La championne de tennis Naomi Osaka et la lutte contre le racisme

Naomie Osaka - US Open 2020          En novembre 2020, lors d’une audition devant les parlementaires britanniques, Greg Clarke a employé un terme stigmatisant à l’égard des footballeurs noirs et a dû immédiatement démissionner de son poste de président de la Fédération anglaise de football (FA). En France, selon le journal Ouest-France de juin 2021, malgré les cris de singe, les jets de bananes et les propos racistes mille fois dénoncés, Noël Le Graët, le président de la Fédération française du football (FFF), nie le racisme à l’égard des footballeurs noirs, et cela « de façon parfois…inappropriée » : « le racisme n’existe pas dans le foot ou peu » avait-il dit, fier de lui !

          Au début du mois de décembre 2020, à Istanbul, les joueurs du Paris SG et ceux de l’équipe turque de Basaksehir Istanbul ont accompli un geste inédit dans l’histoire du football en terre d’Europe : ils ont quitté la pelouse en cours de match pour protester contre les propos racistes du quatrième arbitre à l’égard d’un membre camerounais de l’encadrement du Basaksehir. Mis à part ce fait, le racisme dans le football semble ne pas exister en Europe pour La FIFA qui se contente d’afficher des slogans sans jamais prendre de sanction ferme et claire.

Naomi Osaka 4 images militantes          Les empoignades de la joueuse de tennis Naomi Osaka avec les médias japonais qui assurent que dans leur pays « on ne mélange pas le sport et la politique » nous rappellent évidemment les propos des journalistes et des politiques français entendus sur les ondes durant des décennies. Nous pensons donc que la réponse cinglante que la joueuse japonaise a envoyée aux médias de son pays s’adresse aussi à ceux de France et à tous les politiques prompts à accuser les sportifs noirs (et même les autres) de vite crier à la victimisation : «Je déteste ceux qui disent que les athlètes ne doivent pas se mêler de politique et se contenter de divertir le public. D’abord, c’est une question de droits de l’homme. Deuxièmement : en quoi avez-vous plus le droit que moi de vous exprimer ? Avec votre logique, une personne qui travaille chez Ikea a juste le droit de parler du mobilier Grönlid.» La jeune fille avait 22 ans quand elle tenait ce discours. Avouons que peu d’adultes ont été capables, sont capables, et seront capables d’être aussi clairvoyants sur le sujet ! Elle vient d’avoir 24 ans en octobre 2021.

Naomi Osaka en famille          Naomi Osaka est née en octobre 1997 à Osaka d’une mère japonaise et d’un père haïtien. Elle est la seconde fille du couple. Les parents ont fait le choix de faire porter à leurs filles le nom de leur mère pour des raisons pratiques liées à leur vie au Japon. Les grands-parents japonais désapprouvant ouvertement le mariage de sa mère avec un noir, Naomi et sa petite famille ont fini par quitter le pays pour s’installer aux États-Unis. Elle n’avait alors que 3 ans. C’est là-bas que sa sœur et elle vont être formées en suivant le même régime que les Américaines Vénus et Serena Williams. La suite, on la connaît : elle parviendra même à détrôner momentanément son modèle Serena williams de la première place mondiale, après avoir abandonné, à 19 ans, la nationalité américaine pour la japonaise.

                                    Le blanchiment de Naomi Osaka

Naomie Osaka blanchie 2          Si les Japonais s’enflamment pour ses succès sur les cours de tennis, les prises de position fracassantes de la jeune championne – pourtant très timide – les indisposent parce qu’elles bousculent leurs habitudes. En 2018, sa compatriote Nao Hibino – également joueuse de tennis – déclarait : « Pour être honnête, nous nous sentons un peu éloignés d’elle parce qu’elle est si différente physiquement ». Le Japon est en effet l’une des nations les moins ethniquement diversifiées de la planète et où la multiplication des publicités racistes opposant la peau noire (saleté) et la peau blanche (propreté) semble ne choquer personne. En 2019, quand la société de nouilles instantanées Nissin a réalisé une publicité de style manga dans laquelle Naomi Osaka apparaissait avec la peau blanche, la concernée n’a pas manqué de faire clairement savoir aux promoteurs qu’elle n’est pas Blanche. La société a présenté ses excuses et a retiré sa publicité. En 2020, face à la protestation de la jeune joueuse, le radiodiffuseur public japonais NHK s’est excusé à son tour pour avoir caricaturé les Noirs et exclu les principales raisons de leur mouvement dans un film d’animation censé expliquer leurs manifestations aux ÉNaomi Osaka porte-flamme Tokyotats-Unis et en Europe. « Dans un pays où la tradition est d’éviter les disputes, (où) l’harmonie est la chose la plus importante », déclare Robert Whiting (auteur de Tokyo Junkie), Naomi Osaka a enclenché « un processus d’apprentissage pour les Japonais ». Depuis 2020, ajoute-t-il, « il y a eu des discussions dans des émissions de variétés à la télévision expliquant les prises de position de la championne » (BBC News Afrique).

              L’héritière des athlètes noirs au poing levé de Mexico en 68

Naomi Osaka l'héritière          La jeune joueuse est donc connue pour être très ferme quand il s’agit du racisme. En août 2020, elle franchit un palier dans sa volonté de militer contre ce fléau. Quelques heures après sa qualification pour les demi-finales du tournoi de Cincinnati, elle annonce qu’elle ne jouera pas son match prévu le jour suivant. Elle a décidé d’aller manifester avec le mouvement Black Lives Matter contre les violences policières à l’encontre des Noirs américains après l’affaire Jacob Blake, un homme de 29 ans touché dans le dos par plusieurs balles tirées par un policier blanc. Les organisateurs ont été obligés de reporter tous les matchs permettant ainsi à Naomi Osaka de demeurer dans le tournoi. A ceux qui semblaient ne pas apprécier sa décision, elle a répondu : « En tant que femme noire, j’ai le sentiment qu’il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis. Je ne m’attends pas à ce que quelque chose de radical se produise si je ne joue pas ; mais si je peux engager une discussion dans un sport majoritairement blanc, je pense que c’est un pas dans la bonne direction ». A 24 ans, Naomi Osaka est indubitablement devenue la digne héritière des athlètes américains Tommie Smith et John Carlos qui, aux jeux olympiques de Mexico en 1968, ont levé un point ganté de couleur noire en soutien à la cause des Afro-Américains lors de la cérémonie de remise des médailles du 200 mètres. C’était l’année de l’assassinat de Martin Luther King et de la sanglante répression des manifestations qu’il avait engendrées.

Raphaël ADJOBI

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