Le baiser « esquimau » ou les voyageurs européens et le colportage des préjugés

Le baiser esquimau 1          Dans une brève analyse de ce que veut dire « Penser par soi-même », Luís-Nourredine Pita – vice-président de l’association La France noire – écrivait, dans un billet publié sur notre blog, que « le préjugé […] c’est quelque chose que l’on a acquis passivement, qui fait partie des influences reçues ». Par conséquent, le préjugé est une pensée ou « une idée qui n’a pas été remise en question, qui n’a pas été passée au crible de la réflexion », ajoutait-t-il. Sachons qu’il en est ainsi de nombreuses idées que les voyageurs européens, en rencontrant les peuples lointains, ont colportées à travers toute l’Europe pendant des siècles puis dans la culture mondiale par la colonisation d’autres contrées. Y avez-vous déjà pensé ? Formulons la question autrement : avez-vous déjà pensé que de nombreuses affirmations que nous véhiculons à longueur de journée sont des préjugés, c’est-à-dire des pensées qui ne sont pas vraies, qui « ne sont pas des pensées véritables » ?

          Le préjugé est un jugement auquel on s’accroche, une opinion que l’on adopte sans aucun examen pour savoir si elle correspond à la réalité, à l’objet, à la chose ou à la personne réelle. C’est le préjugé qui a fait des autochtones des Amériques des Indiens ! Cette dénomination ne renvoyait et ne renvoie toujours pas à la réalité. Et comme les préjugés ont naturellement la vie dure, cinq siècles après l’erreur monumentale de Christophe Colomb, l’éducation familiale et l’enseignement public sont incapables de voir les autochtones des Amériques autrement que des Indiens ou Amérindiens (Indiens des Amériques !). Soyons honnêtes : le préjugé ne serait-il pas synonyme de fainéantise de l’esprit, d’incapacité à s’élever plus haut que ce que l’on entend et apprend tous les jours ?

Le baiser esquimau 3          Parlons ici d’un préjugé colporté par les Européens à travers le monde que les populations concernées viennent de faire voler en éclats. Tout le monde a appris que les « Esquimaux », ces « petits êtres des zones polaires », s’embrassent en frottant leur nez l’un contre l’autre. En réalité, les Inuits (faussement appelés Esquimaux) – ces populations de la zone arctique s’étendant de l’Alaska au nord-est de la Russie en passant par le nord du Canada et le Groenland – ne s’entrechoquent pas le nez pour se témoigner leur affection. Le baiser inuit consiste à saisir des deux mains la tête de la personne que l’on veut embrasser et à appliquer de manière plus ou moins appuyée, selon l’intensité du sentiment, le nez et la bouche sur sa joue. Il est permis de laisser entendre un bruit de succion. Entre l’opinion véhiculée par les voyageurs européens et la réalité qu’une jeune chanteuse Inuite et sa mère ont tenu à montrer, le fossé est bien grand ! Voilà ce que vous pensez, voilà ce que nous sommes, semblent-elles crier au monde. Et nous voilà tout à coup bien bêtes ! Mais le préjugé, lui, ne mourra pas.

Le baiser esquimau texte 2          De nombreuses personnes soutiennent des idées sur des peuples étrangers et leur passé tout simplement parce qu’une personne de leur pays ou de leur continent les a affirmées. Si les préjugés ont la vie dure, c’est-à-dire s’ils sont difficiles à éradiquer, c’est parce que l’éducation et surtout l’enseignement les entretiennent allègrement malgré les efforts des scientifiques de ce XXIe siècle. Combien sont-ils ces universitaires qui, au lieu de consulter les peuples eux-mêmes, se fient à l’intelligence des leurs, de ceux qui leur ressemblent, tournant ainsi dans une sphère sereine comme la souris dans sa cage avec la ferme conviction d’être très intelligente. Ce qui fait dire aux auteurs de Lady sapiens (Ed. Les Arènes 2021) que « un travail de déconstruction attend toujours les scientifiques afin de venir à bout des préjugés des universitaires eux-mêmes ». Car c’est par eux que les jeunes apprennent… les préjugés.

Raphaël ADJOBI

3 commentaires sur « Le baiser « esquimau » ou les voyageurs européens et le colportage des préjugés »

  1. Bonjour mon ami et mon frère,

    Désolée pour ce silence assourdissant. J’ai été très préoccupée ces derniers mois par des projets d’ordre privé dont le point culminant était pour le mois de janvier. Reçois ici mes plus plates excuses. J’avais des projets personnels qui m’ont rendu quasi faisait tout occulter. Je t’annonce que je me suis mariée traditionnellement le 15 janvier dernier à Abidjan. Je repars au mois d’août pour le mariage civile. C’est la bonne nouvelle que je préparais. Les relations à distance ce n’est ce qu’il y a de plus facile en matière de relations humaines. Mes projets rejoignant ceux de mon époux, je me prépare à le rejoindre définitivement dans moins de 2 ans.

    Ceci étant dis, je viens de lire ton écrit sur les préjugés et c’est toujours un plaisir de te lire. Les préjugés ont la vie dure et sont bien souvent, sans qu’on y prenne garde, responsables de tant de dérives!

    Bien affectueusement,

    Amélie DOH

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  2. Bonsoir chère Amélie, chère amie,
    Merci pour toutes ces infos te concernant. Je sais que même quand tu seras partie, tu continueras à nous suivre. En tout cas, toutes mes félicitations et bonne suite !
    Affectueuses pensées.
    Raphaël

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  3. Le voyage fut d’abord une industrie polluante qui a longtemps fabriqué des « prêts à penser » à propos de l’Autre. Elle est aujourd’hui une industrie qui fabrique des « prêts à vivre » en ce qui concerne les lieux visités (Par Céline Delay-Mazurelle – réalisatrice du documentaire « Si loin, si proche » – Télérama du 1er au 7 mai 2021).

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