Chaque fois que l’on parle des canaux de vulgarisation du racisme, les chercheurs et le commun des citoyens pensent immédiatement aux expositions coloniales et aux images de propagande qui ont appuyé les théories racistes des pseudo-scientifiques du milieu du XIXe siècle. Personne ne pense à la force extraordinaire de la bande dessinée qui permettait à tout le monde – jusqu’aux confins des campagnes les plus reculées d’Europe et des Amériques – de partager les images et les opinions des racialistes puis des racistes à l’égard des Noirs ! Voilà l’originalité et le grand intérêt du livre de Fredrik Strömberg, journaliste et historien spécialisé dans la bande dessinée.
Images noires témoigne de l’extraordinaire popularisation des stéréotypes négatifs du Noir durant près de deux siècles dans l’imaginaire des Européens, contribuant ainsi à l’enracinement du racisme en Occident et dans le reste du monde. Le livre commence par une excellente introduction de l’auteur qui, tout en indiquant sa motivation et la méthode de travail choisie, suscite immédiatement l’intérêt du lecteur en donnant à la fois une brève histoire de la bande dessinée – exemple : le passage du texte sous l’image à la bulle – ainsi que le public visé par les auteurs selon les époques. Il ne manque pas d’y ajouter une brève présentation des 7 stéréotypes du Noir soigneusement entretenus dans l’imaginaire des Blancs jusqu’en ce XXIe siècle.
De l’invariable représentation des Noirs depuis le milieu du XIXe siècle comme « un rond noir avec deux saucisses au milieu pour lèvres » – formule du dessinateur noir Ollie Harrington – les États-Unis sont passés, après les années 1950, à des images plus réalistes devant « les protestations répétées de la NAACP et des travailleurs des droits civiques » qui ont fini par rendre ces images inacceptables. Par contre, en Europe où les Noirs constituent une infime minorité et ne pèsent donc pas lourd dans la balance politique et médiatique, on a allègrement perpétué ces stéréotypes avec lesquels les Blancs se sentaient très à l’aise. Il suffit de voir quelques publicités du XXIe siècle pour s’en convaincre. C’est donc à partir du XXe siècle que certains aspects de ces stéréotypes furent transférés sur des animaux anthropomorphes tels que Krazy Kat, Félix (le chat), et plus tard Mickey Mouse. Une adroite façon, bien connue, d’aborder un thème difficile à traiter dans un contexte réaliste. Tous ces animaux étaient donc noirs par procuration, puis certains ont évolué. On remarque aussi que, quand les personnages devenaient trop célèbres ou inacceptables, on les stéréotypait moins afin d’en faire des héros neutres, sinon blancs. Ainsi, on note que dans les aventures de Little Nemo in Slumberland, datant du début du XXe siècle, le garçon nommé le Jungle Imp (Diablotin de la jungle!) qui partageait la vedette avec le petit garçon blanc, avait la peau sombre, s’exprimait dans un langage incompréhensible, portait un pagne et avait des lèvres énormes. Mais quand Nemo fut adapté en dessin animé dans les années 1980, la peau du Diablotin de la jungle était devenue bleue ! De même Sam et Sap, le groom noir et son singe de Rose Candice datant de 1908 devient 30 ans plus tard Spirou le groom blanc avec un écureuil pour compagnon !
Quant à Tarzan, il a façonné pour longtemps l’imaginaire des Européens. « Enfant élevé par les nobles animaux de la jungle africaine », avec lui, le continent africain est une seule nation, consistant uniquement en jungles habitées par des sauvages sur lesquels il règne. Une conception du continent qui a provoqué les protestations des Africains devant les Nations Unies. Mais pour tous les racistes de ce XXIe siècle qui veulent continuer à colporter les stéréotypes sur les Noirs, il leur suffit de dire qu’ils ne sont pas racistes et ils sont aussitôt pardonnés. C’est presque drôle d’entendre chacun dire : « je le connais, il ne peut pas être raciste ! » Ici, on distribue la communion aux Blancs sans confession.
A vrai dire, le racisme persiste à cause de la profonde ignorance de l’histoire de son invention et de son enseignement durant deux siècles. Aussi, il convient de prêter attention quant à la manière de lutter contre ce fléau préconisée par l’auteur : « A mon avis, ce n’est qu’en identifiant, en étudiant et en dénonçant le racisme du passé que nous pouvons dénoncer et combattre celui d’aujourd’hui » ! Fredrik Strömberg donne donc pleinement raison à La France noire qui, avec ses expositions, remonte dans le passé pour montrer aux jeunes générations la source du racisme qui coule parmi nous, et ce afin de les en préserver.
Raphaël ADJOBI
Titre : Images Noires / éd. PLG, janvier 2010.

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Voici un beau projet pour la fraternité ! Un projet apparemment utopique, certes, vu son ampleur ; mais comme le dit si bien Alphonse de Lamartine, « les utopies ne sont souvent que des vérités prématurées ». Il faut donc y croire et s’y attacher fermement pour qu’il devienne réalité.


Chacun de nous se souvient sûrement de cette réplique de Géronte, l’un des personnages principaux des Fourberies de Scapin de Molière, répétée sept fois dans la scène VII de l’acte II. Afin de se venger de son maître, Scapin prétend que son fils Léandre a été capturé par des Turcs qui lui demandent une rançon en échange de sa libération. Géronte doit – bien sûr par l’intermédiaire de Scapin lui-même – donner cinq cents écus aux ravisseurs s’il veut revoir son fils. C’est donc bien naturellement que l’avare Géronte, plein de désespoir, se demande constamment «Que diable allait-il faire dans cette galère ?» Cette réplique souvent accentuée aujourd’hui pour provoquer l’hilarité des jeunes publics renvoie pourtant à une réalité d’un passé pas si lointain qui n’était pas drôle du tout.
Selon Alexandre Skirda, ce phénomène n’était pas spécifique à la Turquie et était répandu parmi les autres flottes méditerranéennes jusqu’à ce que la marine à voile supplante définitivement les galères au milieu du XVIIIe siècle. «En France, dit-il, elles furent nombreuses, 42 en 1696, nécessitant 12 000 galériens pour assurer le service». Et il ajoute :