Le lycée Benjamin Franklin à Orléans accueille « La France noire » pour la sixième fois

Orléans Janv. 2024 A          Depuis l’année scolaire 2018-2019, le lycée Benjamin Franklin maintient une relation étroite avec La France noire autour des outils pédagogiques qu’elle propose. Et fait exceptionnel, cet établissement scolaire est le premier à avoir accueilli les trois expositions de l’association. Les professeurs documentalistes de ce lycée peuvent, par conséquent, valablement témoigner de la qualité de l’ensemble de nos travaux auprès d’autres établissements.

          Cette année, c’est notre exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques – exposition labellisée (une garantie officielle de qualité accordée) par la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME) dirigée par Jean-Marc Ayrault – qui a été choisie ; et cela pour la première fois. Bien sûr, nous avons retrouvé à Benjamin Franklin les fidèles de La France noire ; des fidèles auxquels se sont joints de nouveaux enseignants qui n’ont pas manqué de nous témoigner leur enthousiasme. Merci à tous les collègues qui prennent le temps de lever la tête des manuels scolaires afin d’élargir quelque peu l’horizon des jeunes sur d’autres façons de présenter et d’enrichir les thématiques des programmes scolaires.

Orléans 2024 B          Les sept classes inscrites à la rencontre avec l’intervenant ont découvert la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques sous un angle jamais présenté dans les manuels et nos livres d’histoire. Quel bonheur, et quel plaisir de voir les choses autrement ! Aussi, l’attention des jeunes était grande devant les explications du conférencier ; et leur étonnement était tout aussi grand devant la violence des techniques inventées par les esclavagistes pour briser la soif de liberté des femmes et des hommes déportés depuis l’Afrique. Bravo aux élèves pour leurs belles remarques et leurs questions qui ont nourri les différentes rencontres. Nous vous disons sincèrement merci pour vos applaudissements et pour votre très grande attention qui témoigne du réel intérêt que vous portez à ce pan de notre histoire commune.

          Bien sûr, ces moments d’échanges ne seraient pas possibles sans les professeurs documentalistes qui, à Benjamin Franklin, jouent pleinement leur rôle d’animateurs culturels en proposant régulièrement aux enseignants et à leurs élèves des rencontres avec des intervenants extérieurs. En inscrivant leurs classes à ces activités, les enseignants encouragent les professeurs documentalistes à poursuivre leur travail qui va au-delà de la gestion du matériel pédagogique. C’est aussi, de la part de ces collègues, une marque de curiosité qu’ils transmettent d’une certaine façon à leurs élèves.

Raphaël ADJOBI

Le collège Saint-Michel à Reims accueille notre exposition sur le racisme

St-Michel Reims Janv. 2024 II          Après avoir reçu notre travail sur l’esclavage l’année dernière, le collège Saint-Michel à Reims a poursuivi l’échange pédagogique avec La France noire en accueillant, du 8 au 12 janvier 2024, L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité. C’est Madame Bindi, professeure documentaliste – exerçant pleinement sa fonction d’animatrice culturelle de l’établissement – qui a proposé aux élèves de cinquième et à leurs professeur(e)s de découvrir cette thématique à travers notre exposition. En répondant présents à son appel, ces derniers ont pris un réel plaisir à s’immerger dans l’histoire du racisme et ses impacts sur nos sociétés.

          Il est tout à fait magnifique de constater dans les réactions des jeunes que notre exposition leur fait prendre conscience de certaines réalités auxquelles nous ne prêtons pas l’attention qu’elles mériteraient ; une attention nécessaire pour aller vers la réflexion et l’analyse de certains comportements de la vie ordinaire. Et dans cette exposition, ce sont les idées et les comportements de certains adultes qui leur sont présentés. Que le lecteur se rassure : aucun des jeunes n’a manifesté le souhait de ressembler à ces adultes.

Image et texte          Bravo à tous les élèves qui ont participé à la rencontre avec le conférencier le mardi 9 janvier 2024 ainsi qu’à ceux qui ont pris part, durant les autres jours de la semaine, aux ateliers organisés par Madame Bindi. En effet, l’exposition est restée dans l’établissement jusqu’au vendredi 12 pour un travail interne. Merci aussi aux collègues qui ont montré un grand intérêt pour cette exposition et l’ont même fait découvrir à des classes de quatrième. S’adressant au conférencier, Madame Bindi a eu ces mots : « les jeunes aiment qu’on leur raconte des histoires. Et vous le faites si bien que leur attention est également remarquable ».

          C’est un réel plaisir de rencontrer dans les établissements scolaires des animateurs culturels aussi désireux que nous d’ouvrir l’esprit des jeunes au monde afin qu’ils se nourrissent le plus possible de toutes ses richesses dans le domaine des savoirs. C’est donc avec un pincement au coeur que nous ne reverrons plus Madame Bindi dans cette fonction au collège Saint-Michel. L’heure de la retraite a sonné pour elle dès la fin de ce mois de janvier 2024… La France noire vous remercie, Madame Bindi, de lui avoir permis de semer dans votre région un peu de ces pans méconnus de l’histoire de France mais dont la connaissance est si précieuse pour la construction de la fraternité nationale.

Raphaël ADJOBI

Les Voeux 2024 de Monsieur Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, et le travail de « La France noire »

En mars 2023, l’exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques de La France noire a été labellisée par la FME, 5 mois après son homologation par l’Éducation nationale. Pour l’année 2024, le président de la FME formule le vœu de voir cette thématique de notre travail placée au centre des soucis de notre système éducatif comme au centre des volontés de commémorer diversement l’abolition de l’esclavage (10 mai en métropole). Que les enseignants, les chefs d’établissement, et les maires de nos communes l’entendent !

1 - Ganvié texte vert          « Résister à l’esclavage : survivre, s’opposer, se révolter », tel est le sujet sur lequel les élèves et les enseignants qui participent au concours de la Flamme de l’Égalité travailleront cette année, et c’est aussi le thème que la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage propose pour orienter le Temps des Mémoires 2024.

3 - empoisonnement texte rouge          Résistances des populations menacées par les captures et la traite, résistances sur les bateaux, résistances dans les colonies, sous toutes les formes possibles – par la culture, par la religion, par le marronnage, par les révoltes… – Résistances en métropole de toutes celles et tous ceux qui dénoncèrent l’abomination de l’esclavage et qui aidèrent des personnes en servitude à s’émanciper, résistances qui après 1789 se muèrent dans les Antilles françaises en révolution qui balaya le système colonial esclavagiste et ouvrit les portes de la colonisation, il y a 220 ans aujourd’hui, lorsqu’Haïti proclama son indépendance le 1er janvier 1804.

          Pendant quelques semaines encore, vous pouvez retrouver de nombreuses figures emblématiques de cette histoire, à travers une sélection d’œuvres et de documents exceptionnels, dans l’exposition « Oser la Liberté » que la FME propose au Panthéon jusqu’au 11 février.

          Elle exalte l’universalité des combats pour la liberté et l’égalité, et aussi leur modernité, dans une société française d’où ni la discrimination ni le racisme n’ont disparu, dans un monde où le débat international sur les réparations nous interpelle sur les conséquences de nos actions passées, et nous invite à plus de solidarité avec les populations marquées par cette histoire, au nom de la défense d’un universalisme sincère et concret. Puisse-t-il nous inspirer toutes et tous en 2024 !

          Au nom des instances de d’équipe de la FME, je vous souhaite une bonne année, à vous ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers.

  Jean-Marc Ayrault

  Président de la FME

Le lycée Frédéric Joliot-Curie à Dammarie-lès-Lys accueille « La France noire » avec son exposition sur l’esclavage

Dammarie-lès-Lys déc. 2023          Le lundi 18 et le vendredi 22 décembre 2023, La France noire a présenté son exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques » au lycée Frédéric Joliot-Curie à Dammarie-lès-Lys (Seine-et-Marne 77) grâce à l’invitation de la professeure documentaliste Céline Elbé. Celle-ci avait découvert deux de nos travaux l’année dernière, à Tournan-en-Brie où elle était en fonction, et a jugé utile de faire venir cette exposition-conférence de notre association dans son nouvel établissement afin que les enseignants et leurs élèves en profitent.

          C’est avec une grande attention que les différentes classes ont écouté la présentation de l’exposition avant d’échanger avec le conférencier après avoir lu et observé les différents panneaux. Curieux, les élèves sont souvent revenus sur les violences infligées aux esclaves pour en comprendre les raisons ; ce qui a permis de leur faire prendre conscience de la volonté des esclavagistes de briser leur farouche attachement à la liberté les poussant à multiplier les actions de résistance : fuite (marronnage), infanticide, rébellions… Les élèves étaient visiblement très heureux de connaître cette page de l’histoire de France dans les détails. Certains sont même venus déclarer leur satisfaction au conférencier.

Dammarie-lès-Lys déc. 2023 b          Quant aux collègues, c’est avec un réel enthousiasme qu’ils ont accueilli notre exposition sur l’esclavage comme un complément utile à leur travail. Nous les remercions d’avoir répondu à l’appel de la professeure documentaliste qui, jouant pleinement son rôle, leur a permis de découvrir d’autres aspects des thématiques de leur enseignement. En se montrant curieux, ils encouragent par la même occasion la curiosité de leurs élèves ; et cela est heureux.

          « Je pense que vous êtes légitime pour parler de cette histoire ; en plus, vous en parlez avec une telle passion que vous captivez l’attention de votre auditoire. C’est ce qui m’a plu dès notre première rencontre », ainsi s’est exprimée Céline Elbé*, notre collègue documentaliste, à qui je dis sincèrement merci pour ce compliment. Nous lui sommes par ailleurs reconnaissants d’avoir été pour l’association une excellente ambassadrice auprès des autres professeurs documentalistes de la Seine-et-Marne. Résultat : quatre visites pédagogiques prévues dans ce département durant cette année 2023-2024.

Raphaël ADJOBI

*LIRE l’article de Céline Elbé sur le site du lycée F. Joliot-Curie à Dammarie-lès-Lys 

La cité scolaire Pierre Larousse à Toucy accueille pour la sixième fois « La France noire »

Toucy 2          La cité scolaire Pierre Larousse (collège et lycée) à Toucy a invité La France noire, pour la sixième année consécutive, à sa « semaine de la citoyenneté » qui s’est déroulée du lundi 11 au vendredi 15 décembre 2023. Une semaine que Monsieur le directeur adjoint chargé de la SEGPA et responsable de son organisation définit comme « un voyage éducatif [qui] s’inscrit dans la durée et la pérennisation, et non dans l’actionone shot” en lien avec la médiatisation de certains sujets ». Et il a parfaitement raison parce que l’instruction se fait dans la continuité des connaissances choisies permettant à tous les jeunes d’en bénéficier.

Toucy déc. 2023 a          C’est donc avec plaisir que nous avons présenté notre exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques » aux collégiens et aux lycéens durant deux journées (lundi et vendredi). Tous les enseignants conviennent que cet aspect de l’histoire de l’esclavage des noirs est absent des manuels scolaires et se réjouissent de la richesse de l’exposition qui suscite la curiosité des élèves. J’épargne aux lecteurs les compliments de tous ceux qui assurent ne pas se lasser de la prestation du conférencier dont ils connaissent pourtant le contenu du discours. Une collègue a d’ailleurs dit avoir eu peur de perdre sa place à cette rencontre avec ses élèves. Merci à toutes et à tous pour vos compliments qui obligent le conférencier à s’investir davantage dans les livres et la découverte des expositions organisées sur cette thématique en France. Ainsi, à chaque rencontre, les habitués apprennent des choses nouvelles et ne regrettent pas d’être venus.

Toucy déc. 2023 c          Les différentes classes du collège et du lycée ont eu droit, durant une heure, à un temps de présentation permettant de comprendre pourquoi il y a des Français noirs depuis la première République au XVIIIe siècle, puis à la visite de l’exposition suivie d’un temps de questions-réponses avec le conférencier. Si l’attention des élèves est variable au moment de découvrir les panneaux, elle est plus soutenue lors de la présentation ainsi que pendant le temps des échanges avec le conférencier ; ce qui montre bien qu’ils sont désireux de se nourrir de connaissances. Des moments de grand plaisir pour tout enseignant.

          Évidemment, au moment de quitter Monsieur le directeur adjoint, nous n’avons pas manqué de le remercier de nous avoir invités une fois de plus. Vous savez, nous a-t-il répondu, ce sont désormais les enseignants eux-mêmes qui demandent à ce que vous figuriez parmi nos invités. Tout est dit.

Raphaël ADJOBI

« UNE AUTRE HISTOIRE DU MONDE » à découvrir au MUCEM à Marseille

Le Mucem à Marseille          La veille de son intervention pédagogique au lycée Adam de Craponne à Salon-de-Provence le jeudi 23 novembre 2023, La France noire a fait un déplacement culturel à Marseille, au Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) où se tient l’exposition « Une autre histoire du monde » jusqu’au 11 mars 2024. Renversant, est le qualificatif qui convient à ce travail très instructif et unique en France réalisé par Pierre Singaravélou, Fabrice Argounès et Camille Faucourt.

          Les trois commissaires de l’exposition s’accordent pour dire que « L’Europe s’est longtemps pensée elle-même comme une exception, seule capable d’explorer le reste de la planète, [et par conséquent] d’édicter des normes universelles et de mettre en récit l’histoire du monde ». L’Europe, ou encore le monde occidental (c’est-à-dire le continent européen et les terres étrangères occupées par les Blancs en Amérique, en Afrique, en Australie, en nouvelle Zélande), a indéniablement « imposé à partir du milieu du XIXe siècle ses propres découpages historiques » – qui n’ont rien à voir avec ce que pense le reste des populations du monde ; une périodisation du temps structurant le progrès historique de l’humanité en Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, époque moderne et contemporaine, ou en des catégories moins larges comme période de « grandes découvertes », de « modernité », de « révolution industrielle »… Une manière de concevoir le monde qui « interdit de penser les dynamiques non occidentales » et traduit parfaitement « l’appropriation symbolique du monde par les Européens ». En d’autres termes, les Européens se sont déclarés et imposés les Maîtres du temps et de l’espace de l’Histoire de l’humanité !   Le Mucem PlanisphèreLe Mucem Planisphère texte          Cette magnifique exposition demande donc au visiteur, nous dirions même qu’elle lui intime l’ordre de « s’affranchir de nos routines intellectuelles au risque d’être d’abord totalement désorienté », parce qu’il faut revoir notre carte du monde, notre planisphère habituel, ainsi que l’ordre chronologique des événements structurant notre calendrier grégorien que nous avons su imposer au reste du monde. Il appartient donc au visiteur d’« abandonner l’étalon occidental pour retrouver le foisonnement des mondes qui précèdent et survivent parfois à l’unification contemporaine » auquel nous assistons et que nous nommons « mondialisation » ou « globalisation » sous la houlette de l’occident. En effet, nous apprenons que « Non seulement les Européens ne possèdent pas le monopole des explorations, mais leurs expéditions ne peuvent presque jamais se passer des guides autochtones et de leur connaissance profonde du territoire, terrestre comme maritime » ; et cela parce que le monde des grands navigateurs a été pendant très longtemps les océans Indien et Pacifique où les populations d’Afrique, de l’Inde, de Chine, du Japon, des îles Fidji, des Amériques n’ont jamais cessé de se rencontrer et de dresser des cartes des mondes qu’ils découvraient, et cela avant les Européens. Oui, la connaissance du monde maritime « atteste de l’existence de phénomènes de décloisonnements et de circulations à longues distances bien avant les premiers contacts avec l’Occident ».

          Pour se convaincre du caractère très récent des longs voyages maritimes et terrestres dont se vantent les Européens, il suffit à chacun de contempler un planisphère tout en ayant à l’esprit la date de la rencontre des Européens avec les autochtones des Amériques (1492). Si on occulte un instant le continent américain, tout laisse deviner que l’Europe a été pendant des millénaires esseulée, structurant son imaginaire autour de la Méditerranée (l’Iliade et l’Odyssée). Pas plus loin ! Il a même fallu le concours des Arabes, entrés en Afrique au VIIe siècle de notre ère, pour qu’elle étende, à partir du XIVe siècle (l’Atlas catalan), ses connaissances aux peuples de la zone au sud de l’océan de sable qu’est le Sahara. Nous retenons donc avec les commissaires de l’exposition que les grands explorateurs européens sont en réalité les derniers acteurs d’un phénomène mondial de déplacements sur les océans pratiqués depuis des millénaires.

Le Mucem statue de la reine Victoria         Un autre aspect de cette exposition qu’il est plaisant de découvrir, ce sont les récits réalisés par les « autochtones » lors des rencontres avec ceux qui disent les avoir découverts. Pas mal du tout ! Ainsi, du XIIIe au XIXe siècle, pendant que les Européens clamaient qu’ils avaient découvert des peuples étrangers, ceux-ci faisaient aussi le récit de ces rencontres. Chaque première rencontre est donc une découverte de part et d’autre ! Ce qui permet à Monsieur Pierre-Olivier Costa, directeur du Mucem, de prodiguer à chacun ce conseil : « Il faut entendre le monde nous dire que nous ne sommes pas les seuls, qu’aucune histoire n’a besoin de triompher sur une autre pour s’écrire et que, dans ce qu’on nous a peu dit, il y a parfois un essentiel à s’approprier ».

Raphaël ADJOBI

Afrique, terre matrone (Lionel Girard)

Ce poème, écrit dans le cadre d’un concours, a été cédé à La France noire en mars 2023. 

Toile Route printanière Bernadette Grozelier

Je songe au continent, à son éruptive trachée

A la mousseuse horreur d’une lave phosphorée

Qui du Grand Rift à la Porte du Djourab, sableux

S’est fait l’ample berceau d’un Homo balbutiant

Qui d’Habilis en Erectus, en se forçant

Les sens est devenu un Sapiens vigoureux.

        Afrique, terre matrone, Afrique, matrice

        D’Orrorin, d’Abel et de la Lucy, besogneux

        Ancêtres des Kikuyus jusqu’aux Inuits glaceux

        Fils d’hominoïdes, ils ont connu le temps propice

        Où ton sol profond offrait le troublant accueil

        A l’histoire de l’humain dont tu en fus le seuil.

Kilimandjaro Coucher du soleil

Je suis le thalle issu de ces terres génitrices

Magicien des exodes sur des voies tentatrices.

J’ai bravé les typhons et les mers agitées

Les déferlantes d’écumes, les hauts fonds argentés

Les plaines griffées de graminées immenses

Ondulantes en vagues végétales et moirées

Pour m’arrimer aux flancs droits d’une rive dense

Et me perdre dans les hautes et grouillantes cités.

        Je suis de tous les peuples, de toutes les races

        Je suis d’un tel mélange que nul n’y trouve traces.

        J’ai remonté les plaines depuis le Kilimandjaro

        Contourné l’Oural, brisé la neige du Caucase

        Faille pour faille, j’ai dérivé et je chante à Frisco

        Débarque à Bombay, à Tanger fais ma case.

Bien que Blanc, toison blonde et de corps laiteux

Mon cœur bat et vibre comme le tronc creux

Des Baoulés qui s’appellent et déraisonnent

Et frappent en rythme le bois caverneux

Gavés de bière de mil et de sorgho fermentés

Convoquent leurs dieux, les prient et les somment

De leur faire une vie un peu moins tourmentée.

J’ai chaviré mes nuits de chairs tendres en chairs tendres

Goûté les sucs miellés, lissé les peaux d’ambre

Et conduit mes barouds en des huttes paillées

Parmi des entrecuisses aux saveurs vanillées.

        Lassé de ces chemins en parcours de Dédale

        Je m’en suis allé courir dans les plaines d’Asie

        Taler mes fesses de mongol aux croupes des cavales

        Laper le thé rance et puer le suint de brebis

        Placer ma semence entre des jambes de soie

        Près de Pékin et des filles du ciel en émois

        Qui plus souvent crièrent que ne chantèrent de joie.

J’ai bu de tous les sangs, du rouge vif au blanc

Et broyé des os qui craquèrent tels des sarments.

J’ai bariolé ma vie aux couleurs des continents

Et j’arrive ici, sorti d’un ventre de cargo ferreux

Poisseux des chairs anéanties, ocré, glaiseux

De la gangue des ancêtres à jamais oublieux

Avec six millions d’âge et quelques ans menus

Fragile telle une quille venue du monde aqueux

Tout anxieux de me trouver dépouillé et nu.

        Passe le vent par-dessus ma cime défaite

        J’en suis à l’heure des comptes et des bilans oiseux

        Faut- il que l’orage naisse pour que dieu voie le jour ?

        De ce ciel, lac de terreur, naîtra l’amour ?

        Après les zébrures de feux que cesse la tempête.

        J’en suis à l’heure des épilogues peu fructueux.

Moi le Blanc, fils de princesse d’ébène

Afrique matrice, Afrique mon origine,

        J’oublie que vous êtes mes racines.

        Je suis devenu fils de rien et je vous peine.

Je vous délaisse et vous pille,

Vous condamne et vous ruine,

        J’affame vos hommes

        Salis vos filles.

        Mon cœur est sec.

Tes enfants noirs

Sans espoir

Crient famine.

        Tu souffres !

        Tu meurs !

Je

T’ai

Tuée

        Mère Afrique.

Lionel GIRARD 

° Première image : « Ronde printanière » par Bernadette Grozelier

° Coucher ou lever du soleil sur le Kilimandjaro (auteur inconnu).

Le lycée Adam de Craponne (Salon-de-Provence) découvre « L’invention du racisme »

Adam de Craponne 1          Le jeudi 23 novembre 2023, La France noire était au lycée Adam de Craponne où elle était invitée par le collègue Luc Forestier pour l’accompagner dans le projet pédagogique sur le racisme qu’il mène cette année avec ses élèves. Voir une autre manière de présenter cette thématique afin de permettre aux jeunes publics de bien saisir l’impact de ce phénomène sur la société depuis le XIXe siècle est essentiel, dit notre collègue. La France noire partage pleinement son avis sur ce chapitre. Par ailleurs, nous avons été très heureux de constater la présence, à cette rencontre, de deux professeurs stagiaires qui, sûrement, ont dû comprendre qu’aujourd’hui l’enseignement des professeurs des lycées et des collèges peut être secondé par des intervenants extérieurs afin de diversifier les regards sur les savoirs proposés aux jeunes.

Adam Craponne 2          En une demi-journée, les trois classes participant au projet ont donc rencontré le conférencier pour des explications complémentaires après la visite de l’exposition précédée d’une présentation générale de nos histoires de France motivant la thématique « L’invention du racisme ». Et ici comme ailleurs, les images publicitaires ont retenu l’attention de nombreux élèves. Cela nous permet de souligner la nécessité de ne jamais négliger le poids des images dans la construction de notre conscience individuelle ou collective. Merci aux passeurs des savoirs – que sont les enseignants – d’encourager La France noire en l’associant à leurs projets pédagogiques.

Visite au Mucem à Marseille

          Notre passage à Salon-de-Provence a été aussi l’occasion de nous offrir un déplacement culturel à Marseille, au Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) où se tient l’exposition Une autre histoire du monde jusqu’au 11 mars 2024. Un travail très instructif, et surtout absolument renversant, réalisé par Pierre Singaravélou, Fabrice Argounès et Camille Faucourt.

Le Mucem à Marseille          Les trois commissaires de cette exposition nous montrent que le récit d’une Europe qui abriterait depuis l’Antiquité une succession de civilisations jusqu’à nos jours et donc chargée de guider l’humanité que nous avons pris l’habitude de relater n’a jamais convaincu les autres peuples de la terre parce qu’ils possèdent leur propre conception de l’Histoire. Aussi, leur travail propose de « faire découvrir tout ce qu’on a souvent tu, tout ce qui est resté jusqu’ici dans l’invisibilité » (Pierre-Olivier Costa – président du Mucem). L’exposition propose de faire découvrir d’autres histoires du monde. Et on en ressort avec l’image que la petite Europe, qualifiée de vieux continent, comme pour asseoir son antériorité, a trop longtemps vécu à la périphérie du monde des grands navigateurs, des grands voyageurs de la terre… A voir absolument !

          Nous reviendrons plus longuement sur la visite de cette exposition. Nous voudrions terminer par cette pensée sincère : de même que les travaux pédagogiques de La France noire voyagent pour instruire les jeunes, les belles expositions comme Une autre histoire du monde devraient voyager dans quelques grandes villes pour l’instruction du plus grand nombre possible des Français. La France noire n’a pas le monopole de l’ouverture au monde mais le maillon d’une chaîne de chercheurs et de vulgarisateurs de savoirs et de fraternité humaine dont notre collègue Luc forestier fait humblement partie à son niveau.

Raphaël ADJOBI

Les hommages à la cinéaste martiniquaise Euzhan Palcy, oscarisée par Hollywood, ont prématurément pris fin

Le vendredi 17 novembre 2023, l’association La France noire a voulu faire d’une pierre trois coups – comme le dit le conte – mais a trouvé porte close au Centre Georges Pompidou qui abritait une rétrospective consacrée à l’œuvre de la cinéaste française Euzhan Palcy.

Euzhan Palcy          En cette fin d’année, sont annoncés à Paris trois expositions constituant une ouverture de la France aux figures de ses populations issues de l’Afrique trop longtemps ignorées : au Panthéon, du 19 octobre 2023 au 11 février 2024, carte blanche est donnée au jeune artiste Raphaël Barontini pour investir les lieux avec des œuvres évoquant l’histoire et la mémoire des combats contre l’esclavage menés par les Noirs ; dans ce même lieu et sur la même période, tenant compte du fait que « l’esclavage colonial est une page essentielle de l’Histoire de France », la Fondation pour la mémoire de l’esclavage propose d’honorer « les artisans de l’abolition et leurs héritiers, qui ont continué le combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité ». Et bien entendu, l’exposition consacrée à Euzhan Palcy du 8 au 19 novembre au Centre Georges Pompidou.

          Des trois expositions, la plus brève – mais sûrement celle qui a bénéficié de la plus grande publicité sur les radios et les télévisons – a été fermée au public pour cause de grève. En d’autres termes, elle a été purement et simplement annulée ! Cela est bien triste pour tous ceux qui savent que Euzhan Palcy est la première réalisatrice française à être récompensée par un César de la meilleure première œuvre pour son film Rue cases-Nègres ; et par ailleurs elle apparaît comme une figure pionnière en réalisant un long métrage à Hollywood – Une saison blanche et sèche, d’après le roman du Sud-Africain André Brink – et cela avec Marlon Brando (1989). Combien sommes-nous à savoir qu’une réalisatrice française a été appréciée et reconnue par Hollywood, qui lui a même décerné un Oscar d’honneur en 2022, après Agnès Varda en 2017 ? Le centre Georges Pompidou avait donc pensé que 2023 serait l’occasion de mieux faire connaître cette figure singulière de l’histoire des Français noirs. C’est malheureusement une occasion manquée ! Beaubourg devant fermer de 2025 à 2030 pour des travaux, les personnes qui y travaillent s’inquiètent de ce qu’elles deviendront durant cette longue période et ont débuté une grève, mettant ainsi fin à l’événement aussitôt après son ouverture le 8 novembre.

Au Panthéon

Raphaël Barontoni 2          L’exposition monumentale de Raphaël Barontini installée dans l’immense espace central que domine la coupole – passage obligé de tout visiteur – ne passe pas inaperçue ; mais les figures historiques ou non affublées de masques carnavalesques, masques censés évoquer les traditions des îles ou des images tirées du « panthéon imaginaire » de l’artiste, ne semblent pas retenir l’attention des visiteurs. Par contre, l’exposition Oser la liberté présentée dans une aile voisine des salles destinées aux hommes illustres par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage qui met l’accent sur notre passé esclavagiste, le plus souvent à travers de brèves images filmiques, retient l’attention de tous. Il semble tout à fait évident que les gens viennent en ce lieu pour apprendre l’histoire d’un passé méconnu et non pour admirer des fantaisies artistiques.

Oser la liberté Ok          Comme le faisait justement remarquer l’historien Pierre Singaravélou, les minorités françaises sont généralement adoubées à l’étranger – par les Anglo-saxons – avant que la France leur accorde une place parmi leurs compatriotes blancs. C’est pourquoi, le 8 novembre dernier, Euzhan Palcy a été fortement applaudie quand elle a prononcé ces mots devant le public du centre Georges Pompidou qui avait fait salle comble  : « Me voir ici, chez moi, en France, revêt une saveur particulière […] Je suis touchée de voir que mon travail qui a franchi des océans et des frontières, résonne encore, aujourd’hui, avec vous ». Il est heureux de constater que la Fondation pour la mémoire de l’esclavage que dirige Monsieur Jean-Marc Ayrault soit consciente de ce fait et le rappelle dans son exposition. En effet, ce n’est pas par hasard qu’elle a choisi de montrer au Panthéon des figures noires et blanches, faisant sentir à tous que ce lieu doit aussi refléter l’histoire diverse de la France.

          Enfin, il semble que tous ceux qui, récemment encore, étaient accusés sur les places publiques ou soupçonnés de ne pas aimer la France – parce qu’ils faisaient entendre une autre voix que celles autorisées par les canaux officiels de la république – ne passent plus pour des pestiférés dignes de la déchéance de la nationalité ou de la reconduite à la frontière*. On ose enfin, au panthéon, au Centre Pompidou et ailleurs dans nos régions, clamer que la diversité de l’histoire des Français est une réalité incontournable. Merci à toutes celles et tous ceux qui font bouger la France afin qu’elle prenne en compte ses valeurs de liberté et d’égalité.

* Référence au fameux slogan « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! »

Raphaël ADJOBI

Notre histoire coloniale frappe à la porte de notre récit national (Analyse de l’entretien de l’historien Pierre Singaravélou accordé à Télérama – n° 3847)

Colonisations. Notre Histoire          Non, vous ne vous trompez pas. La France a deux histoires qui se font face. Parce que la première n’a pas de place dans notre récit national, la notion même de nation est à redéfinir par nos autorités politiques. Vous verrez pourquoi. « L’histoire linéaire à la papa » de nos manuels scolaires partant des conquêtes aux indépendances – lorsqu’elle évoque les terres étrangères – « comme si les peuples non européens n’attendaient que d’être colonisés par des Blancs pour accéder enfin à la modernité » (Introduction de l’entretien par Juliette Cerf), n’a jamais considéré notre passé colonial comme faisant partie de l’Histoire de France.

           En effet, « jusqu’à la fin du XXe siècle, la colonisation était considérée comme un phénomène extérieur à l’histoire de France, n’ayant pas droit de cité dans le récit national », confirme Pierre Singaravélou. Quoi de plus normal alors qu’à la fin de ce premier quart du XXIe siècle notre passé colonial ait tant de mal à se faire une place digne de ce nom dans notre enseignement ; une situation aberrante qui éclaire le constat de la fracture actuelle entre la France et les ressortissants de ses anciennes colonies. Fracture qui justifie l’existence et le combat de l’association La France noire. Et l’historien poursuit : « La France a pourtant été un empire avant de devenir un état-nation et l’hexagone a, dans presque tous les domaines, été profondément marqué par l’expansion coloniale ». En d’autres termes, la France d’aujourd’hui est le produit de son passé colonial. « Et cette histoire est vivante, présente à travers de multiples traces matérielles perceptibles en France et dans les anciennes colonies. Le passé colonial hante nos paysages urbains à travers les monuments ou des noms de rue dont nous avons parfois oublié le sens ». Autre grande trace incontournable laissée par ce passé : la géographie de la France d’aujourd’hui ne se limite pas à l’hexagone. Notre France est donc partagée par une diversité de populations. Aussi, continuer en ce XXIe siècle à enseigner une histoire française écrite par les seuls blancs colonisateurs est inadmissible, inacceptable.

Blois - Fondation ok couleur          La France noire ne cesse de le répéter – après François Durpaire, auteur de Nos ancêtres ne sont pas gaulois (Albin Michel, 2018) : pour que notre histoire nous rassemble, il est nécessaire qu’elle nous ressemble. Et c’est tout l’enjeu du livre collectif dirigé par l’historien Pierre Singaravélou intitulé Colonisations. Notre histoire. Oui, l’histoire coloniale doit être intégrée à l’Histoire de France ! Pour ce travail qui concerne les nombreuses régions ayant appartenu un temps à l’empire français, Pierre Singaravélou a réuni « deux cent cinquante chercheuses et chercheurs dont près de la moitié vivent et enseignent à l’étranger, et pour beaucoup dans les colonies, en Afrique de l’Ouest, en Asie du Sud-Est, au Maghreb et en Amérique du Nord ». Des populations auxquelles on nie aujourd’hui encore – pour certaines – une civilisation propre avant la colonisation par les Européens. C’est sans doute ce qui justifie le chapitre du livre consacré à ces « sociétés à la veille de la colonisation ». Précisons que dans ce travail, un soin tout particulier a été pris pour éviter l’expression « sociétés post-coloniales » qui sous-entend que les peuples non européens ont attendu d’être colonisés pour entrer dans l’ère de la civilisation. Et chose absolument innovante qui nous satisfait pleinement, c’est que parmi les auteurs français, « on compte de nombreux historiens et historiennes des universités des Antilles, de Guyane, de la Réunion, de Polynésie et de Nouvelle-Calédonie, qui sont généralement invisibilisés en métropole ».

Pour que l’avis des Noirs compte

          En effet – on ne le dit presque jamais sur les chaînes des radios et des télévisions – à force de ne pas prendre en compte l’histoire des Français non blancs, c’est-à-dire à force de négliger leurs voix dans notre récit national aux contours inévitablement monolithiques, nos compatriotes issus de la colonisation de l’Afrique et de nos îles lointaines se sont depuis longtemps tournés vers les universités américaines, australiennes, anglaises, canadiennes, sud-africaines, où on admet que les voix des colonisés côtoient celles des colonisateurs, où on tient compte du fait que l’histoire coloniale « s’est aussi racontée en iroquois, en wolof ou en quôc-ngu (vietnamien) » ; des pays où il n’est pas nécessaire d’avoir été choisi par un Blanc pour avoir droit à la parole, où ce ne sont pas toujours les mêmes qui parlent au nom de la nation et de son histoire. La France ne s’est jamais soucié de ce phénomène d’évasion qui prive sa jeunesse d’un grand nombre de ses chercheurs qui pourraient la nourrir de connaissances diverses.

Blois - La France libre          L’objectif de ce travail d’une histoire partagée par les différentes populations de la France d’hier et d’aujourd’hui que nous offrent Pierre Singaravélou et ses nombreux collaborateurs suppose le respect de l’Autre, de son histoire singulière qui est aussi celle de la France. Nous convenons donc avec la direction de cette équipe que « décoloniser » la société française ne signifie nullement effacer le récit national des Français blancs pour laisser la place à celui des Français non blancs – ce n’est pas le grand remplacement ! – « mais au contraire enrichir notre histoire en la repeuplant de multiples actrices et acteurs oubliés ».

Raphaël ADJOBI