En partenariat avec l’association La France noire, la ville de Joigny organise depuis 2016 la journée nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Merci à toutes les personnes qui se sont déplacées pour partager les récits d’une époque de notre histoire commune dont un aspect a été souligné de manière particulière à travers l’exposition Les grandes figures du mouvement abolitionniste : l’union des Noirs et des Blancs durant deux siècles pour pousser les pouvoirs occidentaux à abolir l’esclavage des Africains.
Comme tous les ans, deux discours ont été prononcés. “Un moment d’histoire” comme aiment à le dire les habitués de cette cérémonie. C’est d’abord Françoise Roure, la coprésidente de l’association chargée des relations avec la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, qui a rappelé les conditions difficiles des débats ayant abouti en 2001 à ce qui est communément appelé « la loi Taubira » reconnaissant la traite et l’esclavage des Africains, des Amérindiens, des Malgaches et des Indiens comme crime contre l’humanité. Pour que cette loi dont nous célébrons les 25 ans en cette année 2026 soit adoptée, a-t-elle précisé, il a fallu qu’elle soit amputée de son pendant essentiel : l’idée de réparation de ce crime. Puis l’oratrice a souligné le grand retard pris par la France quant à la recherche sur son passé esclavagiste et colonial ; les universitaires allant jusqu’à dissuader leurs étudiants de se lancer dans cette voie. On comprend aisément, ajoutera Raphaël Adjobi – l’autre coprésident – pourquoi de nombreux établissements scolaires n’osent pas accueillir les travaux de La France noire sur cette thématique. La notion de crime contenant consciemment ou inconsciemment l’idée de réparation, l’enseigner dans tous ses aspects et ses conséquences fait comprendre à tous qu’il faudra un jour où l’autre passer à l’action réparatrice.
C’est ensuite le maire de notre commune, Monsieur Nicolas Soret qui a pris la parole pour assurer à notre association que – contrairement au maire de Vierzon ayant annulé la cérémonie de commémoration dans sa ville sous des prétextes fallacieux – le partenariat établi avec son prédécesseur se poursuivra sous son mandat. Mais avant, il a tenu à dénoncer les propos du député de la 3e circonscription de l’Yonne qui a jugé opportun de rappeler que la longue traite musulmane des Africains n’est pas enseignée dans notre pays. C’est, a-t-il dit – et nous sommes de son avis – dans le seul but de stigmatiser nos compatriotes musulmans. En effet, ce que cet élu de l’extrême droite soutenu par la droite extrême oublie – sans doute volontairement, car sa jeunesse ne pourrait être la cause de cette ignorance – c’est que la France n’a pas participé à la traite arabo-musulmane des Africains et que par voie de conséquence cette histoire ne fait pas partie de l’Histoire de France. Nous dirions qu’il y a dans l’attitude de ce député cet esprit malsain que les descendants des colonisés et des esclavagisés (ou esclavisés) ne cessent de rappeler : « il y a toujours chez les mieux intentionnés des Français cette obligation que l’on se fait de souligner les indignités des autres [pour minimiser les siennes] » (Léonora Miano, L’opposé de la blancheur, Seuil 2023).
Monsieur Nicolas Soret a ensuite relevé l’abstention de la France lors du vote à l’ONU de la résolution qualifiant « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » comme « les plus graves crimes contre l’humanité ». Comme le président de la République cinq jours plus tôt (le 10 mai), il a déploré l’idée de « hiérarchisation des crimes contre l’humanité » en même temps que celles des victimes que suggérerait cette résolution.
Avant d’aller plus loin, disons tout de suite que répondant au président de la République qui avait justifié l’abstention de la France par l’argument que nous venons de souligner, Christiane Taubira avait dit simplement et très justement que l’ONU n’a fait qu’un constat que chacun peut faire à son tour en regardant la vérité de l’état de la France et du monde en face. Ce propos mérite explication pour bien comprendre ce qu’il faut entendre par le crime « le plus grave » ; à ne pas confondre avec le crime le plus « grand » qui contient un jugement de valeur. La « gravité » suppose un pronostic clinique analysable que l’on peut soumettre au jugement de chacun pour comprendre qu’un mal met en jeu le fonctionnement d’un corps (social). Quant à savoir si la France elle-même ne hiérarchise pas les douleurs de ses populations, cela est un autre débat que nous n’aborderons pas ici.
Parce que – comme souligné plus haut – la France est très en retard dans la recherche sur son passé esclavagiste et colonial, nous ne sommes pas habitués à la confrontation des connaissances sur l’histoire de l’esclavage. Heureusement, la traduction des travaux étrangers nous éclaire sur le point de vue de nombreux historiens étrangers. Pour faire bref, retenons ce qu’assure l’Américain Blanc Howard Zinn : « Les deux fondements qui firent de l’esclavage américain [des Africains] le plus cruel de toute l’histoire de l’humanité[sont] le désir frénétique de profits illimités, caractéristique de l’agriculture capitaliste, et la réduction de l’esclave à l’état de moins qu’humain par le biais de la haine raciale, fondée sur l’évidence implacable de la différence de couleur [faisant] du Blanc le maître et du Noir l’esclave »* (Une histoire populaire des États-Unis, Éd. Agone, 2022, 2023). Et c’est aussi sur cet « esclavage racialisé » avec un supérieur blanc (maître) et un inférieur noir (esclave) que s’appuie l’ONU pour dire que c’est le crime contre l’humanité qui a le plus gravement impacté les peuples de la terre.
L’esclavage des Noirs n’est donc pas le plus grand des crimes contre l’humanité sur une échelle des valeurs mais le plus GRAVE sur une échelle de l’impact ou des conséquences sur le fonctionnement des corps sociaux-culturels de la planète. N’y a-t-il pas une différence entre un cancer localisé et un cancer généralisé ? L’humanité entière est plus « gravement » atteinte par la maladie du racisme née avec l’esclavage des Africains. Si vous pensez le contraire, c’est à vous de dire s’il y a un autre « crime contre l’humanité » qui a autant impacté les populations aux quatre coins du monde.
Raphaël ADJOBI
* Avant Howard Zinn, en 1829, David Walker, un fils d’esclave né libre en Caroline du Nord et installé à Boston faisait remarquer que nul ne trouvera dans un texte sacré ou profane qu’un autre peuple a connu l’insulte suprême consistant à être chassé de la grande famille humaine avant d’être livré en pâture (Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis). “L’insulte suprême” est le fondement de la haine du Noir sur tous les continents.



Nous profitons de l’occasion pour dire toute notre reconnaissance à la mairie de Joigny pour la poursuite de ce partenariat qui participe à l’instruction des populations de notre commune quant à l’origine de la présence des Noirs dans le paysage français. La cérémonie sera animée par le groupe 
Le rappel de la géographie de la France éclatée sur plusieurs continents et plusieurs océans est toujours un moment qui retient l’attention des élèves de manière particulière. Et c’est un réel plaisir de voir certains dodeliner de la tête en signe d’approbation. Laisser voir les figures noires ayant émergé des événements de l’histoire esclavagiste et coloniale de notre pays est un travail pédagogique que nous devons tous nous imposer afin que les jeunes générations aient une idée juste de la continuité de la diversité de la population française.
Nous espérons que chacun est ressorti de la conférence avec en tête l’image d’un personnage français dont il n’avait jamais entendu parler. C’est en répétant les noms de nos héros que nos jeunes sauront les distinguer des héros et héroïnes noir(e)s américain(e)s qu’ils connaissent grâce au cinéma et aux médias.
Merci à l’équipe pédagogique de l’établissement d’associer La France noire au travail d’instruction pour une meilleure connaissance de l’autre qu’elle accomplit quotidiennement auprès de la jeunesse. Merci aux élèves pour leur attention et aussi pour leurs applaudissements encourageants pour le conférencier.
Au moment où l’association
Le concert de gospel de cette année était dirigé par Cassandra Drane. Un répertoire varié a enthousiasmé l’auditoire. C’est un réel plaisir de constater que si le noyau de la chorale demeure, il s’est étoffé grâce à de nouvelles recrues visiblement très heureuses de l’aventure. La mise en valeur de quelques voix nous permettant d’avoir une idée des talents individuels a été très appréciée par le public qui n’a pas été avare en applaudissements.
Merci à toutes et à tous pour ce joyeux après-midi passé en votre compagnie.

Du lundi 16 au vendredi 20 mars, grâce à notre collègue Véronique Gauweiler,
C’est la deuxième année consécutive que l’association
11 heures de conférence le jeudi 19 et le vendredi 20 qui resteront inoubliables tant l’attention des lycéens et l’intérêt manifesté par les enseignants étaient grands. Merci à toutes et à tous. Surtout merci aux classes qui m’ont franchement applaudi.
Le 13 février 2026, les Pays-Bas ont reconnu officiellement que l’esclavage n’est pas seulement une histoire qui nous plonge dans le passé d’une relation violente
Thomas Clarkson,
Mais plutôt que de rendre compte de la situation critique des Africains sur les navires négriers pendant la traversée de l’Atlantique (Passage du Milieu),