Le 11 février 1990, au Cap, Nelson Mandela retrouvait sa liberté après 27 ans de détention. Le 21 juin 1990, au « Aaron Davis hall – city college of New York », le journaliste Ken Adleman interpelle Nelson Mandela en ces termes : Ceux d’entre nous qui partageons votre combat pour les droits de l’homme contre l’apartheid, avons été déçus par les modèles en matière de droit de l’homme que vous avez soutenus depuis que vous êtes sorti de prison. Vous avez rencontrez, à trois reprises au cours de ces derniers mois, Yasser Arafat que vous avez adulé. Vous avez dit à Kadhafi que vous partagez son point de vue, et vous le félicitez sur son dossier des droits de l’homme et sa volonté pour la liberté et la paix dans le monde. Et vous avez adulé Fidel Castro en tant que leader des droits de l’homme. Vous avez déclaré que Cuba est un des pays qui avaient le plus la tête sur les épaules en matière des droits de l’homme, en dépit du fait que les documents de l’ONU montrent que Cuba est le pire des pays. Je me demandais juste si ce sont vos modèles de dirigeants en matière des droit de l’homme ? Si oui, voudriez-vous un Kadhafi ou un Arafat ou un Fidel Castro en tant que futur président de l’Afrique du sud ?
Réponse de Nelson Mandela : « Une des erreurs que font certains analystes politiques, c’est de penser que leurs ennemis devraient être nos ennemis (applaudissements). C’est ce que nous ne pouvons faire et ne ferons jamais ! Nous avons notre propre lutte que nous menons à bien.
Nous remercions tout le monde d’avoir soutenu notre lutte. Néanmoins, nous sommes une organisation indépendante avec sa propre politique. Notre attitude envers un pays est déterminée par l’attitude de ce pays envers notre lutte (applaudissements). Yasser Arafat, le colonel Kadhafi et Fidel Castro soutiennent notre lutte jusqu’au bout ! Il n’y a donc aucune raison pour laquelle nous devrions avoir une quelconque hésitation à propos de leur attachement aux droits de l’homme tels qu’ils sont exigés en Afrique du sud. Notre attitude est basée sur le fait qu’ils soutiennent entièrement la lutte pour la fin de l’apartheid. Ils ne soutiennent pas seulement la lutte anti-apartheid dans le discours, ils mettent également des ressources à notre disposition pour qu’on gagne cette lutte ».
S’agissant des amitiés nées des relations personnelles, le cercle qui en résulte peut souffrir de la mésentente entre deux de ses membres. Mais cela n’a jamais pour conséquence inéluctable la mort du groupe ; sauf si ce groupe a une fin artistique ou autre intérêt commun bien clair. En d’autres termes – et c’est ce que dit Nelson Mandela – ce n’est pas parce que tu ne t’entends plus avec jean (qui n’est pas de ta famille) que je ne dois pas m’entendre avec lui. Jean n’est pas un membre de ta famille ; je ne suis donc pas devenu ami avec jean par un contrat signé avec toi : comment peux-tu alors exiger que je rompe ma relation d’amitié avec lui du simple fait que tu ne t’entends plus avec lui ? Une telle exigence est inacceptable ! Elle n’est rien d’autre qu’un chantage que l’on voit dans les jeux d’enfants.
Raphaël ADJOBI

Dans une brève analyse de ce que veut dire
Parlons ici d’un préjugé colporté par les Européens à travers le monde que les populations concernées viennent de faire voler en éclats. Tout le monde a appris que les « Esquimaux », ces « petits êtres des zones polaires », s’embrassent en frottant leur nez l’un contre l’autre. En réalité, les Inuits (faussement appelés Esquimaux) – ces populations de la zone arctique s’étendant de l’Alaska au nord-est de la Russie en passant par le nord du Canada et le Groenland – ne s’entrechoquent pas le nez pour se témoigner leur affection.
De nombreuses personnes soutiennent des idées sur des peuples étrangers et leur passé tout simplement parce qu’une personne de leur pays ou de leur continent les a affirmées. Si les préjugés ont la vie dure, c’est-à-dire s’ils sont difficiles à éradiquer, c’est parce que l’éducation et surtout l’enseignement les entretiennent allègrement malgré les efforts des scientifiques de ce XXIe siècle. Combien sont-ils ces universitaires qui, au lieu de consulter les peuples eux-mêmes, se fient à l’intelligence des leurs, de ceux qui leur ressemblent, tournant ainsi dans une sphère sereine comme la souris dans sa cage avec la ferme conviction d’être très intelligente. Ce qui fait dire aux auteurs de Lady sapiens (Ed. Les Arènes 2021) que
En 1924, dans la périphérie de Strasbourg, une cité-jardin d’un nouveau genre est inaugurée :
Je me souviens, comme si c’était hier, de ce cours d’histoire à la faculté des lettres de Dijon, à la fin des années 1970 ; cours durant lequel le professeur nous expliqua avec beaucoup d’application les efforts fournis par « l’armée française » contre celle de l’Allemagne dans le désert de l’Afrique du nord pendant la deuxième guerre mondiale. Comment l’armée française défaite en 1940 sans avoir combattu s’est-elle retrouvée à croiser les fusils et les canons dans le désert africain avec les Allemands ? me suis-je demandé. Toutefois, devant les têtes de mes camarades appliqués à enregistrer les belles paroles du maître, je n’ai pas osé lever la main pour être éclairé quant à ce récit qui me semblait énigmatique, pour ne pas dire obscur.
Comment a-t-on osé faire cela ? Même si le Blanc n’avait pas levé une main gantée en guise de solidarité ou de soutien à la cause des Noirs, il était bien sur le podium et faisait donc partie de l’événement olympique pour quiconque veut raconter l’histoire, me suis-je dit. Il m’a fallu lire deux ou trois articles pour comprendre que ma réaction indignée tenait au fait que ma connaissance de l’histoire des trois hommes de ce podium, universellement connu et aujourd’hui célébré, était très incomplète.
Le Blanc du célèbre podium des Jeux Olympiques de 1968 symbolisant la lutte contre les violences policières et le racisme des Blancs à l’égard des Noirs est l’Australien Peter Norman, arrivé en deuxième position de la course des 200 mètres. Ce que le public du stade n’avait sûrement pas vu lors de la remise des médailles mais qui n’avait pas échappé aux officiels de l’organisation des Jeux, c’est que par solidarité avec les deux athlètes noirs –
. Cela explique pourquoi la reproduction en bronze du célèbre podium de Mexico 1968 à Washington, au National
Peter Norman, l’Australien, a été aussi – de manière plus discrète – un paria dans son pays. Il n’a pas été immédiatement exclu des Jeux Olympiques d’octobre 1968 comme les Américains Tommie Smith et John Carlos. Mais, dans son pays, malgré ses performances athlétiques et sa qualification, il a été privé des Jeux de 1972. Contraint par
les besoins de la vie sociale, il avait alors repris son métier d’enseignant mais l’avait perdu quelques années plus tard pour des raisons obscures. Il est mort le 3 octobre 2006 d’une crise cardiaque à Melbourne, à 64 ans. N’ayant jamais perdu le contact avec ses deux amis noirs américains, ceux-ci – réhabilités dans leur pays au début des années 2000 – ont fait le voyage en Australie pour le porter à sa dernière demeure.
La statue du célèbre podium de 1968 de l’université de San José (Californie) invite tous les Blancs des
Tous ceux qui ont vu le documentaire « Lady sapiens » le 30 septembre 2021 sur France 5 ont tout de suite compris qu’il visait à
Notre analyse :
Voir Lady sapiens,
Dès l’annonce de la parution de
La question que se pose l’auteur à la fin de son article est celle-ci : ces concessions et l’acceptation de faire de ses
« On a tendance, même dans les représentations récentes, à voir revenir des petits clichés sur la femme préhistorique. Notre idée était donc de déconstruire ces clichés-là pour aller vers un imaginaire plus proche de la réalité du terrain ».
La découverte de ce récent blanchiment de l’Européen noir nous oblige à jeter un regard tout à fait nouveau sur toutes les autres découvertes relatives à la préhistoire faites en Europe.
En lisant
A ceux qui ne manqueront pas de dire qu’en revisitant ainsi l’histoire avec de nouveaux schémas on risque de tomber dans une autre lecture aussi biaisée, Thomas Cirotteau répond en ces termes :
L’éphémère deuxième République a laissé de la statue de la Liberté ou notre Marianne une image inédite dont l’histoire mérite d’être contée. Avant 1848, en France, toutes les représentations picturales de la Liberté – que l’on appellera Marianne à partir de la IIIe République à la fin du XIXe siècle – étaient symbolisées par une femme blanche à l’allure masculine, avec tout de même une bonne paire de seins dont l’un était souvent dénudé. En effet, visiblement martiale par ses membres taillés à la serpe comme ceux des soldats romains, la Liberté ou Marianne était aussi la « Gueuse » quand elle était trop féminine et renvoyait à une République détestée. Oui, car nombreux étaient les Français ennemis de la République avant la IVe et la Ve République.
Née le 24 février 1848, la IIe République devient moribonde dès le 23 avril après la perte des élections par les Républicains ; premières élections organisées avec l’institution du suffrage universel masculin et direct dont l’essai en 1792 ne fut pas transformé. Les adversaires des Républicains qui viennent de triompher jugent alors le bonnet rouge phrygien trop révolutionnaire. Un décret d’août 1848 et une circulaire de mars 1849 déclarent séditieuse « la représentation de la République avec bonnet phrygien et sein dénudé » et l’interdisent (La Marianne du musée,
En ce XXIe siècle, on peut se réjouir de voir les femmes de plus en plus nombreuse
Au milieu du XIXe siècle,
Ne nous étonnons donc pas de constater la séparation sexuée des tâches dans les textes consacrés à la préhistoire et dans les romans préhistoriques où le héros est évidemment toujours du sexe masculin