La loi Taubira de 2001 doit-elle être un objet de gloire pour la France ? (Réflexion en vidéo)

Bref compte rendu du témoignage de Christiane Taubira sur RFI

          Le 11 mai 2021, dans le cadre de son émission La marche du monde, Radio France Internationale (RFI) a invité Christiane Taubira et Jean-Marc Ayrault (président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage) pour un entretien autour des 20 ans de la loi de 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques et dans l’Océan indien comme crime contre l’humanité. Lors de cette émission intitulée « Esclavage, notre histoire », c’est avec une grande émotion que Christiane Taubira a révélé les difficultés du combat législatif ayant abouti à la loi qui porte désormais son nom. Pour la première fois, elle a avoué que ces difficultés, surtout celles des dernières heures, l’ont complètement vidée de toute énergie et plongée dans un désarroi tel que son discours devant l’assemblée – dont la qualité est reconnue par tous comme historique – a été improvisé. Elle n’a pas eu le temps et la force de préparer un texte pour la circonstance.

          Durant cette émission, Christiane Taubira a rendu hommage à Jean-Marc Ayrault pour son indéfectible soutien, mais aussi à deux femmes qui ont eu pour elle les mots réconfortants l’ayant quelque peu sortie de sa détresse morale au moment de monter à la tribune : Catherine Tasca (présidente de la Commission des lois) et Élisabeth Guigou (Garde des Sceaux). Sans leurs derniers mots pleins de tendresse, elle ne sait pas dans quel état mental et physique elle aurait pris la parole à la tribune. Christiane Taubira a souligné que si la loi est devenue historique parce que celle-ci parle d’une histoire douloureuse que nous avons en commun, elle était loin de se douter qu’elle souffrirait autant pour la faire admettre par l’Assemblée nationale. Le récit des interrogations, parfois sournoises, et des oppositions pour vider le texte de bon nombre de ses éléments est tout à fait sidérant. « J’ai eu plus de contestations et de mises en cause que de soutiens », dit-elle. Mais, comme dit Jean-Marc Ayrault, « cette loi a fait progresser la France ».

          J’ai été très sensible à ces mots de Christiane Taubira disant que l’initiative de cette demande de qualifier la traite et l’esclavage de crime contre l’humanité ne venait pas d’elle parce qu’à l’époque elle pensait que nous n’avions « pas besoin de parole officielle pour une chose aussi évidente ». En effet, l’idée émane du collectif de la grande marche du 23 mars 1998 qui, devant le racisme ambiant, demandait un acte fort de la France vis-à-vis de son passé esclavagiste. Aujourd’hui, elle sait – au regard de l’âpreté du combat qu’elle a mené contre les oppositions – que sans cette reconnaissance, des hommes politiques continueraient encore à opposer bruyamment la dénégation et le mépris aux aspirations des Français noirs qui voulaient voir ce passé douloureux que nous avons en commun inscrit dans notre récit national. N’oublions pas que notre histoire coloniale n’y est toujours pas inscrite.

° Pour la vidéo de l’entretien tapez : RFI La marche du monde Christiane Taubira

Raphaël ADJOBI

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