Les hommages à la cinéaste martiniquaise Euzhan Palcy, oscarisée par Hollywood, ont prématurément pris fin

Le vendredi 17 novembre 2023, l’association La France noire a voulu faire d’une pierre trois coups – comme le dit le conte – mais a trouvé porte close au Centre Georges Pompidou qui abritait une rétrospective consacrée à l’œuvre de la cinéaste française Euzhan Palcy.

Euzhan Palcy          En cette fin d’année, sont annoncés à Paris trois expositions constituant une ouverture de la France aux figures de ses populations issues de l’Afrique trop longtemps ignorées : au Panthéon, du 19 octobre 2023 au 11 février 2024, carte blanche est donnée au jeune artiste Raphaël Barontini pour investir les lieux avec des œuvres évoquant l’histoire et la mémoire des combats contre l’esclavage menés par les Noirs ; dans ce même lieu et sur la même période, tenant compte du fait que « l’esclavage colonial est une page essentielle de l’Histoire de France », la Fondation pour la mémoire de l’esclavage propose d’honorer « les artisans de l’abolition et leurs héritiers, qui ont continué le combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité ». Et bien entendu, l’exposition consacrée à Euzhan Palcy du 8 au 19 novembre au Centre Georges Pompidou.

          Des trois expositions, la plus brève – mais sûrement celle qui a bénéficié de la plus grande publicité sur les radios et les télévisons – a été fermée au public pour cause de grève. En d’autres termes, elle a été purement et simplement annulée ! Cela est bien triste pour tous ceux qui savent que Euzhan Palcy est la première réalisatrice française à être récompensée par un César de la meilleure première œuvre pour son film Rue cases-Nègres ; et par ailleurs elle apparaît comme une figure pionnière en réalisant un long métrage à Hollywood – Une saison blanche et sèche, d’après le roman du Sud-Africain André Brink – et cela avec Marlon Brando (1989). Combien sommes-nous à savoir qu’une réalisatrice française a été appréciée et reconnue par Hollywood, qui lui a même décerné un Oscar d’honneur en 2022, après Agnès Varda en 2017 ? Le centre Georges Pompidou avait donc pensé que 2023 serait l’occasion de mieux faire connaître cette figure singulière de l’histoire des Français noirs. C’est malheureusement une occasion manquée ! Beaubourg devant fermer de 2025 à 2030 pour des travaux, les personnes qui y travaillent s’inquiètent de ce qu’elles deviendront durant cette longue période et ont débuté une grève, mettant ainsi fin à l’événement aussitôt après son ouverture le 8 novembre.

Au Panthéon

Raphaël Barontoni 2          L’exposition monumentale de Raphaël Barontini installée dans l’immense espace central que domine la coupole – passage obligé de tout visiteur – ne passe pas inaperçue ; mais les figures historiques ou non affublées de masques carnavalesques, masques censés évoquer les traditions des îles ou des images tirées du « panthéon imaginaire » de l’artiste, ne semblent pas retenir l’attention des visiteurs. Par contre, l’exposition “Oser la liberté” présentée dans une aile voisine des salles destinées aux hommes illustres par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage qui met l’accent sur notre passé esclavagiste, le plus souvent à travers de brèves images filmiques, retient l’attention de tous. Il semble tout à fait évident que les gens viennent en ce lieu pour apprendre l’histoire d’un passé méconnu et non pour admirer des fantaisies artistiques.

Oser la liberté Ok          Comme le faisait justement remarquer l’historien Pierre Singaravélou, les minorités françaises sont généralement adoubées à l’étranger – par les Anglo-saxons – avant que la France leur accorde une place parmi leurs compatriotes blancs. C’est pourquoi, le 8 novembre dernier, Euzhan Palcy a été fortement applaudie quand elle a prononcé ces mots devant le public du centre Georges Pompidou qui avait fait salle comble  : « Me voir ici, chez moi, en France, revêt une saveur particulière […] Je suis touchée de voir que mon travail qui a franchi des océans et des frontières, résonne encore, aujourd’hui, avec vous ». Il est heureux de constater que la Fondation pour la mémoire de l’esclavage que dirige Monsieur Jean-Marc Ayrault soit consciente de ce fait et le rappelle dans son exposition. En effet, ce n’est pas par hasard qu’elle a choisi de montrer au Panthéon des figures noires et blanches, faisant sentir à tous que ce lieu doit aussi refléter l’histoire diverse de la France.

          Enfin, il semble que tous ceux qui, récemment encore, étaient accusés sur les places publiques ou soupçonnés de ne pas aimer la France – parce qu’ils faisaient entendre une autre voix que celles autorisées par les canaux officiels de la république – ne passent plus pour des pestiférés dignes de la déchéance de la nationalité ou de la reconduite à la frontière*. On ose enfin, au panthéon, au Centre Pompidou et ailleurs dans nos régions, clamer que la diversité de l’histoire des Français est une réalité incontournable. Merci à toutes celles et tous ceux qui font bouger la France afin qu’elle prenne en compte ses valeurs de liberté et d’égalité.

* Référence au fameux slogan « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! »

Raphaël ADJOBI

DISCOURS DU PRESIDENT DE « LA FRANCE NOIRE » – Commémoration de l’abolition de l’esclavage mai 2023

DiscoursMadame et Monsieur les Conseillers départementaux : Mme Frédérique Colas / M. Philippe Burier

Monsieur le maire honoraire de la ville de Joigny : M. Bernard Moraine,

« La France noire » se réjouit de votre fidélité à cette cérémonie nationale qui est l’une des rares occasions d’évoquer un pan de notre histoire commune ayant contribué à forger la diversité nationale.

Monsieur le maire,

merci d’avoir rappelé aux responsables des établissements scolaires de Joigny la date anniversaire de la loi dite “Loi Christiane Taubira” reconnaissant la traite et l’esclavage des Noirs comme crime contre l’humanité. Après avoir évoqué dans cette adresse notre exposition qui sera visible du 13 au 19 mai dans le hall d’honneur de la mairie, vous avez tenu à leur préciser votre sentiment personnel en ces termes : « Je souhaite que les jeunes générations se rappellent ces pages sombres de notre histoire. Et vous avez ajouté – Dans la suite de cette manifestation, je serai très heureux si vos élèves pouvaient visiter cette exposition ».

Monsieur le maire,

Ce rappel de ce qui EST (ou doit être) fait plaisir d’autant plus que nos gouvernants et les responsables de nos institutions ont tendance, quand l’indifférence ou le mépris s’installe, à oublier de rappeler à tous les citoyens la direction que la République a choisi de suivre. La commémoration de l’abolition de l’esclavage décidée par la République ne doit pas être considérée comme une anecdote vouée à l’indifférence puis à l’oubli. Les événements que rappelle la manifestation d’aujourd’hui ont participé à la formation de la France ; et leurs héritages sont encore vivants. Les héritages de ces événements ne se lisent pas seulement dans la géographie actuelle de la France éclatée sur plusieurs continents et plusieurs océans ; ils se lisent aussi dans les monuments des villes comme Bordeaux, Nantes, la Rochelle, Bayonne, le Havre, Saint-Malo, Paris, Orléans, Marseille. Et aujourd’hui, dans plusieurs de ces villes sont organisés des circuits dits négriers pour découvrir la richesse de la France générée par l’esclavage des Africains. Et c’est une très belle leçon donnée à ceux qui ont voulu tourner la page de cette histoire sans la lire. A ceux-là, nous disons qu’ils n’ont pas le droit d’empêcher la jeunesse de connaître ce passé de la France !

ChoraleMesdames et Messieurs les conseillers municipaux,

Mesdames et Messieurs les présidents et représentants des mouvements associatifs, chers amis,

Si j’ai tenu à relever ce rappel de Monsieur le maire aux représentants locaux de l’Éducation nationale, c’est parce que cet appel à se souvenir est un devoir républicain qui est allègrement négligé. Si la première circulaire relative à la commémoration de l’abolition de l’esclavage signée par le Premier Ministre en avril 2008 reste imprécise quant aux structures chargées de l’organisation des manifestations locales, depuis 2021, cette circulaire du Premier ministre ou de la Première Ministre aux préfets et aux recteurs d’académie leur demande d’inviter les maires et les chefs établissements scolaires à consacrer une journée à la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Donc tous les ans, depuis 2021, cette circulaire dit explicitement ceci : « Le mois de mai est devenu le “Mois des Mémoires de l’esclavage” et de ses héritages. C’est en effet durant cette période qu’interviennent les deux journées nationales aujourd’hui fixées par le calendrier républicain – le 10 mai, la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions […] et le 23 mai, la journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage » ; journée qui se décline en des dates différentes dans les îles françaises des Amériques et de l’océan Indien. Plus loin, la circulaire s’adresse aux préfets en ces termes : « Vous diffuserez la présente circulaire à l’ensemble des maires de votre département, en les invitant à organiser une cérémonie similaire, ou tout autre initiative, notamment culturelle, en rapport avec la mémoire de l’esclavage et l’histoire des relations entre la France, l’Afrique, l’Amérique, les Caraïbes et l’océan Indien […], soit le 10 mai, soit le 23 mai, soit à une autre date à choisir par la municipalité, à l’intérieur des limites du “Mois des mémoires” (c’est-à-dire entre le 27 avril et le 10 juin) ».

La recommandation est claire et le calendrier très large pour permettre à chaque municipalité, à chaque établissement scolaire, de se souvenir par la marque qui lui convient. Dans l’Yonne, il serait bon de savoir quelle autre municipalité que la ville de Joigny consacre du temps à cette mémoire commune. Toujours dans l’Yonne, quels sont les établissements – mis à part trois ou quatre – qui se montrent soucieux de la transmission de cet héritage aux jeunes générations ? Or les jeunes sont les héritiers de notre histoire. Retenons tous qu’un héritage, qu’on le veuille ou non, on doit savoir qu’il existe et connaître sa teneur. C’est une obligation ! Quand vous avez pris connaissance de l’existence d’un héritage, vous pouvez “décider de l’exploiter, de le développer dans votre intérêt ou en mémoire du disparu qui représente votre histoire ; vous pouvez aussi choisir de ne pas en profiter” (La langue, un héritage – par l’écrivaine Liss Kihindou). Mais personne n’a le droit de refuser d’avoir connaissance de l’héritage laissé par ses aïeux ! Ce qui veut dire que nul n’a le droit de priver les jeunes générations de leur héritage historique touchant l’esclavage des Noirs et la colonisation de l’Afrique ! Il faut obligatoirement qu’ils en aient connaissance ! Ce qu’ils en feront plus tard est leur affaire !

Voilà pourquoi cette exposition de La France Noire est régulièrement reçue pendant l’année scolaire par certains collèges et lycées pour contribuer à l’instruction des jeunes. Elle est depuis novembre 2022 homologuée – comme nos deux autres expositions – par l’Éducation nationale dans le cadre de son dispositif Pass culture et donc conseillée à tous les collèges et lycées de France. Elle participe non seulement à l’instruction des jeunes mais elle est aussi un outil de commémoration de l’abolition de l’esclavage dans les établissements scolaires. c’est ainsi que cette année La France noire a été invitée par le lycée du Dauphiné à Romans-sur-Isère dans la Drôme pour une manifestation commémorative magnifique qui témoigne d’une réelle volonté d’ancrer l’esclavage des Africains dans notre récit national afin que n’importe quel Noir ne soit pas vu comme un immigré, un étranger. Oui, il y a heureusement en France des établissements scolaires qui commémorent tous les ans l’abolition de l’esclavage par des manifestations de leur choix et sont prêts à accueillir notre exposition.

Cette exposition qui vous est proposée est construite en trois parties :

° L’organisation de la traite à partir des comptoirs ou forts gérés par les émissaires des royaumes européens et les résistances africaines à ces forces militaires possédant des armes à feu que les Africains ignoraient.

° Les résistances des captifs africains pendant la traversée vers les Amériques.

° Les différentes formes de résistance des esclaves africains dans les Amériques.

Mais pour bien comprendre cette exposition, il faut se poser les bonnes questions.

A – Qu’est-ce que l’esclavage ? En d’autres termes, qu’est-ce qu’un esclave ?

L’esclavage, c’est l’exploitation de la force physique de l’autre pour son profit personnel. Vous faites de quelqu’un un esclave quand vous le faites travailler mais qu’ensuite vous vous appropriez le fruit de son travail. L’esclavage est donc une histoire universelle. Partout dans le monde – hier comme aujourd’hui – des hommes ont subi l’exploitation par d’autres. Les Africains ne sont pas les seuls peuples de la terre dont la force physique a été exploitée par d’autres. Voilà pourquoi notre exposition ne présente pas des esclaves africains au travail.

En remontant à l’origine du mot « esclave » les choses deviennent encore plus claires.

B – L’origine du mot “esclave” :

° Le mot “esclave” est un terme européen dérivé d’un mot désignant les populations d’Europe centrale : LES SLAVES (Ukraine, Biolorussie, sud la Russie actuelle, la Pologne et la Tchéquie, la Slovaquie). ° Que s’est-il passé avec les Slaves ? Au Moyen âge, le commerce maritime se développe autour de la Méditerranée avec la multiplication des galères qui sont d’immenses navires à rames. Entre le VIIIe et le XVIIIe siècle, les Européens vont enlever des populations slaves pour les faire travailler sur les galères. Bien sûr, d’autres populations européennes seront aussi condamnées aux galères sur la Méditerranée, mais les Slaves seront les plus nombreux.

Avec le temps, on assiste à la déformation du nom « slave » qui devient « esclavus » en latin et « esclave » en français. « esclavus » va donc remplacer le mot « SERVUS » qui – depuis l’antiquité – veut dire serviteur et qui a donné en français le « serf ». En résumé : « esclave » va remplacer « serviteur ou serf », et le mot « esclavage » va remplacer le mot « servitude ».

Les Africains ne sont pas des Slaves mais vont hériter de la déformation du mot. D’ailleurs en Anglais le mot « slave » n’a pas été déformé : on parle bien de « slaves » en anglais.

Mais alors, me direz-vous, si les Africains n’ont pas été les seuls êtres humains dont la force physique a été exploitée pour enrichir d’autres, pourquoi parle-t-on constamment de leur mise en esclavage ? La réponse est claire et simple : Cet esclavage a provoqué la plus grande déportation humaine dans l’histoire de l’humanité. D’autre part, elle a complètement modifié la pensée européenne puis celle du reste du monde : le racisme qui s’est infiltré dans l’histoire de l’humanité vient de là !

Cela nous conduits à parler de ce qui caractérise cet esclavage et donc de l’exposition qui vous est présentée aujourd’hui.

C – ce qui caractérise cette exposition

Ce qui caractéristique cette exposition, c’est la violence. Cela veut dire tout simplement que face à la volonté prédatrice des Européens, les Africains ont développé une résistance permanente. Et ce sont les Européens eux-mêmes qui montrent ces résistances à travers les images présentées ici.

Au regard des multiples rébellions qui se sont produites à bord des navires négriers, l’historien américain Marcus Rediker remarque que « chaque navire contenait en son sein un processus de dépouillement culturel venant d’en haut, et un contre-processus de création culturelle venant d’en bas » ; c’est-à-dire qu’à la violence exercée sur leur corps par les Européens pour les soumettre, les Africains s’ingéniaient à trouver les moyens de leur résister : par les révoltes, les suicides, le refus de s’alimenter. Et sur le continent américain, ils vont inventer d’autres moyens de résistance comme le marronnage – c’est-à-dire la fuite – les avortements et les infanticides pour les femmes.

          A ceux qui font passer leur inculture pour du savoir et qui croient que la République s’est levée un beau matin et s’est dit « Tiens, on va abolir l’esclavage aujourd’hui », disons ceci :

          La révolution de Saint-Domingue dirigée par Toussaint Louverture ayant abouti en 1793 à l’abolition de l’esclavage sur l’île n’est que le point d’orgue de la résistance africaine à la traite et à l’esclavage des Noirs partout dans les colonies européennes des Amériques.

          Oui, c’est sous la pression initiée par les esclaves africains dirigés par Toussaint Louverture et ses amis que le commissaire Sonthonax proclame leur libération à la fin du mois d’août 1793. Sonthonax enverra ensuite trois émissaires à Paris expliquer devant la convention la nécessité d’abolir l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Ce sera chose faite le 5 février 1794.

          Toussaint Louverture est donc incontestablement une figure illustre qui émerge du monde politique européen avec la Révolution française. Ce héros de la Révolution deviendra général en chef des armées françaises de Saint-Domingue le 1er septembre 1797, puis gouverneur général de l’île. Enlevé par l’armée de Napoléon au moment où celui-ci avait décidé le rétablissement de l’esclavage, Toussaint Louverture mourra le 7 avril 1803 au fort de Joux, près de Pontarlier, sept mois après son incarcération.

          En 2023, placer le 175e anniversaire de l’abolition de l’esclavage sous le signe d’un hommage à Toussaint Louverture n’est donc que justice. C’est reconnaître officiellement que l’abolition de l’esclavage en France est d’abord le fait de la lutte des opprimés pour recouvrer leur liberté. Une lutte permanente qui ne permettait pas la poursuite des méthodes anciennes. Après sa mort, ses amis Dessalines, Christophe et Pétion triompheront de l’armée de Napoléon à Vertières en novembre 1803 et proclameront aussitôt l’indépendance de l’île ; indépendance qui sera officialisée le 1er janvier 1804 et redonnera à l’île son nom ancien : Haïti.

          Voilà donc, Mesdames et Messieurs, chers amis, la réalité de l’histoire de la traite et de l’esclavage des Africains faite d’une part de l’insoumission des Africains et d’autre part de l’inventivité des Européens en matière de supplices pour briser à la fois leur corps et leur esprit. Et c’est ce que vous pouvez découvrir dans cette exposition. Après Toussaint Louverture, d’autres figures françaises reprendront le flambeau de la lutte jusqu’à la deuxième abolition de l’esclavage en France en 1848. Retenons donc tous que seule la lutte paie.

          Je vous remercie.

Raphaël ADJOBI

Les voeux 2023 de LA FRANCE NOIRE à ses abonnés et à ses lecteurs

Voeux 2023 revueCher(e)s abonné(e)s, chères lectrices, chers lecteurs,

          Les membres du conseil d’administration de l’association La France noire se joignent à son président pour vous souhaiter une Bonne Année 2023. Qu’elle soit pour vous faite d’agréables moments avec celles et ceux que vous aimez et qui vous entourent de leur affection.

          Merci aux abonné(e)s pour leur engagement à nous suivre afin de partager chacun des instants de la vie de notre association ainsi que nos réflexions autour de la place des Noirs dans l’histoire de France, autour de notre idéal de faire de nos différences une force pour notre pays. Merci à tous les visiteurs de notre blog, venant souvent des contrées lointaines comme les États-Unis, le Canada, la Chine, mais aussi des pays voisins comme la Belgique et la Suisse.

          Vous avez sans doute deviné, au travers de nos derniers articles de 2022, que notre association a désormais la grande joie de figurer au nombre des acteurs culturels homologués par l’Éducation nationale dans le cadre de son dispositif Pass culture. Une reconnaissance nationale qui fait de ce ministère l’employeur de La France noire, et de notre association un partenaire vivement conseillé dans l’éducation culturelle des jeunes au sein des établissements scolaires. En d’autres termes, quand ceux-ci nous invitent – parce qu’intéressés par l’une ou l’autre de nos trois expositions pédagogiques – c’est l’Éducation nationale qui paie la facture.

          Nous pensons sincèrement que tout cela a été possible parce qu’il y a des gens comme vous manifestant de l’intérêt pour la culture, des gens comme vous désireux de voir la jeunesse accéder à des regards pluriels de notre histoire, de l’histoire de l’humanité. Merci donc pour votre fidélité qui est un soutien à notre combat pour la prise en compte de nos différences dans les récits destinés aux jeunes générations.

          Bonne Année en notre compagnie !

Raphaël ADJOBI

« La France noire » à la fête des associations 2022 de Joigny

Visiteur 2022          Le dimanche 11 septembre 2022, la ville de Joigny (89 – Yonne) a organisé une fête des associations locales afin de leur permettre de faire découvrir au public leur spécificité ainsi que leurs activités. Un moment de vie conviviale réussie, après deux années de grande torpeur qui ont quelque peu vidé certaines organisations de leur vitalité par manque de rencontres entre membres ou avec le public.

3 Visiteuses          La fête initialement prévue sur l’aire de parking de la salle omnisport à la sortie de la ville a finalement – heureusement ! – retrouvé son espace habituel : le marché couvert et sa belle et immense esplanade qui fait face à l’Hôtel de ville. Un beau travail d’organisation a permis l’installation rapide d’une soixantaine d’associations. La marque d’une fête réussie c’est l’affluence. Et la fête était belle parce que le public était nombreux à découvrir les associations et à se montrer curieux à leurs prestations. La France noire a été très sollicitée ! Il faut dire que les panneaux pédagogiques présentés ne pouvaient que retenir l’attention des visiteurs et provoquer des réflexions sur la bêtise humaine. Malheureusement, nous avons constaté que toutes les familles blanches ayant des enfants noirs ou métis et toutes les femmes noires ayant des enfants métis n’ont pas daigné s’arrêter ou même jeter un regard du côté de notre stand. Il était même impossible de croiser leur regard ! Cela donne à réfléchir quant au comportement des Noirs et des Blancs ayant en charge l’éducation d’enfants noirs ou métis. Peut-être entendent-ils l’intégration comme une injonction à ne pas jeter un œil vers le passé ou vers la réalité ?

Pascal et Françoise          Merci à Gabrielle (Villeneuve/Yonne) et à Rémy (Chamvres), ainsi qu’à cette collègue – professeure de français, latin et grec (en Seine et Marne) – et à sa fille qui travaille en Inde ; ces dernières ont montré un grand intérêt pour notre travail et ont désiré garder le contact avec notre association pour deux éventuels projets. Merci aussi à ce couple de la “Mission locale” installé dans notre département à la faveur du COVID-19 qui nous a permis de découvrir leur travail sur la citoyenneté. En effet, il est à retenir que la fête des associations est aussi une occasion qui leur est offerte pour se découvrir les unes les autres et établir si possible des relations de coopération.

  • Photo du bas : Françoise Parry et Pascal Compaoré (membres du Conseil d’administration de La France noire) 

Raphaël ADJOBI

La France noire/Île-de-France, première antenne de notre association

Île de France          Enfin, la première antenne de La France noire est installée ! C’est dans les Yvelines (78), à Sartrouville, que siège La France noire/Île-de-France. Et c’est Suzanne Ekima, l’une des rares personnes a avoir adhéré à notre association par Internet, c’est-à-dire sans avoir aucun lien avec l’un des membres du siège social à Joigny, qui en devient la présidente. C’est donc à elle que revient la charge de constituer un groupe d’animatrices et animateurs pour faire rayonner La France noire en Île-de-France.

          Le dimanche 26 mai, Suzanne a donc réuni autour d’elle un noyau familial pour entendre Raphaël Adjobi et Françoise Parry (président et secrétaire) expliquer l’importance des deux piliers qui structurent l’association et qui doivent aussi structurer l’antenne de Sartrouville (78) : la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage de 1848 en partenariat avec la mairie locale, et l’établissement de contacts avec les collèges et les lycées de la région pour favoriser les actions de La France noire auprès de la jeunesse grâce à ses trois expositions pédagogiques itinérantes. Donc un ancrage dans la vie d’une cité du département d’où partira le faisceau de notre idéal de fraternité en direction des jeunes de toute l’Île-de-France : mieux connaître l’autre pour respecter sa différence.

Groupe C          La nouvelle présidente nous a déclaré : « Depuis quelques années, je cherchais à m’engager dans une association sans trouver celle qui me convienne vraiment. J’ai même pensé à en créer une. Et en cherchant sur Internet, je suis tombée sur le site de La France noire. Je n’ai pas hésité ! C’était exactement l’association que je cherchais ». En effet, si le travail nourrit l’homme, c’est l’engagement qui donne un sens à sa vie, à son humanité. Conscient de cela, l’État français encourage les collèges et les lycées à consacrer une semaine à la réflexion sur l’engagement des jeunes citoyens et les invite à solliciter les associations à venir partager avec les élèves leurs expériences. Devant la baisse de l’implication des adultes dans le bénévolat – sauf parmi les plus anciens – il apparaît nécessaire d’intéresser assez tôt la jeunesse à l’engagement à travers la vie associative. Il s’agit d’un appel à repenser notre vie française ensemble pour une France et un monde plus solidaires.

          Le potentiel des Yvelines pour une plus grande fraternité nationale grâce à une meilleure connaissance du passé que les Français noirs et blancs ont en commun est absolument énorme ! C’est en effet là où la diversité de la population est grande que le message de fraternité de La France noire par la connaissance de notre passé commun a des chances de prospérer plus rapidement. Malheureusement c’est là aussi que les Noirs encouragés à croire au mythe du mérite par la réussite personnelle – en tournant le dos à leur passé – sont plus nombreux ! « Il faut oublier le passé douloureux ! Pourquoi remuer le passé ?». Or celui qui ne sait pas d’où il vient et pourquoi il est Français avec une carnation qui rappelle l’Afrique ne peut pas vraiment savoir qui il est et où il va ! Chacune de ces personnes doit savoir que si la France commémore des moments douloureux de notre passé – par exemple les deux grandes guerres, les déportations pendant la seconde, le génocide des juifs – c’est justement parce qu’il est scientifiquement reconnu qu’il faut mettre des mots sur les traumatismes pour guérir et avancer plus sereinement dans la vie sans reproduire les mêmes maux.

Groupe D          Retenons donc que « Oublier le passé, ne pas parler du traumatisme subi» est un argument d’une époque révolue ! Lutter contre cette pensée destructrice afin de permettre aux uns et aux autres d’apporter leur concours à l’instruction de la jeunesse en soutenant le travail pédagogique qui touche à l’histoire des Français noirs est donc la grande tâche de nos représentants à Sartrouville ! Heureusement, ceux-ci savent que le travail de notre association se fait en partenariat avec l’Éducation nationale qui lui a accordé l’agrément académique. Une marque de soutien et d’encouragement indéniable. L’essentiel n’est donc pas de passer son temps à compter le nombre des adhérents mais le nombre de jeunes qui accéderont aux savoirs que propose La France noire en Île-de-France.

Raphaël ADJOBI

Une maison des associations inaugurée à Joigny !

Maison asso 1bisMaison asso inaug. 2          Elle devait être inaugurée en 2021. Enfin, c’est chose faite ce 25 juin 2022 ! Certes, dès l’année dernière, la mairie avait permis aux associations qui avaient réellement besoin d’un local pour leurs activités – souvent hebdomadaires – d’occuper les salles qui leur revenaient. Mais l’acte officiel n’était toujours pas posé. Et c’est le représentant de l’État, en la personne de Monsieur Rachid Kaci sous-préfet de Sens, et l’élu de la commune Monsieur Nicolas Soret, qui ont inauguré ce beau bâtiment aux salles lumineuses. Était présent, Monsieur Bernard Moraine, maire honoraire de la ville.

Les élus          Après la visite des locaux et les deux actes symbolisant l’inauguration – le dévoilement de la plaque et la coupure du ruban – le public a écouté le discours du maire qui a mis l’accent sur la place importante des associations au sein d’une cité. Puis, ce fut au tour du sous-préfet de dire sa joie de découvrir ce joyau que représente cette maison des associations au coeur de la commune de Joigny. Déjà, la grande salle – ou la la salle d’honneur – a trouvé son nom : Benoît Herr, adjoint au maire en charge de la communication et de l’événementiel, décédé en janvier 2020.

Maison asso inaug. 8          Ce fut une belle occasion pour les différents présidents et représentants des associations joviniennes de se retrouver pour un moment convivial autour des personnalités locales et d’échanger entre elles. Les deux années écoulées sans activité, pour la plupart d’entre elles, ont laissé des traces difficiles à effacer ; des traces devenues parfois des difficultés à surmonter. Mais parce qu’elles constituent le sel des cités, les associations ne désespèrent pas. Et c’est dans la bonne humeur qu’elles ont bu le verre de l’amitié en compagnie des élus et du représentant de l’État en espérant des jours meilleurs grâce au soutien des différentes institutions départementales et régionales. Cette maison mise à leur disposition est déjà une preuve que leurs élus sont attentifs à leurs efforts et à leur dynamisme et tiennent à les encourager.

Maison asso inaug 11          La France noire était représentée à cette cérémonie par Françoise PARRY, Chantal HARDY et Raphaël ADJOBI.

Rachel Keke concrétise le combat de Françoise Ega

Rachel Keke députée française          Qui l’eût cru ? Voir le combat pour la prise en compte de l’exploitation des femmes de ménage, mené par l’Antillaise Françoise Ega* au milieu du XXe siècle et poursuivi en ce XXIe siècle par Rachel Kéké (22 mois de lutte contre le groupe Accor) conduire cette dernière à l’Assemblée nationale est très réjouissant. Entre 1960 et 1962, Françoise Ega était seule à militer par l’enquête sur le terrain et l’écriture ; en 2020 – 2021, elles étaient une vingtaine de femmes de ménage à accompagner Rachel Kéké dans ce combat. Cela rappelle la lutte et la victoire des sardinières bretonnes en 1924*; mais cette fois, avec la victoire politique en plus !

Rachel Keke et le mépris          En effet, si hier on luttait pour s’assurer le pain quotidien, aujourd’hui on veut bien être à côté de ceux qui décident de son prix. Et Rachel Kéké l’a bien compris. La règle commune devrait être : personne ne doit se permettre de décider unilatéralement de l’avenir de l’autre ; par conséquent, il faut être là où se prennent les décisions ! C’est bien la leçon que beaucoup de Français n’ont jamais comprise parce que trop habitués à se fier à des gens qu’ils estiment « très intelligents parce que sortis des écoles faites pour eux et donc désignés pour gouverner » ! «Ces sortes d’enfants prodigues par décrets [qui se voient] conférés à vingt ans les privilèges et les obligations du génie » (Pierre Bourdieu). Que ceux-là sachent qu’aucun diplôme ne valide le degré d’intelligence de l’individu ! Tout diplôme n’est que le minimum requis pour accéder à une fonction sociale déterminée. Rien d’autre ! L’intelligence et le talent n’ont pas besoin de diplôme ; même si les connaissances acquises dans la recherche du diplôme peuvent aider à l’exploitation du talent. Sinon, comme le dit si bien Pierre Desproges, « les diplômes ne sont faits que pour ceux qui n’ont pas de talents » ; hors des diplômes, ils sont incapables de faire preuve d’originalité dans la vie.

Rachel Keke et Stéphane Ravacley 2          Espérons que ceux qui estiment que par leur métier et leur manque de diplôme valorisant, la gouvernante d’un hôtel parisien – Rachel Kéké – et le boulanger de Besançon – Stéphane Ravacley – salissent la vie de notre Assemblée nationale seront rappelés par les Français vraiment intelligents à revoir ce que veut dire un député. Un député ne représente pas une entité fictive mais une condition de vie concrète que l’on voudrait porter à un niveau meilleur, digne et respectable ! C’est tout simplement cela que l’on appelle un idéal à atteindre depuis que certains parmi nous ont déclaré que « Dieu Tout-puissant, dans Sa sainte et très sage providence, a disposé la condition des humains de telle sorte qu’à tout jamais il y aura forcément des riches, forcément des pauvres ; certains seront tout en haut, éminents en pouvoir et dignité, d’autres en bas et dans la sujétion » (John Wintrop, 1630 – cité par Raphaël ADJOBI dans Il faut remettre le français au centre de l’enseignement – une autre révolution est possible, édit. Les impliqués 2021). Et à tous ceux qui, lorsqu’ils voient un Noir ou un plus pauvre qu’eux, se disent qu’ils sont en danger et qu’ils leur faut par conséquent soutenir les riches parce qu’ils sont convaincus que plus les riches seront riches moins eux seront pauvres, je dédie ces mots à méditer : « Vous avez soin de filtrer vos boissons pour éliminer le moindre moucheron, et […] vous avalez le chameau tout entier » (Matthieu ch. 23 v. 24). Rachel Keke revue espagnole

* Depuis le 12 avril 2019, une rue de Marseille porte le nom de Françoise Ega, dite Mam’Ega, poète et militante (1920 – 1976).

* Les sardinières bretonnes ont remporté une première victoire en 1905 ; mais, en moins de 20 ans, ce qu’elles ont gagné en augmentation de salaire a été rattrapé par la hausse des prix. D’où la lutte de 1924 qui a abouti à un nouveau mode de calcul de la rémunération calquée sur le travail accompli et non sur le temps passé.

Raphaël ADJOBI

L’Yonne Républicaine et la commémoration 2022 de l’abolition de l’esclavage à Joigny

Commém. mai 2022 Yonne républicaine

Depuis 2016 que l’association “La France noire” et la mairie de Joigny (89) commémorent l’abolition de l’esclavage, c’est la première fois que le journal départemental y consacre un article digne de l’événement ! Après des années de mépris et une humiliation, un jeune journaliste vient enfin de faire preuve d’un réel intérêt pour cet événement national. Il faut dire que si les préfets ont obligation d’organiser une cérémonie dans la capitale de leur département, cette obligation ne concerne pas les maires. En l’absence donc d’une volonté politique pour inscrire le 10 mai dans le calendrier national – voire même d’en faire un jour férié – chacun(e) fait avec sa sensibilité humaine, politique, de solidarité citoyenne, et le bon désir ou l’indifférence des associations de sa localité. En d’autres termes, presque rien ! Toutefois, en 2021, une circulaire du premier ministre soulignant « la nécessité de rappeler la place que l’esclavage (des Noirs) occupe dans notre histoire nationale » ainsi que la nécessité de « valoriser la part de la diversité française en rapport avec cette histoire » donnait mission aux préfets d’inviter les maires « à organiser une cérémonie similaire (à la leur), ou tout autre initiative, notamment culturelle en rapport avec la mémoire de l’esclavage ». Un an après cet appel ou cette invitation, Joigny semble demeurer la seule municipalité de l’Yonne, et peut-être même de toute la Bourgogne, à se souvenir de cet événement !

Commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai 2022 : le racisme au coeur du discours du président de « La France noire »

17 mai 2018         Cher(e)s ami(e)s, Mesdames et messieurs les responsables des organisations associatives, merci d’être parmi nous ce soir pour commémorer ensemble l’abolition de l’esclavage des Noirs dans l’océan indien et dans les Amériques.

         En effet – et ce n’est qu’un rappel – c’est en vertu du décret du 31 mars 2006 qu’est célébrée chaque 10 mai (je cite) « la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition ». C’est donc la 16e fois que cette journée honore les ancêtres des Français noirs (victimes de la traite et de l’esclavage) et cela sans rien enlever à leurs compatriotes blancs. Bien au contraire, cette journée est l’occasion de réfléchir ensemble aux événements qui ont scellé notre destin et nous permettent de dire que nous avons un passé en commun qui conditionne la construction de la république d’aujourd’hui. En d’autres termes, cette journée a pour but de favoriser la prise de conscience du fait que la France s’est construite et se construira toujours avec la vie et l’engagement des femmes, des hommes et des enfants – quelque soit leur origine et leur culture. La France n’a pas été construite par l’esprit de quelque génie pour qu’on nous fasse croire qu’elle est la continuité d’une même population depuis la nuit des temps ! Non, la France n’est pas un mythe ! Elle n’est pas un mythe créé pour justifier une imagerie devant remplacer la réalité qui fait d’elle un pays éclaté sur plusieurs continents et plusieurs océans.

          Pour paraphraser la jeune actrice américaine Anne Hathaway, je dirais ceci : si certaines personnes sont vraiment convaincues qu’elles sont placées au centre du mythe selon lequel toutes les races gravitent autour de la blanchité (de la peau blanche), alors ces personnes doivent reconnaître qu’elles causent un un grand dommage aux autres. A La France noire, nous savons très bien – comme cette jeune dame américaine – que ce mythe de l’homme blanc supérieur ou placé au centre du monde, au centre de l’humanité, est bien réel dans l’esprit de beaucoup de personnes. Et parce que ce mythe est ancien, ces personnes y croient. Parce que ce mythe est devenu une habitude, ces personnes pensent que c’est la norme. Parce que ces personnes ont reçu ce mythe en héritage, elles pensent qu’il est immuable, universel et éternel. Les conséquences de cette croyance en ce mythe sont absolument dangereuses parce que ce mythe privilégie un certain type de corps, un certain type de couleur de peau et ne donne pas la même valeur à tout ce qui n’y ressemble pas. Ce mythe, mesdames et messieurs, a été construit dans les esprits avec l’invention du racisme au XIXe siècle ! Et nous devons y prêter une grande attention si nous voulons le combattre.

          Avant l’invention du racisme, les populations d’Afrique et d’Europe qui se côtoyaient depuis l’Antiquité savaient que les uns avaient la peau tirant sur le rose et les autres la peau tirant sur le marron ou le noir. Mais les uns et les autres se désignaient par leur origine, leur terre d’appartenance. Jamais par la couleur de leur peau ! Ainsi, pour les Européens, les populations d’Afrique étaient des Égyptiens, des Éthiopiens, des Koushites ou des Nubiens. Et à partir du VIIIe siècle, au moment où les Arabes envahissent la péninsule ibérique avec dans leurs armées des soldats issus su Sahara et du sud de ce désert, un autre nom désignant les Africains est apparu : les Maures ! Oui, Mesdames et messieurs, avant le XIXe siècle, les Européens ne nommaient pas les peuples de la terre par la couleur de leur peau ! Le mot « noir » n’était qu’un adjectif qualificatif ; pas un nom ! Ainsi, jusqu’au XVIIIe siècle, n’importe quel chrétien savait que Saint-Maurice était un africain et donc un homme à la peau marron ou noire. Car on savait à l’époque que le nom Maurice vient du mot Maure, désignant un Africain, un homme à la peau sombre. Aujourd’hui, très peu de gens le savent.

          C’est donc depuis le XIXe siècle que, par le caprice et la volonté de nuire à d’autres peuples de la terre, des pseudo-scientifiques ont divisé l’humanité en catégories de couleurs, puis ont attribué à chacune des couleurs des caractères propres, et à partir de là ont établi une hiérarchie entre les humains : des meilleurs à la peau claire et les mauvais à la peau sombre.

          Comme tous les mythes, le racisme – cette obligation pour les autres couleurs de peau de se définir par rapport à la couleur dite « blanche » – a été imaginé, inventé pour justifier une réalité : celle de la déportation des Noirs puis leur mise en esclavage sur les terres étrangères des Amériques. C’est donc pour justifier la traite et l’esclavage des Noirs, que certains ne comprenaient pas ou dénonçaient, que l’on a produit ce récit imaginaire appelé racisme.

          Oui, Mesdames et Messieurs, le racisme est un mythe, un récit imaginaire qui fonctionne très bien parce qu’il rassure ceux qui ne veulent rien avoir à se reprocher quoi qu’ils fassent ; ceux qui sont toujours soucieux de leur dignité. Et notre exposition « L’invention du racisme et la négation des traces de l’homme noir dans l’histoire de l’humanité » vous montre la naissance de ce mythe, les moyens mis en place en Europe et dans les Amériques pour le propager ainsi que ses conséquences à travers le monde. Notre exposition montre aussi que le mythe du racisme fonctionnait tellement bien en Europe que certains ont eu la bonne idée d’inventer un mythe dans le mythe ; ils estimaient que tous les « Blancs » n’étaient pas de vrais blancs et ont donc établi une échelle de la blancheur parmi les Européens, autorisant ainsi l’élimination des Blancs indésirables pour que demeure la catégorie qu’ils appellent la race blanche pure ! Cela s’appelle l’eugénisme. Cette partie de notre exposition est à découvrir absolument pour bien comprendre la pensée européenne hier et aujourd’hui, et singulièrement le génocide des juifs au milieu du XXe siècle.

          Au regard de ce qui vient d’être dit, Si vous lisez quelques textes du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, vous serez surpris par ce que les Européens ont pu dire des Africains, des Asiatiques, des populations autochtones des Amériques et même de certaines populations européennes. Ces Européens avaient presque la ferme conviction qu’ils étaient des demi-dieux. Ils avaient le sentiment qu’ils étaient sur terre par la volonté du Dieu créateur pour baptiser tous les autres êtres et dire qui mérite ou ne mérite pas leur considération. Oui, l’homme blanc s’était en quelque sorte attribué le même rôle qu’Adam de la Bible au début de l’humanité lorsque celui-ci était tout seul sur la terre. En effet, selon la Bible, Adam fut chargé de donner un nom aux bêtes et aux oiseaux de la nature que Dieu avait créés. C’était donc lui qui conférait une identité aux bêtes et aux oiseaux. C’est sur ce modèle que l’homme Blanc s’était arrogé le droit de baptiser tous les peuples de la terre, de les caractériser ou les essentialiser et de les hiérarchiser. Mais une autre lecture de la Bible est possible. Les bêtes, les animaux créés par Dieu avaient sans doute déjà tous un nom et Adam, censé les connaître, devait prononcer leur nom à haute voix pour se les remémorer – comme un enfant, un tout petit enfant qui apprend sa leçon dans l’exercice de l’apprentissage d’un langage qu’il devra plus tard transmettre à sa femme Eve puis à sa postérité. Oui, mesdames et messieurs, chaque peuple a conscience de son existence et des récits de son passé. Aucun peuple n’a donc le droit de dire l’histoire de l’autre, et ce qu’il vaut !

          Cette exposition montre de manière très simple que lorsqu’on a rangé les humains dans des catégories de couleurs, et surtout lorsqu’on a affecté à chaque couleur un caractère particulier, et qu’enfin on a pris soin de les hiérarchiser du plus mauvais au meilleur, tout devient permis contre les catégories inférieures. Cela établit donc une sorte de violence en cascade : la couleur de peau placée au sommet peut mépriser les trois autres, celle en deuxième position les deux autres, celle en troisième position la dernière ; et quant à la dernière, c’est bien fait pour elle puisqu’il est dit qu’elle est maudite depuis la nuit des temps, que dépourvue de tout génie humain elle n’a jamais rien produit de bon depuis le début de l’humanité.

          En clair, Mesdames et Messieurs, le racisme est un mythe inventé par les Européens à une époque précise pour justifier leur pouvoir ; mais ce mythe perdure. Il convient peut-être d’apprendre les mythes des autres peuples afin de relativiser celui des Européens donné en héritage parmi nous depuis deux siècles.

Je vous remercie.

Raphaël ADJOBI

10 mai 2022 : journée nationale de l’abolition de l’esclavage – Une exposition sur le racisme à Joigny

En vertu du décret du 31 mars 2006 est célébrée chaque 10 mai la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition ». Depuis 2016, la ville de Joigny et l’association La France noire organisent une cérémonie autour de ce pan de notre histoire commune avec une exposition et un moment convivial.

Commémoration 2022 Mairie B

Commémoration 2022 Bis