Comme l’année dernière, c’est le collège Notre-Dame de Cosne-Sur-Loire (58 – Nièvre) qui est le premier établissement à accueillir La France noire dès le 21 septembre. Mais cette fois, c’est sous les masques que s’est déroulé l’échange autour de l’exposition «Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques». Disons donc que sous le masque la culture continue.
Rappelons que l’Education nationale conseille vivement aux professeurs de permettre aux élèves de travailler autrement les contenus des programmes scolaires que par un enseignement «académique» consistant par exemple à considérer qu’un sujet d’histoire est l’affaire exclusive du professeur d’histoire. En d’autres termes, depuis quelques années, une thématique peut constituer un «enseignement pratique interdisciplinaire» (EPI), c’est-à-dire être menée de front par différents professeurs – donc dans différentes matières – avec les élèves d’un même niveau. Ainsi, cette deuxième visite de notre exposition n’avait pas seulement pour objectif d’élargir les connaissances des élèves en histoire sur la traite et l’esclavage des Noirs dans les Amériques. Elle constituait aussi le point de départ d’un travail collectif entre Madame Sylvie Plançon, la professeure d’histoire, et ses collègues de français, arts plastiques, éducation musicale, EPS et leurs élèves de quatrième.
Pour que cet enseignement laisse des traces concrètes et durables dans chacune des matières afin de témoigner de l’investissement des élèves, ceux-ci participent à la sixième édition du concours national de «La flamme de l’égalité». Oui, ce concours existe ! Il est organisé par le Ministère de l’Education nationale, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, et la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Et en 2021, le prix qui sera décerné marquera le 20e anniversaire de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Une adroite façon d’inciter les enseignants et les élèves à porter une attention particulière sur la construction de «l’égalité», le deuxième pilier de notre devise nationale. Tous libres, oui ! mais être tous égaux est aussi une absolue nécessité. Sommes-nous combien à le rappeler souvent autour de nous ? Comment ? Par quel outil pédagogique ? En tout cas, en s’appuyant sur notre exposition pédagogique pour produire leurs oeuvres écrites, orales, picturales, musicales…. (je ne cite pas tous les domaines qui seront exploités) les élèves auront le temps de bien réfléchir à cette réalité : parler d’égalité suppose forcément prendre en considération l’Autre avec les droits que je défends pour moi.
La France noire souhaite bonne chance aux élèves de quatrième. Amitié à Mme Plançon qui a eu l’idée de donner aux élèves des bases concrètes faites d’images rares sur la vie et les luttes des esclaves pour nourrir leur enthousiasme. Bon courage à toutes et à tous !
Raphaël ADJOBI

Chacun de nous se souvient sûrement de cette réplique de Géronte, l’un des personnages principaux des Fourberies de Scapin de Molière, répétée sept fois dans la scène VII de l’acte II. Afin de se venger de son maître, Scapin prétend que son fils Léandre a été capturé par des Turcs qui lui demandent une rançon en échange de sa libération. Géronte doit – bien sûr par l’intermédiaire de Scapin lui-même – donner cinq cents écus aux ravisseurs s’il veut revoir son fils. C’est donc bien naturellement que l’avare Géronte, plein de désespoir, se demande constamment «Que diable allait-il faire dans cette galère ?» Cette réplique souvent accentuée aujourd’hui pour provoquer l’hilarité des jeunes publics renvoie pourtant à une réalité d’un passé pas si lointain qui n’était pas drôle du tout.
Selon Alexandre Skirda, ce phénomène n’était pas spécifique à la Turquie et était répandu parmi les autres flottes méditerranéennes jusqu’à ce que la marine à voile supplante définitivement les galères au milieu du XVIIIe siècle. «En France, dit-il, elles furent nombreuses, 42 en 1696, nécessitant 12 000 galériens pour assurer le service». Et il ajoute :
Notre association va enfin pouvoir s’ancrer dans un autre département que l’Yonne (89) qui abrite son siège. Il y a quelques mois, La France noire avait enregistré l’adhésion de
Suite à nos discussions, Suzanne a accepté d’être la déléguée de La France noire dans son département et plus largement dans la région parisienne. Afin de l’aider à faire connaître notre association dans sa zone d’action, une manifestation sera proposée à une municipalité des Yvelines autour de l’une de nos trois expositions pédagogiques. Ce projet sera mis en route quand les mesures sanitaires relatives à la COVID-19 le permettront.
La chute des statues de
Concernant Joséphine de Beauharnais, l’ex-épouse de Napoléon Bonaparte (1796 à 1809), il convient tout simplement de dire qu’elle est considérée comme l’instrument de la perte des Antillais. Fille d’un colon de la Martinique, elle épouse Napoléon en 1796. Quand celui-ci devient Consul de France après son coup d’état en 1799, il prend la décision de rétablir l’esclavage aboli en 1794.
Si aux Etats-Unis la mise à mort théâtrale de George Floyd a servi de «catalyseur» à un mouvement de «réévaluation» du passé déjà engagé (Alan Kraut de l’American University), les manifestations antiracistes qu’elle a suscitées en Europe ont aussi laissé des traces – pour la plupart symboliques. Certes, en Allemagne la sculpture «la négresse accroupie» a été décapitée, et à Bristol celle de l’esclavagiste Edward Colston a été déboulonnée puis jetée dans l’eau du port ; mais globalement, les manifestants se sont contenté d’exprimer leur colère en aspergeant les statues des personnalités qu’ils contestent de peinture rouge rappelant le sang de leurs victimes. Aussi, quand on laisse de côté ces traces physiques pour analyser l’impact politique des manifestations sur la vie des citoyens, seule la Belgique retient positivement l’attention. Oui, ce pays vient de faire un pas de géant dans l’histoire !
C’est tout d’abord
Concernant le nombre d’Africains déportés dans les Amériques – s’il est sans grand intérêt dans la qualification de crime contre l’humanité attaché à la chosification du Noir et aux conséquences qui en découlèrent – il est tout de même important de constater le grand soin pris par les historiens français pour le minimiser. En effet, ils avancent régulièrement le chiffre de 12 millions de déportés pour dire qu’au regard de quatre siècles de traite le crime n’est pas si énorme que cela. Pour notre part, nous assurons qu’il faut manquer de bon sens pour s’en tenir à ce chiffre et le proposer au public.
Après la mise à mort filmée de George Floyd à Minneapolis, aucun pays européen ne s’attendait à son retentissement mondial et aux nombreuses manifestations antiracistes qu’elle a provoquées. Et surtout, personne ne s’attendait à ce qu’elle interrogeât aussi profondément les Européens et leurs passés esclavagiste et colonial dont les conséquences perdurent dans nos sociétés modernes. Quand les premières vagues de manifestations atteignirent l’Europe, comme d’habitude, les médias français et quelques hommes politiques entonnèrent les éternels cantiques : c’étaient une «bavure policière» et des «manifestations communautaristes» ! Mais voilà qu’à partir du début du mois de juin nous parvient le bruit des statues que l’on fait chuter de leur piédestal.
Rappelons que le combat des antiracistes américains contre les statues à la gloire des esclavagistes blancs a une longue histoire animée par diverses associations de Noirs et de Blancs. Ici comme au Canada, selon l’historien Alan Kraut de l’American University, la mort de George Floyd a servi de «catalyseur» à un mouvement de «réévaluation» du passé déjà engagé. L’un des moments les plus marquants de ce combat a été celui qui a opposé les partisans et les adversaires de la statue du général sudiste Lee à Charlottesville en Virginie. Suite aux affrontements entre ces deux groupes, le gouverneur de la Virginie déclara en août 2017 :
Les quatre grands contributeurs aux théories racialistes qui ont inondé le monde sont bien connus de tous aujourd’hui : il s’agit de l’Angleterre, des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France. Et la popularisation de l’infériorité du Noir par rapport au Blanc s’est faite à travers toute l’Europe et l’Amérique du Nord – du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle – grâce aux nombreuses expositions coloniales que le musée du Quai Branly a rappelées à notre mémoire par son exposition «L’invention du sauvage» en 2011 – 2012. Mais
En tout cas, en 1940, les soldats de l’empire colonial étaient encore là pour la seconde grande guerre. Malheureusement, suite à la victoire rapide de l’Allemagne, la vengeance de celle-ci sera terrible ! 
La vague de colère suscitée par la mise à mort théâtrale de George Floyd aux Etats-Unis a laissé des traces sur le passé esclavagiste et colonial des pays occidentaux. De nombreuses statues honorant des figures qui se sont illustrées durant ces deux époques de l’histoire ont été descendues de leur piédestal. Depuis, ici et là, chacun s’interroge.
Par ailleurs, si cette journaliste s’était montrée plus attentive à l’actualité locale, elle aurait constaté que – comme le dit si bien George Orwell – très souvent des honnêtes gens deviennent malhonnêtes quand ils ont quelque pouvoir. Elle aurait appris que les autorités de la ville ont pris soin d’écrire les textes explicatifs en petits caractères et les ont placés suffisamment haut pour qu’ils soient illisibles !
Si vous demandez aux autorités françaises ce qu’elles font contre le racisme, elles vous répondront invariablement qu’elles ont mis en place une institution appelée DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT) avec un «plan national de lutte contre le racisme» depuis 2015. Elles préciseront même que pour 2018 – 2020, ce plan «mobilise l’ensemble des ministères pour mener quatre combats : lutter contre la haine sur Internet ; éduquer contre les préjugés et les stéréotypes ; mieux accompagner les victimes et investir de nouveaux champs de mobilisation».