzy (site Benzine magazine) qui reconnaît n’avoir jamais lu un roman qui pousse « autant son lecteur, plus particulièrement blanc à l’introspection, jusqu’au désagréable, donnant une envie furieuse de s’emparer d’une hache pour abattre l’arbre du racisme ». Bravo Madame ! Et j’espère que d’autres lectrices et lecteurs éprouveront le même sentiment. Car là-bas comme ici, « le monde [des Blancs] est assurément coupé en deux, mais il n’est pas évident de savoir qui est de quel côté. Rien n’est ni tout noir ni tout blanc, c’est gris, et le gris est bien plus terrifiant car trop souvent il n’offre pas de points de repère ». Oui, comme le dit le personnage de Vess, la grand-mère de Toya Gardner, les racistes ordinaires fonctionnent par intermittence comme des lucioles dans la nuit ; il faut être très attentifs pour les reconnaître.

          La leçon essentielle à retenir du livre de David Joy est que le manteau du silence que l’on jette sur le passé – tout en chérissant les vestiges qui en témoignent – est une couverture dangereuse parce qu’il révèle tôt ou tard les germes de la discorde, des conflits. Oui, quand on passe sa vie à ne jamais parler du passé que nous avons en commun, on vit dangereusement. Il suffit qu’un jour, un rien le rappelle et l’apparente fraternité vole en éclats ! Cette portée universelle du sujet du roman, le blogueur Yan l’a bien comprise dans son article sur le site Encore du noir : « Si Les deux visages du monde parle des États-Unis et de ces sujets au coeur de la bataille culturelle que se livrent les deux camps, il parle aussi de la manière dont vit une communauté, des courants qui la traversent, de ses ambiguïtés comme ses contradictions, de ses silences aussi. De ce que l’on accepte par commodité, pour maintenir le verni de la sociabilité, et qui parfois, devient insupportable ». Bravo !

          Au regard de l’analyse qui vient d’être faite, je ne peux m’empêcher de dire que quand un écrivain américain pourfend le racisme, les médias français sont prompts à saluer son talent ainsi que son œuvre, mais quand un Africain-Français dépeint le racisme ou le passé esclavagiste de la France, il ne rencontre que leur indifférence, sinon leur mépris. C’est aussi le sentiment de Pierre-Yves Bocquet, Directeur adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, au regard de l’accueil critique très restreint reçu par le film Ni chaînes Ni Maîtres du réalisateur Simon Moutaïrou. Pourtant, dit-il, ce film événement dans la production cinématographique française présente la lutte des esclaves noirs pour leur liberté (à travers le marronnage) « avec une vraie ambition de réalisme, un vrai regard original et de vrais moyens ». Nous nous demandons avec lui si cette attitude des médias ne vise pas à décourager ceux qui ambitionnent de revisiter notre passé esclavagiste et colonial pour élargir les connaissances des jeunes générations. Je voudrais préciser ici que dans Les deux visages du monde, David Joy fait exactement ce que je fais dans mon livre Les Français noirs et la République : tout mettre sur la table et parler du passé que nous avons en commun au lieu de vivre dans une illusoire fraternité ! Tous les Français qui se pâment d’admiration pour le sujet du livre de David Joy doivent prendre le temps d’interroger leurs propres sentiments et le regard qu’ils portent sur les autres en cherchant autour d’eux ce que leurs compatriotes noirs disent du silence jeté sur notre passé, des statues dressées pour dire qu’on est fier de ses ancêtres… Retenons tous cette phrase d’un des personnages blancs du livre : « on peut être fier d’où l’on vient et pas de tout ce que l’histoire implique. C’est ce que tant de gens semblent pas capables de piger ». 

Raphaël ADJOBI

Titre : Les deux visages du monde, 423 pages.

Auteur : David Joy

Éditeur Sonatine Édition, 2024 pour la traduction française.

Gagny (93) accueille l’exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France » en mai 2025

         Dans son programme des manifestations de l’année 2025, la ville de Gagny a choisi de présenter au public durant tout le mois de mai notre exposition Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France. Ce projet arrêté depuis bientôt un an entre dans le cadre de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage et se déroulera à la médiathèque Georges Perec. Une occasion pour les populations de cette commune et des environs de découvrir des personnalités noires qui ont marqué leur époque depuis la Révolution jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

          Afin de ponctuer de manière vive la journée nationale commémorant la fin officielle de l’esclavage des Africains dans nos colonies des Amériques de de l’océan Indien, une conférence avec le coprésident de La France noire est prévue le 10 mai à 11h.

          Les membres du conseil d’administration de notre association se joignent aux coprésidents – Françoise ROURE et Raphaël ADJOBI – pour remercier la municipalité de permettre à la médiathèque Georges Perec de varier ses choix culturels en offrant notre exposition sur la contribution des Noirs à l’Histoire de France à ses administré(e)s.

Raphaël ADJOBI

Le lycée René Auffray à Clichy accueille LES NOIRS ILLUSTRES ET LEUR CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DE FRANCE

          Le jeudi 16 et le vendredi 17 janvier 2025, La France noire était au lycée René Auffray pour présenter aux jeunes son exposition sur Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France. Le séjour dans cet établissement de la région parisienne a été organisé par notre collègue documentaliste – Madame Véronique Gauweiler – qui avait le souci de diversifier les connaissances des lycéens. Cinq enseignants ont inscrit leurs différentes classes aux dix heures de rencontres prévues avec le conférencier de notre association. Merci à eux d’encourager ainsi la collègue documentaliste qui fait preuve d’imagination pour dynamiser la vie culturelle de l’établissement.

          Au regard de notre expérience d’intervenant, c’est le premier établissement où la diversité de la population scolaire est très évidente. Ce qui suppose qu’une connaissance des multiples populations qui ont forgé la citoyenneté française d’aujourd’hui s’y impose. Et l’occasion a été donnée au conférencier de souligner de manière particulière ce fait afin que chacun puisse savoir comment et pourquoi il est Français.

          Dans la galerie des portraits de notre exposition, Solitude et Louis Delgrès – des résistants au rétablissement de l’esclavage prononcé en 1802 par Napoléon – ont retenu l’attention de nombreux lycéens. Et si certains ont reconnu qu’ils ignoraient totalement la part nègre de l’écrivain Alexandre Dumas dont ils connaissaient le nom et les titres de certaines oeuvres, d’autres, plus nombreux, se sont arrêtés sur les figures de Charles N’Tchoréré et de Madhiba, deux soldats français issus des colonies dont les actions d’éclat les ont séduits. Chose très réjouissante parce qu’elle est la preuve que les jeunes sont capables de sortir des sentiers battus jalonnés par les célébrités sans cesse mis au-devant de la scène.

         C’est toujours avec un grand plaisir que nous découvrons des établissements où les professeur(e)s documentalistes jouissent d’une certaine liberté d’action et proposent aux enseignants des voies pour varier les connaissances des jeunes. Et c’est le cas du lycée René Auffray avec notre collègue Véronique Gauweiler. Nous savons tous que nos centres d’intérêt sont variés et parfois différents ou divergents. Il importe donc que nous soyons respectueux de ceux qui s’intéressent à d’autres savoirs et enrichissent par voie de conséquence la jeunesse. Surtout quand il s’agit de nos histoires françaises que nous ne pouvons nous permettre d’ignorer.

Raphaël ADJOBI

Exposition ZOMBIS LA MORT N’EST PAS UNE FIN

L’exposition « Zombis la mort n’est pas une fin ?» qui se tient au musée du Quai Branly jusqu’au 16 février 2025 nous fait voyager à Haïti à la découverte du vaudou haïtien.
Au gré des déambulations à travers les espaces de l’exposition, on découvre les différentes réalités que recouvre le terme zombi, souvent réduit au cinéma et à la télévision à une créature assoiffée de sang et symbole d’une mort contagieuse. Cette exposition revient à l’origine, aux sources de cette pratique d’origine ouest africaine, le mot zombi désignant un revenant, un fantôme, une entité néfaste qui renvoie toujours à la notion de « mauvais mort ».

Arrivée en même temps que les Africains victimes de la traite atlantique, cette figure mystérieuse du zombi s’est transformée au contact des croyances chrétiennes et caribéennes.

Qu’est-ce qu’un zombi alors dans le vaudou haitien ? La zombification consiste à droguer une personne qui est enterrée puis exhumée. Elle se retrouve privée de liberté et condamnée à errer dans les rues ou les cimetières. Le terme de zombi recouvre plusieurs réalités. Cela peut être une personne dont on veut se débarrasser, ou une personne désocialisée, atteinte de troubles psychiatriques, ou encore une personne qui a usurpé l’identité d’un homme disparu et qui vient combler ainsi un vide familial.

L’exposition s’ouvre sur la reconstitution d’un temple vaudou. En progressant, on a la reconstitution d’un cimetière sur lequel règne le Baron samedi et son épouse Grande Brigitte, déités appartenant au panthéon vaudou. Les sociétés secrètes, propres à cette religion, sont représentés par des personnages à taille humaine, qui constituent « l’armée de l’ombre ».

Huit histoires de zombification, sur fond de dispositifs sonores, font comprendre au visiteur que ce ne sont pas des fantasmes mais bien des réalités précises.

La dernière partie de l’exposition fait une large part à la création artistique avec des tableaux figuratifs, des tapisseries reprenant les mythes et les symboles du vaudou.

Et bien sûr l’exposition se termine sur la récupération du zombi par le cinéma américain dès les années 1930. La nuit des morts-vivants (1968) marque un tournant de ce genre horrifique qui traduit les peurs collectives de notre époque.

On quitte cette exposition, partagé entre un esprit rationnel qui n’a pas trouvé de réponses satisfaisantes et l’intuition d’une autre réalité, peuplée d’esprits en proie à des maléfices, de forces qui nous dépassent et que nous ne maîtrisons pas. La question de l’intitulé de l’exposition reste en suspens…

Annie BIARD