Nos connaissances sur l’immigration et la nécessaire formation à la lutte contre les discriminations

          Après les 11èmes rencontres régionales de l’Éducation à la citoyenneté mondiale en Bourgogne-Franche-Comté à Beaune le 6 juin 2024, BFC International organisait une Formation à la lutte contre les discriminations à Dijon le jeudi 27 juin 2024. La France noire a sauté sur l’occasion afin d’apprécier les outils pédagogiques que propose cette structure pour lutter contre les discriminations. En effet, La France noire a pour vocation, depuis sa création, d’apporter aux jeunes générations des connaissances qui éveillent leur conscience sur la réalité humaine et sociale de la France dans laquelle ils seront demain des citoyens. Et elle accomplit cette tâche en s’appuyant sur des outils pédagogiques construits à partir des travaux de chercheurs. Elle ne peut donc qu’être curieuse quant à ce que d’autres structures proposent pour aller dans le même sens.

Beaune juin 2024 Mme Soumaoro          Ce sont Mmes Floriana Soumaoro, chargée de mission Éducation à la Citoyenneté Mondiale (ECM) à BFC Internationale, et Marie Rivollet, coordinatrice de projets au sein de l’association Récidev, qui ont assuré cette formation à laquelle dix intéressés venus de toute la grande région Bourgogne-Franche-Comté ont participé.

          Certes, la lutte contre les discriminations suppose la promotion de l’égalité, de la tolérance, le respect de l’autre, et par voie de conséquence la reconnaissance (et non la négation!) du terreau social où elles prospèrent. Mais cette lutte suppose aussi la prise en compte du cadre juridique permettant à chaque citoyen de saisir la justice pour faire respecter son droit. Tous ceux qui veulent se lancer dans ce combat ne doivent jamais oublier ce dernier point, car les victimes du racisme portent rarement plainte ; leurs plaintes n’aboutissant que rarement. D’autre part, il importe de ne pas oublier la maîtrise du contenu exact de certains termes : savoir distinguer préjugé et stéréotype, discrimination et racisme. Il convient aussi de sortir du discours officiel véhiculé par les dirigeants politiques qui brandissent des chiffres pour faire peur et gagner des suffrages. Les exercices proposés par les formatrices invitent à l’humilité, à la nécessité de revoir certaines statistiques et les modalités qui les ont produites.

          Sur ce dernier chapitre, un exercice a fait prendre conscience aux participants de l’écart entre leur conception de l’immigration et celle des institutions qui commandent les statistiques. Jamais ils n’auraient imaginé que des déportés (par exemple dans le passé des Anglais en Australie, des Français en Kanaki ou en Guyane, des Africains dans les colonies françaises des Amériques) sont comptabilisés comme des immigrés ! Jamais ils n’auraient pensé que quand il y a des guerres en Afrique et que le HCR (1) crée des camps de réfugiés dans un pays voisin, les populations déplacées sont comptabilisées comme des immigrés ! Par ailleurs, on est tout simplement considéré comme immigré du fait de passer un certain temps dans un pays étranger, quel que soit le motif. En tenant compte de tous les paramètres qu’elle recouvre, l’immigration de l’Afrique saharienne et sub-saharienne vers l’Europe, par exemple, n’est qu’une goutte d’eau par rapport à l’immigration à l’intérieur de l’Europe, à l’intérieur de l’Asie, à l’intérieur de l’Afrique ! (2) Bien évidemment, c’est loin de cette définition de l’immigration que les discours officiels véhiculent des chiffres qui affolent. Et, quand il a été demandé aux participants de dessiner un immigré, des lieux communs répétés sur les chaînes des radios et des télévisions se sont étalés allègrement : presque tous les participants ont dessiné une embarcation de fortune avec des migrants à l’intérieur ! Et sûrement dans l’esprit de tous le même point de départ et la même destination… Nous sommes tous manipulés par les discours officiels. En être conscient et ne pas les reprendre dans les nôtres est déjà une grande victoire.

          Une question mérite donc d’être posée : comment des adultes eux-mêmes pétris des discours médiatiques n’ayant rien à voir avec la réalité peuvent-ils, sans formation préalable, prétendre combattre les préjugés sur autrui ? Vouloir lutter contre les discriminations suppose déjà qu’il faut avoir connaissance des 25 critères de discrimination énoncés par la France avant de clamer haut et fort que tel groupe est le plus discriminé en France comme le font nos autorités politiques. Elles aussi doivent apprendre quels sont les groupes de personnes qui sont clairement défavorisées dans notre pays (parce que discrimination = inégalité de traitement) et sur quel(s) critère(s) s’appuie cette inégalité de traitement : l’origine, le handicap, la religion, l’apparence physique (exemple l’obésité ou la couleur de la peau), l’orientation sexuelle… Il faut savoir enfin dans quel domaine s’exerce le traitement inégal, ou la discrimination : l’emploi, l’éducation, le logement, l’accès aux biens et services publics ou privés… Il appartient à chacun de réfléchir et de dire s’il y a un groupe minoritaire auquel l’État accorde de manière très manifeste de l’attention pour qu’il bénéficie d’un traitement égal par rapport à la majorité des citoyens.

(1) HCR : Haut commissariat aux réfugiés

(2) « Toutes les semaines, un million de terriens rejoignent une zone urbaine pour essayer de mieux vivre. Shanghai, le Caire, Lagos, São Paulo, Buenos Aires, Delhi, Istanbul et Téhéran comptent parmi les villes les plus peuplées du monde de ces arrivées constantes. Bien sûr, il y a aussi New York, Moscou… Ces métropoles attirent ceux qui espèrent mieux et qui ont les moyens d’aller plus loin » In Ce grand dérangement, l’immigration en face (Didier Lesch – Tracts Gallimard, septembre 2023).

Raphaël ADJOBI

Comment éduquer les jeunes à la citoyenneté mondiale ou nationale

          Le jeudi 6 juin 2024, La France noire a fait le déplacement à Beaune (21 – Côte d’Or), au lycée Étienne-Jules Marey, où elle a participé aux « 11èmes rencontres régionales de l’éducation à la citoyenneté mondiale en Bourgogne-Franche-Comté ». La journée a été animée par Mme Natacha Lanaud-Lecomte, conseillère de la rectrice de région académique et déléguée régionale académique aux relations européennes, internationales et à la coopération.

Beaune juin 2024 A          La matinée a été marquée par la conférence de Mme Marie-José Cantier, formatrice et experte pédagogique au sein de l’École des droits humains et de la Terre (EDDHT), sur le thème de l’« Éducation aux droits humains et à la paix » – qui était aussi le thème de ces 11èmes rencontres de BFC-International (Bourgogne-Franche-Comté International). Une conférence rythmée par la présentation du « contexte, (des) enjeux et (les) perspectives nationales ». En effet, il était utile de souligner que c’est après le traumatisme de la 2nde guerre mondiale que les pays vainqueurs ont décidé d’un texte qui consacre le droit de la personne humaine (1948). La notion de dignité apparaît avec force dans cette Déclaration universelle des droits de l’homme (1), à côté de celles de liberté et d’égalité. Ces trois catégories de droit montrent clairement l’évolution des sociétés humaines qui avaient au XVIIIe siècle défini, par exemple, la liberté de penser.

          Les exercices proposés aux participants ont montré à tous la nécessité pour les adultes de s’approprier les 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que quelques unes des conventions qui les ont élargis ou les ont rendus plus contraignants (1984 : convention contre la torture ; 1965 : convention contre toutes les formes de discrimination raciale…). En effet, comme l’a si bien souligné la conférencière, si on fait de l’éducation aux droits humains, c’est parce que nous savons que ces droits ne sont pas respectés. Aussi, pour un renouvellement de la société favorable à la paix, il convient de mobiliser les enfants dès le plus jeune âge au fait que chaque être humain a droit au respect et à la dignité.

          Il faut très tôt apprendre aux jeunes que les rencontres font tomber les idées préconçues ; que l’on se transforme parce qu’on se confronte à des personnes ayant des idées différentes, des couleurs différentes, des manières différentes de vivre et de voir le monde. Il n’est donc pas trop tôt d’établir des liens entre les thématiques enseignées (comme l’histoire de l’esclavage) et la société dans laquelle évoluent les jeunes. Il ne faut pas enseigner l’histoire ou certains thèmes littéraires à la manière d’un médecin légiste qui travaille sur des corps sans vie n’ayant aucune conscience du présent pour forger des réflexions par rapport au monde qui les entoure. Les élèves ne sont pas des corps sans vie qui ne se posent pas de questions, qui n’envisagent pas l’avenir en analysant les limites que la société leur impose. Non, les savoirs doivent aider les jeunes à comprendre notre diversité aussi bien nationale que mondiale. C’est ainsi que les enseignants donneront à leurs élèves une éducation qui éveille leur conscience, c’est ainsi qu’ils leur offriront des expériences qui les aideront à s’engager pour la paix.

Beaune texte couleur A          Aussi, La France noire a beaucoup apprécié la prise de parole du collègue représentant Monsieur le proviseur du lycée Étienne-Jules Marey qui abritait cette rencontre. A partir du constat d’une flagrante lacune en langues étrangères des élèves* de la ville de Beaune – pourtant très touristique avec des populations venant du monde entier – l’établissement a pris la ferme résolution de multiplier les stages des élèves à l’étranger, de multiplier les partenariats avec des établissements européens, d’organiser des séjours linguistiques à Malte. Les élèves reviennent transformés de ces sorties : autonomes, sachant gérer un budget, ravis d’avoir pour la première fois été confrontés à des personnes de cultures différentes…

Beaune texte couleur B          En ce milieu d’année 2024 où les événements politiques ont fait prendre conscience à une grande majorité de Français que la peur de l’autre gouverne l’esprit de beaucoup au point de porter une grave atteinte aux valeurs de la République, il était réjouissant de connaître l’existence d’une structure comme Bourgogne-Franche-Comté International qui œuvre depuis des années pour le respect des droits humains sur son aire géographique en proie de manière criante au rejet de l’autre. Il faut que des structures semblables soient plus nombreuses à ne pas cacher leur humanité et à transmettre leurs savoirs aux jeunes pour que la peur de l’autre s’éloigne.

(1) A ne pas confondre avec la déclaration française des droit de l’homme et du citoyen de 1789.

* Dans Il faut remettre le français au centre de l’enseignement (éd. Les impliqués, 2021), J’ai consacré un chapitre à ce sujet.

Raphaël ADJOBI

Le collège Pablo Picasso à Châlette-sur-Loing découvre le travail de « La France noire »

          La France noire a passé les journées du lundi 17 et du vendredi 21 juin 2024 au collège Pablo Picasso à Châlette-sur-Loing (45) où, pour la première fois, les enseignants ont découvert – en même temps que leurs élèves – notre exposition sur l’esclavage. Ce premier déplacement dans ce collège du Loiret a été possible grâce à notre collègue professeure documentaliste, Aude Garcia del Prado, qui avait apprécié Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur leur liberté dans les Amériques lorsqu’elle était en fonction à Ferrière-en-Gâtinais (Loiret). « Si vous êtes d’accord, nous partons pour des années de collaboration », a-t-elle lancé avec le sourire. Bien sûr, une telle proposition ne peut que faire plaisir à La France noire

Pablo Picasso Ch-sur-Loing 3          La journée du lundi 17 juin a permis aux élèves de 5è, attendus en 4è à la rentrée prochaine, d’avoir un avant-goût d’un sujet de leur programme d’histoire : l’esclavage des Noirs dans les Amériques ! Une classe de troisième et une de quatrième ont aussi profité de la présence du conférencier. Une journée très satisfaisante aux dires des élèves eux-mêmes – selon leurs mots adressés directement au conférencier ou par l’intermédiaire de Madame Roux, leur professeure d’histoire qui a préparé avec la professeure documentaliste notre venue au collège Pablo Picasso.

Pablo Picasso Ch-sur-Loing 1          Le vendredi 21 juin, ce sont quatre classes de 4è qui ont participé à la rencontre. Pour ces élèves, c’était évidemment le prolongement du cours d’histoire sur l’esclavage qu’ils ont eu quelques mois auparavant. Découvrir le monde de la traite et de l’esclavage des Noirs dans les Amériques sous l’angle de leur opposition à la condition qui leur était faite est toujours un choc pour les jeunes. En effet, avoir pour la première fois sous les yeux cette résistance à l’esclavage qui a justifié l’invention d’outils et de techniques de torture, aussi bien que des théories pour reléguer le Noir au rang des animaux, est absolument nécessaire pour comprendre certaines idées et attitudes d’aujourd’hui. Alors, on devine bien que les questions et les observations n’ont pas manqué.

Pablo Picasso ajout 2          La France noire dit bravo à tous les jeunes pour leur curiosité et surtout pour leur grande attention aux explications du conférencier. Merci aux collègues Aude Garcia del Prado et Emelyne Roux pour leur souci de permettre aux élèves d’acquérir des savoirs complémentaires aux manuels scolaires, et aussi pour l’accueil. Merci à tous les autres collègues qui ont adhéré au projet d’élargir les connaissances des jeunes dont ils ont la charge.

Raphaël ADJOBI

POUR UN MUSEE DE NOTRE HISTOIRE COLONIALE : exposition et conférence-débat à Nantes

          L’association La France noire a fait le déplacement à Nantes le jeudi 30 mai 2024, afin de prendre part à la conférence-débat organisée par la section locale du MRAP (1) qui organisait une exposition « Pour la création d’un musée de l’histoire du colonialisme ».

Conférence Nantes mai 2024 A          C’est dans l’amphithéâtre Jules Vallès, situé dans l’aile droite de la médiathèque Jacques Demy (24, Quai de la Fosse), qu’Augustin Grodoy – président honoraire du MRAP et représentant de cette association à la Commission Nationale Consultative des Droits de l’homme – a donné une conférence sur les raisons et les pertinences de la création d’un musée de l’histoire coloniale dans notre pays. Le conférencier n’a pas manqué de souligner que dans ce domaine, la France est à la traîne dans le concert des nations européennes. Selon lui, les raisons de cette frilosité de nos gouvernants les confinant à l’inaction sont simples : d’abord, parce que dans l’esprit de beaucoup on ne touche pas à la République. Ce qui suppose qu’on nous fait croire qu’au sein de la République les choses sont immuables. Un mensonge destiné à endormir ceux qui voient du sacré dans tout ce qui a eu la chance de traverser une bonne partie du temps. Ensuite, parce que la « droitisation » des politiciens devant la montée de l’extrême droite – clairement le suprématisme blanc – est tout à fait évidente dans le paysage français. Une droitisation de notre pays qui fait que nos dirigeants ont du mal à assumer les faits de notre histoire coloniale à l’encontre de ceux qui prônent toujours l’idée des « bienfaits de la colonisation » pourtant indéfendables devant les récits et les images du passé. Nous nous souvenons tous des attaques contre Monsieur Emmanuel Macron lorsqu’il avait déclaré la colonisation un crime contre l’humanité.

          Le conférencier s’est ensuite appliqué à déterminer et à analyser les différentes étapes de la colonisation des terres étrangères par la France. Une façon de montrer à ceux qui croient encore que la population française est la continuité d’un même peuple depuis la nuit des temps qu’ils font preuve d’ignorance ou qu’ils sont des affabulateurs.

Musée d'histoire coloniale 3         En effet, pendant cinq siècles, des territoires étrangers ont été colonisés par la France. La première étape de cette volonté d’appropriation s’étend du XVIe au XVIIIe siècle ; c’est l’époque du mercantilisme où le roi déléguait ses pouvoirs à des sociétés (des compagnies) pour gérer les relations avec les populations des Caraïbes, de l’Amérique du nord, et de l’océan Indien. C’est durant cette période qu’ont été instituées les « exclusives », c’est-à-dire le principe selon lequel chaque colonie ne devait commercer qu’avec le royaume européen qui le domine. La deuxième étape de la colonisation française débute avec la conquête de l’Algérie par le Second Empire ; on assiste, par exemple, à l’extension des possessions du Sénégal qui se limitaient jusque là à Saint-Louis et à Gorée, et à la confiscation de la Nouvelle Calédonie pour en faire un dépotoir des indésirables de la métropole. La troisième étape est marquée par le travail de la Troisième République qui s’est empressée de chausser les bottes du second Empire parce que la colonisation était selon elle une œuvre civilisatrice.

Le débat

          Puis vint le temps du débat. Saisissant l’opportunité que lui offrait le conférencier qui venait de parler du musée de l’immigration – installé dans cet édifice parisien qui est un véritable temple à la gloire de notre histoire coloniale – le président de La France noire fut le premier à prendre la parole pour souligner un fait inadmissible à ses yeux : mettre l’histoire de la déportation des Africains dans les Amériques et celle de la colonisation de l’Afrique – qui ont toutes les deux profondément impacté la géographie de la France et donc sa population – dans le même registre que les différentes vagues de l’immigration des populations d’Europe, et les placer dans un même musée baptisé «Musée de l’histoire de l’immigration », est à la fois une insulte et une réelle volonté d’invisibiliser l’histoire des Français noirs. C’est, ajouta-t-il, enseigner aux jeunes générations que l’histoire de l’esclavage des Noirs et celle de la colonisation de l’Afrique et des îles de l’océan Indien ne font pas partie de l’histoire de France ! Nombreuses étaient les personnes qui, dans la salle, ont approuvé de la tête cette intervention. Même celles qui n’ont pas visité ce musée n’en revenaient pas qu’une telle méprise soit possible au niveau d’une institution nationale !

Musée d'histoire coloniale          Le deuxième intervenant – un retraité de l’enseignement qui semble bien connu des mouvements associatifs locaux – a quant à lui souligné les difficultés qui se dressent devant la volonté de voir instituer un musée de notre histoire coloniale. Pour lui, le caractère moralisateur, sinon accusateur de l’édification de ces monuments justifie les réticences et les oppositions. Il a pris pour preuve le Mémorial de l’esclavage de Nantes qui soulignerait trop, selon lui, la part belle faite aux victimes en laissant de côté l’esprit mercantile de l’époque qu’il croit être aussi celui de l’Afrique.

          Une militante au fait des événements ayant conduit à la construction du Mémorial de Nantes ne manqua pas alors l’occasion de souligner la place que cette ville a prise dans la mémoire collective des Français quant au passé esclavagiste de notre pays grâce à ce monument. Non seulement le Mémorial est l’un des lieux de mémoire les plus visités du département, mais encore il est celui qui sert de modèle à de nombreuses autres villes de France qui osent enfin parler ouvertement de leur passé esclavagiste. Réaction qui a pleinement comblé le président de La France noire.

          A la fin des échanges, tout le monde a compris que ceux qui s’opposent à l’édification d’un musée de notre histoire coloniale y voient tout simplement une image négative de la France. Oui, en France, chaque fois qu’il est question de réaliser quelque chose qui prend en compte le passé des Noirs, on se pose la question de savoir si tous les Blancs seraient d’accord ! Il est tout à fait malheureux de voir des adultes s’accrocher à leurs scrupules plutôt que de privilégier l’instruction de la jeunesse en ouvrant les pages de notre passé colonial. C’est ainsi qu’ils privent les jeunes de connaissances sur leur pays tout en les accusant de ne pas respecter les valeurs d’égalité et de fraternité de la République. Comme le souligne clairement l’exposition qui a motivé cette conférence, nous devons tous retenir qu’un musée est « un lieu de mémoire nécessaire pour faire société commune ».

Raphaël ADJOBI

(1) Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples.

Commémoration 2024 de l’abolition de l’esclavage à Joigny (89) : hommage à Louis Delgrès

Lors de la cérémonie publique du 17 mai 2024, le président de « La France noire » et la Première adjointe au maire – représentant Monsieur le maire – ont rendu un vibrant hommage à la résistance et au sacrifice de Louis Delgrès à la volonté de Napoléon Bonaparte de mettre fin aux valeurs de liberté et d’égalité de la première République. La cérémonie a été animée par la chorale « Les Croq’Notes de Brion » (89).

Commémoration Joigny 2024

Discours du président de La France noire

Madame la première adjointe, représentant Monsieur le maire,

Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux,

Chers ami(e)s président(e)s et représentant(e)s des mouvements associatifs,

          nous voici réunis cette année encore, conformément aux dispositions du décret du 31 mars 2006 fixant le 10 mai comme « jour des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Avant cette date, l’abolition de l’esclavage n’était commémorée que dans les départements d’Outre-mer où elle faisait l’objet d’une journée fériée depuis 1983. En d’autres termes, c’est grâce à la loi dite Taubira de 2001 que – cinq ans plus tard – le décret du 31 mars 2006 a fait officiellement entrer cette page de notre histoire commune dans la vie des Français de la métropole ; et cela afin que cette histoire, sans cesse répétée, garantisse à travers les générations la mémoire du crime de l’esclavage des Noirs. Dans l’Yonne, c’est depuis 2017, qu’une municipalité – Joigny, bien évidemment – tente de faire entrer cet événement dans notre mémoire collective.

          Cette année, selon les vœux du président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage – Monsieur Jean-Marc Ayrault – les commémorations, ainsi que les travaux et manifestations scolaires, doivent être placés sous le signe de la résistance : « résistance des personnes menacées (en Afrique) par les captures et la traite, résistances sur les bateaux (lors de la traversée de l’Atlantique), résistances dans les colonies (des Amériques) sous toutes les formes possibles – par la culture, par la religion, par le marronnage, par les révoltes… », mais aussi résistance de ceux qui, depuis l’Europe, avaient pris leur défense : Olympe de Gouges, Condorcet, l’abbé Grégoire, Victor Schoelcher…

          Conformément à ce vœu du président Jean-Marc Ayrault, La France noire a choisi de rendre hommage à un personnage très mal connu de l’histoire de France. Il s’agit du colonel de l’armée de la Première République Louis Delgrès qui, en 1802, s’est résolument dressé contre la volonté de Napoléon Bonaparte de mettre fin à la jeune République ; oui, Louis Delgrès s’est sacrifié en s’opposant à la volonté de Napoléon d’établir en France une aristocratie impériale à l’image de celle d’avant la Révolution de 1789 en commençant par le rétablissement de l’esclavage des Noirs, au grand bonheur de ses partisans.

          Voici, Mesdames et Messieurs, la proclamation faite par Louis Delgrès avant sa mort par un suicide collectif devant les forces anti-républicaines. Cette proclamation s’adresse avant tout à chacun des Français d’aujourd’hui ; à chacun de nous présent dans cette assemblée. Nous sommes tous sa postérité et il nous prend à témoin de la réalité d’un fait historique. Vous noterez dans cette proclamation que je vais vous lire, deux noms renvoyant aux deux acteurs principaux chargés par Napoléon Bonaparte d’exécuter sa volonté de rétablir l’esclavage aboli en 1794 (8 ans plus tôt) : le contre-amiral Jean-Baptiste Lacrosse nommé préfet de l’île de la Guadeloupe et le général Antoine de Richepance.

          Le premier, le préfet Jean-Baptiste Lacrosse, avait eu pour mission – une année avant la proclamation de Delgrès – de mettre de l’ordre sur l’île en démobilisant les soldats noirs pour les renvoyer dans les plantations. Le deuxième, le général Antoine de Richepance, arrive un an plus tard, au début du mois de mai 1802 à la tête de trois mille cinq cents hommes (3 500). Vous comprenez bien que le rétablissement de l’esclavage devait se faire techniquement en deux étapes afin d’avoir des chances de réussir à la Guadeloupe. Mais comme vous le verrez, Louis Delgès se refusait à croire que cette volonté de rétablir l’esclavage venait de Napoléon. Il avait en effet de Napoléon une idée plus haute : l’idée d’un homme pétri des valeurs du siècle des lumières.

Commémoration 2024 Croq'Notes

Proclamation de Louis Delgrès le 10 mai 1802

À l’univers entier

Le dernier cri de l’innocence et du désespoir

C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée de lever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.

Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèles à la patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l’auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne savons pas l’étendue des pouvoirs, puisqu’il ne s’annonce que comme général d’armée, ne nous a encore fait connaître son arrivée que par une proclamation dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu’il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s’écarter des termes dont il se sert. À ce style, nous avons reconnu l’influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle… Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie.

Quels sont les coups d’autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions à calculer le moment de l’arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d’autorité déjà frappés au Port-de-la -Liberté, le système d’une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.

Osons le dire, les maximes de la tyrannie les plus atroces sont surpassées aujourd’hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes malheureusement trop puissants par leur éloignement de l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage.

Et vous, Premier consul de la république, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut -il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence, mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.

Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, – à moins qu’on veuille vous faire le crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, – vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation. La résistance à l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.

Le Commandement de la Basse-Terre Louis DELGRÈS

          Dix jours après cette proclamation, c’est-à-dire le 20 mai 1802, à des milliers de kilomètres de la Guadeloupe, à Paris, Napoléon Bonaparte signe officiellement le premier décret rétablissant l’esclavage en ces termes froids et implacables : « La traite des Noirs et leur importation dans lesdites colonies (les colonies françaises des Amériques) auront lieu conformément aux lois et règlements existants avant ladite époque de 1789 » ! La première proclamation de la déchéance de la nationalité venait d’être mise en place et appliquée dans toute sa rigueur.

          Mesdames et Messieurs, comme vous venez de l’entendre, Louis Delgrès nous demande une chose simple : ne pas oublier ses compagnons et lui afin que leur mort pour la défense de la liberté et de l’égalité ne soit pas inutile. C’est d’ailleurs pourquoi le journaliste et grand reporter au journal Le Monde, Benoît Hopquin, a été le premier à saluer son héroïsme en 2009 dans son livre Ces Noirs qui ont fait la France.

          Benoît Hopquin disait que si la France républicaine avait l’honnêteté de passer en revue les grands défenseurs de ses idéaux de liberté et d’égalité, il lui serait difficile de trouver une figure aussi « exemplaire de beauté tragique » à honorer. Pourquoi donc ? – la réponse est dans la suite de son propos qui doit faire réfléchir tous les Français de la métropole – Il dit : « si la brutale disparition de celui qui se sacrifia le 28 mai 1802 – à 36 ans – dans un suicide collectif avec trois cents de ces compagnons au cri devivre libre ou mourir s’était déroulée en métropole, son acte n’aurait pas manqué d’emplir les manuels, de nourrir les romans, de susciter des pèlerinages ». Pensez donc, poursuit-il, « un colonel de l’armée républicaine, couvert de gloire sur les champs de bataille, qui succombe devant les forces contre-républicaines de Napoléon Bonaparte. Si la scène s’était déroulée à Paris en Bretagne ou en Alsace, celui-là aurait son nom à tous les frontons » de nos écoles, collèges, lycées et autres lieux symbolisant l’amour de la liberté ou du savoir.

          Louis Delgrès savait, à cette époque déjà, que c’est ainsi que les peuples d’Europe écrivent leur histoire, que c’est ainsi que que partout les individus prennent place pour longtemps dans la mémoire de leurs populations. Sûr de ce fait, il a clairement exprimé cette demande à tous les Français qui viendront après lui et ses compagnons de lutte en terminant sa proclamation par ces termes que nous ne devons pas oublier : « Et toi postérité ! Accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits » !

          Je vous remercie.

Les élèves du lycée Benjamin Franklin (45) témoignent, après avoir découvert l’exposition « Les résistances africaines à la traite… »

Exposition N°1 Revue agré. académ.Le jeudi 18 et le vendredi 19 janvier 2024, La France noire a rencontré les jeunes du lycée Benjamin Franklin d’Orléans autour de son exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ». Un mois plus tard, nous est parvenue une enveloppe du CDI de ce lycée contenant les témoignages des étudiants ayant participé aux rencontres. Nous n’hésitons pas au plaisir de partager avec vous les deux premières pages de ce document qui en compte cinq. Merci à nos collègues et amis Guyonne Duvauferrier et Sébastien Villepou qui ont pensé à recueillir ces témoignages à partir des questions suivantes :

– Qu’avez-vous pensé de la conférence à laquelle vous avez assisté ? Et de l’exposition ? Développez votre réponse.

– Quelles sont les images ou textes qui vous ont marqués dans cette exposition ? Pourquoi ?

BTS :

R. Gaspard : « Très bonne conférence, une explication claire et soignée, l’intervenant nous a montré pourquoi il était présent et son discours était vivant. Il nous a expliqué clairement sans déborder sur d’autres sujets ».

« J’ai été marqué par le masque que portaient les femmes car cela est immoral ».

D. Christophe : « Très bien, très instructives »

« L’image des esclaves dans la fosse, on dirait des bêtes dans des cages, cela renvoie bien la cruauté des êtres humains afin de réaliser des profits ».

D. Nathan : « C’était très intéressant et instructif. »

« L’image ci-dessus, avec l’esclave portant un masque de fer est marquante. On a l’impression de voir un chien avec une muselière, ce qui prouve complètement la déshumanisation totale des esclaves qui ne sont plus considéraient comme des êtres humains mais comme des objets sans valeur. C’est triste ».

D. Gaëtan : « J’ai bien aimé cette exposition car elle a été d’une part très instructive et aussi elle m’a fait prendre conscience à quel point les personnes noires avaient pu souffrir et à quel point ils ont contribué à notre culture et à la défense de la France durant les guerres ».

« J’ai été choqué de voir des images représentant des esclaves marqués au fer rouge comme du bétail ».

L. Erwan : « Les images de violence et la violence de celle-ci ».

C. Valentine : « J’ai trouvé cette conférence très intéressante, et qu’il vaut mieux se connaître et apprendre à respecter sa différence. Le monsieur de la conférence était captivant et expliquait très bien. Parler d’événements aussi tragiques permet de prendre conscience de certaines choses et de réaliser qu’on n’est pas si mal ».

« L’image qui m’a marquée durant cette exposition est l’image ci-dessus avec l’instrument de torture. Je la trouve marquante car il faut avoir un instrument pour ne pas se suicider donc ça montre bien l’horreur de l’esclavage. Ils doivent créer un instrument pour maintenir leurs serviteurs en vie. L’autre image qui m’a marquée est l’image où les gens étaient en captivité dans une fosse de plus de 3 mètres, accrochés avec des chaînes les uns aux autres. Elle était choquante car on dirait des animaux mis en captivité, des animaux dangereux qu’il faut tenir à distance pour ne pas attraper des maladies ou se faire mordre ».

P. Malo : « J’ai bien aimé la conférence ça nous a permis d’en apprendre plus sur l’esclavage ». « L’image avec le dos frappé ».

S. Jaad : « Cette conférence m’a permis de mieux comprendre les difficultés et les conditions de vie qu’ont subies les noirs durant cette période ».

P. Marius : « Très bonne conférence avec beaucoup d’explications et de détails ».

C. Benoît : C’était très intéressant la conférence comme l’exposition car c’est important de ne pas oublier cette partie de l’histoire ».

L. Nadir : « C’était très intéressant car je ne connaissais pas l’histoire des noirs français ».

Y. Hfid : « Grâce à cette conférence, j’ai pu voir plusieurs aspects éclairants et approfondis de l’esclavage et de la contribution des noirs dans l’histoire française ».

K. Batuhan : « C’était une très belle exposition. Cela nous a permis de découvrir en détail ce que les esclaves ont subi durant ces années-là. J’ai été marqué d’apprendre qu’il y a eu 2 fois une abolition de l’esclavage en France ».

S. Licina : « C’était une très bonne conférence. J’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire des Noirs de France que je ne connaissait pas avant ».

« Les images qui m’ont marqué sont toutes les images des esclaves qui se font torturer par les blancs. Cela me montre la cruauté des hommes ».

B. Charly : « Cette conférence était intéressante pour comprendre les histoires, tout ce qu’il s’est passé durant des siècles ».

« L’image du texte qui m’a marqué c’est l’image de Samory Touré car cela m’a permis d’apprendre puis de voir ce qu’il s’est passé en 1884 et 1885 au Gabon ».

B. Jawad : « Je pense que la conférence était bien construite, pour ma part j’ai tout compris mais j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup trop d’affiches et de données sans trop d’indications de sens de lecture. Mais à part cela j’ai fortement apprécié cette intervention qui était riche en apprentissages ».

« C’est l’affiche sur le dos d’un ancien esclave des Amériques à subies à la suite d’une tentative de fuite vers la liberté. On voit des cicatrices abominables à la suite de sa tentative de fuite qui choquent ».

N.B. : Nous avons volontairement évité de mentionner les noms de famille.

Retour de l’exposition « L’invention du racisme… » au lycée des métiers François Mitterrand à Château-Chinon (58 – Nièvre)

Château-Chinon 2024 Lolli oui          Du lundi 8 au vendredi 12 avril 2024, grâce à notre collègue professeure documentaliste, Hélène Boitière, La France noire a été invitée par l’équipe pédagogique du lycée des métiers François Mitterrand à Château-Chinon (58-Nièvre) pour présenter aux étudiants son exposition sur « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’Histoire de l’humanité ». Afin de permettre aux jeunes de profiter largement de la richesse de l’exposition, et surtout des analyses du conférencier, la rencontre avec chaque classe a duré 1h30 au lieu d’1h – comme ce fut le cas l’année dernière.

Château-Chinon 2024 A          Compte tenu donc d’un planning qui accorde plus de temps aux élèves, les échanges ont été très riches grâce aux nombreuses réactions devant les images publicitaires empreintes de racisme ainsi que les stéréotypes renvoyant – hier comme aujourd’hui – les Noirs au monde des primates. Les jeunes des 8 classes qui ont participé à ce rendez-vous ont fait montre de beaucoup d’attention et n’ont pas hésité à exprimer leurs sentiments personnels devant les conséquences des théories qui ont alimenté le racisme. En les écoutant, La France noire peut être fière d’offrir à la jeunesse les outils nécessaires pour reconnaître le racisme qui se cache derrière certaines images que véhicule notre société en ce XXIe siècle. Bravo aux jeunes pour leur franchise qui a rendu chaque moment très agréable.

Château-Chinon 2024 B          Merci aux collègues dont la curiosité et l’enthousiasme ont encouragé la professeure documentaliste à renouveler ce rendez-vous pédagogique. C’est un réel plaisir de les entendre souligner l’utilité de notre action auprès des étudiants dont ils ont la charge et dont ils connaissent les besoins. Merci à toutes et à tous d’apprécier autant que nous ce moment particulier de la vie du lycée des métiers François Mitterrand.

Raphaël ADJOBI

Le lycée Clément Ader accueille l’exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques » pour la deuxième année consécutive

Tournan-en-Brie avr. 2024. b          Du mardi 2 au vendredi 5 avril 2024, à Tournan-en-Brie (77), le lycée Clément Ader a accueilli pour la deuxième année consécutive La France noire avec son exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques. C’est encore une fois notre collègue Thibault Noël-Artault qui nous a invités avec la complicité des professeures documentalistes – Anne et Laurence – qui ont pris en charge l’organisation des rendez-vous avec les classes le mardi et le vendredi.

Tournan-en-Brie avr. 2024. C          Les 6 classes inscrites à la rencontre avec le conférencier ont bénéficié d’un exposé sur les raisons qui justifient la connaissance de l’histoire de la traite et de l’esclavage des Noirs dans les Amériques, avant de découvrir l’exposition. Puis, un temps de questions-réponses leur a été accordé ; et, comme d’habitude, il y a eu de nombreuses observations appelant des explications complémentaires de la part du conférencier. Merci aux jeunes pour l’attention dont ils ont fait preuve durant ces rencontres.

Tournan-en-Brie avr. 2024. D          Merci à Anne et Laurence pour l’accueil, les échanges qui ont été riches de belles informations, et aussi pour leur aide à l’installation et à la désinstallation de l’exposition. Merci aux collègues qui ont inscrit leurs classes aux rencontres de ces deux journées permettant ainsi à leurs élèves soit d’élargir leurs connaissances sur un sujet au programme, soit tout simplement de faire preuve de curiosité. En effet, la culture s’acquiert aussi en sortant des sentiers battus. Merci à toutes et à tous qui encouragez les jeunes à ne pas se contenter du strict nécessaire mais bien au contraire à ouvrir leur esprit sur d’autres sujets.

Tournan-en-Brie Livres          Merci au professeur de philosophie, Thibault Noël-Artault, dont la passion pour l’histoire des peuples a permis ces retrouvailles avec le lycée Clément Ader.

Raphaël ADJOBI

« La France noire » à la réunion du réseau des associations amies de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage

La FME direction couleur B          Le jeudi 7 mars à 17h, La France noire a pris part, pour la première fois, à la réunion des membres du réseau des associations amies de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME) au siège de l’institution à l’Hôtel de la Marine à Paris. Ce rassemblement avait pour but d’accueillir les 5 nouveaux adhérents, de préparer le temps des mémoires 2024 et enfin de réfléchir aux prochaines activités du réseau qui seront mises en place à partir du mois mai.

          C’est à la fois en présentiel et en distanciel via un lien zoom que les membres ont échangé sous la direction de la directrice de la Fondation, Mme Aïssata SECK, de son adjoint M. Raphaël Janeault, et de la chargée des relations avec les instances, Mme Magalie Limier. Après la présentation des 5 nouveaux membres – dont la France noire – les autres associations ont exposé les activités qu’elles mènent dans leur localité. Et, sous la diversité des actions, il apparaît clairement une réelle volonté d’instruire et de sensibiliser les populations quant à la place que doit prendre le passé esclavagiste de la France dans la mémoire commune grâce aux différents canaux de transmissions des connaissances. Dans cette tâche, les associations qui empruntent la voie artistique semblent nombreuses et très dynamiques. Bien sûr, il n’a pas échappé à La France noire que certaines (comme Mémoria la Rochelle) sont soucieuses de l’usage des outils didactiques pour travailler sur le racisme et les préjugés.

Réunion FME 2024 A          Madame Aïssata Seck a souligné l’importance du réseau des associations amies de la FME dans la prise de conscience des institutions quant aux besoins réels sur le terrain. C’est en fédérant les associations porteuses de la mémoire de l’esclavage que la FME montre à tous la nécessité des jeunes d’accéder à cette connaissance. Et tout le monde reconnaît que, grâce à la FME, les idées des mouvements associatifs avancent plus rapidement et plus sûrement.

          Pour les associations, être membre du réseau mis en place par la FME signifie la labellisation (reconnaissance d’un travail de qualité), la participation aux réunions de l’institution, recevoir des invitations aux cérémonies officielles, la possibilité de faire connaître ses activités sur le site de la FME, et enfin la possibilité de siéger au Conseil d’administration de la FME. Signalons que le 27 avril prochain aura lieu le lancement officiel des journées de la Mémoire à l’Hôtel de la marine. Quant aux ateliers de la Fondation, elles se dérouleront en novembre. En attendant ces évènements, deux associations – sur les 25 labellisées – doivent entrer pour deux ans au Conseil d’administration de la FME. Cette possibilité est offerte à La France noire. Cependant, oser cette candidature, c’est s’engager à plus de responsabilités et de rencontres à l’extérieur durant les deux années à venir.

Raphaël ADJOBI

Le lycée Charles Le Chauve à Roissy-en-Brie (77) accueille « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté… »

Roissy-en-Brie 3          Du lundi 5 au vendredi 9 février 2024, le lycée Charles Le Chauve a accueilli notre exposition sur l’esclavage avec deux journées de conférences devant les jeunes (jeudi et vendredi). C’est toujours un réel plaisir de constater que certaines professeures documentalistes jouent pleinement leur rôle d’animatrices de l’espace culturel qu’est le CDI dont elles ont la gestion ; cette liberté qu’elles ont de solliciter des intervenants extérieurs pour élargir les savoirs des élèves mérite d’être imitée.

          Parmi les 9 classes inscrites à la rencontre, certaines ont pu découvrir en amont l’exposition, accompagnées de leur professeur, et ont bénéficié de plus de temps d’échange avec le conférencier ; d’autres – toujours grâce à leur professeur – ont travaillé sur la connaissance de l’histoire française de l’Autre avant le jour du rendez-vous. En effet, une collègue a été sensible à cette formule de notre site Internet : « Lorsque les autres ignorent que vous avez une histoire, ils n’ont pas d’estime pour vous ». Oui, l’histoire de l’esclavage dans les Amériques fait partie des pages de l’histoire d’une partie de la population française ; la connaître, c’est aussi comprendre la diversité de la France d’aujourd’hui. Nous avons également eu l’agréable surprise de voir des enseignants visiter l’exposition avant leurs classes.

Roissy-en-Brie 1          C’est donc avec une grande attention que les lycéens ont écouté le conférencier après la lecture des panneaux dont les images ne peuvent laisser indifférents. Évidemment, les questions ont souvent tourné autour des violences infligées aux femmes et aux hommes africains en cas de résistance à la volonté des esclavagistes. Sous leurs yeux se peignaient effectivement les images des révoltes, des suicides et des infanticides qui étaient des réponses individuelles et collectives à la captivité et à l’exploitation que ces Africains ne comprenaient pas et n’acceptaient pas. Merci à tous les jeunes qui ont activement participé aux échanges ; bravo à tous pour votre écoute attentive. Vos applaudissements nous ont vraiment fait plaisir.

Roissy-en-Brie 4          Merci à notre collègue professeure documentaliste qui a pris soin de nous durant ces deux journées. Nous sommes également reconnaissants à tous les enseignants qui, soucieux d’aiguiser la curiosité de leurs élèves, les ont inscrits à ces rencontres. Cela est stimulant pour les professeures documentalistes. Merci à toutes et à tous de nous avoir franchement témoigné votre satisfaction.

Raphaël ADJOBI