Le collège Saint-Grégoire de Pithiviers accueille deux expositions de LA FRANCE NOIRE

          Tous les deux ans, le collège Saint-Grégoire accueille une exposition de La France noire. En janvier 2025 cet établissement privé du Loiret a estimé que proposer notre exposition sur le racisme aux élèves de 5e et celle sur l’esclavage à ceux de la 4e convenait très bien à son programme pédagogique. Ainsi les journées du mardi 28 et du vendredi 31 janvier ont été retenues pour permettre à ces deux niveaux de classe de rencontrer le conférencier de notre association à raison d’une heure par classe [*].

          Notre collègue Pierre-Louis Boggio, professeur d’histoire et initiateur du projet, n’a malheureusement pas pu voir sa réalisation pour des raisons de santé. C’est donc l’écrivaine et critique littéraire Liss Kihindou, professeure de Français dans cet établissement, qui a pris les choses en main malgré le poids de ses charges à cette période de l’année. Merci à elle de m’avoir fait bénéficier de l’enthousiasme de ses élèves pour l’installation et la désinstallation de l’exposition.

          Si notre travail sur l’esclavage a évidemment trouvé son public parce que faisant partie du programme officiel et adopté depuis 2017 par les professeurs des classes de 4e soucieux d’élargir leurs connaissances en même temps que celles des jeunes, le choix de celle sur la racisme pour les cinquièmes relève du jugement des équipes pédagogiques ; et cela au regard des besoins qu’elles constatent dans l’évolution sociale des jeunes. En effet, j’avoue qu’en construisant cette exposition, je ne pensais absolument pas que les collègues des collèges la destineraient essentiellement aux classes de cinquième alors qu’elle est demandée pour les lycéens sans distinction de niveau. Cette quasi unanimité montre que partout en France, les enseignants des collèges se rejoignent quant au niveau de classe qui doit bénéficier de connaissances sur le racisme avant qu’il ne s’ancre trop avant dans les habitudes.

          Il est vraiment dommage de constater que l’Éducation nationale ne soit plus capable de tenir sa promesse d’une culture variée pour tous à travers le Pass culture. Personne ne pourra demain reprocher aux enseignants de se limiter à dispenser leurs savoirs académiques sans regarder la réalité qui les entoure et qui crie la prise en compte des sujets exclus du récit national et donc de leur formation.

[*] Note rectificative : en fait, tous les élèves de 6e et de 5e ont découvert l’exposition sur le racisme , et tous ceux de 4e et de 3e celle sur l’esclavage. Le retour de La France noire dans l’établissement tous les deux ans permet à chaque élève d’acquérir des connaissances sur les deux thématiques des expositions avant sa sortie du collège. Bravo à l’équipe pédagogique !

Raphaël ADJOBI

LES DEUX VISAGES DU MONDE de David Joy (par Raphaël ADJOBI)

          Immanquablement, presque toutes les critiques littéraires françaises saluant Les deux visages du monde de David Joy cantonnent le suprémacisme blanc et sa violence au seul pays de l’oncle Sam ! Rares sont celles qui généralisent leur vue. De toute évidence, le livre de l’Américain n’apprendrait rien à beaucoup de lecteurs français sur eux-mêmes et sur notre société. C’est ici une habitude de se rassurer en se disant que « la France et les États-Unis ce n’est pas la même chose ». Or, si un récit produit dans n’importe quel coin du monde touche des coeurs sous d’autres cieux, c’est qu’il contient de l’universel. « Si vous racontez une histoire dans un lieu que vous connaissez, […] si vous racontez une histoire humaine, […] c’est par cette illumination de la condition humaine que vous allez m’atteindre. C’est ce qui témoigne de l’universalité de la condition humaine » (David Joy – Entretien accordé à Brother Jo., site Nyctalopes).

          A vrai dire, tous mes compatriotes blancs qui ne voient pas le racisme dans notre pays sont semblables à des poissons dans l’eau qui ne voient pas l’eau parce que c’est leur milieu naturel ; pour paraphraser Charles W. Mills, je dirais qu’ils sont aveugles parce qu’ils considèrent comme naturelles des structures qui, en fait, sont de fabrication humaine (Le contrat racial, Mémoire d’encrier, 2023). Que tous ceux-là sachent que « les personnes noires de/en France […] qui écrivent sur les parias, les marginaux, les invisibles de l’histoire ou de la société [française] ne le font pas par simple imitation de ce qui se dit et s’écrit aux États-Unis. Mais ils le font parce qu’ici aussi l’ombre portée de l’esclavage, ajoutée à celle de la colonisation, a longtemps modelé les vies et les possibilités, les aspirations comme les formes prises par la violence. Ici aussi des gens ont été faits noir(e)s, déshumanisé(e)s, avili(e)s, écrasé(e)s sous le rouleau compresseur de la racialisation » (Audrey Célestin – préface de Vies rebelles de Saidiya Hartman, Seuil 2024). On ne peut donc pas lire Les deux visages du monde sans penser à la France. Par ailleurs, comme le dit un anglais descendant d’une famille d’esclavagistes, « la vérité est que [près de deux siècles après l’abolition de l’esclavage] chaque descendant touche les dividendes de ce travail forcé, à travers son éducation, l’environnement culturel dans lequel il vit et sa position sociale » (Reportage en 4 épisodes d’Olivier Pascal-Mousselard, Télérama été 2023). Cette conviction est également celle de David Joy. Il sait que c’est par le rouleau compresseur de la racialisation qui a établi la suprématie blanche pour avilir l’autre et l’exploiter en toute bonne conscience que se sont développées les nations européennes ; ce qui lui permet de prêter à son personnage Toya Gardner ces propos que beaucoup d’internautes ont repris : « L’arbre qui possède les racines les plus profondes dans ce pays est l’arbre du suprémacisme blanc. Et le fait est qu’il n’est pas nécessaire d’être celui qui a planté cet arbre ou qui a veillé à l’arroser ou qui en a taillé les branches pour être celui qui bénéficie personnellement de l’ombre qu’il fournit » ! Et Toya Gardner ajoute pour susciter la réflexion et la prise de conscience du lecteur blanc, où qu’il soit : « Il y a tout un tas de gens qui sont assis confortablement sous cet arbre, et certains d’entre eux savent fort bien où ils sont assis et restent tout simplement là à ne rien faire car ils aiment cet endroit où ils sont assis, et puis il y en a d’autres qui n’admettent même pas l’existence de cet arbre ».

          A travers l’histoire troublante de l’étudiante africaine-américaine Toya Gardner, revenue dans la petite ville de son enfance auprès de sa grand-mère et qui se livre à une performance artistique puis s’attaque symboliquement à une statue représentant un Confédéré pour clairement provoquer la réflexion d’un monde qui sommeille à l’ombre des vestiges insultants du passé (pour d’autres), David Joy tend un miroir à tous les Blancs du monde qui vivent avec des minorités noires ou autochtones. Il est bon de dire ici que certains lecteurs ont vu cet aspect de ce roman policier où deux enquêtes sont menées parallèlement. C’est le cas de Marie-Laure Kirzy (site Benzine magazine) qui reconnaît n’avoir jamais lu un roman qui pousse « autant son lecteur, plus particulièrement blanc à l’introspection, jusqu’au désagréable, donnant une envie furieuse de s’emparer d’une hache pour abattre l’arbre du racisme ». Bravo Madame ! Et j’espère que d’autres lectrices et lecteurs éprouveront le même sentiment. Car là-bas comme ici, « le monde [des Blancs] est assurément coupé en deux, mais il n’est pas évident de savoir qui est de quel côté. Rien n’est ni tout noir ni tout blanc, c’est gris, et le gris est bien plus terrifiant car trop souvent il n’offre pas de points de repère ». Oui, comme le dit le personnage de Vess, la grand-mère de Toya Gardner, les racistes ordinaires fonctionnent par intermittence comme des lucioles dans la nuit ; il faut être très attentifs pour les reconnaître.

          La leçon essentielle à retenir du livre de David Joy est que le manteau du silence que l’on jette sur le passé – tout en chérissant les vestiges qui en témoignent – est une couverture dangereuse parce qu’il révèle tôt ou tard les germes de la discorde, des conflits. Oui, quand on passe sa vie à ne jamais parler du passé que nous avons en commun, on vit dangereusement. Il suffit qu’un jour, un rien le rappelle et l’apparente fraternité vole en éclats ! Cette portée universelle du sujet du roman, le blogueur Yan l’a bien comprise dans son article sur le site Encore du noir : « Si Les deux visages du monde parle des États-Unis et de ces sujets au coeur de la bataille culturelle que se livrent les deux camps, il parle aussi de la manière dont vit une communauté, des courants qui la traversent, de ses ambiguïtés comme ses contradictions, de ses silences aussi. De ce que l’on accepte par commodité, pour maintenir le verni de la sociabilité, et qui parfois, devient insupportable ». Bravo !

          Au regard de l’analyse qui vient d’être faite, je ne peux m’empêcher de dire que quand un écrivain américain pourfend le racisme, les médias français sont prompts à saluer son talent ainsi que son œuvre, mais quand un Africain-Français dépeint le racisme ou le passé esclavagiste de la France, il ne rencontre que leur indifférence, sinon leur mépris. C’est aussi le sentiment de Pierre-Yves Bocquet, Directeur adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, au regard de l’accueil critique très restreint reçu par le film Ni chaînes Ni Maîtres du réalisateur Simon Moutaïrou. Pourtant, dit-il, ce film événement dans la production cinématographique française présente la lutte des esclaves noirs pour leur liberté (à travers le marronnage) « avec une vraie ambition de réalisme, un vrai regard original et de vrais moyens ». Nous nous demandons avec lui si cette attitude des médias ne vise pas à décourager ceux qui ambitionnent de revisiter notre passé esclavagiste et colonial pour élargir les connaissances des jeunes générations. Je voudrais préciser ici que dans Les deux visages du monde, David Joy fait exactement ce que je fais dans mon livre Les Français noirs et la République : tout mettre sur la table et parler du passé que nous avons en commun au lieu de vivre dans une illusoire fraternité ! Tous les Français qui se pâment d’admiration pour le sujet du livre de David Joy doivent prendre le temps d’interroger leurs propres sentiments et le regard qu’ils portent sur les autres en cherchant autour d’eux ce que leurs compatriotes noirs disent du silence jeté sur notre passé, des statues dressées pour dire qu’on est fier de ses ancêtres… Retenons tous cette phrase d’un des personnages blancs du livre : « on peut être fier d’où l’on vient et pas de tout ce que l’histoire implique. C’est ce que tant de gens semblent pas capables de piger ». 

Raphaël ADJOBI

Titre : Les deux visages du monde, 423 pages.

Auteur : David Joy

Éditeur Sonatine Édition, 2024 pour la traduction française.

Gagny (93) accueille l’exposition « Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France » en mai 2025

         Dans son programme des manifestations de l’année 2025, la ville de Gagny a choisi de présenter au public durant tout le mois de mai notre exposition Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France. Ce projet arrêté depuis bientôt un an entre dans le cadre de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage et se déroulera à la médiathèque Georges Perec. Une occasion pour les populations de cette commune et des environs de découvrir des personnalités noires qui ont marqué leur époque depuis la Révolution jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

          Afin de ponctuer de manière vive la journée nationale commémorant la fin officielle de l’esclavage des Africains dans nos colonies des Amériques de de l’océan Indien, une conférence avec le coprésident de La France noire est prévue le 10 mai à 11h.

          Les membres du conseil d’administration de notre association se joignent aux coprésidents – Françoise ROURE et Raphaël ADJOBI – pour remercier la municipalité de permettre à la médiathèque Georges Perec de varier ses choix culturels en offrant notre exposition sur la contribution des Noirs à l’Histoire de France à ses administré(e)s.

Raphaël ADJOBI

Le lycée René Auffray à Clichy accueille LES NOIRS ILLUSTRES ET LEUR CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DE FRANCE

          Le jeudi 16 et le vendredi 17 janvier 2025, La France noire était au lycée René Auffray pour présenter aux jeunes son exposition sur Les Noirs illustres et leur contribution à l’Histoire de France. Le séjour dans cet établissement de la région parisienne a été organisé par notre collègue documentaliste – Madame Véronique Gauweiler – qui avait le souci de diversifier les connaissances des lycéens. Cinq enseignants ont inscrit leurs différentes classes aux dix heures de rencontres prévues avec le conférencier de notre association. Merci à eux d’encourager ainsi la collègue documentaliste qui fait preuve d’imagination pour dynamiser la vie culturelle de l’établissement.

          Au regard de notre expérience d’intervenant, c’est le premier établissement où la diversité de la population scolaire est très évidente. Ce qui suppose qu’une connaissance des multiples populations qui ont forgé la citoyenneté française d’aujourd’hui s’y impose. Et l’occasion a été donnée au conférencier de souligner de manière particulière ce fait afin que chacun puisse savoir comment et pourquoi il est Français.

          Dans la galerie des portraits de notre exposition, Solitude et Louis Delgrès – des résistants au rétablissement de l’esclavage prononcé en 1802 par Napoléon – ont retenu l’attention de nombreux lycéens. Et si certains ont reconnu qu’ils ignoraient totalement la part nègre de l’écrivain Alexandre Dumas dont ils connaissaient le nom et les titres de certaines oeuvres, d’autres, plus nombreux, se sont arrêtés sur les figures de Charles N’Tchoréré et de Madhiba, deux soldats français issus des colonies dont les actions d’éclat les ont séduits. Chose très réjouissante parce qu’elle est la preuve que les jeunes sont capables de sortir des sentiers battus jalonnés par les célébrités sans cesse mis au-devant de la scène.

         C’est toujours avec un grand plaisir que nous découvrons des établissements où les professeur(e)s documentalistes jouissent d’une certaine liberté d’action et proposent aux enseignants des voies pour varier les connaissances des jeunes. Et c’est le cas du lycée René Auffray avec notre collègue Véronique Gauweiler. Nous savons tous que nos centres d’intérêt sont variés et parfois différents ou divergents. Il importe donc que nous soyons respectueux de ceux qui s’intéressent à d’autres savoirs et enrichissent par voie de conséquence la jeunesse. Surtout quand il s’agit de nos histoires françaises que nous ne pouvons nous permettre d’ignorer.

Raphaël ADJOBI

Exposition ZOMBIS LA MORT N’EST PAS UNE FIN

L’exposition « Zombis la mort n’est pas une fin ?» qui se tient au musée du Quai Branly jusqu’au 16 février 2025 nous fait voyager à Haïti à la découverte du vaudou haïtien.
Au gré des déambulations à travers les espaces de l’exposition, on découvre les différentes réalités que recouvre le terme zombi, souvent réduit au cinéma et à la télévision à une créature assoiffée de sang et symbole d’une mort contagieuse. Cette exposition revient à l’origine, aux sources de cette pratique d’origine ouest africaine, le mot zombi désignant un revenant, un fantôme, une entité néfaste qui renvoie toujours à la notion de « mauvais mort ».

Arrivée en même temps que les Africains victimes de la traite atlantique, cette figure mystérieuse du zombi s’est transformée au contact des croyances chrétiennes et caribéennes.

Qu’est-ce qu’un zombi alors dans le vaudou haitien ? La zombification consiste à droguer une personne qui est enterrée puis exhumée. Elle se retrouve privée de liberté et condamnée à errer dans les rues ou les cimetières. Le terme de zombi recouvre plusieurs réalités. Cela peut être une personne dont on veut se débarrasser, ou une personne désocialisée, atteinte de troubles psychiatriques, ou encore une personne qui a usurpé l’identité d’un homme disparu et qui vient combler ainsi un vide familial.

L’exposition s’ouvre sur la reconstitution d’un temple vaudou. En progressant, on a la reconstitution d’un cimetière sur lequel règne le Baron samedi et son épouse Grande Brigitte, déités appartenant au panthéon vaudou. Les sociétés secrètes, propres à cette religion, sont représentés par des personnages à taille humaine, qui constituent « l’armée de l’ombre ».

Huit histoires de zombification, sur fond de dispositifs sonores, font comprendre au visiteur que ce ne sont pas des fantasmes mais bien des réalités précises.

La dernière partie de l’exposition fait une large part à la création artistique avec des tableaux figuratifs, des tapisseries reprenant les mythes et les symboles du vaudou.

Et bien sûr l’exposition se termine sur la récupération du zombi par le cinéma américain dès les années 1930. La nuit des morts-vivants (1968) marque un tournant de ce genre horrifique qui traduit les peurs collectives de notre époque.

On quitte cette exposition, partagé entre un esprit rationnel qui n’a pas trouvé de réponses satisfaisantes et l’intuition d’une autre réalité, peuplée d’esprits en proie à des maléfices, de forces qui nous dépassent et que nous ne maîtrisons pas. La question de l’intitulé de l’exposition reste en suspens…

Annie BIARD

Les voeux de LA FRANCE NOIRE à ses abonné(e)s

          Les membres du conseil d’administration de La France noire se joignent à Françoise ROURE et à Raphaël ADJOBI, coprésidents de notre association, pour souhaiter à toutes et à tous une heureuse année 2025. Nous espérons de tout coeur que les réjouissances que vous partagerez avec les vôtres ne vous feront pas oublier votre « engagement » pour une meilleure connaissance de l’Autre à travers notre association. Nous avons totalement confiance en vous et vous remercions d’avance pour l’attention que vous continuerez à porter à nos projets et à nos réflexions.

              En 2024, plus d’une dizaine d’établissements ont été visités par notre association avec nos trois expositions pédagogiques désormais consultables sur PASS CULTURE ou ADAGE par tous les enseignants de France désireux de varier leur pratique. L’année 2025 se présente riche en événements et nous vous invitons à partager votre joie de nous connaître avec celles et ceux que vous aimez. Nous espérons que, comme vous, ils seront heureux de nous suivre pour partager ensemble la même passion : mieux connaître l’Autre pour respecter sa différence.

Les coprésidents

Françoise ROURE &

Raphaël ADJOBI

         

Journée singulière de LA FRANCE NOIRE à Ambérieu-en-Bugey (01 – Ain)

          Invitée par notre jeune collègue Antoine Bedin pour l’accompagner dans son projet engagé avec ses classes qu’il a inscrites au concours de La flamme de la liberté organisé tous les ans par la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (F.M.E) dirigée par Monsieur Jean-Marc Ayrault, l’équipe pédagogique s’est retrouvée face à des enseignants heureux de découvrir un outil pédagogique qu’ils ne soupçonnaient pas ; un outil pédagogique accompagné par un conférencier qu’ils ont unanimement apprécié. Celui-ci n’oubliera JAMAIS le visage rayonnant de certain(e)s de ses collègues lors de sa prestation !

            Avant même d’aller plus loin, l’équipe pédagogique de La France noire tient à remercier Madame la proviseure qui a tenu à l’accueillir pour lui souhaiter la bienvenue. Merci Madame d’avoir pris le temps de jeter un œil à l’exposition. Enfin, merci de nous avoir témoigné votre satisfaction quant à sa qualité visuelle pour susciter l’intérêt des jeunes.

            A vrai dire, c’est la personnalité faite d’un franc enthousiasme du collègue Antoine Bedin qui a drainé les autres enseignants et leurs élèves vers le CDI où était installée l’exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. Au lieu d’une demi-journée, c’est en fait une journée entière que l’équipe de La France noire a passée avec un grand plaisir au lycée des métiers Alexandre Bérard. Le trésorier de la France noire – Pascal Compaoré – qui a intégré pour la circonstance l’équipe pédagogique a observé, comme nous auparavant, qu’avant l’intérêt des jeunes pour la qualité de l’exposition, c’est celui qu’ils portent à la qualité du discours du conférencier que tous les observateurs peuvent et doivent retenir. En effet, c’est le discours de la reconnaissance des histoires françaises des uns et des autres négligées ou jamais racontées dans le grand livre de l’Histoire de France qu’est l’école qui suscite l’attention des élèves ! Pour preuve : le conférencier et lui ont été les témoins d’une scène inédite : trois jeunes approchent le conférencier pour le remercier vivement de la qualité de son discours. Le premier des trois lui dit sans détour : « mon grand-père est Noir ; il est Antillais ». Le trésorier de l’association et le conférencier ont été quelque peu obligés de lui dire qu’ils sont l’un et l’autre les grands-parents de jeunes Blancs ! Et c’est parce qu’ils ne veulent pas que leurs petits-enfants blancs ou noirs aient honte de leurs aïeux que l’association La France noire milite pour une instruction qui apprenne aux jeunes à se connaître pour mieux respecter leurs différences au sein de la République qu’ils ont reçue en héritage. Car à sa naissance, la république n’était pas blanche ! Elle était blanche et noire dès 1794 ! Cela est incontestable et doit être connue de tous ! Et c’est d’ailleurs ce que la seconde république a voulu rappeler à tous en faisant sculpter la première Marianne noire en 1848 ! Mais combien sommes-nous à savoir cela et à l’enseigner ?*

           Merci à tous, et surtout aux jeunes porteurs du projet avec leur professeur Monsieur Bedin. Vos questions, vos observations et vos sentiments sur les panneaux de l’exposition ont permis au conférencier de vous conduire plus loin dans la connaissance de la lutte des esclaves noirs pour leur liberté dans les Amériques. Chose hier ignorée et qui a permis de ne retenir que la glorification de quelques Européens dans nos livres et espaces publics. Votre travail sur les héros noirs de la lutte pour la liberté – que nous ne dévoilerons pas ici – sera la preuve de votre volonté de réparer une injustice. Merci donc à vous !

Raphaël ADJOBI

* https://lafrancenoire.com/2021/09/19/les-tribulations-de-la-marianne-noire-de-1848/       

LA FRANCE NOIRE au lycée Joliot-Curie avec son exposition sur le racisme

Afin d’offrir aux enseignants des opportunités d’élargir les connaissances des étudiants du lycée Joliot-Curie, notre collègue Céline Elbé – professeure documentaliste – a décidé d’accueillir au CDI les différentes expositions de La France noire homologuées par l’Éducation nationale via le Pass Culture et ADAGE. Les enseignants sont libres d’inscrire leurs élèves pour une rencontre avec le conférencier de notre association. Quand cela n’est pas possible, c’est elle qui assure la relève durant les jours restants de la semaine. Ce qui l’oblige à une franche collaboration avec l’intervenant : prises de notes, questionnements, transmission des questions ou observations des enseignants…. Tout cela pour agir efficacement devant les élèves qui ne peuvent rencontrer le conférencier.

                Ainsi, l’année dernière, le CDI de l’établissement a accueilli notre exposition sur l’esclavage ; et cette année, du lundi 16 au vendredi 20 décembre, L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité a été proposée aux enseignants pour des rencontres pédagogiques : 11 rencontres avec l’intervenant de La France noire (lundi et vendredi) et 9 avec la professeure documentaliste !

Il est important de retenir ceci : en très peu de temps, l’annonce de l’arrivée de l’exposition a suscité l’intérêt des enseignants, sans doute parce que le planning a été proposé via Internet – les enseignants n’étant pas obligés de se déplacer au CDI pour inscrire leurs classes. Par ailleurs, il est certain que la grande liberté dont jouissent certain(e)s professeur(e)s documentalistes pour proposer des activités internes à l’établissement conformément à l’esprit de leur formation, tout en s’appuyant sur les outils validés par l’Éducation nationale à travers le Pass culture, participe au succès des expositions de La France noire.

            La volonté de notre collègue professeure documentaliste est de permettre à un très grand nombre d’élèves de découvrir les trois expositions pédagogiques de notre association durant leurs trois années au lycée. Une ouverture sur d’autres pans de l’histoire de France qui semble très appréciée. Dans l’exposition présentée cette année, si l’étude du travail des racialistes pour mettre en place la hiérarchisation des êtres humains a séduit les lycéens, c’est assurément celle relative à la propagation du racisme à travers les expositions coloniales et la publicité qui a rencontré un indéniable succès. La ségrégation raciale et l’apartheid deviennent alors des conséquences évidentes aux yeux de tous. Par ailleurs, découvrir en image ce que l’Europe entend par « être évolué » a semblé un moment marquant dans l’esprit des jeunes ; nous espérons que cette image sera pour eux un repère judicieux pour apprécier les discours véhiculés dans les univers dans lesquels ils évolueront.

Merci aux enseignants attentifs aux propositions de notre collègue documentaliste. Merci aussi aux élèves pour leur esprit curieux et leurs analyses souvent pertinentes. Merci enfin à notre collègue Céline Elbé qui a fait montre d’un grand investissement personnel pour transmettre aux 9 classes qui n’ont pas rencontré le conférencier le contenu de son exposé qu’elle a su faire sien. Nous lui disons aussi un grand merci pour son aide précieuse à l’installation et à la désinstallation de l’exposition.

Raphaël ADJOBI

DAVID JOY, écrivain américain blanc, nous parle de l’appropriation culturelle et du suprémacisme blanc

Dans son dernier roman, Les deux visages du monde, l’écrivain américain présente « une jeune artiste afro-américaine qui revient, le temps d’un été, dans la petite ville dont est originaire sa famille, et où vit encore sa grand-mère, pour dénoncer au moyen de son art le passé esclavagiste d’une région où le suprémacisme blanc n’a pas dit ses derniers mots ».

Propos recueillis par Yoann Labroux Satabin (Télérama 3907 – 27/11/2024)

« Ici [dans ce livre], je n’écris pas seulement du point de vue des femmes, j’écris du point de vue de femmes noires [Toya Gardner et sa grand-mère, ndlr]. Ces fossés de genre et de race que je franchis reposent sur des écarts qui impliquent un immense pouvoir, parce que je suis un homme blanc américain. Je peux faire d’énormes erreurs, qui auront des conséquences bien réelles. Aussi, je me devais de prendre le temps et de faire le travail du mieux possible, justement parce qu’il n’est pas sans conséquence. […] J’ai commencé à écrire ce roman en 2011. J’ai écrit tous mes autres romans parallèlement à celui-ci. […]

Je n’ai discuté de ces enjeux avec aucun de mes amis noirs, tout simplement parce que ce n’est pas de leur responsabilité de m’éclairer.

J’ai relu comme un étudiant les écrivains afro-américains Ernest J. Gaines, James Baldwin, Toni Morrison ou Crystal Wilkinson.

Et si une maladresse – sans doute inévitable – est pointée du doigt, je sais qu’être orgueilleux ou sur la défensive ne résoudra rien. C’est le moment de se taire et d’écouter. En acceptant cette vulnérabilité, on travaille dans un climat plus sûr.

Nous aimons croire que le suprémacisme blanc a un visage. Qu’il ressemble à un membre du Ku Klux Klan, avec une robe et une capuche blanches, devant une croix enflammée. Qu’il ressemble à une bande d’hommes blancs en colère marchant dans Charlottesville, en Virginie, avec des torches à la main. Et c’est le cas. Mais ce n’est pas ce suprémacisme blanc qui m’effraie le plus. Il y en a un autre, bien plus subtil. Qui se manifeste par la pratique du voter suppression [suppression des votants], qui vise à écarter des listes électorales des millions d’électeurs noirs. Par un racisme éducatif ou institutionnel. Par le fait que je risque moins d’être arrêté par la police au volant de ma voiture que mon ami Shawn A. Cosby [romancier également publié chez Sonatine]. Et que, si c’est le cas, mon véhicule ne sera probablement pas fouillé, contrairement au sien. C’est ainsi que fonctionne la suprématie blanche au quotidien. Tout comme le patriarcat, les deux étant intimement liés. Ces phénomènes ne sont d’ailleurs pas propres aux États-Unis.

LES BLANCS DOIVENT SE CONFRONTER A CETTE REALITE PAR LA LITTERATURE

Mon dernier roman est aussi une façon de forcer les personnages blancs, et par extension les lecteurs blancs, à participer aux conversations qu’ils refusent toujours d’avoir. […] Je reviens à ce que Toni Morrison a déclaré au journaliste Charlie Rose lors d’une interview au début des années 1990 : si la seule façon de se sentir grand est d’obliger les autres à s’agenouiller, c’est qu’il y a un très grave problème. Et trente ans plus tard, nous avons toujours une Amérique où les Blancs refusent de faire ce travail, d’être mis mal à l’aise face à l’histoire. De la même façon que les Français ont d’ailleurs du mal à évoquer leur passé de colonisateurs.

Je pense donc qu’il y a urgence. Nous ne devrions pas tant nous sentir honteux ou coupables de ce sombre passé que coupables de continuer à en être les bénéficiaires et de ne pas nous exprimer. Il serait honteux pour moi de savoir que je suis le descendant d’esclavagistes et de continuer à profiter d’un système de suprématie blanche tout en me taisant. Ce que le personnage de Toya essaie de faire dans Les deux visages du monde – et moi aussi par extension – c’est de prendre toute la laideur que nous gardons au fond de nos poches et de la mettre sur la table. Politiquement, on assiste au dernier sursaut de quelques-uns pour s’accrocher à ces institutions suprémacistes et patriarcales en train de s’effondrer. Je crois sincèrement que les nouvelles générations évoluent vers davantage de progressisme. Nous avançons vers plus de justice sociale, et cela effraie les personnes dont le seul pouvoir repose sur des facteurs comme la race et le sexe. […]

[…] L’identité rurale évolue, et pas seulement aux États-Unis [Effectivement en France aussi]. De plus en plus de gens vivant dans les grandes villes veulent acheter une propriété à la campagne, font soudain grimper les prix de l’immobilier, et ceux qui vivent là depuis toujours n’ont plus les moyens de rester. [Et aux États-Unis comme en France], un parti politique profite de ce moment pour faire de l’étranger un bouc émissaire. La raison pour laquelle votre culture s’éteint n’est alors plus le capitalisme mais l’arrivée des Mexicains (pour les États-Unis) et des subsahariens (pour la France) qui piquent vos emplois ».

David Joy : Les deux visages du monde, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Yves Cotté, éd. Sonatine, 432 pages.