Dans l’espace public de l’université de San José, aux États-Unis, trône une reproduction singulière, étrange même, du célèbre podium des JO de 1968 à Mexico où deux des trois hommes – les Noirs – lèvent une main gantée de noir en signe de dénonciation des violences policières qui accompagnent le racisme des Américains blancs à l’égard de leurs compatriotes noirs. Une sculpture étrange et dérangeante parce que l’athlète blanc du fameux podium n’y figure pas. De ce fait elle interpelle la conscience de toute personne qui la regarde.
Comment a-t-on osé faire cela ? Même si le Blanc n’avait pas levé une main gantée en guise de solidarité ou de soutien à la cause des Noirs, il était bien sur le podium et faisait donc partie de l’événement olympique pour quiconque veut raconter l’histoire, me suis-je dit. Il m’a fallu lire deux ou trois articles pour comprendre que ma réaction indignée tenait au fait que ma connaissance de l’histoire des trois hommes de ce podium, universellement connu et aujourd’hui célébré, était très incomplète.
Je savais que ces deux points levés gantés de noir – pour dénoncer la sanglante répression des manifestations qui ont suivi l’assassinat de Martin Luther king en avril de cette année 1968 et de manière générale le racisme dont sont victimes les Noirs américains – ont coûté aux deux athlètes noirs leur exclusion immédiate des Jeux Olympiques. Ils ont été ensuite interdits de compétitions à vie par le CIO (le Comité international olympique) qui ne veut pas de l’ingérence de l’humanisme dans le sport. Je savais aussi que cet acte les avait condamnés à vivre comme des parias dans leur pays où ils ont régulièrement subi des menaces de mort. Difficile pour eux de trouver un emploi. L’épouse de l’un a divorcé ; celle de l’autre s’est suicidée. Du troisième homme du podium – l’homme blanc – je ne savais rien !
L’homme blanc du podium olympique de 1968
Le Blanc du célèbre podium des Jeux Olympiques de 1968 symbolisant la lutte contre les violences policières et le racisme des Blancs à l’égard des Noirs est l’Australien Peter Norman, arrivé en deuxième position de la course des 200 mètres. Ce que le public du stade n’avait sûrement pas vu lors de la remise des médailles mais qui n’avait pas échappé aux officiels de l’organisation des Jeux, c’est que par solidarité avec les deux athlètes noirs – Tommie Smith et John Carlos – Peter Norman arborait aussi le badge de l’ Olympic project for human rights – (Projet Olympique pour les Droits de l’homme visant à protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis et dans le monde). Regardez bien l’image du podium et vous remarquerez la discrète union entre ces trois hommes symbolisée par ce badge
. Cela explique pourquoi la reproduction en bronze du célèbre podium de Mexico 1968 à Washington, au National museum of African American history culture, est indubitablement le témoignage d’une histoire qui mérite d’être connue à travers le monde au nom de la fraternité humaine. Dans ce musée, Peter Norman n’est pas un figurant, un faire-valoir des deux autres, comme le croient tous ceux qui ignorent le sens du badge sur leur survêtement. Il est représenté en tant que militant pour l’égalité des droits humains dans chaque pays du monde où vivent Noirs et Blancs. C’est ce que j’ignorais.
Peter Norman, l’Australien, a été aussi – de manière plus discrète – un paria dans son pays. Il n’a pas été immédiatement exclu des Jeux Olympiques d’octobre 1968 comme les Américains Tommie Smith et John Carlos. Mais, dans son pays, malgré ses performances athlétiques et sa qualification, il a été privé des Jeux de 1972. Contraint par
les besoins de la vie sociale, il avait alors repris son métier d’enseignant mais l’avait perdu quelques années plus tard pour des raisons obscures. Il est mort le 3 octobre 2006 d’une crise cardiaque à Melbourne, à 64 ans. N’ayant jamais perdu le contact avec ses deux amis noirs américains, ceux-ci – réhabilités dans leur pays au début des années 2000 – ont fait le voyage en Australie pour le porter à sa dernière demeure.
Le sens de la statue de l’homme blanc absent du podium de 1968
La statue du célèbre podium de 1968 de l’université de San José (Californie) invite tous les Blancs des États-Unis et tous les visiteurs blancs du monde entier à se positionner par rapport à la lutte pour l’égalité entre les Noirs et les Blancs en prenant la place de Peter Norman laissée vide. Que chaque Blanc qui pense sincèrement partager le même idéal que lui prenne sa place pour poursuivre le combat ! Voilà le sens du monument. Quelle idée géniale de la part de l’artiste d’avoir pensé à concevoir cette statue qui invite à la réflexion ! Bravo à tous les artistes qui sont capables de nous obliger à réfléchir à partir de peu de chose, surtout ceux qui semblent nous choquer alors qu’ils nous interpellent.
° Plus de onze ans après sa mort, le 28 avril 2018, le gouvernement australien a décoré Peter Norman de l’Ordre du mérite, reconnaissant ainsi que les faits qui lui étaient reprochés 50 auparavant étaient une injustice collective à l’égard de l’idéal qu’il défendait.
° Témoignage de John Carlos en 2018 (23 ans en 1968) : « Nous étions préoccupés par l’humanité, les droits de l’Homme. […] Malheureusement, concernant les droits civiques, un escargot a fait plus de chemin en 50 ans » (France Inter 2018).
° Témoignage de John Smith (entraîneur américain de la Française Marie-José Perec) : « John Carlos et Tommie Smith m’ont fait comprendre que quand on croit en quelque chose et qu’on défend des valeurs, on sait qu’il y aura des conséquences. Le plus important était que les choses changent. Ils ont mis leur vie en jeu pour que les gens prennent conscience de ce qui se passait. C’était une affirmation sociale. Peter Norman aussi a été ostracisé quand il est rentré en Australie ».
Raphaël ADJOBI

Tous ceux qui ont vu le documentaire « Lady sapiens » le 30 septembre 2021 sur France 5 ont tout de suite compris qu’il visait à
Notre analyse :
Voir Lady sapiens,
Dès l’annonce de la parution de
La question que se pose l’auteur à la fin de son article est celle-ci : ces concessions et l’acceptation de faire de ses
« On a tendance, même dans les représentations récentes, à voir revenir des petits clichés sur la femme préhistorique. Notre idée était donc de déconstruire ces clichés-là pour aller vers un imaginaire plus proche de la réalité du terrain ».
La découverte de ce récent blanchiment de l’Européen noir nous oblige à jeter un regard tout à fait nouveau sur toutes les autres découvertes relatives à la préhistoire faites en Europe.
En lisant
A ceux qui ne manqueront pas de dire qu’en revisitant ainsi l’histoire avec de nouveaux schémas on risque de tomber dans une autre lecture aussi biaisée, Thomas Cirotteau répond en ces termes :
L’éphémère deuxième République a laissé de la statue de la Liberté ou notre Marianne une image inédite dont l’histoire mérite d’être contée. Avant 1848, en France, toutes les représentations picturales de la Liberté – que l’on appellera Marianne à partir de la IIIe République à la fin du XIXe siècle – étaient symbolisées par une femme blanche à l’allure masculine, avec tout de même une bonne paire de seins dont l’un était souvent dénudé. En effet, visiblement martiale par ses membres taillés à la serpe comme ceux des soldats romains, la Liberté ou Marianne était aussi la « Gueuse » quand elle était trop féminine et renvoyait à une République détestée. Oui, car nombreux étaient les Français ennemis de la République avant la IVe et la Ve République.
Née le 24 février 1848, la IIe République devient moribonde dès le 23 avril après la perte des élections par les Républicains ; premières élections organisées avec l’institution du suffrage universel masculin et direct dont l’essai en 1792 ne fut pas transformé. Les adversaires des Républicains qui viennent de triompher jugent alors le bonnet rouge phrygien trop révolutionnaire. Un décret d’août 1848 et une circulaire de mars 1849 déclarent séditieuse « la représentation de la République avec bonnet phrygien et sein dénudé » et l’interdisent (La Marianne du musée,
En ce XXIe siècle, on peut se réjouir de voir les femmes de plus en plus nombreuse
Au milieu du XIXe siècle,
Ne nous étonnons donc pas de constater la séparation sexuée des tâches dans les textes consacrés à la préhistoire et dans les romans préhistoriques où le héros est évidemment toujours du sexe masculin
Dans son magnifique ouvrage
Il convient de retenir de tout ce qui précède que l’on ne recourt pas à la loi pour trancher une divergence d’opinion sur une connaissance historique ou littéraire. Répétons-le : dans ces domaines, on ne fait pas appel à l’autorité administrative mais aux livres et aux travaux des chercheurs pour se départager.
« Contrairement aux idées reçues, les pyramides ne sont pas l’apanage de l’





«
Pourquoi cela ?