Qui l’eût cru ? Voir le combat pour la prise en compte de l’exploitation des femmes de ménage, mené par l’Antillaise Françoise Ega* au milieu du XXe siècle et poursuivi en ce XXIe siècle par Rachel Kéké (22 mois de lutte contre le groupe Accor) conduire cette dernière à l’Assemblée nationale est très réjouissant. Entre 1960 et 1962, Françoise Ega était seule à militer par l’enquête sur le terrain et l’écriture ; en 2020 – 2021, elles étaient une vingtaine de femmes de ménage à accompagner Rachel Kéké dans ce combat. Cela rappelle la lutte et la victoire des sardinières bretonnes en 1924*; mais cette fois, avec la victoire politique en plus !
En effet, si hier on luttait pour s’assurer le pain quotidien, aujourd’hui on veut bien être à côté de ceux qui décident de son prix. Et Rachel Kéké l’a bien compris. La règle commune devrait être : personne ne doit se permettre de décider unilatéralement de l’avenir de l’autre ; par conséquent, il faut être là où se prennent les décisions ! C’est bien la leçon que beaucoup de Français n’ont jamais comprise parce que trop habitués à se fier à des gens qu’ils estiment « très intelligents parce que sortis des écoles faites pour eux et donc désignés pour gouverner » ! «Ces sortes d’enfants prodigues par décrets [qui se voient] conférés à vingt ans les privilèges et les obligations du génie » (Pierre Bourdieu). Que ceux-là sachent qu’aucun diplôme ne valide le degré d’intelligence de l’individu ! Tout diplôme n’est que le minimum requis pour accéder à une fonction sociale déterminée. Rien d’autre ! L’intelligence et le talent n’ont pas besoin de diplôme ; même si les connaissances acquises dans la recherche du diplôme peuvent aider à l’exploitation du talent. Sinon, comme le dit si bien Pierre Desproges, « les diplômes ne sont faits que pour ceux qui n’ont pas de talents » ; hors des diplômes, ils sont incapables de faire preuve d’originalité dans la vie.
Espérons que ceux qui estiment que par leur métier et leur manque de diplôme valorisant, la gouvernante d’un hôtel parisien – Rachel Kéké – et le boulanger de Besançon – Stéphane Ravacley – salissent la vie de notre Assemblée nationale seront rappelés par les Français vraiment intelligents à revoir ce que veut dire un député. Un député ne représente pas une entité fictive mais une condition de vie concrète que l’on voudrait porter à un niveau meilleur, digne et respectable ! C’est tout simplement cela que l’on appelle un idéal à atteindre depuis que certains parmi nous ont déclaré que « Dieu Tout-puissant, dans Sa sainte et très sage providence, a disposé la condition des humains de telle sorte qu’à tout jamais il y aura forcément des riches, forcément des pauvres ; certains seront tout en haut, éminents en pouvoir et dignité, d’autres en bas et dans la sujétion » (John Wintrop, 1630 – cité par Raphaël ADJOBI dans Il faut remettre le français au centre de l’enseignement – une autre révolution est possible, édit. Les impliqués 2021). Et à tous ceux qui, lorsqu’ils voient un Noir ou un plus pauvre qu’eux, se disent qu’ils sont en danger et qu’ils leur faut par conséquent soutenir les riches parce qu’ils sont convaincus que plus les riches seront riches moins eux seront pauvres, je dédie ces mots à méditer : « Vous avez soin de filtrer vos boissons pour éliminer le moindre moucheron, et […] vous avalez le chameau tout entier » (Matthieu ch. 23 v. 24). 
* Depuis le 12 avril 2019, une rue de Marseille porte le nom de Françoise Ega, dite Mam’Ega, poète et militante (1920 – 1976).
* Les sardinières bretonnes ont remporté une première victoire en 1905 ; mais, en moins de 20 ans, ce qu’elles ont gagné en augmentation de salaire a été rattrapé par la hausse des prix. D’où la lutte de 1924 qui a abouti à un nouveau mode de calcul de la rémunération calquée sur le travail accompli et non sur le temps passé.
Raphaël ADJOBI

Dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage 2022, l’association
Les questions des jeunes ont montré qu’ils étaient conscients du fait que le racisme est une culture véhiculée par les adultes eux-mêmes ; des adultes qui traînent un passé fait du mépris de l’autre, de la valorisation de leur supériorité. Ce qui explique le besoin de ces jeunes de comprendre les mécanismes de cette haine de l’autre. La question : « comment combattre le racisme ? » a été posée lors des deux séances. La réponse de la conférencière, 
Nous sommes reconnaissants à
Je voudrais ici m’attarder un peu sur un fait de l’histoire de cet homme ; un fait de son histoire qui nous éclaire sur l’histoire de la France avec les Noirs d’Afrique.
«
Dans une brève analyse de ce que veut dire
Parlons ici d’un préjugé colporté par les Européens à travers le monde que les populations concernées viennent de faire voler en éclats. Tout le monde a appris que les « Esquimaux », ces « petits êtres des zones polaires », s’embrassent en frottant leur nez l’un contre l’autre. En réalité, les Inuits (faussement appelés Esquimaux) – ces populations de la zone arctique s’étendant de l’Alaska au nord-est de la Russie en passant par le nord du Canada et le Groenland – ne s’entrechoquent pas le nez pour se témoigner leur affection.
De nombreuses personnes soutiennent des idées sur des peuples étrangers et leur passé tout simplement parce qu’une personne de leur pays ou de leur continent les a affirmées. Si les préjugés ont la vie dure, c’est-à-dire s’ils sont difficiles à éradiquer, c’est parce que l’éducation et surtout l’enseignement les entretiennent allègrement malgré les efforts des scientifiques de ce XXIe siècle. Combien sont-ils ces universitaires qui, au lieu de consulter les peuples eux-mêmes, se fient à l’intelligence des leurs, de ceux qui leur ressemblent, tournant ainsi dans une sphère sereine comme la souris dans sa cage avec la ferme conviction d’être très intelligente. Ce qui fait dire aux auteurs de Lady sapiens (Ed. Les Arènes 2021) que
Qui aurait dit que les portes du Panthéon s’ouvriraient un jour pour accueillir une noire qui, il y a quelques décennies, dansait avec une ceinture de
Avec l’entrée d’une négresse au Panthéon en ce XXIe siècle, tous ceux qui pensent que les termes France et Noir sont incompatibles trouveront sans doute l’occasion belle pour laisser s’exprimer violemment ou sournoisement leur haine épidermique à l’égard des populations noires de France. Cette mère bretonne et sa fille, qu’elle a incitée à hurler
Comment a-t-on osé faire cela ? Même si le Blanc n’avait pas levé une main gantée en guise de solidarité ou de soutien à la cause des Noirs, il était bien sur le podium et faisait donc partie de l’événement olympique pour quiconque veut raconter l’histoire, me suis-je dit. Il m’a fallu lire deux ou trois articles pour comprendre que ma réaction indignée tenait au fait que ma connaissance de l’histoire des trois hommes de ce podium, universellement connu et aujourd’hui célébré, était très incomplète.
Le Blanc du célèbre podium des Jeux Olympiques de 1968 symbolisant la lutte contre les violences policières et le racisme des Blancs à l’égard des Noirs est l’Australien Peter Norman, arrivé en deuxième position de la course des 200 mètres. Ce que le public du stade n’avait sûrement pas vu lors de la remise des médailles mais qui n’avait pas échappé aux officiels de l’organisation des Jeux, c’est que par solidarité avec les deux athlètes noirs –
. Cela explique pourquoi la reproduction en bronze du célèbre podium de Mexico 1968 à Washington, au National
Peter Norman, l’Australien, a été aussi – de manière plus discrète – un paria dans son pays. Il n’a pas été immédiatement exclu des Jeux Olympiques d’octobre 1968 comme les Américains Tommie Smith et John Carlos. Mais, dans son pays, malgré ses performances athlétiques et sa qualification, il a été privé des Jeux de 1972. Contraint par
les besoins de la vie sociale, il avait alors repris son métier d’enseignant mais l’avait perdu quelques années plus tard pour des raisons obscures. Il est mort le 3 octobre 2006 d’une crise cardiaque à Melbourne, à 64 ans. N’ayant jamais perdu le contact avec ses deux amis noirs américains, ceux-ci – réhabilités dans leur pays au début des années 2000 – ont fait le voyage en Australie pour le porter à sa dernière demeure.
La statue du célèbre podium de 1968 de l’université de San José (Californie) invite tous les Blancs des
En novembre 2020, lors d’une audition devant les parlementaires britanniques, Greg Clarke a employé un terme stigmatisant à l’égard des footballeurs noirs et a dû immédiatement démissionner de son poste de président de la Fédération anglaise de football (FA). En France, selon le journal Ouest-France de juin 2021, malgré les cris de singe, les jets de bananes et les propos racistes mille fois dénoncés, Noël Le Graët, le président de la Fédération française du football (FFF), nie le racisme à l’égard des footballeurs noirs, et cela « de façon parfois…inappropriée » : « le racisme n’existe pas dans le foot ou peu » avait-il dit, fier de lui !
Les empoignades de la joueuse de tennis Naomi Osaka avec les médias japonais qui assurent que dans leur pays
Naomi Osaka est née en octobre 1997 à Osaka d’une mère japonaise et d’un père haïtien. Elle est la seconde fille du couple. Les parents ont fait le choix de faire porter à leurs filles le nom de leur mère pour des raisons pratiques liées à leur vie au Japon. Les grands-parents japonais désapprouvant ouvertement le mariage de sa mère avec un noir, Naomi et sa petite famille ont fini par quitter le pays pour s’installer aux
Si les Japonais s’enflamment pour ses succès sur les cours de tennis, les prises de position fracassantes de la jeune championne – pourtant très timide – les indisposent parce qu’elles bousculent leurs habitudes. En 2018, sa compatriote Nao Hibino – également joueuse de tennis – déclarait : « Pour être honnête, nous nous sentons un peu éloignés d’elle parce qu’elle est si différente physiquement ». Le Japon est en effet l’une des nations les moins ethniquement diversifiées de la planète et où la multiplication des publicités racistes opposant la peau noire (saleté) et la peau blanche (propreté) semble ne choquer personne. En 2019, quand la société de nouilles instantanées Nissin a réalisé une publicité de style manga dans laquelle Naomi Osaka apparaissait avec la peau blanche, la concernée n’a pas manqué de faire clairement savoir aux promoteurs qu’elle n’est pas Blanche. La société a présenté ses excuses et a retiré sa publicité. En 2020, face à la protestation de la jeune joueuse, le radiodiffuseur public japonais NHK s’est excusé à son tour pour avoir caricaturé les Noirs et exclu les principales raisons de leur mouvement dans un film d’animation censé expliquer leurs manifestations aux 
Le vendredi 13 septembre 2021, les Bordelais ont découvert la partie supérieure de la statue de
Toucher, caresser, se faire photographier avec les statues, ce sont des gestes qui font partie de la vie des cités modernes. Et parfois elles portent la marque de cette proximité avec les promeneurs. D’ailleurs, certaines municipalités prennent des mesures pour éviter cette proximité qu’elles jugent nuisible. Mais mener des actions visant à les faire changer d’aspect, sans aucune demande préalable et sans raison explicitée devant les autorités compétentes, c’est manifester contre les autorités qui les ont érigées, ou permis leur érection, un sentiment particulier. La peinture rouge sur la robe de la statue de Colbert devant l’assemblée nationale ne nous dit pas le contraire.