Si vous demandez aux autorités françaises ce qu’elles font contre le racisme, elles vous répondront invariablement qu’elles ont mis en place une institution appelée DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT) avec un «plan national de lutte contre le racisme» depuis 2015. Elles préciseront même que pour 2018 – 2020, ce plan «mobilise l’ensemble des ministères pour mener quatre combats : lutter contre la haine sur Internet ; éduquer contre les préjugés et les stéréotypes ; mieux accompagner les victimes et investir de nouveaux champs de mobilisation».
Il est tout à fait sidérant de constater que cette lutte fait l’impasse sur les savoirs qui permettraient la connaissance de ce que l’on veut combattre. Comment peut-on en effet lutter contre le racisme si l’on ne sait pas pourquoi il y a des Noirs et des Arabes en France ? Comment peut-on lutter contre le racisme si l’on ignore comment celui-ci est apparu dans notre société ? Par ailleurs, en mettant la lutte contre le racisme anti-Noirs sur le même pied d’égalité que celles contre l’antisémitisme et l’homophobie, les autorités montrent clairement leur volonté de nier une réalité socio-politique à laquelle elles ne veulent pas apporter des solutions particulières. En effet, la vie quotidienne des Français noirs et leurs aspirations n’ont absolument rien à voir avec les autres luttes auxquelles elles sont associées. Au-delà de son idéal de fraternité nationale qu’elle clame dans sa devise – «Mieux connaître l’autre pour respecter sa différence» – l’existence de notre association, La France noire, poursuit des objectifs qui touchent deux histoires de France permettant de nous interroger sur le présent et surtout sur les outils de notre enseignement aussi bien dans les manuels scolaires que dans l’espace public.
La France noire peut donc s’estimer heureuse des propos de Monsieur Jean-Marc Ayrault à l’adresse de nos autorités les invitant à ouvrir les yeux sur les exigences de la France plurielle – qui n’est pas un fait du hasard mais un fait des histoires de la France. Profitant de la vague de déboulonnage des statues aux Etats-Unis, en Angleterre, en Belgique, au Canada, en Australie et dans les Antilles françaises, dans une tribune au journal Le Monde, le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage appelle à la réflexion et au débat sur les marques qui honorent notre passé dans l’espace public.
Voici le début du texte de M. Jean-Marc Ayrault :
«Sans se pencher sur le présent, il est impossible de comprendre le passé». Jamais ces mots des premières pages de L’Etrange défaite (Franc-Tireur, 1945, réédité chez Folio histoire), de Marc Bloch, n’ont semblé si actuels, quand de nouveau, comme au temps des révolutions, le monde résonne du bruit des statues qu’on abat, quand des siècles d’injustice reviennent tout à coup dans l’actualité, quand chaque pays est invité à revisiter son passé à l’aune des questions du présent.
Les foules qui se mobilisent depuis le meurtre de George Floyd ne demandent pas seulement la fin du racisme, des violences et des discriminations à l’encontre des personnes noires ou issues d’autres minorités. Elles demandent aussi que leurs raisons profondes soient éradiquées.
Les discriminations ne sont jamais seulement le fait de personnes isolées. Elles sont le produit de préjugés qui n’ont pas été combattus, de pratiques qui n’ont pas été corrigées, de questions auxquelles aucune réponse n’a été donnée. Elles sont le fruit de l’histoire de chaque pays. Ne pas le voir, c’est s’aveugler sur les causes du mouvement actuel. Ne pas le dire, c’est s’empêcher de traiter le problème à la racine.
C’est pourquoi, pour répondre à cet appel, il faut d’abord de la justice et du respect, mais il faut aussi du sens et des symboles. Car pour vivre ensemble dans une société de diversité, il faut avoir un récit commun qui nous rassemble, qui nous aide à dépasser les blessures du passé et qui nous inspire pour panser les fractures du présent.
Ce récit, c’est en France celui de l’esclavage qui a nourri le racisme anti-Noirs et du combat pour l’abolition qui a uni militants de métropole et révoltés des colonies ; c’est l’histoire du colonialisme de Lyautey (1854-1934) et de l’anticolonialisme d’Aimé Césaire (1913-2008) ; c’est l’histoire de cette diversité qui est le visage de la France et qu’il faut expliquer».
Monsieur Jean-Marc Ayrault reconnaît qu’il était ignorant de l’histoire de l’homme dont son lycée portait le nom : Colbert ! Il reconnaît qu’il ignorait pourquoi une salle de l’Assemblée nationale honorait cet homme. Il tire avec nous cette conclusion (RTL – 14 juin 2020) : quand on apprend à l’âge adulte que celui qui vous était présenté comme un modèle alors qu’il professait – au XVIIe siècle – que l’homme noir n’est pas un être humain mais «un meuble» exempt de sentiments et de pensées nobles, vous avez des raisons de vous poser des questions. Le vrai problème, c’est quand on n’est pas capable de s’en poser ! Oui, pour comprendre certains éléments ou mouvements du présent, il convient d’interroger le passé.
Raphaël ADJOBI


Ce moment de partage d’une mémoire commune est aussi l’occasion de
C’est avec plaisir que La France noire reçoit et publie ici les marques d’amitié des élèves de quatrième du collège Notre-Dame de Cosne-sur-Loire. En octobre dernier, nous annoncions que notre passage dans cette ville de la Nièvre avait contribué à dynamiser la thématique sur le métissage initiée en début d’année scolaire par Madame Margeault avec ses élèves. Nous avons d’ailleurs publié sur notre blog les premiers travaux des jeunes artistes. Voici maintenant leurs dernières réalisations qui terminent le sujet traité.



Semez ; le temps se charge du reste ! Cette leçon chère au cœur des enseignants est également le moteur des actions de notre association. Sous la houlette des collègues, les interventions de La France noire – avec ses expositions pédagogiques – génèrent des travaux insoupçonnés de la part des élèves. Nous en avons une preuve éclatante avec ces œuvres réalisées par les élèves de 4e du collège Notre-Dame, de Cosne-sur-Loire (Nièvre).
Mme Dominique Margeault, professeur d’Arts Plastiques, n’a pas manqué l’exposition Le modèle noir de Géricault à Matisse, proposée au musée d’Orsay de mars à juillet 2019, ni notre travail sur Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclavages pour leur liberté dans les Amériques lors de notre passage au lycée Simone Dounon de Cosne-sur-Loire dans le cadre d’un projet interdisciplinaire sur la négritude initié par Madame Sylvie Plançon – professeur d’histoire-géographie. Ces découvertes ont nourri de manière particulière son travail avec ses élèves. En effet, ceux-ci ont produit des œuvres artistiques sur le thème LE NOIR N’EST PAS UNE COULEUR, à partir d’exigences claires :
Bravo aux élèves de 4è du collège Notre-Dame qui, se pliant aux directives de leur professeur, sont parvenus à ces œuvres que nous découvrons et exposons avec plaisir. Merci à Mme Margeault, initiatrice et conductrice du projet, qui a bien voulu partager avec nous le fruit du travail des jeunes artistes. Un grand merci à Mme Plançon à l’origine du projet global qui a permis cette première sortie très fructueuse de La France noire dans la Nièvre.


Pendant plus d’un siècle et demi après l’abolition définitive de l’esclavage en 1848, la ville de Bordeaux est restée drapée dans son orgueilleuse suffisance qui lui faisait regarder son passé négrier comme une simple tractation commerciale.





Je voudrais ici m’attarder un peu sur un fait de l’histoire de cet homme ; un fait de son histoire qui nous éclaire sur l’histoire de la France avec les Noirs d’Afrique. Léopold Sédar Senghor étant noir et né dans une colonie française d’Afrique était sujet français et non pas citoyen français. Et ce n’est pas du tout la même chose ! Il pouvait participer à l’effort de guerre contre l’Allemagne mais ne pouvait entrer dans la fonction publique française métropolitaine. Sujet français, il lui a fallu demander la nationalité française afin de postuler au concours d’agrégation de grammaire et entrer ainsi dans l’enseignement en France en 1935.
Ce n’est donc qu’en 1960, à 54 ans, à l’indépendance du Sénégal – et de presque toutes les colonies françaises – que Senghor, citoyen Français, va devenir Sénégalais.




