L’Institut du Monde Arabe présente « Esclaves en Méditerranée »

Le grand intérêt de l’exposition proposée en cette année 2026 jusqu’au 19 juillet par l’Institut du Monde arabe est de rappeler aux Européens et aux Arabes (Moyen-orientaux) que l’exploitation de la force physique de l’autre pour son profit personnel est une pratique ordinaire entre ces deux groupes depuis l’Antiquité – et cela autour de la Méditerranée ; une pratique qui a atteint son apogée entre le XIIe et le XVIIIe siècles avec la multiplication des guerres entre chrétiens et musulmans.

La grande lacune de cette exposition est d’avoir passé sous silence l’origine du mot « esclave » ; ce qui a pour conséquence de ne pas montrer au public comment le mot « serviteur » (servus) – désignant celui qui est aux services de ou aux ordres de – a été supplanté par le nom commun « esclave » (esclavus/sclavus – déformation de “slave”) entre le XIIe et le XIIIe siècle ; cela aurait montré qu’à cette époque il y avait une population particulièrement ciblée par cette pratique arabo-européenne*, même si toutes les populations autour de la Méditerranée étaient touchées par le phénomène.

Par ailleurs, il est tout à fait dommage que cette exposition ne soit pas accompagnée ou prolongée d’un catalogue. Riche en œuvres picturales et en sculptures du XVIIIe et XIXe siècles, cette exposition est une sorte de vulgarisation du livre d’Alexandre SKIRDA intitulé La traite des Slaves du VIIIe au XVIIIe siècle (sous-titre : L’esclavage des Blancs) – même si, comme je l’ai dit plus haut, le mot Slave n’est jamais prononcé. Comme le dit le dicton, il faut rendre à césar ce qui appartient à César : rendons à Alexandre SKIRDA son œuvre dont le début de la quatrième de couverture dit clairement ceci : « L’esclavage inhérent au monde antique n’est pas réapparu au XVIIIe siècle en Europe avec la traite de Noirs à usage colonial vers les Antilles et l’Amérique. C’est ignorer son importance en Europe du haut Moyen Âge et dans les pays slaves. Utilisé pour la première fois en 937, le terme latin sclavus/slaves remplacera ainsi le grec doulos et le latin servus pour désigner l’esclave ».

Dans sa lettre à Alexandre SKIRDA datée du 30 septembre 2010, Jacques Heers (1924 – 2013), Professeur honoraire à la Sorbonne, écrit : « Cher Monsieur, J’ai lu votre livre avec beaucoup d’intérêt et de plaisir car vous êtes l’un des seuls à avoir osé un sujet que la plupart des auteurs se gardent d’évoquer même en quelques lignes. » Oui, l’esclavage des slaves est un sujet tabou en France ! L’autre livre qui en parle longuement est Histoire des Blancs de l’Américaine Nell Irvin Painter (éd. Max Milo, 2019).

* Les actuels Slovènes, Croates, Tchèques, Moraves, Slovaques, Polonais, Serbes, Bulgares, Roumains, Moldaves, Biélorusses, Ukrainiens et Russes (quatrième de couverture du livre).

Raphaël ADJOBI

2 commentaires sur « L’Institut du Monde Arabe présente « Esclaves en Méditerranée » »

  1. Exposition certainement très intéressante malgré ses non-dits.
    Cela me fait penser dans un autre domaine au film La bataille de de Gaulle que j’ai vu récemment. On mentionne bien le ralliement du gouverneur du Tchad à de Gaulle mais sans le nommer… il reste anonyme.
    Autre non-dit : les 2/3 des soldats de la bataille de Bir Hakim étaient issus des colonies. Or, le film ne le montre pas et « blanchit » les combattants.
    On retrouve cette difficulté à aller à rebours du roman national officiel, à bousculer les idées reçues….

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