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Le collège Saint-Michel à Reims (51) a accueilli notre exposition sur l’esclavage

Reims oct. 2022          Le collège Saint-Michel à Reims est le premier établissement scolaire de la Marne a accueillir une exposition de La France noire. C’est dans un grand CDI, lumineux, en forme de V – créant pour ainsi dire deux départements – que Madame Bindi, la professeure documentaliste, a accueilli notre exposition Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur libertés dans les Amériques, pour le grand plaisir des classes de quatrième.

Reims 2          En prolongement de leur cours sur l’esclavage, les élèves ont été très surpris de découvrir des images et des faits qu’ils n’avaient jamais imaginés. Leur attention était donc grande face au récit du conférencier. « L’histoire, vous la racontez, et cela ne peut que les captiver ! » a dit la professeure documentaliste satisfaite de l’écoute attentive des élèves. Effectivement, le conférencier ne fait pas un énième cours d’histoire ; il raconte l’histoire de la traite et de l’esclavage pour faire émerger des figures humaines éprises de liberté, faisant ressortir davantage la violence des méthodes mises en place pour briser cette soif de liberté. Merci Madame Bindi d’avoir vu juste.

Reims Mme Bindi texte          Pendant une semaine – du lundi 10 au vendredi 14 octobre – élèves et enseignants ont visité librement l’exposition. Celle-ci a même servi de support à un travail proposé par la professeure documentaliste aux élèves d’un autre niveau que la quatrième. Soucieuse de toujours proposer aux enseignants et aux élèves des connaissances nouvelles, Madame Bindi a déjà un projet pour l’année prochaine : accueillir notre exposition sur le racisme.

Raphaël ADJOBI

Marronnage : l’art de briser ses chaînes

Marronnage tableaux double          Durant tout l’été 2022, jusqu’au 24 septembre, La Maison de l’Amérique latine – 217, boulevard Saint-Germain (Paris 7e) – a abrité une exposition sur l’art produit par les Africains déportés dans les Amériques et qui ont réussi à fuir le travail forcé imposé par les esclavagistes du Suriname et de la Guyane française pour constituer des villages dans la forêt amazonienne.

Marronnage peignes série          «Ils ont réinventé leur liberté, et même tenté de renverser l’ordre colonial. Entre le milieu du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle, six communautés se sont ainsi successivement fondées par marronnage : Saamaka, Dyuka, Paamaka, Boni/Aluku, Matawaï et Kwinti. Engagés dans des combats contre l’armée hollandaise, ces peuples ont su dès 1760 imposer des traités pour faire reconnaître leur souveraineté» disait le texte présentant l’exposition qui laisse clairement comprendre que les héros noirs pour la liberté ne sont pas seulement Haïtiens mais de tous les coins et recoins des Amériques. Le marronnage est en effet inhérent à toutes les sociétés qui furent soumises à la traite négrière et à l’esclavage. L’aire de son développement inclut donc toute la Caraïbe* et quasiment toute l’Amérique du sud où l’on célèbre aujourd’hui les anciens quilombos du Brésil et les palenques de l’Amérique dite hispanophone ; des termes qui renvoient à des villages d’Africains libres. On trouve aussi des traces du marronnage en Amérique du nord, aux États-Unis évidemment. Et concernant les marrons du Suriname et de la Guyane française, le texte ajoute : «La paix revenue, un siècle plus tard, avec le plaisir de créer, naît sous leurs doigts l’amour du beau, de la grâce».

Marronnage La chaise-fauteuil          En effet, cette belle exposition montrait ces deux pans de l’histoire de ces Africains marrons, c’est-à-dire qui ont réussi à fuir la servitude à laquelle ils étaient destinés. La première partie était faite d’images de la vie quotidienne (vie d’esclave ou de captif et vie de marron) accompagnées de textes explicatifs suffisamment courts pour ne pas rendre la visite fastidieuse. La deuxième partie – qui était clairement l’objectif principal de l’exposition – présentait des objets de la vie ordinaire de ces Africains des Amériques ainsi que des œuvres qu’ils ont créées pour le plaisir ou alliant plaisir et utilité : les peignes qui se déclinent en une multitude de formes témoignent de cette dernière volonté. Et outre les tambours, on trouve dans ces objets l’awalé – un jeu très répandu chez les peuples Akan du Golfe de Guinée – la chaise-fauteuil (en deux éléments détachables), et le tabouret Akan qui rappelle celui de l’Ancienne Égypte.

Tembé Loli          Mais ce qui retient de manière particulière l’attention du visiteur, ce sont les œuvres que tout le monde s’accorderait à qualifier d’artistiques parce que considérées comme le fruit de la seule imagination de l’artiste créateur. Elles impressionnent et séduisent par leurs lignes sinueuses et leurs couleurs souvent vives. Cependant, comme l’écrit Christiane Taubira dans l’introduction du catalogue de l’exposition, « Sait-on comment nommer un ouvrage ou une œuvre à forte charge culturelle que l’on observe ou que l’on admire, s’agit-il d’art, d’artisanat, voire d’artisanat artistique ? ». Et pour que l’on comprenne bien le fond de sa pensée justifiant cette question, elle ajoute plus loin : « Les sociétés opprimées intégraient dans leurs récits et leurs préceptes la présence de leurs observateurs, de leurs oppresseurs ». Retenons donc que toutes ces œuvres chatoyantes à forte charge culturelle ne sont certainement pas innocentes, même si elles semblent s’éloigner clairement de leurs origines africaines. L’oppression et la lutte laissent des traces ! D’autre part, quand on observe ces œuvres, on ne peut exclure l’influence amérindienne. Nous sommes donc d’accord avec Christiane Taubira lorsqu’elle dit : «On ne peut ignorer que tous les territoires de traite et d’esclavage, dans les Amériques et les Caraïbes, étaient peuplés d’Amérindiens à l’arrivée des Européens, navigateurs ou colons. Par conséquent, le marronnage, également pratiqué par les Amérindiens, a donné lieu à des alliances…. [et] a ainsi brassé les cultures, les savoirs, les langues, permis le partage de techniques de chasse, de pêche, d’agriculture, la circulation de connaissances en pharmacopée, et bien entendu sur les matériaux utiles à l’artisanat» et…. aux productions dites artistiques.

Raphaël ADJOBI

* Caraïbe : le terme désignait à l’origine la population autochtone – décimée par les Européens – qui occupait les îles situées entre les actuelles Amérique du nord et Amérique du sud. La Caraïbe (ou les Caraïbes) renvoie donc aux îles de l’océan Atlantique et du pourtour du continent américain appelé Amérique centrale.

 

Le Collège Laurent Monnier à Saint-Aubin (39 – Jura) a accueilli notre exposition sur l’esclavage

Saint-Aubin sept.2022 B          Le vendredi 23 septembre 2022, l’exposition « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques » a été accueillie au collège Laurent Monnier à Saint-Aubin dans le Jura. Grâce au projet pédagogique du professeur d’histoire et géographie, M. Yoann Frelin – qui avait déjà vu cette exposition en 2018 à Saint-François de Sales à Dijon où il exerçait – la direction de l’établissement a donné son accord pour que les élèves des classes de quatrième élargissent leurs connaissances sur « La formation de la personne et du citoyen ».

Saint-Aubin 2022 Raph          En effet, l’exposition de La France noire ne se contente pas de présenter la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques. Comme son titre l’indique, elle met l’accent sur les luttes pour la liberté. A partir des luttes contre les captures, la déportation et « l’esclavagisation » (ou « esclavisation »), on peut aborder d’autres formes de liberté : liberté d’opinion, de circulation… C’est surtout l’occasion pour les élèves, selon M. Yoann Frelin, de « faire preuve d’esprit critique, et s’indigner contre l’esclavage. [Apprendre à] se battre pour les libertés pour tous et lutter contre les discriminations ». En clair, il appartient à chaque enseignant de faire preuve d’imagination avec ce bel outil pédagogique que nous tenons à la disposition de tous. Et dans notre exposition, la lutte des femmes esclaves pour leur liberté de procréer ou de ne pas procréer éclaire parfaitement le combat des femmes d’aujourd’hui à disposer librement de leur corps. Sur ce chapitre, notre collègue n’a pas manqué de citer Beloved de Toni Morrison ; récit dans lequel une mère est hantée par le fantôme de sa fille qu’elle a tuée pour lui éviter d’être esclave comme elle. Sa vie de cauchemars illustre donc parfaitement le lourd tribut payé par les Noirs pour leur liberté. Ce qui est totalement absent des manuels scolaires.

Saint-Aubin Jura 2022 Loli          Merci à Monsieur le directeur pour l’accueil, et merci de tout cœur à notre collègue documentaliste pour le précieux coup de main à l’installation et à la désinstallation de l’exposition et pour les échanges très intéressants sur la réalité sociale de cette zone du Jura limitrophe de la Côte d’Or, caractérisée par la faible densité de sa population ; état de chose expliquant la rareté des structures ou réseaux culturels. Nous sommes totalement d’accord avec nos deux collègues pour dire que vivre et étudier dans une zone éloignée des grands réseaux culturels demande beaucoup d’imagination pour rivaliser avec les zones qui en sont pourvues. Aussi nos collègues jugent-ils nécessaire la venue de porteurs de connaissances dans cette partie de leur département afin de briser l’isolement, source de pauvreté en matière de culture. La France noire, née dans une petite ville de l’Yonne (89), connaît bien ce souci. Oui, aujourd’hui il est possible de faire venir à soi la culture. Et parce que leurs différents projets sont fort intéressants, nos collègues de Saint-Aubin constituent un exemple à suivre pour les enseignants des petits établissements de province. Oui, ensemble, faisons circuler les connaissances !

Saint-Aubin réduitRaphaël ADJOBI

Le retour de la soirée des retrouvailles de La France noire

Retrouvailles 16 spt. 22          Après deux années de respect de la mesure de l’État interdisant les rencontres de groupe, les membres de La France noire viennent de renouer avec leur soirée annuelle des retrouvailles – à Looze (89) le vendredi 16 septembre 2022. Bien sûr, La France noire étant une association nationale, nos amis de Guadeloupe et des département métropolitains lointains n’étaient malheureusement pas présents. Toutefois, nous les avons associés à cette rencontre en ayant une pensée pour eux.

Retrouvailles sept 22 B          Les participants à ces dernières retrouvailles ont surtout partagé un agréable moment de convivialité. En effet, au-delà de la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage célébrée chaque 10 mai en partenariat avec la mairie de Joigny et l’assemblée générale annuelle de l’association en juin, un moment de retrouvailles hors de toute tension est nécessaire. C’est pourquoi les membres de La France noire ont choisi de se retrouver tous les ans – au moment de la rentrée scolaire ; le caractère pédagogique de l’association oblige – pour passer un moment ensemble et apprendre à mieux se connaître. Mais c’est aussi l’occasion pour tous d’apprécier la mise en œuvre des projets arrêtés à l’assemblée générale de Juin : les perspectives de l’année scolaire 2022-2023 sont excellentes parce que nous enregistrons un accroissement des demandes d’intervention auprès des établissements. D’autre part, le médiatique historien Pascal Blanchard – spécialiste de l’histoire coloniale de la France – accepte notre invitation à Joigny pour deux conférences le jeudi 4 mai 2023 dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Retrouvailles coupées          Nous pouvons donc dire qu’après deux années de marche assez laborieuse due au COVID, La France noire retrouve sa vitesse de croisière.

Raphaël ADJOBI

« La France noire » à la fête des associations 2022 de Joigny

Visiteur 2022          Le dimanche 11 septembre 2022, la ville de Joigny (89 – Yonne) a organisé une fête des associations locales afin de leur permettre de faire découvrir au public leur spécificité ainsi que leurs activités. Un moment de vie conviviale réussie, après deux années de grande torpeur qui ont quelque peu vidé certaines organisations de leur vitalité par manque de rencontres entre membres ou avec le public.

3 Visiteuses          La fête initialement prévue sur l’aire de parking de la salle omnisport à la sortie de la ville a finalement – heureusement ! – retrouvé son espace habituel : le marché couvert et sa belle et immense esplanade qui fait face à l’Hôtel de ville. Un beau travail d’organisation a permis l’installation rapide d’une soixantaine d’associations. La marque d’une fête réussie c’est l’affluence. Et la fête était belle parce que le public était nombreux à découvrir les associations et à se montrer curieux à leurs prestations. La France noire a été très sollicitée ! Il faut dire que les panneaux pédagogiques présentés ne pouvaient que retenir l’attention des visiteurs et provoquer des réflexions sur la bêtise humaine. Malheureusement, nous avons constaté que toutes les familles blanches ayant des enfants noirs ou métis et toutes les femmes noires ayant des enfants métis n’ont pas daigné s’arrêter ou même jeter un regard du côté de notre stand. Il était même impossible de croiser leur regard ! Cela donne à réfléchir quant au comportement des Noirs et des Blancs ayant en charge l’éducation d’enfants noirs ou métis. Peut-être entendent-ils l’intégration comme une injonction à ne pas jeter un œil vers le passé ou vers la réalité ?

Pascal et Françoise          Merci à Gabrielle (Villeneuve/Yonne) et à Rémy (Chamvres), ainsi qu’à cette collègue – professeure de français, latin et grec (en Seine et Marne) – et à sa fille qui travaille en Inde ; ces dernières ont montré un grand intérêt pour notre travail et ont désiré garder le contact avec notre association pour deux éventuels projets. Merci aussi à ce couple de la Mission locale installé dans notre département à la faveur du COVID-19 qui nous a permis de découvrir leur travail sur la citoyenneté. En effet, il est à retenir que la fête des associations est aussi une occasion qui leur est offerte pour se découvrir les unes les autres et établir si possible des relations de coopération.

  • Photo du bas : Françoise Parry et Pascal Compaoré (membres du Conseil d’administration de La France noire) 

Raphaël ADJOBI

Jocelyne Béroard et l’amère patrie

Jocelyne BéroardLa chanteuse et parolière martiniquaise du célèbre groupe Kassav dit comment la France fabrique des frustrés qui sont obligés de chercher ailleurs leur inspiration pour respirer. Son récit confirme le fait que la France de la laïcité prône la cécité sur la diversité pour ne voir qu’une population incolore, inodore, agréable à voir ! Alors, dit la Martiniquaise, « j’ai commencé à aimer mes cheveux crépus à l’adolescence, grâce aux écrits des Black Panthers et aux artistes afro-américains de Stax et Motown. […] Avec le mouvement « Black and proud », je me suis sentie revivre et j’ai adopté la coupe afro ».

Extrait des propos recueillis par Anne Berthod – Télérama du 20 au 26 août 2022

° Amère patrie : « Clairement, le Zouk n’a pas été reconnu à sa juste valeur par les médias français ; en 1985, aucune télé n’a parlé de notre premier Zénith, à part une émission de foot où nous avions un copain. Idem pour les producteurs, qui ne se sont intéressés à nous que parce que nous avions du succès en Afrique. Certains nous avaient même suggéré au début d’abandonner le créole pour chanter en français ; Or, notre public a toujours été très mélangé. C’est dommage que la France ne mette pas mieux en avant sa diversité. On nous répète sans cesse : « vous êtes la France ». Or, nous sommes à 8000 kilomètres et notre histoire est différente. Les Antilles ont tout appris de la France, mais la France n’a rien compris aux gens de là-bas. Heureusement dans le groupe, nous n’avons jamais laissé l’amertume nous dominer. C’est la force de Kassav et de sa musique. Antidote aux idées négatives. […] Quarante ans plus tard, les Antillais restent fiers d’avoir eu un groupe qui les représente sans édulcorer leur culture ».

° Esclavage (enfouissement de la mémoire de l’esclavage) : « Il n’y a pas eu d’esclaves chez les Béroard, répétait mon père. Évidemment, c’est plus compliqué. Mon père descendait d’un Béroard blanc, mais la couleur de sa peau prouve qu’il avait aussi des aïeux d’origine africaine. Seulement, comme de nombreux Antillais, il n’avait pas envie de faire son arbre généalogique. Personne n’a envie d’être descendant d’esclaves, parce que c’est une douleur, un souvenir horrible, au point que les anciens esclaves ont préféré l’oubli. Ils sont devenus libres en silence, pour ne pas risquer de raviver le passé*. Le traumatisme de la longue traversée en fond de cale dans des conditions épouvantables, l’anéantissement de leur humanité, le rabaissement constant des femmes noires et des hommes noirs, qui voyaient leur compagne accoucher d’enfants métis… tout cela a laissé des traces indélébiles. De tout cela, mes parents ne disaient rien. La notion même de race était chez nous un non-dit ».

* Malheureusement, on ne devient jamais libre en silence ; on a jamais élevé au rang de héros de la liberté des gens qui sont demeurés dans le silence.

Jocelyne Béroard 2° Beauté noire : « À 20 ans, je suis partie à Caen pour faire des études de pharmacie. À mon arrivée en France, j’ai été choquée de lire des articles sur « la beauté noire », comme si c’était quelque chose d’exceptionnel ! Imaginez un article sur la « beauté blanche »…. J’ai moi-même pris tardivement conscience de ce que représentait ma peau noire. Mes parents ne m’ont pas éduquée avec cette notion de différence. Dans mon école de bonnes sœurs, fréquentée essentiellement par les descendants des anciens maîtres, on disait que la maîtresse faisait des préférences : la question du racisme, pourtant bien réel, ne se posait pas. Nos standards de beauté étaient définis par nos Barbie d’importation et nos poupées Bella blondes aux yeux bleues. Moi-même je passais des heures tous les matins à démêler mes cheveux ».

° Bonnes manières et pas de langue créole ! : « J’ai reçu, avec mes cinq frères et sœurs, ce qu’on appelle une éducation bourgeoise. Cela signifiait, dans une société antillaise encore marquée par l’esclavage et l’image de sauvage qu’avait l’Africain, se comporterconvenablement, apprendre les bonnes manières pour obtenir le respect. Parce que si vous étiez malpoli, les portes se refermaient*. Pour ma mère, professeur d’anglais, et pour mon père, chirurgien dentiste, cette éducation à la française était la clef de la réussite. […]… pas une carrière d’artiste ou de chanteuse. […] A l’école, j’apprenais que mes ancêtres les Gaulois vivaient de la pêche et de la cueillette. A la maison, nous parlions uniquement le français […] Le créole était la langue de la rue. C’était la langue du juron, une langue puissante dont les mots, surtout négatifs, prenaient tout de suite un sens plus fort. Quand les insultes fusaient en français, pour viser comme d’habitude les mères et les putains, personnes ne s’en émouvait, alors qu’en créole, cela pouvait finir en combat. […] Nous avions interdiction de le parler, mais nous pouvions le chanter dans certaines circonstances – parce que c’était aussi la langue des chanté Nwel (chants de Noël), des chansons de carnaval… En outre, ma mère ne pouvait s’empêcher de me rapporter certaines phrases en créole, pour m’en montrer toutes les saveurs. En me faisant découvrir sa beauté, elle m’a, en sourdine, donné l’amour de cette langue».

* En d’autres termes, ce sont les Français blancs qui jugent si vous êtes malpoli ou pas et qui vous ouvrent ou vous ferment les portes !

° Culture noire : « J’ai commencé à prendre conscience de ce qui constituait ma culture noire en lisant un texte du percussionniste Henri Guédon ; ce musicien antillais à l’éducation bourgeoise, comme la mienne, y parlait des musiques au tambour, que l’on n’écoutait jamais à la maison, mais qui me faisait vibrer. […] A Caen, dans la diaspora, j’ai enfin eu accès au reste du monde. Parmi mes amis antillais, Lionel, Guadeloupéen, avait beaucoup lu, notamment sur l’histoire des indépendances africaines. Il m’a fait découvrir tout un pan de ma culture ».

Propos recueillis par Anne Berthod ; la première photo est de Cyrille Choupas pour Télérama

Réunion de rentrée de LA FRANCE NOIRE en Île-de-France

Déjeuner de travail 21 août 2022          Le dimanche 21 août 2022, deux membres du bureau de notre association ont rencontré l’équipe de l’antenne de l’Île-de-France pour un déjeuner de travail – deux mois après son installation officielle en juin dernier. Au programme des échanges, deux sujets essentiels : d’une part, agir pour obtenir des adhésions afin de rendre viable l’antenne locale ; d’autre part, obtenir durant le premier trimestre de l’année scolaire une dizaine de rendez-vous avec des chefs d’établissement pour leur proposer nos expositions pédagogiques.

          Les membres du bureau ont remis à nos amis des cartes d’adhésion à proposer à leurs interlocuteurs lors des échanges informels. Par ailleurs, dans le but de susciter des soutiens ou des adhésions, une « conférence-sensibilisation » sur le travail pédagogique de La France noire pourrait être organisée à Sartrouville fin septembre/début octobre. A nos amis de trouver une salle et de fixer une date. Nous espérons qu’en découvrant l’une de nos expositions pédagogiques lors de cette rencontre, les uns et les autres comprendront l’utilité de soutenir une association portée par des spécialistes et donc qui ne nécessite pas d’actions collectives sur le terrain de l’enseignement. En effet, même quand on n’est pas médecin, on peut par exemple donner de l’argent aux médecins qui mènent le combat contre le cancer parce que cette cause nous tient à cœur ! Ce qui veut dire que nous n’avons pas besoin – sous le prétexte d’avoir fait un don – d’aller sur le terrain avec ces médecins. Nous avons tous besoin de reconnaître la qualité des spécialistes et leur faire confiance quant à ce qu’ils peuvent apporter à la société en soutenant financièrement leur action – quand celle-ci nous semble utile. A ce propos, je recommande vivement aux membres de La France noire la lecture du livre de notre collègue Carole Reynaud-Paligot : Le tour de France de Flora Tristan (Éd. Tautem, 2022). Ce livre montre comment, grâce aux soutiens des âmes généreuses, la jeune militante a contribué à la création de syndicats d’ouvriers dans de nombreuses villes de France.

Carte d'ahésion Île-de-France          S’il est toujours agréable et même nécessaire qu’une association ait une vie festive pour entretenir la flamme militante des membres, personne ne doit perdre de vue l’objectif principal de La France noire : apporter des connaissances sur la contribution des Noirs à l’Histoire de France en complément de l’enseignement ordinaire que reçoivent nos enfants et petits-enfants. D’ailleurs, dans sa lettre du 10 janvier 2022, Madame la rectrice a eu ces mots fort réjouissants à l’adresse de notre association : « Nous restons attachés à notre partenariat qui vient en complément de l’action ministérielle ».

          Enfin, pour que d’autres découvrent notre association, il appartient à chaque membre d’en faire la promotion autour de lui en partageant nos publications. Sans les partages, la multiplication des réseaux sociaux ne sert à rien. Outre son site avec un blog, La France noire dispose d’une chaîne Youtube ; pour y accéder, tapez Youtube puis : La France noire info. Faisons donc connaître nos deux outils de communication autour de nous afin que les Français soient de plus en plus nombreux à s’intéresser à nos actions pédagogiques et mémorielles.

Raphaël ADJOBI

L’enfouissement de la mémoire de l’esclavage dans la conscience des Français noirs

          Lors de notre déplacement dans les Yvelines (78) pour l’installation officielle de l’antenne de La France noire en Île-de-France, si nous avons apprécié la franchise de la nouvelle présidente quant au refus d’une bonne majorité des Noirs d’évoquer leur passé, j’avoue que je croyais cette tranche de la population en voie d’extinction. Parce que les intellectuels progressistes noirs et blancs ont obtenu l’enseignement de l’histoire de l’esclavage dans notre pays, je pensais que nous étions aujourd’hui très nombreux à militer pour arracher celle de l’enseignement de la colonisation. Quel désenchantement ! A vrai dire, cette situation évoquée par notre amie Suzanne est une réalité partout en France. La preuve : les adhésions des Noirs à notre associations sont rares. Nous comptons pour le tiers des membres, et nos compatriotes blancs pour deux tiers !

          Les Français noirs veulent tourner la page de leur passé d’esclavagisés et et de colonisés pour ne considérer que ce qui est valorisant, disent-ils. Et pourtant, c’est dans notre passé douloureux que l’on découvre les plus grands héros noirs de l’Histoire de France ! Aussitôt rentré au siège de notre association, j’ai décidé de reprendre mon travail de chercheur pour me rafraîchir la mémoire et partager avec vous l’origine du rejet des pages de son passé très fortement ancrée dans la conscience du commun des Français noirs. Et pour vous rendre compte de ce poids du passé sur son esprit, je vais m’appuyer sur deux publications dont je vous conseille vivement la lecture : Ces Noirs qui ont fait la France de Benoît Hopquin (Calmann-Lévy, 2009) et Paroles d’esclavage – Les derniers témoignages de Serge Bilé (Pascal Galodé, 2011).

Benoît Hopqui et Serge Bilé          Il convient de retenir tout de suite que comme le système colonial – excellemment dépeint par le romancier congolais Emmanuel Dongala dans Le feu des origines (Actes Sud, 2018) – « le système esclavagiste ne reposait pas seulement sur la violence, mais également sur le conditionnement de l’opprimé pour qu’il accepte son statut » ! Et forcément vous conviendrez bien qu’il puisse en rester quelque chose aujourd’hui. Benoît Hopquin nous dit que l’historien Jacques Adélaïde-Merlande – septuagénaire en 2006 lorsqu’il tenait ces propos – a dû se cacher, en 1962, pour enregistrer dans un studio de RFO un disque sur le sort des esclaves ; et une fois le 33-tours réalisé, il a circulé sous le manteau, comme s’il s’agissait d’un document pornographique. Et pourquoi cela ? Tout simplement parce que «Le pouvoir colonial faisait peser une chape de silence, entravait toute recherche, toute évocation » ! Forcément, avec le temps, les Noirs ont intégré le mot d’ordre de l’oubli, de l’amnésie collective.

          En effet, peu à peu, les Noirs ont intégré eux-mêmes l’idée que c’était pour leur bien que le colonisateur a posé cette chape de silence sur leur mémoire, sur leur passé de populations esclavagisées. « Les parents ont cru protéger leurs enfants de la damnation en l’occultant. Ils pensaient qu’il fallait faire table rase du passé pour avoir une chance de s’en sortir », dit Jean-Luc Romana, guide guadeloupéen se confiant à Benoît Hopquin en 2006. En d’autres termes, pour ces Antillais, la Guadeloupe et la Martinique sont nées en 1848 avec l’abolition de l’esclavage. « Une sorte d’an I qui renvoyait dans une brumeuse préhistoire tout ce qui s’était passé auparavant » (p. 55).

          A contre courant de cette pensée collective, de manière épisodique apparaissent les actions de quelques individus – par exemple celle du guide Jean-Luc Romana avec son association Lanmou ba yo (« Amour pour eux ») et celle du journaliste et écrivain Serge Bilé – qui tentent de « briser ce tabou, faire remonter des tréfonds de la terre et de la mémoire ces milliers de pauvres hères humiliés, exploités, battus et, par une dernière avanie, oubliés » (Le Monde, 6 août 2006, cité par Benoît Hopquin). En 2011, avec la complicité d’Alain Roman et Daniel Sainte-Rose, Serge Bilé a recueilli pour la postérité les témoignages d’une trentaine de Martiniquais sur l’esclavage « tel que leurs grands-parents et arrière-grands-parents l’ont directement vécu et le leur ont – eux-mêmes – raconté ». Ce livre est accompagné d’un DVD mettant en scène des lycéens antillais écoutant et réagissant à ces récits jamais entendus ou imaginés. Un précieux outil pédagogique sur le travail de mémoire que les enseignants gagneraient à découvrir et à utiliser avec leurs élèves pour aller plus loin dans la connaissance du poids de l’esclavage (et même de la colonisation) sur l’esprit des Noirs et par voie de conséquence certains de leurs comportements et de leurs revendications.

Raphaël ADJOBI

La France noire/Île-de-France, première antenne de notre association

Île de France          Enfin, la première antenne de La France noire est installée ! C’est dans les Yvelines (78), à Sartrouville, que siège La France noire/Île-de-France. Et c’est Suzanne Ekima, l’une des rares personnes a avoir adhéré à notre association par Internet, c’est-à-dire sans avoir aucun lien avec l’un des membres du siège social à Joigny, qui en devient la présidente. C’est donc à elle que revient la charge de constituer un groupe d’animatrices et animateurs pour faire rayonner La France noire en Île-de-France.

          Le dimanche 26 mai, Suzanne a donc réuni autour d’elle un noyau familial pour entendre Raphaël Adjobi et Françoise Parry (président et secrétaire) expliquer l’importance des deux piliers qui structurent l’association et qui doivent aussi structurer l’antenne de Sartrouville (78) : la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage de 1848 en partenariat avec la mairie locale, et l’établissement de contacts avec les collèges et les lycées de la région pour favoriser les actions de La France noire auprès de la jeunesse grâce à ses trois expositions pédagogiques itinérantes. Donc un ancrage dans la vie d’une cité du département d’où partira le faisceau de notre idéal de fraternité en direction des jeunes de toute l’Île-de-France : mieux connaître l’autre pour respecter sa différence.

Groupe C          La nouvelle présidente nous a déclaré : « Depuis quelques années, je cherchais à m’engager dans une association sans trouver celle qui me convienne vraiment. J’ai même pensé à en créer une. Et en cherchant sur Internet, je suis tombée sur le site de La France noire. Je n’ai pas hésité ! C’était exactement l’association que je cherchais ». En effet, si le travail nourrit l’homme, c’est l’engagement qui donne un sens à sa vie, à son humanité. Conscient de cela, l’État français encourage les collèges et les lycées à consacrer une semaine à la réflexion sur l’engagement des jeunes citoyens et les invite à solliciter les associations à venir partager avec les élèves leurs expériences. Devant la baisse de l’implication des adultes dans le bénévolat – sauf parmi les plus anciens – il apparaît nécessaire d’intéresser assez tôt la jeunesse à l’engagement à travers la vie associative. Il s’agit d’un appel à repenser notre vie française ensemble pour une France et un monde plus solidaires.

          Le potentiel des Yvelines pour une plus grande fraternité nationale grâce à une meilleure connaissance du passé que les Français noirs et blancs ont en commun est absolument énorme ! C’est en effet là où la diversité de la population est grande que le message de fraternité de La France noire par la connaissance de notre passé commun a des chances de prospérer plus rapidement. Malheureusement c’est là aussi que les Noirs encouragés à croire au mythe du mérite par la réussite personnelle – en tournant le dos à leur passé – sont plus nombreux ! « Il faut oublier le passé douloureux ! Pourquoi remuer le passé ?». Or celui qui ne sait pas d’où il vient et pourquoi il est Français avec une carnation qui rappelle l’Afrique ne peut pas vraiment savoir qui il est et où il va ! Chacune de ces personnes doit savoir que si la France commémore des moments douloureux de notre passé – par exemple les deux grandes guerres, les déportations pendant la seconde, le génocide des juifs – c’est justement parce qu’il est scientifiquement reconnu qu’il faut mettre des mots sur les traumatismes pour guérir et avancer plus sereinement dans la vie sans reproduire les mêmes maux.

Groupe D          Retenons donc que « Oublier le passé, ne pas parler du traumatisme subi» est un argument d’une époque révolue ! Lutter contre cette pensée destructrice afin de permettre aux uns et aux autres d’apporter leur concours à l’instruction de la jeunesse en soutenant le travail pédagogique qui touche à l’histoire des Français noirs est donc la grande tâche de nos représentants à Sartrouville ! Heureusement, ceux-ci savent que le travail de notre association se fait en partenariat avec l’Éducation nationale qui lui a accordé l’agrément académique. Une marque de soutien et d’encouragement indéniable. L’essentiel n’est donc pas de passer son temps à compter le nombre des adhérents mais le nombre de jeunes qui accéderont aux savoirs que propose La France noire en Île-de-France.

Raphaël ADJOBI

Une maison des associations inaugurée à Joigny !

Maison asso 1bisMaison asso inaug. 2          Elle devait être inaugurée en 2021. Enfin, c’est chose faite ce 25 juin 2022 ! Certes, dès l’année dernière, la mairie avait permis aux associations qui avaient réellement besoin d’un local pour leurs activités – souvent hebdomadaires – d’occuper les salles qui leur revenaient. Mais l’acte officiel n’était toujours pas posé. Et c’est le représentant de l’État, en la personne de Monsieur Rachid Kaci sous-préfet de Sens, et l’élu de la commune Monsieur Nicolas Soret, qui ont inauguré ce beau bâtiment aux salles lumineuses. Était présent, Monsieur Bernard Moraine, maire honoraire de la ville.

Les élus          Après la visite des locaux et les deux actes symbolisant l’inauguration – le dévoilement de la plaque et la coupure du ruban – le public a écouté le discours du maire qui a mis l’accent sur la place importante des associations au sein d’une cité. Puis, ce fut au tour du sous-préfet de dire sa joie de découvrir ce joyau que représente cette maison des associations au coeur de la commune de Joigny. Déjà, la grande salle – ou la la salle d’honneur – a trouvé son nom : Benoît Herr, adjoint au maire en charge de la communication et de l’événementiel, décédé en janvier 2020.

Maison asso inaug. 8          Ce fut une belle occasion pour les différents présidents et représentants des associations joviniennes de se retrouver pour un moment convivial autour des personnalités locales et d’échanger entre elles. Les deux années écoulées sans activité, pour la plupart d’entre elles, ont laissé des traces difficiles à effacer ; des traces devenues parfois des difficultés à surmonter. Mais parce qu’elles constituent le sel des cités, les associations ne désespèrent pas. Et c’est dans la bonne humeur qu’elles ont bu le verre de l’amitié en compagnie des élus et du représentant de l’État en espérant des jours meilleurs grâce au soutien des différentes institutions départementales et régionales. Cette maison mise à leur disposition est déjà une preuve que leurs élus sont attentifs à leurs efforts et à leur dynamisme et tiennent à les encourager.

Maison asso inaug 11          La France noire était représentée à cette cérémonie par Françoise PARRY, Chantal HARDY et Raphaël ADJOBI.