En ce mois de mars 2022, au moment où la liste définitive des candidat(e)s à la présidentielle est connue, une analyse de notre système des parrainages leur permettant de concourir à la plus haute fonction de l’État s’impose. Pour le commun des Français, seul(e)s ceux et celles ayant la signature des maires peuvent prétendre au fauteuil présidentiel. Malheureusement, nous ne connaissons de notre histoire et de nos institutions que ce qui est régulièrement mis en évidence par les canaux officiels de l’enseignement et de la communication (radios, télévisions).
Nos élus seraient-ils de mauvais citoyens ou des ignorants des règles de la République ?
Combien sommes-nous à savoir que ce ne sont pas seulement les maires qui sont habilités à parrainer les candidats ? Oui, le Conseil constitutionnel autorise également les présidents du Conseil d’une communauté de communes, les député(e)s, les sénateurs ou sénatrices, les conseillers ou conseillères des départements et des régions ainsi que les député(e)s à l’Assemblée européenne à donner leur parrainage au candidat de leur choix ? Cela fait beaucoup de monde, direz-vous ! C’est évident. Malheureusement, très peu parmi eux accomplissent leur devoir. En 2017, ils étaient 42 000 élu(e)s habilité(e)s à « parrainer » ou à « présenter » (terme officiel) un candidat ! Mais, force est de constater que seulement 34 % d’entre eux ont effectivement parrainé un candidat ou une candidate cette année-là ! On remarque aussi que « dans près des trois quarts des cas, il s’agissait d’élus communaux ou intercommunaux » qui ont rempli ce devoir (site du Conseil constitutionnel). Une conclusion s’impose : les députés nationaux et européens, les sénateurs, les conseillers départementaux et régionaux, ceux-là mêmes qui accusent sans cesse le commun des citoyens de ne pas accomplir son devoir en s’abstenant d’aller voter lors des élections sont incapables de donner l’exemple ! Et demain, sur les ondes des radios et des télévisons, ils appelleront à aller voter pour un candidat qu’ils n’auront même pas choisi quand l’occasion leur en était donnée ! On peut même se demander si tous ces élus savent qu’ils disposent du pouvoir de choisir un candidat à l’élection présidentielle avant tous les autres citoyens ? Sinon, comment une telle absence de civisme est-elle possible ?
Christiane Taubira…. au nom de la démocratie !
Sur le site du Conseil constitutionnel, il est écrit que « le filtre des parrainages vise à éviter des candidatures trop nombreuses […] et d’écarter les candidatures fantaisistes ou de témoignage ». Il précise aussi que depuis la réforme de 1976 ayant porté le nombre de signatures des élus de 100 à 500, on ne parle plus officiellement de «parrainage» mais de «présentation» ; c’est-à-dire qu’à titre individuel, les élus présentent un candidat, même si la personne de leur choix n’a pas manifesté son intention d’être candidate. Ce qui explique pourquoi en 2022 le président sortant a obtenu le nombre de parrainages requis avant même d’avoir officiellement déclaré sa candidature. Dans la réalité – peut-être parce que les élus sont ignorants de ces règles ou peu respectueux de leur devoir – ce sont les candidats qui doivent courir après eux pour obtenir leur parrainage.
Nous apprenons, sur le site Internet de Ouest-France, que le 24 février 2022 le décompte du Conseil constitutionnel marquait qu’il manquait 80 à 90 signatures à Marine Le Pen pour valider sa candidature. François Bayrou a alors annoncé – le dimanche 27 février – qu’il parrainait la candidate du Rassemblement national « pour sauver la démocratie ». En d’autres termes, même si demain il ne votera pas pour cette candidate qui n’est pas de son bord politique, en son âme et conscience, il estimait juste qu’elle soit une prétendante au fauteuil présidentiel. Et ce geste digne d’un vrai démocrate est exceptionnel dans le paysage français. En effet, alors que seulement environ 13 500 élus avaient donné leur parrainage, ce qui veut dire que plus de 28 000 parmi eux n’avaient pas encore fait de choix, on n’a pas trouvé 500 élus « pour sauver la démocratie » en donnant leur voix à Christiane Taubira, comme l’a fait François Bayrou pour Marine Le Pen ! Cela donne à réfléchir, n’est-ce pas ? 28 000 élus français sur 42 000 ont préféré s’abstenir plutôt que de permettre – « pour sauver la démocratie » – à Christiane Taubira de concourir ! Logiquement, on peut croire qu’ils seront 28 000 élus à ne pas aller voter en avril prochain puisque aucun des candidats ne leur convient : aucun n’a mérité leur parrainage !
Le manque de civisme des élus enfin expliqué !
Les élus bouderaient-ils les règles parce qu’ils ne feraient pas confiance à nos institutions ? Interrogée sur leur manque apparent de civisme, Charlotte Marchandise qui n’avait obtenu que 135 parrainages en 2017 dit que les maires sont dégoûtés par ce système parce qu’ils subissent de nombreuses pressions politiques – venant par exemple des présidents des communautés de communes. Selon certains élus, le parrainage devrait être anonyme comme les votes lors d’une élection. Ainsi donc les multiples pressions, la peur, les suspicions sont à l’origine des étonnantes éliminations des candidatures comme celle de Dominique de Villepin en 2012 ou celle de Charles Pasqua en 2002. Si Christiane Taubira avait été retenue en 2002, c’était parce qu’elle était la candidate des Radicaux de gauche, un parti traditionnel. En 2022, ce parti lui a retiré son soutien alors qu’elle était portée par un mouvement populaire suite à la plus grande consultation jamais organisée en France pour présenter un candidat à la présidentielle. Désormais, nous savons tous pourquoi : pour un élu, ne pas donner son parrainage c’est éliminer des candidats tout en évitant des représailles ! Cela reste tout de même très hypocrite de la part de ces abstentionnistes du parrainage d’aller voter après ! En 2012, Dominique de Villepin disait que « si tous les candidats valables n’étaient pas en mesure de se présenter, on retiendra de cette élection qu’elle aura éliminé des candidats expérimentés, des patriotes et des familles de pensée peut-être marginales mais inscrites dans l’histoire des idées politiques qui ont traversé notre pays ». Selon lui, le parrainage doit être pour les élus « un devoir impérieux [afin] que l’esprit de nos institutions ne soit pas bafoué ». Peut-on être contre cet avis ?
Raphaël ADJOBI

Qui aurait dit que les portes du Panthéon s’ouvriraient un jour pour accueillir une noire qui, il y a quelques décennies, dansait avec une ceinture de
Avec l’entrée d’une négresse au Panthéon en ce XXIe siècle, tous ceux qui pensent que les termes France et Noir sont incompatibles trouveront sans doute l’occasion belle pour laisser s’exprimer violemment ou sournoisement leur haine épidermique à l’égard des populations noires de France. Cette mère bretonne et sa fille, qu’elle a incitée à hurler
Dans son magnifique ouvrage
Si aux Etats-Unis la mise à mort théâtrale de George Floyd a servi de «catalyseur» à un mouvement de «réévaluation» du passé déjà engagé (Alan Kraut de l’American University), les manifestations antiracistes qu’elle a suscitées en Europe ont aussi laissé des traces – pour la plupart symboliques. Certes, en Allemagne la sculpture «la négresse accroupie» a été décapitée, et à Bristol celle de l’esclavagiste Edward Colston a été déboulonnée puis jetée dans l’eau du port ; mais globalement, les manifestants se sont contenté d’exprimer leur colère en aspergeant les statues des personnalités qu’ils contestent de peinture rouge rappelant le sang de leurs victimes. Aussi, quand on laisse de côté ces traces physiques pour analyser l’impact politique des manifestations sur la vie des citoyens, seule la Belgique retient positivement l’attention. Oui, ce pays vient de faire un pas de géant dans l’histoire !
C’est tout d’abord
Après la mise à mort filmée de George Floyd à Minneapolis, aucun pays européen ne s’attendait à son retentissement mondial et aux nombreuses manifestations antiracistes qu’elle a provoquées. Et surtout, personne ne s’attendait à ce qu’elle interrogeât aussi profondément les Européens et leurs passés esclavagiste et colonial dont les conséquences perdurent dans nos sociétés modernes. Quand les premières vagues de manifestations atteignirent l’Europe, comme d’habitude, les médias français et quelques hommes politiques entonnèrent les éternels cantiques : c’étaient une «bavure policière» et des «manifestations communautaristes» ! Mais voilà qu’à partir du début du mois de juin nous parvient le bruit des statues que l’on fait chuter de leur piédestal.
Rappelons que le combat des antiracistes américains contre les statues à la gloire des esclavagistes blancs a une longue histoire animée par diverses associations de Noirs et de Blancs. Ici comme au Canada, selon l’historien Alan Kraut de l’American University, la mort de George Floyd a servi de «catalyseur» à un mouvement de «réévaluation» du passé déjà engagé. L’un des moments les plus marquants de ce combat a été celui qui a opposé les partisans et les adversaires de la statue du général sudiste Lee à Charlottesville en Virginie. Suite aux affrontements entre ces deux groupes, le gouverneur de la Virginie déclara en août 2017 :
La vague de colère suscitée par la mise à mort théâtrale de George Floyd aux Etats-Unis a laissé des traces sur le passé esclavagiste et colonial des pays occidentaux. De nombreuses statues honorant des figures qui se sont illustrées durant ces deux époques de l’histoire ont été descendues de leur piédestal. Depuis, ici et là, chacun s’interroge.
Par ailleurs, si cette journaliste s’était montrée plus attentive à l’actualité locale, elle aurait constaté que – comme le dit si bien George Orwell – très souvent des honnêtes gens deviennent malhonnêtes quand ils ont quelque pouvoir. Elle aurait appris que les autorités de la ville ont pris soin d’écrire les textes explicatifs en petits caractères et les ont placés suffisamment haut pour qu’ils soient illisibles !
Si vous demandez aux autorités françaises ce qu’elles font contre le racisme, elles vous répondront invariablement qu’elles ont mis en place une institution appelée DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT) avec un «plan national de lutte contre le racisme» depuis 2015. Elles préciseront même que pour 2018 – 2020, ce plan «mobilise l’ensemble des ministères pour mener quatre combats : lutter contre la haine sur Internet ; éduquer contre les préjugés et les stéréotypes ; mieux accompagner les victimes et investir de nouveaux champs de mobilisation».
Ce moment de partage d’une mémoire commune est aussi l’occasion de
C’est avec plaisir que La France noire reçoit et publie ici les marques d’amitié des élèves de quatrième du collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire. En octobre dernier, nous annoncions que notre passage dans cette ville de la Nièvre avait contribué à dynamiser la thématique sur le métissage initiée en début d’année scolaire par Madame Margeault avec ses élèves. Nous avons d’ailleurs publié sur notre blog les premiers travaux des jeunes artistes. Voici maintenant leurs dernières réalisations qui terminent le sujet traité.


