« On a tendance, même dans les représentations récentes, à voir revenir des petits clichés sur la femme préhistorique. Notre idée était donc de déconstruire ces clichés-là pour aller vers un imaginaire plus proche de la réalité du terrain ». Tels étaient les premiers mots de la jeune préhistorienne Jennifer Kerner lors de la présentation, sur France culture le 10 septembre 2021, du livre Lady Sapiens, coécrit avec Thomas Cirotteau et Eric Pincas. Selon elle, aujourd’hui, « on a les éléments pour casser l’image d’Épinal de la femme [préhistorique] extrêmement fragile, extrêmement replète ».
En effet, avant même d’aller plus loin dans la connaissance des différents rôles joués par la femme dans ces sociétés des origines – mère, compagne, artiste, esthéticienne, prêtresse, guérisseuse… – le livre s’appuie sur les analyses des squelettes et aussi sur les analyses génétiques pour dresser un portrait robot de la femme préhistorique. Le lecteur constate alors que ce portait n’a rien à voir avec le contenu des livres et des documentaires pour enfants ou adultes dont nous disposons aujourd’hui. Malgré le fait que toutes les populations humaines qui se diffusent vers l’Europe et l’Eurasie emmènent dans leur génome environ 2 % de celui des Néandertaliens, sortis eux aussi d’Afrique à une date encore plus reculée, « Lady Sapiens est une femme africaine à la peau noire, aux cheveux noirs et crépus, plutôt athlétique, musclée… aussi musclée que ses homologues masculins ». Et parmi les éléments de cette description physique, ce qui a surpris tous les chercheurs a été la perte très récente de la couleur noire de l’épiderme de ces hommes qui vivaient en Europe : « Les premiers Homo sapiens qui arrivent en Europe, il y a 45 000 ans, sont noirs de peau, et […] conservent cette couleur foncée longtemps […]. Nous pensions que les humains s’étaient plus rapidement adapté à un climat où l’ensoleillement est plus faible qu’en Afrique [parce que] avoir une peau plus claire permet en effet de mieux assimiler la vitamine D sous ces latitudes », remarque Évelyne Heyer, professeure en paléogénétique, et ethnobiologiste. Et pourtant, poursuit-elle complètement éblouie par la vérité scientifique, « il faut attendre le néolithique, – 6 000 ans avant J.C. pour voir un éclaircissement des couleurs de peau chez les populations » vivant en Europe. En d’autres termes, pour les scientifiques, l’être blanc ne date que d’hier ! Et Jennifer Kerner de renchérir : la peau de l’homme préhistorique est restée « noire jusqu’à une période extrêmement récente. 6 000 à 5 000 ans avant notre ère seulement, la peau commence à s’éclaircir ! ». Vous connaîtrez les causes de la récente dépigmentation de l’homme noir européen en lisant Lady Sapiens.
La découverte de ce récent blanchiment de l’Européen noir nous oblige à jeter un regard tout à fait nouveau sur toutes les autres découvertes relatives à la préhistoire faites en Europe. Nous sommes obligés de retenir que toutes les peintures rupestres, tous les objets d’art ou non, et toutes les inventions humaines antérieures à 5 000 ans ou 4 000 ans avant J.C. sont l’œuvre de populations noires ! Le génie blanc en prend un coup, n’est-ce pas ? Cette découverte « a de quoi surprendre, quand on a l’habitude des reconstitutions de femmes et d’hommes préhistoriques présentés dans les musées et dans les livres de vulgarisation, qui n’ont que rarement la peau foncée », reconnaissent les trois auteurs du livre. Voilà donc nos revues, nos « docufictions » et nos documentaires sur la préhistoire devenus obsolètes.
En lisant Lady Sapiens, on comprend que les chercheurs d’aujourd’hui sont conscients du fait que les préhistoriens du XIXe siècle et ceux du début du XXe ont écrit l’histoire de l’humanité avec les vues racistes et sexistes de la société dans laquelle ils évoluaient. Ce que démontrait déjà Marylène Pathou-Mathis dans Le sauvage et le préhistorique (histoire du racisme) et dans L’homme préhistorique est aussi une femme (histoire du sexisme). Un changement de méthode s’impose donc. Non seulement les chercheurs conviennent qu’il est nécessaire de « travailler à la production de contre-discours appuyé sur une approche anthropologique et pluridisciplinaire qui pourrait être capable de construire un nouveau type de récit non monolithique » (Marylène Patou-Mathis – L’homme préhistorique est aussi une femme), mais il faut désormais faire usage d’un outil essentiel : l’ethnoarchéologie ! C’est-a-dire, prendre en compte l’étude des peuples actuels. Par exemple, l’étude des peuples de cueilleurs-chasseurs actuels d’Afrique, d’Asie et de l’Amérique du sud « permet d’étendre le champ des possibles, tant les solutions apportées pour s’adapter à l’environnement sont variées. Elle permet aussi d’écarter certaines hypothèses farfelues, jamais observées dans aucune population actuelle ou ayant existé » (p. 36). Très bien dit ! Il faut donc absolument tourner le dos aux méthodes des préhistoriens et des égyptologues du XIX et du début du XXe siècle qui travaillaient sans jamais regarder les populations de la terre au point d’inventer des peuples d’hommes blancs partout où le génie humain s’est exprimé. Mais nous devons aussi tous retenir cet autre point : malgré tous les efforts qu’ils accomplissent depuis quelques années pour un enseignement plus proche de la vérité, « un travail de déconstruction attend toujours les scientifiques afin de venir à bout des préjugés des universitaires eux-mêmes », c’est-à-dire les enseignants chargés de diffuser ces connaissances aux jeunes générations (p. 35). Nous espérons qu’ils seront nombreux à lire cet article et surtout le livre qui les accuse d’entretenir les préjugés en ne se mettant pas à jour.
A ceux qui ne manqueront pas de dire qu’en revisitant ainsi l’histoire avec de nouveaux schémas on risque de tomber dans une autre lecture aussi biaisée, Thomas Cirotteau répond en ces termes : « Je pense qu’il faut accepter le risque des nouvelles interprétations que fait notre époque des faits scientifiques. Se tromper fait partie de la science. Nous sommes quand même aujourd’hui à une période où l’on a des éléments qui sont tout à fait directs, c’est-à-dire plus mesurables et déterminants pour dresser un portrait plus juste et plus nuancé de cette vie des hommes et des femmes du paléolithique supérieur – entre 40 000 ans et 10.000 ans avant notre ère ».
Raphaël ADJOBI
Le livre : Lady Sapiens, 248 pages. / Auteurs : Thomas Cirotteau, Jennifer Kerner, Éric Pincas – Editeur : Les Arènes, 2021.

L’éphémère deuxième République a laissé de la statue de la Liberté ou notre Marianne une image inédite dont l’histoire mérite d’être contée. Avant 1848, en France, toutes les représentations picturales de la Liberté – que l’on appellera Marianne à partir de la IIIe République à la fin du XIXe siècle – étaient symbolisées par une femme blanche à l’allure masculine, avec tout de même une bonne paire de seins dont l’un était souvent dénudé. En effet, visiblement martiale par ses membres taillés à la serpe comme ceux des soldats romains, la Liberté ou Marianne était aussi la « Gueuse » quand elle était trop féminine et renvoyait à une République détestée. Oui, car nombreux étaient les Français ennemis de la République avant la IVe et la Ve République.
Née le 24 février 1848, la IIe République devient moribonde dès le 23 avril après la perte des élections par les Républicains ; premières élections organisées avec l’institution du suffrage universel masculin et direct dont l’essai en 1792 ne fut pas transformé. Les adversaires des Républicains qui viennent de triompher jugent alors le bonnet rouge phrygien trop révolutionnaire. Un décret d’août 1848 et une circulaire de mars 1849 déclarent séditieuse « la représentation de la République avec bonnet phrygien et sein dénudé » et l’interdisent (La Marianne du musée,
En ce XXIe siècle, on peut se réjouir de voir les femmes de plus en plus nombreuse
Au milieu du XIXe siècle,
Ne nous étonnons donc pas de constater la séparation sexuée des tâches dans les textes consacrés à la préhistoire et dans les romans préhistoriques où le héros est évidemment toujours du sexe masculin
Dans son magnifique ouvrage
Il convient de retenir de tout ce qui précède que l’on ne recourt pas à la loi pour trancher une divergence d’opinion sur une connaissance historique ou littéraire. Répétons-le : dans ces domaines, on ne fait pas appel à l’autorité administrative mais aux livres et aux travaux des chercheurs pour se départager.
« Contrairement aux idées reçues, les pyramides ne sont pas l’apanage de l’





«
Pourquoi cela ?
En dépit des assertions grossièrement négrophobes et antijuives d’un Voltaire, l’ère des Lumières était trop empreinte d’optimisme universaliste pour donner naissance au
Au milieu du XIXe siècle, en Amérique centrale – précisément au sud du Mexique – un paysan découvre un rocher émergeant de la terre. En le dégageant, il met au jour une sculpture gigantesque représentant la tête d’un homme. L’année même de cette découverte – 1862 – poussé par la curiosité,
Jusqu’au 21 juillet 2021, le musée du Quai Branly organise une exposition sur cette fascinante civilisation. C’est l’occasion saisie par la revue Télérama pour un article d’une page sur les Olmèques et les cultures du golfe du Mexique (n° 3693 – 24 au 30 octobre 2020). En lisant cet article, j’ai été outré par la ferme assurance de son auteur qui, non seulement s’oppose radicalement au point de vue de José Maria Melgar y Serrano – cité plus haut – mais encore par sa manière arrogante de juger ceux qui sont de son avis. A lire Sophie Cachon, on croit qu’elle seule a les bons yeux pour voir les caractéristiques de ces statues colossales. Elle écrit :
La chute des statues de
Concernant Joséphine de Beauharnais, l’ex-épouse de Napoléon Bonaparte (1796 à 1809), il convient tout simplement de dire qu’elle est considérée comme l’instrument de la perte des Antillais. Fille d’un colon de la Martinique, elle épouse Napoléon en 1796. Quand celui-ci devient Consul de France après son coup d’état en 1799, il prend la décision de rétablir l’esclavage aboli en 1794.