Le bon sens ne guide pas toujours les hommes ; surtout tous ceux qui ont eu un jour – ou ont aujourd’hui – le sentiment d’être les maîtres du Monde. Comment peut-on voler les biens d’autrui, les enfermer chez soi et décréter que ces objets ayant franchi le seuil de sa porte ne peuvent plus jamais être rendus parce que frappés du sceau d’inaliénabilité de sa maison, de son État ? Que peut-on penser, à toutes les époques de l’histoire de l’humanité, d’un individu ou d’un État qui se drape de ce principe pour s’approprier les biens d’autrui ? Quand les colonisés n’avaient pas droit à la parole quant aux attitudes criminelles des colonisateurs, ceux-ci étaient libres d’affirmer avec ferme conviction que « profaner les tombes et amputer les dépouilles d’autochtones de leur crâne après les batailles ou les pillages » (1) était une excellente façon d’enrichir les cabinets de curiosité ou satisfaire les pseudos recherches scientifiques sur les races. Mais à l’heure où la question coloniale traverse toute la société française éclatée sur plusieurs continents et plusieurs océans, s’exprimer comme si la France était un pays exclusivement européen est une insulte dont beaucoup de Français – et surtout beaucoup de nos gouvernants – ne sont même pas conscients. Heureusement, il y a parmi nos compatriotes « blancs » quelques individus qui ont remarqué comme nous que le principe d’inaliénabilité que d’autres brandissent comme la plus belle invention française est mis à mal par le bon sens l’ayant rendu poreux au regard des nombreuses restitutions des biens réclamés par les anciens colonisés. Avouons-le : ces multiples restitutions, officielles ou officieuses, démontrent le discrédit jeté sur une loi déraisonnable qui n’honore nullement notre pays. Devant cette réalité implacable, réjouissons-nous de constater que le Sénat se penche sérieusement sur ce principe d’inaliénabilité. Si ce principe mérite d’être conservé pour tout ce qui concerne les éléments produits par la France (et reconnus comme tels), il importe de trouver des règles pour tout ce qui a été volé, pillé, disons acquis dans la violence ou la duplicité. Merci à Francine Guillou de nous informer sur ce projet du Sénat.
Raphaël ADJOBI
(1) Rémi Guezodje, L’heure de regarder ces crânes en face (Télérama n° 3965). Dans son article, il donne la parole à l’historien Pascal Blanchard, spécialiste de l’empire colonial français, qui assure que « l’État français est extrêmement en retard par rapport aux musées américains ou à la Nouvelle Zélande et l’Australie, qui intègrent [le] travail d’étude et de restitutions dans leurs collections ».
L’article de Francine Guillou
Est-ce la fin du fait du prince et des lois d’espèce ? Le 28 janvier, dans un hémicycle quelque peu dégarni mais solennel, les sénateurs ont adopté en première lecture un texte visant à encadrer la restitution des biens culturels.
Cette loi permettra donc de rendre un bien « dont il est établi ou dont des indices sérieux, précis et concordants font présumer qu’il a fait l’objet, entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972, d’une appropriation illicite par vol, pillage, cession ou libéralité obtenues par contrainte ou violence ou d’une personne qui ne pouvait en disposer ».
Elle crée ainsi une possibilité de dérogation au principe d’inaliénabilité des collections nationales, qui obligeait jusqu’alors à passer par des lois dédiées, un processus législatif chronophage et inadapté. Une quinzaine de demandes de restitution ont été reçues par la France, ces dernières années : l’Algérie réclame les effets personnels de l’émir Abdelkader figurant dans les collections du musée de l’Armée, le Bénin attend le retour de la statue du dieu Gou détenu par le musée du Quai Branly-Jacques-Chirac…
La Côte d’Ivoire, le Mali, le Tchad et l’Éthiopie préparent ou ont également fait valoir des demandes. Le texte doit maintenant être débattu à l’Assemblée nationale avant l’été.
Francine Guillou (Télérama n° 3969 du 4 février 2026).

Chers abonné(e)s, lectrices, lecteurs, visiteuses et visiteurs de cet espace,
La lecture du livre de Kévi Donat permet à Annie Biard d’apprécier les trois balades principales que propose l’auteur et guide pour découvrir Paris sous un angle singulier.
En cette deuxième quinzaine de décembre 2025, la ville de Joigny (89) est en deuil.
Tous les ans, nous avions rendez-vous pour préparer cette cérémonie à laquelle il tenait à associer toutes les voix humanistes – françaises et étrangères – qui faisaient partie de son imaginaire de militant et aussi de son affection personnelle. Je sais par exemple qu’il avait une grande admiration pour Christiane Taubira.
C’est donc grâce à
Mais si j’admirais Bernard, c’était surtout pour son sens de la réalité de la société française. Il lisait cette réalité à travers la ville de Joigny par rapport au quartier de La Madeleine et tout ce qui lui était rattaché – y compris les deux grands établissements publics que sont le collège et le lycée.
Notre circuit démarre devant le Panthéon, avec le panthéonisé Alexandre Dumas, dont la grand-mère paternelle était haïtienne.
Un endroit idéal pour revenir sur l’histoire de l’abolition de l’esclavage, et pour évoquer
Entre nous, un débat s’installe sur l’importance de l’enseignement, de la formation. Le représentant d’une association déplore que l’histoire ne soit pas toujours enseignée de la même manière, et prend l’exemple d’Haïti, dont il est question dans les manuels scolaires des lycées professionnels, mais pas dans ceux des lycées d’enseignement général, fréquentés par nos dirigeants de demain.
Sur le chemin de la Sorbonne, notre groupe empreinte la rue Monsieur le Prince pour découvrir une plaque sur la façade d’un immeuble où vécu l’écrivain américain
En poursuivant dans la rue Monsieur le Prince, nous passons devant une plaque à la mémoire de Malik Oussekine…
Ainsi s’achève ce circuit, après avoir également évoqué Suzanne Césaire qui était bien plus que ‘la femme de’, et Frantz Fanon, auteur d’un ouvrage visionnaire « Peau noire, masques blancs » où il questionne les notions d’identité, d’assimilation, de racisme à l’encontre des personnes noires, à travers son expérience d’Antillais installé dans l’Hexagone.
Le jeudi 11 décembre 2025, le réseau régional multi-acteurs Bourgogne-Franche-Comté international
C’est notre ami Yves Gaucher (président de Lacim du sénonais) qui a délivré le mot de bienvenue aux participants en sa qualité d’administrateur de BFC International. Ce fut un réal plaisir de retrouver les ami(e)s de l’Yonne : outre Yves et Marie-Thérèse Gaucher, Sophie Montagne représentait l’association cézycoise Avenir des jeunes filles de Dapaong (AJFD). Je profite de l’occasion pour les remercier d’avoir aidé à la désinstallation de l’exposition.
La France noire a été sollicitée par BFC international pour présenter son exposition 
Ce verdict dit clairement que « les citoyens ont le droit à la désobéissance civile », le droit de défendre une cause qui agite le débat public, le droit d’avoir une position, une posture qui peut ne pas plaire au pouvoir en place, et cela sans tomber sous le coup de la loi – surtout quand les idées exprimées sont anticoloniales et antiesclavagistes. Selon le tribunal,
Selon nous,
Il convient de retenir que
Rappelons que comme à notre époque
Maintenant, abordons plus largement la raison du déboulonnage de la troisième statue représentant un personnage que presque personne ne connaît en métropole. Les descendants des Africains en Martinique savent très bien que leurs aïeux ont été forcés par les colons blancs de remplacer les autochtones de l’île : les
De toute évidence, l’enjeu de ce procès est de refuser aux Français noirs la légitimité de leur histoire française au sein de la République.
La France détient l’art singulier d’humilier les descendant(e)s de ses anciennes colonies. Un art devenu risible.
Tenez, en matière
Marylène Patou-Mathis 