LE PROCÈS DES 11 MARTINIQUAIS POUR DÉBOULONNAGE DE TROIS STATUES GLORIFIANT LE RÉCIT DE LA FRANCE BLANCHE : une répétition de l’abolition tronquée de 1848 !

          Le procès fait en ce mois de novembre 2025 aux 11 Martiniquais ayant participé au déboulonnage de trois statues d’hommes blancs de l’époque esclavagiste et coloniale dans leur département mérite un regard attentif et une analyse précise pour comprendre l’équité du balancier de la Justice de notre pays.

          Il convient de retenir que c’est au bout d’une vingtaine d’années de demande des activistes de la Martinique auprès des autorités locales, quant à l’inacceptable présence – parce qu’insultante – des effigies de trois personnages de notre histoire coloniale et esclavagiste, que leur décision fut prise de les déboulonner en mai 2020. Et cela quelques jours avant la mort de George Floyd aux États-unis. Ce constat dit clairement que l’écoute de l’Autre pour prendre en compte sa peine ou sa souffrance, qui est la plus grande forme d’équité, de justice, que la République doit à chacun de ses citoyens, a été négligée ou rejetée par la France. Sur ce sujet, il faut lire le chapitre « Faut-il déboulonner certaines statues » de mon livre Les Français noirs et la République – Une histoire mouvementée (L’Harmattan, 2024).

Aucun Français n’est censé ignorer l’histoire de l’esclavage des Noirs

          Je ne voudrais donc pas m’attarder sur les raisons qui ont poussé les Martiniquais à déboulonner les statues de Victor Schoelcher (dans une insultante posture paternaliste à l’égard d’une enfant noire) et de Joséphine de Beauharnais, puisque j’y ai consacré un chapitre dans mon livre que je viens de citer. Lire, c’est écouter l’Autre ! Ne lisez pas que les compatriotes blancs ! Lisez aussi les Français noirs pour compléter votre connaissance de l’Histoire de France.

          Rappelons que comme à notre époque Christiane Taubira, membre du gouvernement, avait été chargée de défendre ce qui est devenu le mariage pour tous, Victor Schoelcher était à son époque secrétaire d’État du gouvernement en place chargé du programme de l’abolition de l’esclavage avec indemnisation des colons ; ce qui aboutira à la mise au travail forcé des nouveaux citoyens jusqu’en 1946 ! En d’autres termes, l’un et l’autre étaient au service de l’État et ne peuvent donc pas être personnellement tenus pour responsables du résultat obtenu au point d’être glorifiés ou détestés ! L’inévitable détestation ou admiration des populations de ces faces émergées des actions de l’État doit donc être vue, chaque fois, comme un message clair adressé à l’État lui-même. C’est ce que chaque citoyen doit retenir ; et c’est ce que l’Histoire doit retenir ! Quant à Joséphine de Beauharnais, elle était l’épouse de Napoléon Bonaparte qui avait rétabli en 1802 l’esclavage aboli par la première république en 1794. Ce tableau me semble assez clair pour comprendre la contestation de la légitimité de ces deux personnages dans l’espace public martiniquais. J’ajouterai que personne, même pas la République, n’a le droit d’imposer aux citoyens de tel ou tel département des figures à honorer, surtout quand les populations les ont en horreur ! PERSONNE ! Sauf les suprémacistes convaincus de détenir la lumière devant éclairer le reste du monde condamné à les considérer comme des dieux incontestables ! Qui a déjà écouté les Martiniquais pour connaître leurs héros qui les ont libérés ou étaient sur le point d’y parvenir au moment de la proclamation officielle de l’abolition de l’esclavage ? D’ailleurs, sur son site, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (F.M.E) éclaire les citoyens et l’État français sur la posture des Martiniquais à l’égard de Victor Schoelcher : https://memoire-esclavage.org/statue-de-victor-schoelcher-fort-de-france

        Maintenant, abordons plus largement la raison du déboulonnage de la troisième statue représentant un personnage que presque personne ne connaît en métropole. Les descendants des Africains en Martinique savent très bien que leurs aïeux ont été forcés par les colons blancs de remplacer les autochtones de l’île : les Arawak et les Kalidago, exterminés par Pierre d’Esnambuc (1585 – 1636) au moment de l’installation des colons français. Aujourd’hui, personne ne peut mentionner un seul descendant de ces deux peuples dans la population française ! Voilà une triste réalité appelée génocide et qui a pleinement atteint son but ! Et pourtant, Pierre d’Esnambuc avait une statue qui trônait en bienfaiteur digne d’admiration – selon l’administration française – sur une place publique de l’île avant sa destruction en juillet 2020 ! C’est croire que la disparition de presque toutes les statues de Christophe Colomb sous le ciel des Amériques – avec les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd – ne semble pas un enseignement pour nos autorités quant au fait que le terme « découvreur » de peuples étrangers est désormais considéré par des milliards d’êtres humains à travers le monde comme une insulte, voire une inqualifiable et détestable arrogance.

La République complice des suprémacistes békés ?

          En France, on déboulonne régulièrement des statues. Démonstration est faite dans mon livre cité plus haut. Celle de l’abbé Pierre, accusé d’agressions sexuelles, a été déboulonnée en septembre 2024 à Norges-la-ville en Bourgogne (21 – Côte d’or) et son image retirée des affiches publicitaires d’une fondation bien connue. Posons-nous cette question pour voir plus clair dans ce débat : qui juge de la dignité ou non de la présence de telle ou telle effigie dans les espaces publics ? Réponse : elles sont là grâce à des cercles d’amis, des partisans qui courtisent les officiels de l’État ! C’EST TOUT ! Personne en France ne peut soutenir le contraire ! Les représentants de l’État ne doivent donc pas négliger ce fait au risque de se rendre complices des offenses que cause la présence en certains lieux de certaines de ces statues. Voilà pourquoi, à la suite des Martiniquais, des centaines de statues ont été déboulonnées par des citoyens à travers le monde après la mise à mort raciste de l’Américain George Floyd.

          De toute évidence, l’enjeu de ce procès est de refuser aux Français noirs la légitimité de leur histoire française au sein de la République. En effet, le déboulonnage des trois statues était une revendication de la reconnaissance de leur légitimité – et donc de leur voix, de leur sentiment – au sein de la République. Les Martiniquais refusent que la République se rende complice des descendants des esclavagistes, ces békés qui tiennent à perpétuer les figures des crimes esclavagistes et coloniaux et les injustices qui les accompagnent comme œuvres civilisatrices dignes d’être honorées – même là où les blessures du passé sont encore vivaces. Ils savent que c’est cette complicité de l’État avec les aïeux des békés qui avait abouti à l’indemnisation des colons au lieu des esclaves au moment de la deuxième abolition de l’esclavage. Chaque citoyen français doit graver cela dans son esprit au moment de discuter des revendications de nos compatriotes des outre-mer.

          Malheureusement, nous n’avons plus en France d’intellectuels reconnus capables de porter une voix forte pouvant être entendue quand il s’agit de défendre la légitimité contestée d’un groupe social issu de notre histoire coloniale ou esclavagiste. Aussi l’expulsion de l’homme noir de l’histoire de l’humanité officialisée par les théories racialistes du XIX siècle – mais contestée au XXe siècle- a fini par triompher en ce début du XXIe siècle au sein du pouvoir politique républicain pour autoriser ce procès.

          Que chacun retienne ceci : aujourd’hui, la figure de Victor Schoelcher et celle de l’abbé Pierre sont contestées – pour des raisons différentes ; et la statue de chacun est déboulonnée parce que devenue gênante. Et la preuve que le procès des 11 Martiniquais est une contestation de la légitimité des Français noirs se trouve dans le fait que chaque action que ceux-ci posent pour sortir de l’invisibilité et accéder à une égalité de considération et de traitement avec le citoyen blanc est jugée par nos autorités comme une atteinte à l’ordre public ! Cela est un fait incontestable clairement démontré dans mon livre afin que personne ne demeure ignorant de l’institution de l’injustice à l’égard des Noirs au cœur de la République.

Raphaël ADJOBI

Nathacha APPANAH PRIX FEMINA 2025… mais pas le niveau suffisant pour être Française !

          La France détient l’art singulier d’humilier les descendant(e)s de ses anciennes colonies. Un art devenu risible. Nathacha APPANAH, la journaliste et écrivaine originaire de l’île Maurice (1), en est l’amère exemple. Prix Fémina 2025 pour son roman La nuit au cœur, elle n’aurait pas, selon l’administration française, le niveau suffisant pour obtenir la nationalité française.

          « Pour prouver son niveau de français, elle a envoyé ses grades de chevalier et d’officier des arts et des lettres, deux décorations remises par l’État français » au regard de ses nombreuses publications littéraires (Carole Lefrançois dans Télérama n° 3949 du 17/09/2025 p.141). « L’administration m’a répondu que ces honneurs ne correspondaient pas à un diplôme, ce que je savais, mais je me disais que peut-être avec mon curriculum vitae et les douze romans publiés, cela suffirait… ». NON ! Elle a été retoquée ! Quant à l’artiste Oxmo Puccino – 51 ans – il a beau partager ses questionnements avec tous les Français, c’est seulement cette année, en juillet 2025, qu’il a obtenu la nationalité française (avec l’aide de son entourage professionnel, précise-t-il) après trois tentatives infructueuses ; lui, qui vit à Paris depuis qu’il a 1 an ! « Lors de l’entretien […] l’on m’a posé des questions sur la culture française et demandé de réciter les paroles de la Marseillaise » (Télérama du 15/10/2025). L’administration de notre pays douterait-elle de la qualité de l’enseignement reçu dans nos établissements scolaires ? Quand en France un Blanc, premier ministre, n’est pas disqualifié pour avoir clamé publiquement que l’île de la Réunion est située dans l’océan Pacifique – et devient une décennie plus tard ministre des outre-mer ! – une partie de la population française a toutes les raisons de croire que les dirigeants de notre République sont injustes devant nos ignorances respectives.

          En effet, la France blanche a ses raisons que la raison ne connaît pas. Par exemple, c’est elle qui décide de classer les artistes et les écrivains qui n’ont pas la peau blanche dans telle ou telle catégorie de population de la terre, dans telle ou telle type de culture.

          Tenez, en matière de publications, le premier roman de Nathacha Appanah – Les rochers de Poudre d’or – sorti en 2003 fut d’office classé dans la collection Continents noirs, chez Gallimard. L’autrice garde encore le souvenir de la déception ressentie alors : « Peut-être que j’avais oublié ma couleur de peau, peut-être que j’avais oublié d’où je venais… Bon sang ! Lisez-nous pour notre intention, pour les risques littéraires que nous prenons, ne nous lisez pas comme des sociologues déguisés, des anthropologues… mais pour le langage, l’émotion et ce personnage qui fait vous mettre à sa place » (Entretien avec Carole Lefrançois – Télérama).

          Et elle a pleinement raison parce que vous ne trouverez pas dans une collection étiquetée “NOIR” les titres comme Zamore et Mirza (1785) – drame en trois actes d’Olympe de Gouges, Ourika (1823) de Claire de Duras, Bug-Jargal (1826) de Victor Hugo, ou Alma (2020) de Timothée de Fombelle, dont les héros et héroïnes sont “Noir(e)s”. Qui oserait aller chercher Georges d’Alexandre Dumas au rayon “littérature francophone” ?

(1) L’île a appartenu à la France de 1715 à 1810 avant de devenir colonie anglaise jusqu’en 1968.

Raphaël ADJOBI

Elles militent pour rendre plus visible la contribution des femmes à l’Histoire de l’humanité

Aujourd’hui, presque toutes les femmes sont d’accord avec Simone de Beauvoir pour dire que « toute l’histoire des femmes a été faite par les hommes » (Le deuxième sexe) et qu’il convient de prendre la parole pour déconstruire les paradigmes à l’origine du déni de leur rôle dans les inventions et innovations qui ont fait progresser l’humanité. En effet, à partir des années 2000, une nouvelle classe de chercheuses a donné un essor formidable à cette idée soulignée par Simone de Beauvoir en mettant l’accent sur l’invisibilité de la femme à travers les siècles : 
Marylène Patou-Mathis
(L’homme préhistorique est aussi une femme), Sophie de Beaune (conseillère scientifique du livre et du documentaire Lady sapiens), Olivia Gazalé (Le mythe de la virilité). Les journalistes Titou Lecoq (Les grandes oubliées) et Léa Mormin-Chauvac (Les sœurs Nardal) ont rejoint – respectivement en 2021 et en 2024 – ce combat qui participe à rendre plus visible la contribution de la femme à l’histoire de l’humanité. Saluons ici la voix magnifique de la poétesse Liss Kihindou qui vient s’ajouter à ce travail collectif par un hommage aux pionnières de ce combat. 

LES RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE 2025 À BLOIS (28e édition)

Une chose est certaine : il ne faut pas se lever un matin pour prétendre participer à ce rendez-vous annuel à Blois. Le programme est très lourd et difficilement compréhensible parce que fait d’un mélange de l’ordre du temps ou des journées avec l’ordre des thématiques arrêtées par les organisateurs. Ainsi, sur la journée en cours, vous pouvez lire des thématiques prévues les jours suivants ! Par ailleurs, cette programmation exige une bonne connaissance de la ville et des différents sites où ont lieu les conférences qui – il faut le reconnaître – constituent de véritables attractions. Ne comptez pas sur les guides locaux qui eux-mêmes ont une connaissance médiocre des différents sites. Seules les habitués – après des années de tâtonnement – connaissent les règles du jeu et sont présents au bon moment et au bon endroit au moins une demi-heure avant la conférence.

Les Rendez-vous de l’histoire se présentent avant tout comme une concentration des maisons d’édition au centre de la ville de Blois. Une véritable plaque tournante pouvant occuper le visiteur durant une demi-journée, voire une journée entière. C’est le “pays” des lecteurs et des “découvreurs” d’histoires. Ici, chaque maison d’édition tente de montrer sa singularité à travers ses classiques et ses nouveautés. Malheureusement, dans cette présentation, les éditions L’Harmattan ont étrangement transformé leur stand en une aire de séances de dédicace pour auteurs régionaux de l’hexagone ! Résultat, un stand pauvre en titres accrocheurs, alors que leur voisin – les éditions Karthala – est resté fidèle à sa ligne de publication. Ce dernier éditeur semble avoir compris que les visiteurs veulent non seulement retrouver l’âme de la maison mais aussi des ouvrages qu’ils ne voient pas dans leur librairie. Je suis donc rentré avec 2 livres de cette maison d’édition, 1 livre des éditions Le Passeur, et 1 livre d’un éditeur que je ne connaissais absolument pas mais qui a retenu mon attention par la pertinence de son sujet : COMMENT LES IRLANDAIS SONT DEVENUS BLANCS (Une lumineuse traduction du livre de l’Américain Noël IGNATIEV par Xavier Crépin, publié par les éditions Smolny).

Raphaël ADJOBI

LES RETROUVAILLES ANNUELLES de LA FRANCE NOIRE (édition 2025)

          Le vendredi 26 septembre, à 18h30, 10 membres de notre association qui ont pu se libérer se sont retrouvés à Saint-Julien-du-Sault dans le cadre des retrouvailles annuelles de La France noire. Pas de doute : les membres présents avaient eu une petite pensée pour les absents au moment d’ouvrir les premières bouteilles (« ça va les faire venir !! »). Merci à notre hôtesse – l’artiste qui nous a prêté son bel atelier – d’avoir passé un moment en notre compagnie.

          Ce rendez-vous annuel est très important pour notre association parce qu’il est le moment où nous mettons entre parenthèses nos projets – même s’il nous arrive de les évoquer – pour favoriser les échanges permettant de mieux nous connaître. Et mieux nous connaître, c’est déjà mettre des noms sur les visages ou des visages sur les noms, c’est découvrir les passions, les attentions, le degré d’engagement ou de militantisme des uns et des autres.

          Merci à toutes et à tous pour votre présence, pour vos rires, vos sourires, vos plaisanteries, vos anecdotes hilarantes qui ont rendu ce moment très agréable.

          Avec l’espoir que nous serons un peu plus nombreux l’année prochaine, les membres présents vous embrassent très fort. Nous avons une petite pensée pour tous nos adhérents qui sont loin et qui nous soutiennent et partagent avec nous en esprit ces moments qui forgent la vie d’une association.

          Merci à Annie, notre chargée des actions locales, qui a piloté ces retrouvailles 2025.

Pour l’équipe dirigeante de notre association

Raphaël ADJOBI

Conférence-débat au Cercle Condorcet du sénonais (89) autour du livre LES FRANҪAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE

        Une soirée conférence-débat bien agréable a eu lieu le 24 septembre 2025 à Sens (89) autour du livre LES FRANҪAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE, une histoire mouvementée de Raphaël ADJOBI. Une soirée organisée par le Cercle Condorcet du sénonais dont le dynamisme n’est plus à démontrer au regard du grand nombre de conférenciers invités chaque année dans cette cité bourguignonne abritant la première cathédrale gothique de France : Marylène Pathous-Mathis, Olivia Gazalé…

          Intervenant dans les collèges et les lycées avec trois expositions pédagogiques homologuées par l’Éducation nationale pour le compte de l’association La France noire dont il est le fondateur et le coprésident, l’auteur des Français Noirs et la République a d’emblée souligné l’atmosphère d’incertitude dans laquelle baignent les Français noirs en ce début du XXIe siècle quant à leur légitimité. Et cela malgré quatre siècles de présence en terre de France ! Il a d’une part donné des exemples de cette légitimité constamment contestée entraînant une vie de profonde incertitude et donc de crainte, mais il a d’autre part souligné l’espoir que nourrit en leur cœur la grande curiosité du public français devant les objets patrimoniaux centenaires témoignant d’une relation longue, ensanglantée et compliquée entre la France et l’Afrique que quelques institutions n’hésitent plus à exhumer.

          Ne devons-nous pas tous souhaiter que ces efforts qui nourrissent l’espoir soient encouragés par nos gouvernants pour alimenter la fraternité nationale ? Le conférencier a pour sa part plaidé pour une plus large transmission des connaissances du passé que la France partage avec l’Afrique pour que tous les Français noirs ne soient pas regardés comme des immigrés n’ayant aucun passé commun avec les Français blancs. Quant au public, il a participé au succès de cette soirée grâce à ses prises de parole pour des questions, des observations ou des analyses de faits du passé.

          Merci au Cercle Condorcet du sénonais – et à son président Jean-Pierre Chignardet – pour cette invitation qui souligne son intérêt pour le travail de l’auteur au sein de l’association La France noire. Merci de tout cœur à Bernard Périllat dont les qualités de poète que sont la curiosité et la volonté de toujours côtoyer d’autres horizons ont permis cette invitation. Merci aussi à Bernard PERNUIT qui a consacré du temps à l’invité et lui a permis de découvrir la belle cathédrale gothique de Sens dont certaines sculptures témoignent des dévotions des chrétiens locaux mais aussi de leurs querelles intestines et même parfois de l’esprit vengeur du clergé à l’égard de ses ennemis. Et surtout merci au Cercle Condorcet du sénonais qui a offert cette visite au conférencier !

Raphaël ADJOBI

CERCLE CONDORCET DU SÉNONAIS (CCS) : conférence – débat autour du livre LES FRANÇAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE

Le Cercle Condorcet est un ensemble d’associations implantées sur tout le territoire français et dans un certain nombre de pays étrangers. Fidèle à l’esprit de la Ligue française de l’enseignement (et de l’éducation permanente) qui a porté ce groupement d’associations sur les fonts baptismaux en 1987, le Cercle Condorcet du Sénonais (CCS) promeut l’esprit critique permettant de combattre la désinformation ; et dans la pratique, afin que ce projet soit visible pour toutes et pour tous, il tient à « donner aux citoyens l’occasion de se réunir afin d’affiner leur réflexion et jouer pleinement leur rôle dans le débat public, pour une démocratie enrichie et renouvelée » (Wikipédia). Et c’est justement là que ce projet rencontre celui de la collection Questions contemporaines des Éditions l’Harmattan qui a choisi de publier le dernier essai de Raphaël ADJOBI, fondateur et coprésident de l’association La France noire. Dirigée par le trio formé par les universitaires Jean-Paul Chagnollaud, Bruno Péquignot et Denis Rolland, cette collection a un objectif clair : « offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective ». L’association La France noire profite de la rencontre de ces deux idéaux pour s’exprimer publiquement hors du circuit scolaire (collèges et lycées) où elle évolue depuis huit ans ! Rendez-vous donc à SENS (89) le mercredi 24 septembre à 18h30 autour du livre LES FRANÇAIS NOIRS ET LA RÉPUBLIQUE avec Raphaël ADJOBI.

UN DÉPUTÉ GUYANAIS INTERROGE LA CONSCIENCE DES FRANҪAIS sur la restitution des ossements des colonisés

Nous savons tous que la violence est la marque commune à toutes les colonisations ; avec parfois des spécificités. Et parmi les spécificités, la décapitation des colonisés fut significative dans les pratiques des Européens. Les milliers de crânes emmagasinés dans les sous-sols du musée de l’Homme en témoignent. Le 7 juillet 2025, à l’Assemblée nationale, lors du débat sur la restitution par la France du Tambour parleur Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire, les députés Jean-Victor Castor (Guyane) et Frédéric Maillot (Réunion) ont marqué les esprits en revenant sur cette marque du passé qui demeure vive dans l’actualité de certains de nos compatriotes. En effet, las des tergiversations de l’Assemblée nationale autour de la demande de restitution de 6 corps de leurs ancêtres formulée par les autochtones de la Guyane, Monsieur Jean-Victor Castor a pris la parole en leur deux noms pour interroger la conscience de leurs collègues, et à travers eux nous tous qui jurons la main sur le cœur que nos élus nous représentent et expriment donc nos volontés ; alors même que nous savons très bien que nous ignorons très souvent de quoi il est question dans les débats du simple fait que nos élus ne viennent jamais devant nous pour un compte rendu de leur mandat ! Lisez donc ce texte en imaginant que ce député guyanais s’adressait à vous comme à chacun de ses collègues.

Raphaël ADJOBI

LES MOTS DU DÉPUTÉ JEAN-VICTOR CASTOR

« La violence de la colonisation, nous la connaissons, nous, en Guyane. Et donc je sens ce lien avec les peuples d’Afrique, les peuples d’Asie, tous ces peuples qui ont été colonisés par l’Occident.

La violence dont on parle, c’est une violence qui, pour la Guyane, part de la Terra Nullius (« terre de personne »)*. La Terra Nullius, ce sont ces colons Jésuites qui sont arrivés et qui ont dit : “quand nous sommes arrivés, il n’y avait personne ; et les terres étaient en friche”. Le résultat est qu’aujourd’hui, chez nous en Guyane, c’est un préfet qui décide à qui il attribue les terres, y compris aux peuples autochtones ! [Et pourtant] Il y a eu un génocide. Des centaines et des centaines de milliers d’autochtones ont été massacrés. […] Et aujourd’hui, ils réclament la restitution de six corps, six restes humains.

Chers collègues, il y a une proposition de loi qui est là, qui traîne dans les coulisses […], une loi cadre qui propose la restitution pour nos pays colonisés encore : Martinique, Guadeloupe, Réunion, Polynésie, Nouvelle Calédonie… Et ce texte n’arrive pas à avoir l’aval des groupes politiques pour qu’il puisse passer… pour qu’il puisse être proposé à l’Assemblée.

Du coup, nous on se réfugie dans le texte de Madame Dessaly, au Sénat, pour qu’on ait une loi d’espèce spécifique à la Guyane, alors qu’il s’agit de centaines et de centaines de restes humains. Je vous parle de restes humains, chers collègues. C’est-à-dire que même rendre des corps aux communautés concernées, la France n’y arrive pas ! C’est à croire que ces corps-là sont encore considérés, en 2025, comme des objets ! … « Il faut conditionner. Il faut qu’il y ait des scientifiques qui réfléchissent aux conditions dans lesquelles la restitution va être faite ». « Collection publique ! » Mais au nom de quoi ? Et qui décide de ce principe d’imprescriptibilité ? Qui ? [Silence de mort dans l’hémicycle !] Mais dites-vous bien que ce sont des biens volés ! Ce sont des corps qui ont été volés !… Au nom de quoi [se comporte-t-on de la sorte]? De la puissance administrante ? De la puissance coloniale ? Et en 2025, on entend encore certains collègues, arriver ici, dire qu’il faut “conditionner” ! Mais les pauvres colonisés ne savent même pas ce qu’il y a dans vos musées… Dans l’inventaire, il n’y a pas de transparence. C’est l’opacité ! On demande quoi, si on ne sait pas ce qu’il y a ?

Rappel de l’histoire aux oublieux !

Mais quand les nazis ont envahi la France, ils ont récupéré des dizaines et des dizaines d’œuvres d’art. Et qu’est-ce que la France a fait ? Elle a réclamé, à juste titre, que tous ces biens reviennent à la nation française. Chers collègues, c’est vrai ou c’est faux ? [Silence de mort]. [Et cela] Au nom de quoi ? Au nom tout simplement [du fait] que ce sont nos biens, à nous.

Je suis en difficulté moi, ici, dans cette assemblée, à entendre encore en 2025 ces réticences. Entre les discours et les actes, il y a un écart énorme. Qu’est-ce qu’on fait de ces personnes, de ces Kali’na ? Depuis cent trente-deux ans qu’ils sont dans les musées, ici. [Qu’est-ce qu’on fait de] tous ces restes humains qui ne sont même pas connus des communautés autochtones de chacun de nos pays ? [Le député dénonce les remises à plus tard dues à la manipulation par les députés des termes PPL (proposition de loi) et PJL (projet de loi)] … En fait tout est bloqué. Je vous invite à choisir le bon véhicule législatif rapidement, parce qu’en Guyane on ne peut plus attendre. Il faut cesser le double langage !».

Jean-Victor Castor

*. La Terra Nullius, la bulle du pape Urbain II (fin XIe siècle), promulguée lors du premier appel à la croisade désigne comme « terre de personne » celle qui n’est occupée par aucun roi chrétien (souvent traduite par « terre inhabitée ») ; elle peut donc être conquise par un roi chrétien contribuant ainsi à l’expansion de la chrétienté (Aurélia Michel – Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l’ordre racial, Seuil, 2020). Retenez donc que quand dans les écrits de notre époque certains disent que tel ou tel territoire était inhabité au moment de l’arrivée des Européens, cela n’est absolument pas vrai ou presque toujours faux. C’est un principe institué et répété de génération en génération clamant que le territoire sur lequel on met le pied n’est pas chrétien.

LES SPLENDEURS DE LA FRANCE RACISTE CONTRE LES ÉLU(E)S NOIR(E)S

Chaque fois qu’un Français noir, dans l’exercice de sa fonction, fait connaître une blessure raciste venue d’un individu de la majorité blanche, partageons-la. Ne permettons pas que l’on dise, dans 20 ou 30 ans, que l’expression du racisme ne blessait personne à notre époque. Ne permettons pas que, demain, des compatriotes blancs continuent à dire avec assurance : “ On ne peut plus rien dire. On ne peut plus plaisanter”. Faisons en sorte que chacun sache que nous militons, à notre manière, pour que notre époque se distingue comme celle d’un combat collectif pour l’égalité et donc contre les ennemis de l’égalité républicaine.

Raphaël ADJOBI

VOICI LE COURRIER REҪU PAR LA VICE-PRÉSIDENTE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE D’UN CERTAIN M. JOURDAIN

Les mots de la vice-présidente

Dans la France d’aujourd’hui, les racistes expriment sans complexe leur nostalgie de l’esclavage et de la colonisation, leur haine de nos personnes et de notre réussite. Voir une femme noire au perchoir de l’assemblée, c’est voir leur hiérarchie sexiste et raciste, ainsi que leurs privilèges s’effondrer. Et ils ont la rage.

Ils croient nous humilier, nous intimider, nous faire peur. Ils se trompent.

Ce pays c’est aussi le nôtre. On est là et on y reste. Nos arrière grands-parents ont été soumis et exploités avec une violence inouïe pour en faire une « grande puissance ». Nos grands-parents se sont battus pour le libérer du nazisme. Nos parents l’ont construit. Les nôtres et nos familles le font tourner.

Tout ce qu’on a, on s’est battus pour l’arracher, et on en arrachera encore plus. Nous combattrons le racisme avec force, et pas seulement pour nous-mêmes. Pour nous faire baisser les yeux, il faudra nous les crever. Vive nous. Vive la nouvelle France !

Nadège Abomangoli (députée LFI de Seine-Saint-Denis) sur sa page X

Le Parisien (site Internet) écrit :

Celui qui se présente comme un certain « M. Jourdain » revendique son statut d’« homme blanc » ainsi que son nom de famille. Ce qui, selon ses dires, lui conférerait « plus de mérite » à occuper la vice-présidence de l’Assemblée nationale.

Sans aucune marque d’indignation ou de condamnation, le site du journal Le Parisien fait de la lettre de « M. Jourdain » un fait divers quelconque. Comme le dirait Salomé Saqué (journaliste, auteur de RÉSISTER), au nom de la neutralité, on nous livre du brut. Or, dit-elle, livrer du brut est une prise de position politique parce qu’en journalisme la neutralité n’existe pas.

De son côté, son collègue Aly DIOUARA – également député LFI – a reçu un courrier tout aussi éloquent : « T’aime pas la police. Jamais elles viendront à ton secours. Je peux me défouler tranquille et tu ne vas strictement rien faire. Juste encaisser comme ta généalogie. Voleur ! A l’époque, on t’aurait coupé les mains… ».

Comme le fait remarquer Aly Diouara, quand les gouvernants eux-mêmes voient certains de leurs compatriotes ou collègues comme des “Français de papiers”, le citoyen raciste se sent pousser des ailes pour passer à l’acte.

A LIRE : Mémoires d’outre-haine (Kofi Yamgnagne)